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CHAPITRE IV

La Faculté des Sciences au Palais Universitaire

E Palais Universitaire, construit sur le quai de TUniversiié, à l'angle de l'avenue de la Gare, fut longtemps commun aux trois Facultés, à TÉcoIe de Médecine, aux Musées municipaux et aux bureaux de l'Académie. Actuellement la Faculté des Sciences a presque complètement abandonné les locaux qu'elle y occupa pendant plus de quarante ans. Il résulte de cette communauté que le Palais Universitaire, n'ayant pas été spécialement affecté à la Faculté des Sciences, il ne m'appartient pas d'en faire un historique complet et détaillé. Je me bornerai donc à résumer brièvement les péripéties variées qui précédèrent et accompagnèrent sa construction, en insistant seulement sur les points qui concernent plus spécialement la Faculté des Sciences. Je renvoie le lecteur que ces détails intéresseraient au rapport de M. le Conseiller Hamon dont il a déjà été question plus haut (Délibération du Conseil municipal, 24 décembre 1846).

On a pu voir par les documents qui précèdent que la Ville de Rennes s'était engagée, lors des conventions préliminaires avec le Grand-Maître de l'Université Villemain, à construire, sans délai, un Palais définitif pour remplacer le logement provisoire qu'elle offrait aux Facultés, et, plus particulièrement, à celle des Sciences, au Présidial. On se souvient que Victor Cousin, en septembre 1840, insistait auprès de Pontallié, délégué de la Ville, pour que Ton commençât tout de suite ce qu'il appelait « son bâtiment »• Il voulait même presser le Conseil royal des bâtiments « qui n'allait pas vite en besogne ». Mais les bonnes intentions du Ministre n'étaient égalées que par ses illusions, et ce n'est que seize ans plus tard que la Faculté des Sciences fut logée tout entière dans ce Palais.

Ce fut en novembre 1840 que, sur la demande du Ministre, le Recteur écrivit au Maire, M. Tétiot, pour lui demander de mettre promptement la question à l'étude.

Dès le 13 février 1841, un premier projet, avec plans et devis, fut déposé sur le bureau du Conseil qui nomma une Commission pour l'étudier. Le 19 février, le rapporteur, M. Leguay, exposa au Conseil que la Commission avait examiné deux questions distinctes :

I. — Doit-on réunir en un seul édifice les trois Facultés, rÉcole de Médecine, le Musée de tableaux et les collections scientifiques de la Ville ?

II. — Doit-on rapporter la délibération du 13 avril 1840 qui indique l'emplacement de la Motte à cet effet, ou choisir de préférence l'endroit voisin des quais ?

<( Le rapporteur déclare que l'unité de local a été décidée a l'unanimité et, à la majorité, l'emplacement situé au Nord de

celui du Collège, emplacement qui joindra au Sud la nouvelle rue projetée parallèlement au quai (rue Touiller actuelle), à l'Est la promenade des Murs (avenue de la Gare), au Nord le quai de la rive gauche de la Vilaine (quai de l'Université)» et pourra être facilement séparé des maisons, à TOuest, au moyen d'une rue qui aboutira au Collège (rue de l'École de Médecine). »

Les conclusions de M. Leguay furent adoptées et l'architecte invité à refaire des plans conformes. Par conséquent le premier projet de construction sur la Motte était abandonné.

Le 26 mars, Tarchitecte envoya ses nouveaux plans qui furent remis à une Commission. Le 23 août, quatre nouveaux plans furent déposés et remis à la même Commission. Deux jours après (25 août 1841) eut lieu une longue séance du Conseil. On discuta sur l'importance des travaux engagés en divers points de la ville, sur le mauvais état des finances. Plusieurs membres étaient d^avis de remettre à plus tard la construction du Palais projeté. Mais le rapporteur et M. Richelot (à ce moment doyen de la Faculté de Droit) déclarèrent qu'il y avait un contrat sacré entre la Ville et l'État; celui-ci serait en droit de retirer ses Facultés s'il n'était pas exécuté; d'ailleurs, les finances de la Ville n'étaient pas en si mauvais état qu'on l'affirmait et l'on pourrait commencer la construction dès 1842 ou au plus tard le 1*'^ janvier 1843.

Une nouvelle Commission fut nommée pour aviser à ce que Ton pouvait faire.

Le 30 août, le ministre Villemain écrivit pour rappeler à la Ville ses engagements.

