Del Giudice, op. cit., p. Lvi
au paiement du glandaticum, pourront au lieu de donner un jambon s'acquitter avec une poule et deux pains, à Noëlet autant à Pâques. Le fait d'envoyer son âne au service du seigneur dispensait de l’angaria pendant toute une semaine : notons encore une réserve en faveur des defesani: le seigneur, en cas de dettes, n'a pas le droit d'enlever leur cochon. Voici comment est réglée la condition des familles des defesani : si les fils et le frère d’un defesanus forment plusieurs feux, plusieurs maisons (per domos divisi), tous les membres de la famille sont soumis à l'autorité du père ou du frère aîné et se répartissent entre eux, à la mort du chef de famille, les charges que celui-ci supportait; à la mort du père, l'autorité passe au fils aîné.
En outre du service militaire, les serfs de la glèbe doivent les corvées. Celles-ci sont dues par les servi et par les animaux quileur appartiennent !. Elles sont désignées par les mots angaria et perangarta. Les actes qui distinguent les angaries réelles et les angaries personnelles, font allusion à ce fait quele service est dû. non seulement par les serfs, mais encore par les animaux et les instruments dont ils disposent. Ainsi, jusqu'à ce que Roger II les en dispense, Les serfs de l'église de Troia sont soumis à l’angarie, eux et leurs animaux *. De même, le service des galères est assuré par la réquisition (angaria) des hommes, des chevaux et autres bêtes. Il semble que partout le défrichement des terres, l'entretien des routes, la réparation des châteaux ait été assurée par les angaries. Un curieux document, que nous avons déjà utilisé nous fait assister à la naissance d’une telle organisation. Le comte Roger [* tenant sa cour à Embola, près de Troina, fit publier, pendant trois Jours, que tous, même les feudataires, aient à restituer les serfs inscrits qu'ils ne possédaient pas légitimement et dont les noms ne figuraient pas dans les privilèges qui leur avaient été accordés. Il les réclame àtitre de suzerain, puis, pour les recueilbr, 1l fait bâtir un village où se rassemblent aussitôt cinq cents familles : des terres leur sont assignées, pour lesquelles ils
1. «Angarias el perangarias tam reales quam personales», Arch. de la Cava, Gi 12 2. Archives capitulares de Troia, P. 11 (1129).
538 CHAPITRE Il
devront le servitium après cinq'ans de franchise. Il faut voir là un procédé destiné à assurer le défrichement et la mise en eulture des terres.
Quelquefois, les serfs ne sont tenus qu'au servilium et au paiement des salutes ou cadeaux de peu d'importance. Mais, le plus souvent à côté de l’angarie, nous trouvons les termes de pensiones, redditus, ce sont les redevances. I1 semble que parfois les serfs aient dû payer des redevances en argent. Un diplôme de Roger I°', fixe à quinze cents taris, payable moitié en hiver, moitié en août, la somme que les serfs, dont il fait don à l’église Notre-Dame de Palerme, doivent payer chaque année .? Or, ils’agit bien ici des serfs inscrits dans les registres. Toutefois, la rede-
rance la plus fréquente est celle que le serf paye en nature.
A côté de la redevance en argent, le diplôme que nous venons de citer, mentionne une redevance en nature qui consiste en cent cinquante mesures de blé et en la même quantité d'orge. On pourrait tirer des actes et des diplômes, beaucoup d'autres détails concernant les redevances en nature, la difficulté est de savoir si les termes de ces actes se rapportent aux serfs de la glèbe ou à d’autres catégories de personnes.
Nous avons déjà fait observer que des distinctions certaines sont presque impossibles à établir, entre les diverses catégories que désignent les termes de coloni, aldii, homine censiles, vassali ou homines simplement. La seule méthode qui nous paraisse ne point dépasser l'état actuel de la documentation, consistera à tirer des textes tout ce qu'ils nous apprennent d'une façon générale sur la condition, les droits, les obligations des personnes attachées à la terre, par un lien plus ou moins étroit, d'établir les rapprochements et les différences naturellement suggérées par les divers textes, et de fixer en manière de conclusion les quelques points qui peuvent être fixés.
Il convient, toutefois, de faire ici une observation. La population rurale, à l’époque normande, semble le plus souvent avoir vécu éloignée des domaines qu'elle cultivait. L'absence de sécurité