‹ Histoire de la Faculté des sciences de RennesChapitre 20 sur 49 · fr · texte numérisé non relu

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Le Maire de Rennes, M. Le Bastard, se rendit alors à Paris pour s'entendre avec le Directeur de l'Enseignement supérieur sur les détails qui restaient à régler.

Pendant ce temps, les professeurs et l'architecte, M. Martenot, membre correspondant de l'Institut, élaboraient des plans pour l'aménagement des services de la future Faculté. Le contrat définitif fut approuvé par le Conseil le 18 novembre 1887 et les délais pour la construction furent fixés à quatre ans; la remise du nouveau Palais devait avoir lieu le i" novembre 1891; il était en outre stipulé, sur le modèle de la convention avec le Département, qu'il y aurait un laboratoire spé.cial pour les expertises

municipales ; la Ville s'engageait enfin à répartir entre les autres services les locaux abandonnés dans l'ancien Palais par la Faculté des Sciences et à les mettre en état.

Voici en quels termes le Doyen Sirodot exprima, dans son rapport annuel, les sentiments de la Faculté (page 31).

Mais ces pensées ne sauraient affaiblir les sentiments de la plus vive reconnaissance envers l'État, envers la Municipalité de la Ville de Rennes, et, plus particulièrement, envers l'administrateur éminent au nom duquel s'attachera le souvenir des grands travaux accomplis dans notre siècle de progrès. M. le Maire a parfaitement compris que ce n'était pas seulement l'intérêt de la Faculté des Sciences qui était en jeu, mais encore, et surtout, l'intérêt du groupe des Facultés, qui dans un avenir prochain deviendra l'Université de Rennes.

Je suis sûr que mes collègues de la Faculté ne me désavoueront pas si, en 1900, je me permets d'ajouter quelques mots aux paroles de mon prédécesseur pour rendre à chacun Thommage qui lui est dû : La Faculté des Sciences est reconnaissante de leurs efforts non seulement au Conseil municipal de Rennes et au Conseil général d'IIle-et-Vilaine, au Maire Le Bastard, qui fut toujours pour elle un ami dévoué et puissant, mais aussi à ses Doyens M. Sirodot et M. Lecharfier, à M. le Recteur Jarry, et surtout à M. le Directeur Liard dont la sollicitude pour la Faculté des Sciences de Rennes ne s'est jamais démentie et qui en est, comme Ta si bien dit M. le Recteur, « le véritable patron ».

L'année 1888 fut presque tout entière employée à la préparation des devis et des adjudications. Ce n'est qu'au mois de novembre que les vieilles écuries furent démolies et la construction de l'édifice commença aussitôt. J'emprunte ici une phrase au rapport de M. Sirodot au Conseil académique de cette époque : « M. Liard, directeur de l'Enseignement supérieur,

avait heureusement résumé en quelques mots le programme à remplir « Pas de monument^ un atelier de Sciences. » Nous regrettons tous, et c'est la seule critique que je me permettrai, que le conseil de M. Liard n'ait pas été un ordre; nous aurions préféré moins de pierre sculptée, moins de festons et d'astragales, mais plus de lumière, et à profusion. Nous aurions aimé une construction qui n'aurait peut-être pas eu la majestueuse ordonnance du style « néo-grec », mais où de grandes baies vitrées eussent remplacé les trop parcimonieuses fenêtres qui nous rationnent le jour; M. Liard Ta bien dit, un atelier y c'est ce qu'il nous eût fallu. La même erreur a été commise dans d'autres villes et je renvoie le lecteur qui voudra s'en convaincre à l'intéressante brochure Usine et Laboratoire^ de notre savant collègue de Bordeaux, M. Duhem.

Quoi qu'il en soit, sous la réserve de l'expression de ces regrets, qui me feront peut-être traiter de barbare, nous nous réjouissions de voir sortir de terre notre future maison. Dès la fin de 1889, la construction était fort avancée; l'état des travaux laissait espérer que la Faculté serait livrée à la date promise. Mais l'installation de la charpente et les gros aménagements intérieurs traînèrent en longueur. Une Exposition d'art rétrospectif, installée dans la partie couverte du Palais, occasionna un retard considérable. Au i" novembre 1891, date à laquelle le bâtiment aurait dû être livré, deux services seulement étaient en état de recevoir des meubles : le logement du concierge et la Géologie (rapport de M. le Doyen Sirodot). Il n'y avait que la partie où avait eu lieu l'Exposition qui fût parquetée.

