HENRICO DE LAURENTIIS D. DE L'OLIVE
ROTiE SACRI PALATII APOSTOLICI AUDITORE,
ANNO MDCLV
La classe de médecine est appelée en 1663 : la salle de l'étude de la Faculté de médecine.
Grâce aux réparations successives qui y furent faites en divers temps et principalement en 1686 et en 1708, elle put répondre à tous les besoins. A l'intérieur
que de son seul tribunal. Grand privilège, immense prérogative pour eux qui, poursuivis comme inculpés de tel ou tel délit et même de tel ou tel crime, étaient assurés de n'être jamais jugés que par leurs juges naturels, puisqu'un des devoirs impérieux de la charge du primicier était, comme nous le savons, de toujours réclamer ses justiciables, alors même qu'ils auraient été retenus par quelque autre tribunal étranger. Or, cette juridiction du primicier était, somme toute, indulgente et paternelle. Les étudiants poursuivis devant lui en étaient quittes pour quelque admonestation ou une légère punition disciplinaire, et laissaient rarement à son tribunal des lambeaux de leur honneur.
Le primicier et les professeurs étaient encore les protecteurs nés des étudiants, leur faisaient assurer la nourriture et le logement à des prix modestes (1), les défendaient dans toutes leurs contestations et prenaient en toutes choses leurs intérêts. Tout cela nous explique comment notre jeunesse universitaire se vit dépouillée sans de trop grandes
elle était munie, comme celles des autres Facultés, d'un tambour, de bancs et de pupitres pour les étudiants et d'une chaire dont le siège était en peau de mouton noire. Devant les fenêtres, garnies de châssis en fils de fer, pendaient des rideaux rouges. Cet ameublement, fort simple en définitive, était complété par un tableau de dévotion, destiné à rappeler aux étudiants que toute science vient de Dieu et doit lui revenir. En cherchant bien, cependant, on trouverait à cet ornement que possédait chaque classe une origine curieuse. Nous lisons dans les archives de l'Université, D. 37, que le 16 juin 1656, le primicier représenta au collège que les classes des lois et de médecine n'avaient aucun signe, aucune marque pour les distinguer des prêches des huguenots, dans lesquels on trouvait, tout comme dans l'Université, une chaire et des bancs, et qu'en vérité, il n'était pas séant « que dans une ville si catholique il y eût un lieu ayant quelque chose d'approchant au throsne du démon. » Et comme conclusion à ces considérants, il avait proposé de placer dans chacune des classes un petit tableau de piété, sans cependant pour cela engager fortement les finances de l'Université. La proposition ainsi faite avait été acceptée à l'unanimité et exécutée bientôt après.
Nous savons encore qu'à partir de l'année 1698, le mobilier de la classe de médecine s'augmenta d'une table en bois pour les démonstrations anatomiques. Dans une tournée pastorale, faite en 1768, l'archevêque constate l'existence de cette dernière et le bon état dans lequel elle se trouvait ; il dit, parlant de cette classe : « Docetur physica ac physico-medica pro cuius ultimœ exercitationibus in experientiis ac in anathomia adest amplum aptissimumque theatrum cedrino ligno compositum. » A cette époque, le marbre n'était pas encore employé pour les tables de dissection. La botanique, l'anatomie, aussi bien que la médecine à proprement parler, étaient enseignées dans la même classe, dont chacun des professeurs avait une clef,
(1) La nourriture à l'auberge coûtait à Avignon, dans la première moitié du XVIIIe siècle, de 16 à 20 livres par mois pour les étudiants. Avec 6 livres ils avaient une belle chambre avec un ou plusieurs cabinets. Beaucoup se logeaient pour 3 et 4 livres par mois.
protestations de privilèges auxquels elle était cependant fort attachée et comment elle supporta sans trop murmurer le joug de la discipline nouvelle. A celle-ci les étudiants en médecine se montraient, pour leur part, d'autant plus respectueusement soumis, qu'ils occupaient maintenant une plus grande place dans la corporation. Sur deux élections ' d'abbé, il y en avait au moins une où la nomination était faite à leur profit, et celle-ci n'était plus contestée comme au siècle précédent, car légistes et philiàtres étaient bien réellement sur le même pied. Parmi les élus de notre Faculté, nous comptons même des écoliers qui plus tard y professèrent; tel Esprit-Claude-François Galvet, d'Avignon, qui obtint, à une très grande majorité, l'abbaye le 16 mai 1748 (1).
