Garufi, op. cit., p. 178. Chr. Ferr., p
| 3. Arch, st. nap., Lt. IX, p. 375; Pirro, Op pt | +. Cusa, op. cit., L. I, pp. 292-293: Pirro, op. cit, Et. Il, p. 1109-4112, | $ x1; Garufi, op. cit, pp. 180 et 212; Kehr, op. cit, pp. 444-445, 455, | 5. Del Giudiee, op. cit., p. Lvr.
| 6: Cf. supra, te[l, p.535.
F bid(p:7 6002
CHAPELAR VI
Le temps de la domination normande représente pour la Sicile l'époque la plus brillante de son histoire : c'est à ce temps qu'il faut rapporter tous les monuments qui attestent encore aujourd hui l'existence d’une civilisation unique, et dans son wenre complète. Cette éclosion rapide et éphémère sur un sol continuellement bouleversé et soumis tour à tour aux invasions les plus diverses, d'un état de choses régulier et coordonné, d'une législation cohérente, d'une administration puissamment centralisée, d'un régime politique relativement fort avancé, d'un art admirable, d'une vie de société polie et élégante, nous est un assez bel exemple de la force d'expansion et d'assimilation d’une race qui, dans le même temps, créa aux deux extrémités de l'Europe, le royaume d'Angleterre et celui de Sicile.
Deux faits dominent l’histoire de l’organisation normande en Sicile, et en expliquent les procédés. C’est d’une part, le petit nombre des conquérants: et d'autre part, l'insuffisance de la population indigène qu'ils rencontrèrent, On a vu par le récit même de la conquête, les forces peu considérables des premiers arrivants, qui ne durent leur succès et leur triomphe définitif qu'à l'habileté avec laquelle ils surent diviser leurs adversaires, et trouver chez certains d’entre eux l'appui dont ils avaient besoin. Quant aux renforts qui leur arrivèrent plus tard, à diverses reprises, ils ne furent jamais très importants, et sont loin de présenter le caractère d’une invasion. Les parents, les amis des aventuriers heureux furent attirés par leur succès el les reJoignrent ; des misérables. des soldats de fortune les accompa-
gnerent l: mais le gros de la population normande demeura étran-
SC: GRADE 45, T 1,3, dans M.G.H.SS., t.
wer à ce mouvement, et on ne peut point parler ici d'émigration en masse. C’est ce qui résulte clairement du récit des chroniques, dans lesquels nous voyons Guiscard obligé de constituer de véritables colonies militaires !, qui commandent le pays conquis. D'un autre côté, les indigènes, en Italie comme en Sicile, n'étaient pas en nombre suffisant pour peupler le pays, et le cultiver. Nous voyons les comtes de Sicile contraints d'appeler sur leurs terres des colonies lombardes ; et pour ce qui est de l'Ttalie continentale, de nombreux documents témoignent de la nécessité pour les seigneurs d'attirer sur leurs domaines des cultivateurs étrangers. Ainsi donc, un petit nombre de Normands va se trouver en présence d'une population mêlée d'éléments indigènes, déjà différents entre eux, et d'éléments adventices, sans consistance, sans unité: les mœurs, les lois, la religion, tout ce qui sert d'ordinaire à établir des liens entre les individus d’un même pays, contribuant ici, tout au contraire, à les séparer”. Le point de départ de toute l'activité normande, a été la juste compréhension de cette situation exceptionnelle et de tout le parti qu'on en pouvait tirer. Les vertus politiques les plus rares, ordinaire résultat d’une longue expérience, furent 1e: des conséquences nécessaires exigées par les circonstances. Les conquérants n'étaient pas assez nombreux pour faire abstraction de ce qui existait avant eux. S'ils voulaient en tenir compte, ils devaient accorder une égale importance aux institutions, aux coutumes el aux caractères de toutes les races qu'ils trouvaient représentées dans le pays qu'ils avaient soumis. Pourtant 1l ne faudrait pas méconnaître, dans cette politique, le rôle de l'expérience. Les Normands n'en vinrent pas immédiatement à cette tolérance universelle.qui fut la marque singulière de leur domination : s'ils en firent bénéficier dès le début leurs sujets musulmans, il semble qu'ils la refusèrent d'abord aux Grees, et ne la leur accordèrent
{. Malaterra, IT, 36, 37.
