‹ Histoire de la domination normande en Italie et en SicileChapitre 431 sur 742 · Pierre d'Éboli, v. 292 et suiv · texte numérisé non relu

Pierre d'Éboli, v. 292 et suiv

TANCRÈDE ET HENRI VI 451 fait triompher de son compétiteur. Le roi n'oublia pas l'appui qu'il avait trouvé dans les bourgeois de la capitale, et chercha à se concilier celui des habitants des villes de l'Italie du Sud. Déjà, en 1190, il avait, nous l'avons vu, accordé des privilèges à Naples, Barletta, Sessa; en 1191, il accorda divers privilèges aux habitants des villes importantes. Du mois de mai 1191, nous avons un diplôme par lequel Tancrède promet aux gens de Trani de les indemniser de toutes les pertes qu'ils pourront éprouver dans. la guerre contre l’empereur !. Au plus fort des hostilités que nous allons raconter, en juillet 1191, Tancrède accorda aux gens de Gaëte une véritable charte de commune, leur octroyant un grand nombre de privilèges et diminuant notamment le chiffre du contingent qu'ils devaient fournir pour le service des galères ?. Nous étudions, ailleurs, ce document en détaul; ce qu'il nous importe de constater ici, c’est cette tentative d'opposer la bourgeoisie des villes à l’aristocratie rebelle. Nous ne possédons de documents que pour cinq villes, mais, il est fort probable que Tancrède dut accorder à d’autres cités des faveurs analogues. Dans tous les cas, il est

indiscutable que Tancrède a cherché à s’appuver sur le peu ble Ï PPU; peur

et à faire ainsi de sa cause une cause nationale.

Un vers du poème de Pierre d'Eboli tendrait à indiquer que Tancrède a fait une tentative pour négocier avee Henri VI, et lui a écrit à ce sujet. Toutes les autres sources sont muettes à cet égard. Le passage de Pierre d’Eboli est si obscur que l’on ne peut savoir à quelle date il conviendrait de placer la lettre de Tancrède à Henri VI ?. Dans tous les cas, l’empereur n’accueillit pas ces ouvertures.

Prologo, op. cit., p. 168.

2. Minieri Riccio, op. cit., t. I, pp. 285-287. 3. Pierre d'Eboli, v. 295 :

« Scripseral infelix semivir ipse comes ».

Semivir est le qualificatif appliqué à Tancrède dans un autre passage du poème, à propos de son couronnement vv. 185-186 :

« Huc ades Allecto, tristis proclamet Herinis « Exclament Satiri : semivir ecce venit ».

Le 29 avril 4191 !, les troupes allemandes passaient la frontière. Henri VI, accompagné par l’impératrice Constance, dirigeait lui-même l'expédition, dont les débuts furent marqués par de notables succès. Rocca d’Arce, au nord-est de Ceprano, paraît avoir été la première place attaquée. Défendue par Mathieu Borrel, la ville fut rapidement enlevée *. Ce premier succès paraît avoir eu beaucoup de retentissement ; tandis que l’empereur se dirigeait vers le Mont-Cassin, plusieurs villes, Sorella, Atina 3, Castrum Coeli#, au nord d'Aquino, firent leur sounussion, sans tenter de résister ?.

Quelle attitude allaient prendre vis-à-vis des envahisseurs, les moines du Mont Cassin? Commandant par sa situation la route de Rome à Naples, le célèbre monastère exerçait aussi une grande influence, car, ses nombreuses possessions faisaient de son abbé l'un des plus importants seigneurs du royaume normand. La question des rapports de l'abbaye du Mont-Cassin avec Henri VI est assez obscure. L'abbé Roffroi avait succédé, en 1188, à l'abbé Pierre et, à l'automne de cette même année, 1l avait été créé cardinal 5. En 1190, l'abbé prévoyant l'avenir, dit un chroniqueur ?, avait pris part à la révolte des seigneurs nor-

mands qui ne voulaient point reconnaître Tancrède. Pour amener Roffroi à prêter à Tancrède le serment de fidélité, Richard d'Acerra avait dû ravager les terres de l’abbaye 8. Il semble qu'une fois la soumission de l'abbé obtenue, Tancrède ait cherché à le gagner à sa cause, nous voyons, en effet, qu'il lui donna Rocca d'Evandro et Roccaguglielma ?. À en croire Pierre

4. Ann. Ceccan., ad an., 1491, dans M.G.H.SS., t. XIX, p. 288.

9, La ville fut prise en deux jours, Ann. Ceccan., ad an., loc. cit.; Ann. Casin., ad an. 1191, dans M.G.H.SS., L XIX, p. 314; Richard de San Germano, dans M.G.H.SS., t. XIX, p. 325.

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