Mais voici l'étudiant arrivé au terme de sa scolarité. Trois mois après avoir pris la onzième inscription et quand il était muni des certificats d'études, délivrés par ses trois professeurs, il se présentait au premier régent et lui demandait un sujet de thèse pour répreuve du baccalauréat. Souvent ce sujet de thèse était tiré au sort par le candidat; mais il était aussi fixé quelquefois directement par le professeur, lorsque celui-ci avait une question particulière à traiter, un principe à émettre, une opinion à défendre ou des idées particulières à énoncer; car la thèse, il faut bien le reconnaître, était réputée au moins autant l'œuvre du maître que celle de l'élève. Ce dernier composait bien sa thèse, si l'on veut; mais, comme le professeur avait toujours le droit de l'examiner, de la retoucher, d'y ajouter ou d'y retrancher ce qu'il jugeait à
(1) Une conclusion très importante au sujet de l'élection de l'abbé des étudiants est celle du 13- décembre 1787 :
« Ordonnons que nul, à l'avenir, ne pourra être élu abbé des étudiants qu'il « n'ait suivi au moins pendant une année les classes de l'Université ; ce dont il « devra nous faire apparoir lors de l'élection, par une attestation d'études de son « professeur et par le certificat de ses inscriptions du secrétaire en due forme ; « voulant qu'il soit fait mention de la présente ordonnance chaque année à l'é- « lection de l'abbé, qu'elle soit enregistrée dans le livre de la secrétairerie et « affichée sur la porte de la salle de l'Université.
« Donné à Avignon le 13 décembre 1787.
« Philippe, primicier. »
Cette ordonnance fut rendue pour remédier à de graves abus préjudiciables aux véritables étudiants, et dont nous trouvons l'expression consignée dans les considérants mêmes. Des jeunes gens prenaient des inscriptions seulement aux approches de l'élection de l'abbé, dans l'unique dessein de pouvoir être nommés, sans jamais dans la suite fréquenter les classes de l'Université, ni assister aux leçons des professeurs, vis-à-vis desquels ils ne remplissaient seulement pas les simples devoirs de bienséance. (Archives de l'Université, D. ib6,/o/. 97.)
propos, il arrivait finalement que la plupart du temps il ne restait que fort peu de chose du travail de l'élève, ainsi réduit à un simple canevas rempli par le professeur, à l'inverse de ce qui aurait dû être.
Telle quelle cependant, l'épreuve du baccalauréat est maintenant plus sérieuse qu'elle ne l'était précédemment. C'est un véritable examen probatoire que fait subir au candidat chacun des professeurs de médecine, d'anatomie et de botanique, et cela indépendamment de la thèse dont nous venons de parler et dans la soutenance de laquelle il doit faire preuve d'un véritable savoir aux yeux des docteurs qui l'argumentent. Maintenant aussi l'épreuve est publique et le primicier y assiste, ainsi qu'en témoigne cette note concernant le nommé André Julian, de Pernes, qui, le i3 août 1781, subit son examen du baccalauréat devant notre Faculté de médecine: « In arte medica peri-
« tiae suae coram perillustri domino primicerio in examine publico et « solemni, propugnatis thesibus super materia sortite assignata, prae- « side Calvet, spécimen prasbuerit, iileque idoneus repertus fuerit, « etc. (1). » C'est la formule habituelle.
La soutenance de la thèse durait environ quatre heures. Autrefois cette cérémonie se passait, comme d'ailleurs tous les actes importants de l'Université, à l'exception des doctorats et de l'élection ■ du primicier, dans le grand auditoire des lois.
Depuis longtemps cependant le corps universitaire réclamait un local spécial qui fût à proprement parler le siège de l'Université, sans appartenir à aucune de ses Facultés en particulier, et qui non seulement pût servir aux assemblées, mais encore à la soutenance des thèses des aspirants aux grades mineurs, baccalauréat et licence, de toutes les Facultés, véritable salle des actes, où ces grades seraient solennellement conférés. A la fin du XVIIe siècle, telles circonstances s'étaient présentées qui avaient permis de réaliser ce vœu. Le 18 avril 1698, le primicier fit la proposition de transformer certain membre des études, situé entre les classes de philosophie et de théologie, en une belle salle pour la destination susdite et d'y employer les sommes que l'Université avait de disponibles. L'accord s'étant fait sur cette motion, les travaux furent poussés si activement que, dès le 24 février 1700, on se réunissait dans cette nouvelle salle, appelée désormais des actes et des assemblées, ainsi qu'en témoignait une inscription qu'on avait fait graver sur le fronton de la porte (2),
(1) Archives de l'Université d'Avignon, Registre,^. 157.
