‹ Histoire de la domination normande en Italie et en SicileChapitre 714 sur 742 · Ibn Giobair, B.A.S., t. I, p · texte numérisé non relu

Ibn Giobair, B.A.S., t. I, p

2. Amari a voulu voir le harem dans le tiraz. Falcand, op. cit., p. 178, marque clairement que les deux choses sont différentes.

3. Commencé par Guillaume [°" et fini par Guillaume II, Falcand, op. cit., p. 87. Cf. Siragusa, op. cit., t. IT, p. 132, Amari, Le Epigrafi, ete., t. I, p. 50.

4. Construite par Guillaume Ie", cf. Amari, Le Epigrafi,ete., t. I, p.62et73.

5. Sur les jardins royaux, cf. Pitré, Canti popolart, L. L'p:99.

témoignent les chefs-d'œuvre alors produits ; la littérature et la science n'y sont point négligés. C’est à la demande de Roger II qu'Edrisi compose son traité de géographie; le roi voulut même fournir au savant les moyens de composer une boule d'argent du poids de 800 marcs, sur laquelle il pût figurer tous les pays connus depuis l’Inde et la Chine jusqu'au détroit de Gibraltar. C'est à cette époque que Nil Doxapater compose sa notice d'histoire ecclésiastique, que l’émir Eugène traduit en latin l’Optique de Ptolémée !, et que Kerameus prononce en grec, des oraisons, qui à la vérité n'ont. guère d'autre mérite que de nous fournir aujourd'hui quelques renseignements archéologiques ?. Enfin Abou Daw compose un poème sur la mort d’un fils de Roger IT, et un autre poète arabe, Abderrhaman, chante dans une de ses œuvres les charmes de l’une des résidences royales %, Nous avons parlé ailleurs de la cour littéraire qui s'était formée autour de Guillaume [*". Bateleurs et jongleurs reçoivent à la cour de Palerme le meilleur accueil, et les astrologues eux-mêmes y sont en honneur #.

Par une réaction singulière, l’exotisme des mœurs adoptées à la cour, se répandit jusque dans les habitudes de vie de ceux qui, sans l’approcher, entendaient pourtant vanter son luxe et ses merveilles. Les femmes chrétiennes de Palerme adoptèrent insensiblement l'existence indolente et recluse des femmes arabes. Ibn Giobair constate lui-même les résultats de cette

4. L'ottica di Claudio Tolomeo da Eugenio ammirato di Sicilia ridotla in latino, éd. G. Govi (Turin, 1885), in-8. On possède du même auteur quelques pièces de vers assez curieuses dont l'une est dédiée au roi Guillaume, cf. Sternbach, Eugenios von Palermo dans Byz. Zeitschrift, t. XT, p. #06.

2. Migne, P. G. CXXXIL, col. 951. Cf. Mgr Lancia di Brolo, Storia della chiesa in Sicilia, t. II (Palerme, 1884), p. 459, sur le titre d’archevêque de Taormine donné à Kerameus.

3. Cf. Schack, Poesie und Kunst der Araber in Spanien und Sicilien, t. I, pp. #2 et 44, cf. Caspar, op. cit., p. 464.

4. Cf. dans Amari, Le Epigrafi, etc., t. 1, p. 18, de curieux détails sur une horloge installée au palais royal. Surles bateleurset jongleurs, cf. M.G.H.SS., t. XXVII, p. 72; Ibn Giobair, B.A.S., t. I, p. 147, parle des astrologues de Guillaume IT et une miniature du ms. de Pierre d'Eboli représente l’astrologue du roi, éd. Rota, p. 11.

contagion : « les chrétiennes, dit-il, bavardes, enveloppées de manteaux et de voiles, étaient sorties dans les rues pour la solennité de Noël : elles étaient vêtues de soie tissée d'or, de mantelets élégants et de voiles diversement colorés; elles étaient chaussées de bottines dorées, et se dirigeaient vers leurs églises et leurs couvents, surchargées de tous les ornements auxquels se plaisent les femmes musulmanes : 1l n’y manquait ni colliers, ni fards, n1 parfums.

Si les fils des conquérants normands durent tous subir plus ou moins l'influence pernicieuse de ces mœurs nouvelles pour eux, jointe à l’action énervante d’un climat inaccoutumé, nulle part, cette dégénérescence ne s accuse aussi rapide et aussi profonde qu'au sein de la famille royale. Roger [° eut de nombreux enfants; presque tous moururent jeunes; Roger IT fut seul à survivre. Plusieurs des fils de celui-ci meurent vers leur vingtième année. La postérité diminue de nombre avec Guillaume [*, pour cesser complètement avec Guillaume II. L’extinction de la race royale ne devance que de peu d'années la ruine de la domination normande : elle en fut, tout ensemble, la cause et le signal. Les raisons mêmes qui expliquent la conquête et son organisation, la civilisation et les merveilles artistiques qu'elle produisit, sont encore celles auxquelles il faut recourir pour comprendre les phases dernières de la décadence et de la chute. Entre des éléments trop différents pour jamais se fondre en un tout cohérent et durable, la personne du roi formait le lien unique, lien qui disparut forcément avec elle, car dans la personne de Constance on ne vit plus la fille de

Roger IT, mais la femme d'Henri VI, l’impératrice germanique: c'est la ce qui explique l'hostilité montrée à l'héritière de Guillaume IT. Avec le règne d'Henri VI c’est une nouvelle période qui s'ouvre pour l’histoire de la Sicile, et l'on peut dire que la conquête de 1194 marque la fin de la domination normande. Les

rois normands durent à leur merveilleuse faculté d’assimilation, à leur esprit de tolérance et à leur sens de l'opportunité, tout à la fois, l'épanouissement brillant et l'extinction rapide d’une fortune qui nous étonne également par sa grandeur inouie et son étrange brièveté.

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