Epislola ad Petrum, p
3. Par exemple, nous savons que le comte Renaud des Abruzzes était pour l’empereur ; de même Roger, comte de Molise; de même Tancrède de Saye, comte de Gravina. On verra que presque tous les seigneurs de la Pouille étaient pour Henri VI. Ceci me paraît justifier l'hypothèse que Tancrède, de ce côté, a voulu concentrer tout à fait au sud l'effort de la . défense.
Histoire de la domination normande. Il, — CHaALANDow. 29
de la Basilicate et de la Calabre ; au cas où par impossible cette entreprise eût été tentée, il suffisait de quelques troupes peu nombreuses pour arrêter dans les défilés un ennemi bien supérieur en nombre. On voit, done, que Naples d’une part, et le groupe, Tarente, Lecce, commandaient les deux routes qui pouvaient permettre à une armée de gagner Reggio par terre. De ce que nous venons de dire, il résulte que le plan adopté par Tancrède était purement défensif. A l'abri des murailles des villes, les troupes normandes devaient tâcher d'arrêter l'ennemi, et il semble bien que toute idée d'une bataille rangée ait été éloignée. Cette tactique peut s'expliquer par le fait de la faiblesse de l'armée royale, faiblesse due à l'hostilité d'un grand nombre de barons qui passèrent au parti d'Henri VI et refusérent à Tanerède le service militaire qu'ils devaient à raison de leurs fiefs. Déjà, l'année précédente, nous l'avons constaté, une grande partie de l'aristocratie normande avait refusé de reconnaître l'autorité du nouveau roi, et était entrée en rapports avec Henri VI!. Tous ces mécontents n'attendaient que l’arrivée de l'empereur pour abandonner la cause royale. Nous avons, déjà, donné les noms d’un certain nombre de ses vassaux infidèles ; il semble, d’après un passage de Pierre d'Eboli, que, pendant son séjour à Rome, Henri VI ait reçu des lettres des seigneurs normands 2. Toutefois, il n’est pas possible d'établir avec certitude à quelle date ont commencé ces négociations entre l'empereur et les vassaux de Tancrède; on peut, néanmoins admettre, comme nous l'avons montré, que cette entente eut leu dès 1190, au moins pour certains d’entre eux. Le fait important à constater est l'existence d’un très important parti féodal favorable à l’empereur.
Abandonné par une partie de l'aristocratie, Tancrède chercha
à s'appuyer en Italie sur la bourgeoisie des villes. C’est là un des côtés les plus intéressants et les plus curieux de la politique intérieure du roi de Sicile. La bourgeoisie de Palerme avait joué un grand rôle dans l'élection de Tancerède et l'avait