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CHAPITRE III

La Faculté des Sciences au Présidial

^oici enfin la Faculté sortie de cette première période, longue et laborieuse; elle est définitivement créée; "S^IOCS elle est dotée de ses organes intellectuels; il s'agit maintenant de lui donner un abri et le matériel nécessaire à son fonctionnement.

On se souvient qu'à Tépoque des pourparlers préliminaires, il avait été convenu que la Ville aménagerait un local provisoire en attendant la construction d'un édifice qui recevrait les trois Facultés et TÉcole de Médecine et qui s'appellerait du nom, un peu pompeux, de Palais Universitaire. Une somme de 15.000 fr. avait été inscrite au budget de 1840 à cette intention, en même temps qu'une autre somme de 37.000 fr. avait été votée spécialement pour acheter les collections et instruments indispensables. Le Recteur pressait la Mairie de procéder aux aménagements; le Ministre, de son côté, insistait vivement : il aurait voulu que les cours pussent s'ouvrir dès novembre 1840.

Mais ce désir était irréalisable ; au mois d'octobre, le baron Thénard, qui avait été spécialement chargé à Paris des études de la future Faculté de Rennes , se rendait compte que le Ministre se faisait illusion; il empêcha même Pontallié, que le Maire avait délégué pour l'achat des collections, de conclure les marchés définitifs avant que le personnel ne fût nommé.

La Ville avait affecté au service de la Faculté le premier étage de l'aile Nord de la Mairie, que l'on désigne habituellement sous le nom de Prisidial et où se trouvent actuellement une partie des services de la Bibliothèque municipale. Mais les pièces ne devaient être libres que le i*' octobre 1840; elles étaient occupées par le Tribunal de première instance, qui devait les quitter pour aller au Palais de Justice prendre possession d'autres locaux.

Les travaux ne purent donc commencer que dans les premiers jours de novembre 1840, sur les plans et devis arrêtés par le Conseil municipal, et dont le montant définitif s'élevait à la somme de 17.830 fr. 09, dépassant ainsi de près de 3.000 francs l'allocation primitive. Ce n'était là qu'un premier et léger accident financier ; il devait s'en produire bien d'autres ! La dernière délibération du Conseil, en date du 31 octobre 1840, attribuait, en outre, à l'École de Médecine la belle salle dite « la Chapelle », située sous la tour de l'horloge, pour y faire ses cours (voir sur le plan : beffroi municipal).

Les aménagements furent à peine ébauchés pendant cette fin d'année, et 9.300 francs seulement avaient été dépensés; on reporta le reste du crédit au budget de 1841. Quant aux collections, des achats étaient déjà faits pour 32.944 francs.

 la même séance où furent arrêtés ces chiffres, des plans et devis furent déposés sur le bureau du Conseil pour la construc-

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tion du Palais définitif. C'était le commencement d'une interminable série de vicissitudes que nous exposerons plus loin.

Cependant l'aménagement se poursuivait. Ton entrevoyait même son achèvement, lorsque le 26 avril 1841 surgit un incident qui faillit tourner au tragique. Â cette date, l'architecte annonçait au Maire que non seulement les travaux du Présidial n'étaient pas terminés, mais que, de plus, ses crédits étaient épuisés. Le Conseil se plaignit vivement et nomma une Commission pour vérifier u qui a itijaity ce qui reste à faire et entendre M. le Doyen. Le 25 mal, la Commission constata que les travaux faits dépassaient les crédits alloués; il est vrai : « qu'on les a reconnus indispensables » et, comme consolation, on assure que, « quand la Faculté quittera le Présidial », à peu près tous les travaux faits, sauf pour 4.000 francs, pourront être utilisés. Sur cette bonne parole, le Conseil vota d'abord 4.130 fr. 57 pour payer les dépassements, 7.308 fr. 76 pour nouvelles dépenses à faire^ auxquelles il ajouta 100 fi'ancs pour l'entretien des poêles.

En somme, à cette date, la Ville avait consacré à cette installation provisoire 66.469 fr. 42. Le Conseil, peu satisfait, adopta un ordre du jour sévère pour ceux qui dépassaient ainsi les crédits, et les menaça en termes vifs (notamment l'architecte) de leur laisser en charge les dépenses ainsi engagées.

Malgré ces diverses péripéties, le local se trouva prêt vers le commencement de novembre. Le Recteur invita le Doyen à le visiter officiellement avant de s'y installer, en ayant soin de lui recommander de ne point faire allusion aux ennuis passés. Cette visite eut lieu le 12 novembre et, sauf quelques observations de détail, les locaux furent acceptés ; remise officielle en fut faite à la Faculté.

Pendant que ces travaux s'effectuaient, les professeurs de Physique et de Minéralogie étaient en congé régulier à Paris, où ils surveillaient la construction de leurs appareils. Le doyen Dujardin était arrivé à Rennes au commencement de novembre 1840 pour assister à la séance d'inauguration de la Faculté. En passant à Paris, il avait vu Pontallié que le Maire y avait délégué pour Tachât des collections d'Histoire naturelle. Il est bien certain que cette délégation n'avait pas plu à Dujardin qui avait vu là (et il avait absolument raison) un empiétement sur ses attributions. Comme, d'autre part, Pontallié avait été candidat malheureux à la chaire donnée à Dujardin^ il est possible qu'il avait quelque peu laissé percer son dépit. J'ai trouvé aux Archives municipales une lettre curieuse de Pontallié au Maire où l'on voit déjà poindre l'orage qui devait éclater en 1842, brouiller le professeur et le préparateur et amener Dujardin à abandonner ses fonctions de Doyen.