M. le directeur Liard vint à Rennes en septembre 1891. Il constata que les sommes prévues pour l'installation intérieure étaient absolument insuffisantes. Il promit alors deux annuités

de 50.000 francs si la Ville voulait, de son côté, consacrer aux travaux complémentaires 100.000 francs prélevés sur les bonis de la reconstruction du Lycée. On convint d'organiser de suite seulement les services de la Physique et de la Chimie, qui pourraient être inaugurés au mois de novembre 1892.

Ces deux services, ainsi que l'amphithéâtre de Mathématiques, ne furent prêts que dans l'été de 1893, et s'ils le furent à cette date, c'est que le Président de la République, Carnot, devant faire un voyage en Bretagne (voyage qui, on s'en souvient, fut contremandé au dernier moment), on désirait lui faire inaugurer la nouvelle Faculté, ou du moins les services du rez-dechaussée. L'installation de cette partie fut terminée en même temps que celle d'un système de chauffage par la vapeur à basse pression.

M. Liard, dans un nouveau voyage à Rennes, en septembre 1893, témoigna, d'une manière effective, sa satisfaction des aménagements faits. Voici, en effet, le passage que je relève dans le rapport de M. Sirodot au Conseil académique :

a Nous avons eu la satisfaction d'entendre M. le Directeur nous dire, au moment de prendre congé : « Vous avez une conduite d*eaa, une conduite de gaz, une conduite de chaleur ; il vous manque une conduite d'électricité, je vous la donne. » Quelques jours après nous recevions l'avis qu'une somme de 40.000 francs était mise à la disposition de la Faculté des Sciences pour compléter son matériel scientifique. Nous devons à M. le Directeur l'expression de la plus vive reconnaissance pour cette généreuse allocation qui classe la Faculté des Sciences de Rennes parmi celles qui sont l'objet des plus sérieuses sollicitudes de l'État. 9

Pendant la première partie de 1894, l'aménagement intérieur continua lentement. Mais une très importante modification des

programmes de renseignement des Facultés des Sciences vint, bien avant que le bâtiment ne fût terminé, en modifier Torganisation primitivement prévue. Il avait été décidé que les étudiants en médecine, avant de commencer leurs études médicales proprement dites, passeraient un an dans les Facultés des Sciences pour y acquérir un diplôme remplaçant à la fois l'ancien baccalauréat restreint et la première année de Médecine, telle qu'elle existait alors.

Dès l'ouverture de cet enseignement, en novembre 1894, ^^ fallut organiser des cours et travaux pratiques pour une quarantaine de nouveaux étudiants. Pour la Physique et la Chimie, on pouvait se servir des locaux récemment installés ; mais pour les Sciences naturelles on dut aménager, plutôt mal que bien, les pièces du rez-de-chaussée qui depuis sont devenues le cabinet du Doyen, les archives et la salle du Conseil de la Faculté.

Pendant les vacances de 1894, un moteur à gaz de seize chevaux, une belle dynamo et une batterie considérable d'accumulateurs fut installée dans une construction légère dans la cour de la Physique, sous la direction du professeur Gripon et de M. Vèzes, maître de conférences. C'est à la même époque que le service de la Géologie put commencer à s'installer dans la partie Est de la Faculté ; quelques meubles furent construits et le professeur put enfin quitter le local absolument rudimentaire qu'il occupait à l'ancien Palais Universitaire.

Une autre modification importante eut lieu à cette époque. On avait réservé une grande salle, avec entrée particulière par le portail de la rue Kléber, pour en faire en quelque sorte la galerie des fêtes de l'Université. Il fallut la transformer en une simple salle de cours, car l'unique amphithéâtre réservé à la Physique et à la Chimie devenait complètement insuflSsant.

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L'année 1895 se passa tout entière dans ce demi-provisoire. Il faut cependant mentionner un vote du Conseil général dlUeet-Vilaine qui donna à la Faculté deux annuités de 10.000 francs pour contribuer à ses aménagements. D'autre part, à ce moment. Ton s'occupait des chemins de fer départementaux dont la création était décidée. Une gare devait être construite sur la cale de Viarmes, derrière la Faculté des Sciences. D'accord avec l'ingénieur en chef, M. Rousseau, et avec l'appui de M. Liard, la Faculté demanda la cession de la partie de la cale qui lui était contiguë.