2, Les actes etles chroniques permettent de constater que Normands et Lombards, Grecs et Arabes ont conservé leurs usages respectifs, ef. Ventimiglia, op. eit., p. xxu, Kehr, op cil., p. 460, Archives de la Cava, B. 2 (1082), et Archivio di stato, à Naples, Parchemins de Tricarico n° 4 (1110) : « Sicuti nostre genlis Francorum esl consuelum ».
que lorsqu'ils eurent compris l'avantage et l'opportunité de cette concession.
Nouveaux venus dans l'Italie méridionale et en Sicile, les conquérants normands y respecteront et y maintiendront toutes
les nationalités, toutes les législations, toutes les religions qu'ils
x ont trouvées ; bien plus, de ce mélange même et de ce contraste, 1l$ tireront, au moment favorable, le principe d’organisaüon qui leur permettra d'envelopper dans le large réseau de quelques lois générales, l'appareil divers et compliqué des institutions maintenues. Nous allons retrouver partout des applicauons de ce système, qui consiste à extraire de chaque organisation individuelle, pour se l’approprier et en tirer parti, l'élément capable de rentrer dans le plan de la construction générale. C’est ainsi que s'explique le caractère distinctif de la chancellerie des princes normands, de leur administration et de leur législation ; c'est par là encore que s'éclaire leur attitude vis-à-vis des questions religieuses ; enfin c'est de ce mélange que résultent les marques essentielles de la civilisation, de l’art normand en Sicile, de l’état de la société, considérée soit dans les grandes villes, soit à la cour. Bien entendu un tel travail d'organisation ne put s'effectuer sans le concours d'un principe directeur, capable de dominer les éléments dont on voulait maintenir la coexistence. Ce principe, on le trouve dans l'idéal monarchique que de bonne heure les princes normands se proposèrent, fascinés par l’image lointaine et toujours présente du basileus byzantin, qu'ils avaient servi eux-mêmes, avant que leur ambition envieuse ne les poussât tout ensemble à limiter et à le combattre.
Les diplômes rovaux', suivant la nationalité de ceux à qui ils
Cf. Kehr, op. eil., p. 69. D'après lui, la chancellerie aurait eu un bureau où étaient rédigés les actes grecs ; quant aux documents écrits en arabe, ils n'émanent pas de la chancellerie proprement dite, mais de la dohana de secretis.
Sur l'emploi de la langue latine ou de la langue grecque, cf. Zbid., p. 239. On ne saurait dire, comme M. Diehl, op. cit., p. 214, que la chancellerie normande emploie indifféremment chacune des trois langues officielles, Les diplômes grecs se rapportent surtout à une région de la Sicile, le Val Demona et à la Calabre. Les documents édités par Trinchera, op. cil., montrent combien la langue grecque est répandue dans toute cette dernière
sont délivrés, sont rédigés en grec et en latin ; la langue arabe est également employée par la dohana de secretis pour la rédaction des platee ou liste de vilains qu'elle délivre !. Si l’on considère d'autre part que la langue adoptée à la cour est la langue française ?, on verra dans cette diversité d’idiomes le signe matériel le plus frappant de cet esprit libéral qui anima les rois normands, et fit que sans renoncer à leur propre langue, ils adoptèrent
région. Un passage du Roman de Troie, cité per M. Meyer, Les premières compilations françaises d'histoire ancienne, dans la Romanta,t. XIV, p.10; n.5, est caractéristique à cet égard: « Ef par toute Calabre li païsantne parlent se grizois non. Encore en Pouille, en maint leuz, font il le service Nostre Seigneur es mostiers a la maniere de Grece e en grizois lengage, por quoi il apert et voirs est sans faille qu'il furent anciennement tous Grizois. » Aujourd'hui les dialectes grecs dans le Midi de l'Italie, ne sont parlés que dans un petit nombre de villages, cf. Morosi, Saggi sui Dialetti greci della Terra d'Otranto (Lecce, 1870), in-8°, et 1 Dialetti romaici del mandamento di Bova dans l'Archivio glottologico italiano, t. IV, Comparetti, Saggi dei dialetti greci dell'Italia meridionale (Pise, 1866). Sur la langue des documents conservés, cf, Zampelios, ’IrakoskAnvixx frot xetrix TOAYUATELX EP! TÉV iv roïsaoyctots Nearokémçävexdorov EM AnvIAGV res yapevéiv (Athènes, 1865), in-8. Pour ce qui regarde la Pouille, parmi les très nombreux documents publiés dans les cinq volumes, actuellement parus du Codice diplomatico Bareseil n'y a presque pas de documents en grec el même pour la période antérieure à la conquête normande, les souscriptions écrites en grec, sont très peu nombreuses. Le passage cité du Roman de Troie, parle d’ailleurs seulement de couvents grecs; cf., dans Bertaux, op. eit., p. 131, la carte des urottes basiliennes de l'Italie méridionale, Rappelons enfin que c'est par l'intermédiaire d'un personnage de la cour normande, Henri Aristippe, que Jean de Salisbury connut les traités de dialectique d'Aristote, cf. Mgr Batiffol, op. cul., p. XxxIV.
