‹ Histoire de la Faculté des sciences de RennesChapitre 13 sur 49 · DUROCHER · texte numérisé non relu

DUROCHER

maintenant le bureau de travail du bibliothécaire, adossée à la rue de l'Hermine. On voit actuellement dans la salle de lecture un arceau à moulures dorées qui marque l'ancienne séparation des amphithéâtres ; les boiseries sont celles qui décoraient la salle de cours de Malaguti. Le public y entrait par la petite porte qui existe encore sur le côté Ouest de l'arceau, et à laquelle aboutissait alors un étroit corridor conduisant au vestibule d'entrée. Celte dernière partie n'a pas changé ; autrefois on pénétrait à la Faculté, comme aujourd'hui à la Bibliothèque, par la petite porte de la rue de THorloge ; on trouvait à droite l'escalier de bois qui y est encore et qui certainement, il y a cinquante ans, était aussi vieux qu'aujourd'hui, avec sa rampe à barreaux de bois et son palier à mi-étage. Au haut de Tescalier, un vestibule sombre; tous les Rennais le connaissent; c'est là que s'ouvre la porte à deux battants qui donnait accès, jusqu'à ces derniers jours, dans le cabinet du Secrétaire général de la Mairie. En 1840, c'était celle du petit musée d'Histoire naturelle.

Les pièces interdites au public comprenaient seulement : 1° Un cabinet pour le professeur de Chimie, attenant au grand amphithéâtre, et éclairé par deux fenêtres sur la rue de l'Hermine : c'était le laboratoire particulier de Malaguti ; 2° Une pièce formant l'angle de la rue de l'Hermine (une fenêtre) et de la rue de l'Horloge (deux fenêtres) servait de cabinet de Physique; on y déposait seulement les instruments qui ne craignaient paj trop les émanations venant du laboratoire de Chimie ; les autres instruments, on a peine à le croire aujourd'hui quand on visite notre cabinet de Physique, étaient en dépôt, en ville, chez le professeur qui devait les apporter à la Faculté chaque fois qu'il en avait besoin pour ses cours; 3° Une petite pièce, à une seule fenêtre sur la rue de l'Horloge, mais séparée de cette rue par

une petite cour : c'était le laboratoire de Chimie où l'on préparait les cours et où se faisaient les analyses ; 4® Une pièce semblable, disposée de la même façon, venait ensuite. Elle était entourée de vitrines où étaient entassées toutes les collections d'Histoire naturelle. C'est elle dont j'ai dit un mot un peu plus haut. Toute cette partie de la Faculté sert aujourd'hui de dépôt des livres de la bibliothèque. Un petit corridor intérieur rendait ces pièces indépendantes; il n'en reste plus actuellement qu'un tronçon où l'on a installé un calorifère.

A ces parties principales il faut ajouter un cabinet pour le Doyen, ayant une fenêtre dans la partie concave de la façade sur la place de la Mairie : c'est le cabinet actuel du Secrétaire général. Un tout petit local en dépendait qui servait de dépôt de verrerie. Il faut signaler enfin le logement de l'appariteur et de sa famille : une pièce unique de 6 mètres sur 3 !

La Faculté avait en outre la jouissance d'une petite cour^ séparée de la rue de l'Horloge par un mur; il s'y trouvait un puits et une pompe, « la pompe de la Faculté », trop souvent détraquée. J'ai trouvé plus d'une trace écrite des plaintes de la Faculté contre cet engin capricieux. La plupart du temps on achetait de l'eau, à un sou le seau, pour le laboratoire de Chimie, aux porteurs qui passaient dans la rue ; cette institution pittoresque, florissante alors, a disparu depuis une dizaine d'années, au grand regret de bien des vieux Rennais qui ne prirent que difficilement leur parti d'avoir de l'eau pure en abondance. La petite cour en question sert actuellement, si je ne me trompe, à loger sous un hangar les allumoirs et lanternes des gaziers municipaux; le puits a été comblé.

On voit par ces indications sommaires que le professeur de Chimie seul était à peu près convenablement logé^ presque aussi

bien même qu'il le fut dans le Palais qui succéda au Présidial ; en tous cas, Malaguti ne s'y trouvait pas mal, sauf toutefois que le carrelage de son cabinet, sur lequel il était toute la journée debout, « lui donnait des rhumatismes tris douloureux du tendon d'Achille ». On lui construisit un parquet en 1844. Une autre amélioration eut lieu en 1845 ; on installa deux becs de gaz à la Faculté, en spécifiant bien qu'ils seraient communs à la Physique et à la Chimie. Voici un passage de la curieuse lettre que Malaguti écrivit au Doyen pour accepter cette munificence :

Quant à l'importance, quoique je ne la trouve pas immense, pour mon cours particulier, il n'en est pas moins vrai que tout professeur de Chimie, et moi, tout le premier, s'estimera heureux d'avoir à sa disposition deux becs de gaz et n'hésitera point à manifester sa reconnaissance vis-à-vis de la commune qui voudra bien lui faire ce cadeau. Au surplus, ce qui peut ne pas être excessivement important pour le professeur de Chimie actuel peut le devenir pour un autre professeur, etc.

Cette lettre n'est-elle pas à la fois touchante et instructive ? Mais que nous sommes encore loin des 300 becs de gaz du laboratoire de Chimie actuel qui remplacent le grand brasier de charbon de bois brûlant toute la journée dans le laboratoire de Malaguti !