Le 29 novembre 1841, on refit de nouveaux plans pour le Palais et l'on chargea encore une Commission de rechercher les

M. de Salvandy, vint à Rennes spécialement pour mettre fin à cet état de choses déplorable. Il offrit une subvention de l'État ; il établit un programme net et précis. Le Maire, M. Pongérard, réunit le Conseil municipal le 1 1 décembre^ et c'est dans cette séance que M. Hamon lut le rapport auquel j'ai déjà renvoyé plusieurs fois, dans lequel il exposa l'historique de la question. Voici le passage où les intentions du Gouvernement sont exposées et discutées.

Supposé en effet que, par impossible, vous rejetiez la solution qui vous est offerte, quelle serait la conséquence de ce vote ? Vos engagements, suspendus jusqu'ici, se raviveraient, en quelque sorte^ avec un redoublement d'énergie ; vos querelles recommenceraient avec le Conseil général. Comment exécuteriez-vous le contrat d'échange ? (Il s'agit là, je crois, de locaux pour la Faculté de Droit et le Tribunal.) Le laisseriezvous annuler ? Que feriez -vous alors de la Faculté des Lettres et de la Faculté des Sciences? Et vos Musées, que deviendront-ils? Il faut pourtant songer à les loger, nous dirons plus, à les sauver. Ainsi, des deux côtés : manquement i vos obligations et danger imminent pour les intérêts municipaux.

L'offre bienveillante du Gouvernement réalise au contraire tous les vœux que vous avez exprimés et vous procure les moyens d* action que vous avez successivement désirés.

I. — Votre engagement primitif se bornait à 300.000 francs : il est ramené â ces termes.

II. — Vous demandiez que l'excédent vous fût fourni par le Gouvernement : cette demande est accordée.

III. — Vous vouliez retarder l'amortissement de l'emprunt jusqu'en 1853, pour y appliquer les deux crédits extraordinaires qui deviendront libres à cette époque : vous obtenez cette facilité.

IV. — Vous avez constamment désiré Tunité de construction; si vous y avez une seule fois renoncé, c'était â regret et contraints par les circonstances : on vous fait une loi de ce système.

MORREN

V. — Vous teniez à ne pas augmenter les taxes : vous ne les augmenterez pas.

VI. — Depuis vingt-deux ans vous n'avez cessé, vous et vos prédécesseurs, de demander l'érection de votre École de Médecine en Faculté : la réalisation du projet conduit à ce résultat.

VII. — Depuis vingt-deux ans aussi, vos prédécesseurs et vous, vous essayez de faire de la Ville de Rennes le centre des études littéraires et scientifiques des départements de l'Ouest : ce vœu va être irrévocablement accompli.

Voici maintenant les combinaisons financières que^ d'accord avec le Gouvernement, le rapporteur proposait au Conseil.

Prévision de dépense totale 660.000 fr.

Intérêts de l'emprunt pendant la construction. . . 41.203 —

Total. ...... 701 .203 fr.

Le Gouvernement offre de prendre à sa charge. . . 300.000 fr. La Ville devra emprunter 300.000 —

et prendre le reste, soit loi .205 —

sur ses recettes ordinaires.

L'amortissement se fera en sept ans, de 1853 à 1860. On demandera au Conseil général de contribuer pour 60.000 fr.

Le rapporteur fait remarquer que, pour les installations provisoires, la Ville a déj;\ dépensé :

Pour la Faculté des Sciences 70.000 fr.

Pour la Faculté des Lettres 10.000 —

Pour l'École de Médecine 36.000 —

Terrain acheté pour le futur Palais 22.000 —

Valeur du reste du terrain qu'elle donne 40.000 —

Total 178.000 fr.

Nouvelle subvention 401 .205 —

Total général 579.205 fr.

Après cet exposé, le projet fut renvoyé à une Commission des finances; M. Hamon fut nommé rapporteur; ses conclusions furent adoptées à l'unanimité dans une délibération dont voici quelques passages :

(Délibérations du Conseil municipal de Rennes^ D. I. 24, page 56, Séance du 24 décembre 1846, manuscrit.)

Le Conseil, considérant que la Ville de Rennes est naturellement appelée par ses traditions, par ses mœurs, par sa position géographique et par ses rapports avec les centres qui l'environnent à devenir le centre commun des établissements d'instruction supérieure que le Gouvernement s'occupe de créer pour les départements de l'Ouest ; qu'elle n'a cessé durant plusieurs années de poursuivre de ses vœux et de ses demandes la réalisation de cet ordre de choses ; que lorsque le Gouvernement lui a demandé son concours pour l'accomplir elle Pa accordé avec empressement et que, depuis, elle s'est imposé les plus durs sacrifices pour assurer la réalisation du projet ;