EC Rehr op. p.299
2. Falcand, op. cit., p. 127. « Quibus ille Francorum se linguam ignorare, que marima necessaria essel in curia,.…. respondebal... ». Ainsi à l’époque de Guillaume [[ nous constatons l'influence prépondérante du français à la cour. Il faut rapprocher de ce passage de Falcand les vers de Guillaume de Pouille où le poète dit en parlant des premiers conquérants :
« Moribus et lingua quoscumque venire videbant Informant propria, gens efficitur et una. »
On peut retrouver également des traces de l'influence de la littérature francaise au temps de la monarchie normande. M. Paris les expose ainsi: La Sicile dans la Littérature française, dans Romania, t. V, p. 110 : « Les conquérants ont apporté le trésor de l'épopée nationale française déjà formée. Ils ne se contentèrent pas de continuer à chanter Charlemagne et ses vassaux comme le faisaient leurs frères à Hastings, ils localisèrent la légende carolingienne dans leur nouvelle patrie. Ils racontèrent que les pairs de France,
142 CHAPITRE VI toutes celles de leurs sujets, dans les relations qu'ils eurent avec eux !.
Les efforts de la monarchie normande tendirent sans doute à centraliser l'administration. Mais on crût pouvoir y aboutir, sans supprimer pour autant les divers ordres de fonctionnaires qui existaient avant la conquête. La centralisation se fit bien plutôt par l'adjonction à ces officiers locaux d'autres fonctionnaires nouvellement créés, dont la juridiction fut plus étendue. Si le gastald lombard n'a survécu que peu de temps à l'occupation normande, il n'en est pas de même du catépan, du stratège et du vicomte. Le cadi musulman demeure à Palerme. l'émir devient un personnage important ; on trouve à la cour normande le logothète, le protonotaire et le protochambrier, dont les noms et les dignités paraissent empruntés à la hiérarchie byzantine. Mais à côté d'eux prennent place des officiers nouveaux : le bayle, le chambrier, le Justicier, l’échanson, le sénéchal, le connétable, qui semblent tous d'importation normande. Il est à remarquer que les princes de Palerme aient tenu compte, dansl'attribution des diverses charges, des aptitudes diverses des races soumises : que par exemple les finances aient été généralement confiées à des Musulmans. et que souvent on retrouve parmi les chefs les plus célèbresdela flotte nor-
enrevenant de Jérusalem, avaient passé par la Sicile el y avaient dressé comme souvenir des montagnes qui avaient conservé leurs noms. » Geoffroi de Viterbe dit, Panthéon, dans M.G.HSS., t. XXII, p. 223:
«© Mons ibi slal magnus qui dicitur esse Rollandus. Alter Oliverius, simili ralione vocatus Ilee memoranda truces constiluere duces. »
M. Paris rappelle ensuite comment Gervais de Tilbury permet d'établir que le cycle breton fut également importé en Sicile, et montre qu'il en fut sans doute de même pour le cycle troyen. Enfin, c'est en Sicile, qu'habitait, vers 1170, Jendeu de Brie, l’auteur d’Aliscans, ef. G. Paris, La littérature française au moyen âge, 3° éd., p. 72.
CE, en ou tre, Bartoli, / due primi secoli della letteratura italiana, dans Villari, Storia lett. d'Italia, 1. , p. 39, qui cite un texte de Jacopo della Lana, indiquant que du temps de Guillaume 11, la poésie provençale fut peut-être connue à Palerme.
1. Cf. dans Amari, Le epigrafi arabiche, ete., t. Il, p. 80, une curieuse inscription en grec, en latin, en arabe et en hébreu, ef. ibid., p. 95.