Par la suite, ce savant professeur avait si bien pris l'habitude de son installation qu'il ne voulut plus la quitter quand le nouveau Palais fut enfin terminé. Il fallut de longues négociations pour le décider à sortir de son local et à s'exiler « dans les terrains vagues d'au-delà du pont Saint-Georges ». Il résista tant qu'il put aux objurgations des habitants de la Mairie et des rues voisines qu'il empestait des exhalaisons de son laboratoire. Cela était cependant devenu un toile général en 1852, quand Malaguti fut chargé des expertises médico-légales dans l'affaire célèbre

d'Hélène Jégado, cette domestique qui, en peu de temps, empoisonna par l'arsenic, sans motif, une vingtaine de personnes. Ces analyses ne sentaient peut-être pas plus mauvais que bien d'autres, mais l'imagination et l'horreur causée par cette affaire amplifiaient probablement les plaintes des voisins. Quoi qu'il en soit, Malaguti ne lâcha prise qu'en 1856 et, à bout d'arguments, vint rejoindre au Palais Universitaire les autres Facultés et rÊcole de Médecine; celte dernière y était depuis 1852. Cest, comme je l'ai dit^ M. Bellamy qui fit le déménagement, le préparateur en titre, M. Sarzeau, étant âgé et devenu presque aveugle par suite d'une explosion dans le laboratoire. L'opération du transfert ne fut pas simple, car en ces quinze ans, Malaguti avait entassé dans son local une quantité prodigieuse d'objets; il avait même passablement empiété sur le logement de ses collègues.

Quant au professeur de Physique, il lui fut toujours impossible de faire la moindre recherche au Présidial.

Les professeurs d'Histoire naturelle n'eurent jamais de laboratoires spéciaux; la pièce des collections était leur seul territoire; ils travaillaient chez eux, ce qui ne les empêcha pas de faire d'admirables découvertes qui ont illustré notre Faculté.

L'opinion publique ne tarda pas à apprécier, comme ils le méritaient, le zèle et le savoir des nouveaux professeurs ; on se pressait à leurs leçons et jamais popularité ne parut de meilleur aloi. J'ai retrouvé dans une lettre du Maire, les chiffres moyens des auditeurs pendant Tannée 1847. Les voici : Physique et Chimie, 120; Zoologie, 50; Botanique 60; Géologie et Minéralogie, 30; Mathématiques appliquées, 30; Mathématiques pures, 8 à 10. Ces derniers étaient des professeurs et maîtres du Collège qui de plus avaient organisé entre eux des conférences.

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On me permettra d'ajouter un dernier détail qui montrera le désintéressement de nos prédécesseurs. On a vu combien leur traitement était maigre ; ils n'hésitèrent pas cependant à s'imposer un lourd sacrifice qui, pour plus d^un, n'était pas sans mérite. Le nombre des préparateurs était tout à fait insuffisant; il n'y en avait qu'un pour les sciences physiques et chimiques et un autre pour les sciences naturelles. Comme on refusait d'en nommer un troisième, les professeurs de Physique et de Chimie firent sur leurs deniers propres les frais d'un préparateur supplémentaire afin d'avoir chacun le leur. La question d'argent se trouva ainsi résolue au détriment de leur bourse, mais au profit de leur enseignement.

J'ai retrouvé dans les archives de la Faculté des Sciences, une partie des programmes manuscrits, remis par chacun des professeurs au Doyen qui en composa la première affiche des cours de la Faculté. Je n'ai malheureusement pas pu retrouver cette affiche. Il m'a paru intéressant de reproduire ces programmes qui représentent les débuts de l'enseignement de notre Faculté. J'ai pensé que ce serait aussi un hommage rendu à nos prédécesseurs que de reproduire par la photographie les manuscrits autographes de leurs programmes. J'ai choisi ceux de Dujardin et de Malaguti, deux savants dont les noms brillent toujours avec éclat dans la science et sont, sans contredit, les deux plus illustres professeurs de la Faculté des Sciences de Rennes.

Cours de Mathématiques,

Le professeur se propose de donner deux leçons d'analyse par semaine. Elles comprendront le calcul différentiel et le calcul intégral. Une troisième séance sera consacrée à l'astronomie descriptive.

J.-C. Chenou.

Cours de Physique.

Le professeur de Physique se propose d'exposer cette année les propriétés générales de la matière ; la première partie des phénomènes qui dépendent de la chaleur, les actions moléculaires et Pacoustique ; il se réserve de renvoyer à la suite de la lumière et dans la deuxième année du cours la deuxième partie de la chaleur, dans laquelle il exposera les propriétés du calorique rayonnant.

MORREN.

Cours de Chimie.

Le professeur traitera cette année de la chimie inorganique. Il étudiera les propriétés générales des corps simples et de leurs principaux dérivés. Il examinera d'une manière spéciale toutes les combinaisons qui ont trouvé d'importantes applications et il sera porté ainsi à aborder des questions de thérapeutique et de médecine légale et â discuter les points les plus importants de la métallurgie, de la céramique et de plusieurs arts industriels.

F. Malaguti.

Cours de Zoologie et de Botanique.

Le professeur, dans la première partie de son cours, exposera les principes de physiologie et d'anatomie comparée sur lesquels repose l'étude de la zoologie, et fera Tapplication de ces principes â la classification des animaux vertébrés. Â partir du mois de mai, la botanique fera l'objet des cours ; le professeur exposera, en particulier, les caractères des familles et des genres.

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