Qu'ainsi elle a dépensé des sommes considérables tant pour l'installation provisoire des deux Facultés nouvelles qui lui ont été accordées que pour la fondation d'une École de Médecine ; que, voulant en outre compléter l'établissement universitaire et le fortifier en le concentrant, elle a décidé de réunir toutes les Facultés dans un bâtiment commun ; qu'elle a essayé par des efiorts persévérants de remplir sa promesse, mais que la pénurie de ses finances et d'autres obstacles plus forts que sa volonté l'en ont empêchée jusqu'ici

Par ces motifs, le Conseil accepte l'offre bienveillante de M. le Ministre de l'Instruction publique et invite M. le Maire à lui transmettre l'expression de sa gratitude

Le Maire écrivit immédiatement au Préfet pour lui demander la convocation du Conseil général, qui^ le 26 décembre, vota les 60.000 francs demandés, répartis en huit annuités.

Tout étant bien arrêté, on s'occupa de terminer définitivement

les devis et les plans; ils furent revus, corrigés, amendés et finalement adoptés le 27 mars 1847.

Voilà donc enfin ce projet arrivé à la période d*exécution, après quelles vicissitudes ! On fixa une date pour la pose de la première pierre et Ton demanda au Ministre, M. de Salvandy, de venir présider la cérémonie le 8 novembre 1847. Un empêchement le retint à Paris et la fête fut remise à plus tard.

Voici en quels termes M. Laferrière, inspecteur général du Droit, délégué à Rennes dans les fonctions de Recteur, annonça cette déconvenue dans son discours de rentrée des Facultés, ce jour-là même, 8 novembre 1847 :

€ Nous avions espéré que le chef de l'Université viendrait poser la première pierre de l'édifice dont il a, d'accord avec la bienveillance du premier magistrat de ce département, secondé le vote et la construction par son généreux concours. Combien il est à regretter que, par un pénible et involontaire incident, notre légitime espérance n'ait pu immédiatement se réaliser ! Nous eussions vu, comme signe d'une heureuse alliance, dans le présent et dans l'avenir, la main du vénérable prélat de ce diocèse bénir la pierre qu'aurait scellée la main du Grand- Maître de l'Université, i

M. Laferrière rendait hommage à la libéralité de la Municipalité « qui s'impose de graves sacrifices pour ériger un monument approprié à la beauté toujours croissante de la ville et aux vues de l'Université. La grande pensée qui fait le lien de nos institutions d'enseignement supérieur sera enfin majestueusement représentée par un monument d'architecture, comme les grandes pensées de la religion, de la justice, des libertés municipales, qui ont leurs temples, leur palais, leur hôtel de ville. Le monument universitaire, lui aussi, frappera vivement les esprits et fera naître dans les cœurs de nobles inspirations. »

Nous sommes au 8 novembre 1847, c'est-à-dire trois mois avant le 24 février 1848

Les travaux commencèrent dès les premiers jours de 1848; la Ville paya régulièrement les dépenses faites. Mais brusquement la Révolution de Février éclatait, et cependant la Ville, pour répondre aux idées du moment, malgré le mauvais état des affaires et de ses recettes, s'empressa d'activer la construction pour occuper le plus possible d'ouvriers; on ne s'intéressait plus seulement au Palais Universitaire, mais aux prolétaires qui le construisaient. On dépensa donc beaucoup dans ce premier exercice.

Mais l'État n'avait encore fait qu*un versement insignifiant sur l'annuité promise. Le Maire, M. Pongérard, inquiet, fit demander des explications au Ministre de l'Instruction publique, Vaulabelle, sur ce retard; c'est M. Legeard de la Diryais, représentant du peuple, qui fut chargé de l'ambassade. Le 14 septembre, le Ministre lui répondit « qu'il a apprécié les considérations présentées par le Maire avec sollicitude », et qu'il a d'autant plus regretté de ne pouvoir donner suite à sa réclamation. « Il n'existe, écrit-il, au budget du Ministère de l'Instruction publique aucun fonds sur lequel cette dépense puisse être imputée. » Il faudrait une loi spéciale pour obtenir les 300.000 francs demandés. Le Ministre « de Tancien régime » pouvait espérer l'obtenir, mais les circonstances ne sont plus les mêmes et la situation du Trésor ne permet pas de soumettre à l'Assemblée nationale un projet d'allocation extraordinaire pour cet objet. « Je n'ai donc aucun moyen de faire payer à la Ville de Rennes la subvention qu'elle réclame. » (^Archives municipales, M,, s/i6.^

Grand émoi à la Mairie. M. Pongérard réunit son Conseil qui délibéra et rédigea une longue pétition adressée « au Citoyen

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