Voici une partie de cette lettre :

8 octobre 1840.

Bien que je n'aye qu'à me louer sous tous les rapports de mes relations avec M. le Doyen, je n'en suis pas moins fondé à croire qu'il n'a accepté ma coopération aux emplettes d'objets d'Histoire naturelle qu'à raison des connaissances spéciales que je puis avoir dans cette partie, et parce que, obligé de se rendre à Rennes pour son installation et peu disposé à revenir à Paris avant l'ouverture des cours, il n'était pas inutile pour lui, en sa qualité de professeur d'Histoire naturelle, d'avoir quelqu'un sur qui il pût se reposer du soin de choisir et d'acquérir ce qui le regarde exclusivement. Sans cette circonstance, la mission honorable que vous m'aviez confiée et le titre de délégué de la Ville auraient été, à ses yeux, l'une superflue, l'autre sans valeur, parce qu'il ne m'a pas laissé ignorer qu'il y aura constamment tendance de la Faculté à se soustraire à toute dépendance

et même à s^afFranchir de toute influence municipale. Voilà, Monsieur le Maire, ce que je pense et que je crois devoir soumettre à votre appréciation.

Il était indispensable de citer cette lettre, car les incidents qui suivirent et qui ne furent que le développement de ces indications, eurent un retentissement considérable sur la carrière scientifique de Du jardin.

J'aurais voulu pouvoir donner ici une description absolument certaine de Tinstallation de l'ancienne Faculté au Présidial ; mais il m'a été impossible, malgré toutes mes recherches, de retrouver un plan authentique des aménagements de 1840-41. J*ai eu toutefois, grâce à l'obligeance de M. le bibliothécaire Le Hir, le plan de l'organisation projetée pour la Bibliothèque municipale qui succéda à la Faculté dans les mêmes pièces. Les divisions anciennes et nouvelles y étaient reproduites en deux teintes. Je n'ai eu qu'à supprimer la partie projetée pour avoir l'état ancien, et c'est ainsi que j'ai obtenu le plan que l'on voit ci-dessous.

Mais j'avais seulement la distribution des pièces et leur affectation m'échappait. A défaut de document officiel, je cherchais un témoin oculaire. Or, pour retrouver les premières traces de l'installation de la Facuhé, il faut remonter à 45 ans au moins en arrière, et les survivants de cette époque se font rares.

J'ai eu la bonne fortune d'en trouver un. C'est notre aimable et savant collègue M. le docteur Bellamy, professeur à l'École de Médecine. II suivit, comme étudiant, au Présidial, les cours de la Faculté, puis ceux de l'École de Médecine ; il y fut l'élève de Dujardin et de Malaguti \ il alla ensuite à Paris terminer ses études médicales et revint à Rennes en 1855; Malaguti le prit alors comme préparateur de Chimie. Il n'a cessé depuis d'appar-

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tenir à notre Université qui s'enorgueillit d'avoir conservé en lui un professeur de Chimie aussi savant que fin littérateur. C'est M. Bellamy qui, en 1856, opéra le déménagement du laboratoire de Chimie, de la Mairie au Palais Universitaire. Il a bien voulu rappeler pour moi ces souvenirs lointains et tracer sur le plan les indications que Ton peut y lire. Ceux que cet historique intéresse se joindront à moi pour exprimer leur reconnaissance au professeur Bellamy qui a saisi avec empressement cette occasion de témoigner sa gratitude à ses anciens maitres en rappelant avec humour quelques traits curieux de leur caractère.

Voici donc en quoi consista, pour la Faculté des Sciences, une installation qui, provisoire, dura quinze ans. Mais ce provisoire fut loin d'être stérile. De ces rudiments de laboratoires qui nous paraîtraient aujourd'hui si misérables sont sortis de magnifiques travaux; et quand on songe à la pauvreté de leurs ressources, on se fait une idée plus haute de la valeur scientifique des hommes qui, avec si peu de moyens matériels, ont pu effectuer de si précieuses découvertes; on ne peut s'empêcher de penser à ce qu'ils auraient fait s'ils avaient été moins parcimonieusement outillés.

La Faculté était tout entière logée au premier étage du Présidial, dans les locaux actuels de la Bibliothèque municipale. La grande salle de lecture du public, dont les cinq fenêtres s'ouvrent sur la place de la Mairie, ornée alors d'un arbre de la Liberté, était divisée par une cloison qui en faisait deux amphithéâtres inégaux. Le premier, plus petit, était le plus rapproché de la tour de Thorloge; il était affecté aux cours d'Histoire naturelle et de Mathématiques. C'est là que Dujardin, Durocher, Chenou et Dupré ont enseigné. L'autre, beaucoup plus grand, était placé dans la partie Nord ; la chaire était située là où est

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