(2) Voy. notre mémoire : Inscriptions inédites de l'université d'avignon. *— Avignon, Seguin frères, 1886.
Là aussi se conféra à l'avenir le grade de bachelier en médecine.
Le jeune bachelier prenait alors sa douzième inscription, puis pendant trois mois se livrait à de nouvelles études : cours de médecine, d'anatomie, de botanique, exercices pratiques, dissections, cliniques, etc., etc. Et quand, au bout de cette période, il avait obtenu de ses professeurs des certificats favorables, il était admis à se présenter à la licence, c'est-à dire à subir de nouveaux examens et à défendre une nouvelle thèse.
Enfin venait, à quelque temps de là, le couronnement suprême de ces trois années de rude labeur, Pacte triomphal du doctorat, marqué lui encore par la soutenance d'une dernière thèse.
La thèse est donc, d'une façon générale, répreuve principale et obligatoire pour l'obtention de tous les grades en médecine. Sur elle porte la discussion scientifique qui établira l'aptitude de l'aspirant.
Longtemps les thèses furent» écrites à la main, mais à partir du XVIIe siècle, on les présenta généralement imprimées, et au XVIIIe siècle, ce n'est plus qu'exceptionnellement et dans un but d'économie marqué que quelques étudiants en eurent encore de manuscrites.
De plus, tandis que pour les Facultés de théologie, de droit et des arts, ces thèses avaient la forme de placards, où les propositions à défendre étaient, comme l'observe A. Germain, pour l'Université de Montpellier, simplement couchées à la suite l'une de l'autre, avec un numéro d'ordre, mode qui s'est maintenue pour la plupart de ces Facultés jusqu'à leur suppression (i), la Faculté de médecine d'Avignon, à l'instar aussi de celle de Montpellier, adopta généralement, dès le XVI0 siècle, le format in-40, qui paraissait plus propre à mettre en lum ière les points soumis à la dispute, facilitait les divisions et permettait d'annexer les planches nécessaires.
Le format in-8°, quoique moins employé, n'était pas cependant absolument rare; il paraît même avoir été primitivement le seul employé avant le XVIe siècle.
Les nombreuses thèses de doctorat en médecine soutenues â Avignon qui nous sont passées sous les yeux sont toutes en forme de brochures in-40 ou in-8°. Mais il n'en est plus de même de celles de licence et
(1) Il y a néanmoins des exceptions. Ainsi nous avons en notre possession une thèse de doctorat en théologie de 22 pages, format in-40, soutenue à Avignon le 9 avril 1709, par Ambroise Bruny, religieux minime, avec dédicace à l'Université et au primicier, Pierre-François de Ribiers. — Imprimée à Avignon, chez Joseph-Charles Chastanier, 1709.
de baccalauréat, pour lesquelles la forme de placard était, sinon admise, au moins tolérée. Nous en possédons une de ce genre dans notre collection particulière. Elle fut soutenue le 12 juillet 1709 par Antoine Mariny, d'Embrun, sous la présidence de Jean-Baptiste Gastaldy (1).
Outre les propositions fondamentales à soutenir, on rencontre dans ces thèses des témoignages précieux de l'éducation littéraire des candidats. Ce sont des dédicaces pompeuses, en prose et en vers, à Dieu, à la Vierge, à un bienfaiteur ou à un personnage illustre, horsd'ceuvre dont quelques-uns sont accompagnés de vignettes, d'armes parlantes, de devises et d'ornements de tout genre. Ce sont aussi des compliments adressés au futur lauréat par des camarades et des amis.
Le 3o août 17 14, Jean-Bernard Rambaud, de Pernes, soutient sa thèse de doctorat sur ce sujet : a An salutaris sit in praxi medica his in regionibus balneorum usus ? »
Elle est dédiée :
VIRGINI DEIPAR^E ALMiE
Universitatis avenionensis
patrons inclyt.e
se suumque hoc ultimum doctrine
publicum specimen humiliter
d d. d. joannes bernardus