Si l'année précédente on avait pu loger, tant bien que mal, trente-six étudiants du Certificat des Sciences physiques, chimiques et naturelles (P. C. N.), à la rentrée de novembre il s'en trouva plus de quatre-vingts inscrits. Il fallut donc aviser au plus tôt. Rapidement on construisit dans les combles du second étage, au-dessus de la Géologie, un laboratoire de Chimie pouvant contenir soixante étudiants ; vingt autres manipulèrent dans la salle du rez-de-chaussée primitivement réservée aux candidats à la Licence. D'autre part, on transforma en laboratoire d'Histoire naturelle les deux tiers de la grande galerie du premier étage affectée, sur les plans, au musée de Zoologie. L'amphithéâtre d'Histoire naturelle, beaucoup trop petit, fut agrandi par l'adjonction d'une pièce prise également sur les galeries de collections. Le service de la Zoologie possédait enfin au second étage, sur le quai, une série de pièces destinées aux travaux de Microgr-aphie. Elles lui furent toutes, sauf une, enlevées pour servir de salle de travaux pratiques de Physique. Le professeur de Zoologie s'inclina devant la nécessité, mais il continue à regretter amèrement la disparition de son service des seules pièces qui pouvaient être utilisées pour l'emploi du microscope,

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à peu près toutes les autres étant orientées en plein Ouest, et par conséquent inutilisables pour cet usage pendant les deux tiers de Tannée.

Malgré ces difficultés Tœuvre s'avançait vers son achèvement ; le Directeur de TEnseignement supérieur continuait à la suivre avec une bienveillante attention ; il voulut de nouveau juger par lui-même de ce qui avait été fait et de ce qui restait à faire. Il se rendit à Rennes en 1897, pressa les travaux qui viennent d'être indiqués, et dont la dépense s'éleva à 55.000 francs. Peu après, il accorda environ 20.000 francs de crédits supplémentaires pour Tachât des instruments nécessités par le grand nombre des nouveaux étudiants.

Désormais nous étions pourvus d'une importante partie de nos organes et nous allions les voir fonctionner sous une autre étiquette. La loi du 10 juillet 1896 créait les Universités. Le titre en fut pris pour la première fois le jour de la visite que le Président de la République, Félix Faure, fit à Rennes le 12 août 1896. Il réunit le personnel de TUniversité dans la grande salle du premier étage où sont aujourd'hui les collections de Zoologie. Le Président circula dans bien des pièces absolument nues et put constater la lenteur des aménagements ; on lui fit remarquer aussi qu'avant d'être finie la Faculté était déjà trop petite.

La gêne qui provenait du nombre des étudiants fut encore plus manifeste Tannée suivante ; il fallut dédoubler tous les exercices pratiques; à la fin de 1897 il y avait déjà plus de cent étudiants de première année inscrits.

Cependant une nouvelle adjudication de travaux avait eu lieu et Ton s'occupa enfin d'achever le service de la Géologie et de commencer ceux de la Zoologie et de la Botanique, laissés complètement en souffrance au Palais Universitaire. La Géologie

fut défîniiivement installée à la fin de 1897. Le service de la Botanique fut livré quelques semaines plus tard.

Quant au service de la Zoologie, on a vu que presque toutes ses pièces du second étage lui avaient été enlevées ; sa grande galerie de collections avait été, pour plus de moitié, transformée en un laboratoire d'étudiants, qui lui était commun avec la Botanique. Dans ce qui restait, il fallut encore trouver un cabinet pour le maître de conférences et un petit atelier de montage. Il ne resta plus pour les collections qu'une des quatre grandes salles primitives et la moitié d'une autre plus petite. Elles furent aménagées avec les vitrines enlevées au Palais Universitaire et Ton ne put y placer que les objets d'un usage journalier pour l'enseignement. Tout le reste, soit plus des deux tiers, des collections est resté au Palais Universitaire. Ce fait rend difficile l'entretien et la surveillance de ce Musée, et provoque les réclamations des professeurs des autres Facultés qui attendent son départ pour s'installer dans ses locaux devenus libres.

Au milieu de ces embarras que nous ne faisons qu'indiquer, M. ringénieur en chef Rousseau et M. le Doyen Lechartier poursuivaient leurs démarches; elles aboutirent, en 1897, ^ '^ cession définitive du terrain de la cale de Viarmes. En vertu d'un décret du 3 avril 1897, ^^ terrain, long de 40 mètres, large de 39", 40, d'une surface de 1.580 mètres, est attribué à la Faculté des Sciences en vue d'agrandissements. Il est estimé 27 francs le mètre, sa valeur est donc de 42.660 francs.

Au commencement de 1898, la nouvelle série d'aménagements était terminée ; elle laissait la Faculté dans l'état où nous la trouvons aujourd'hui. Les pièces réservées aux services de la Mécanique et de l'Astronomie sont restées inachevées. Et pour que l'on ne m'accuse pas de ne voir que le côté utilitaire,

sacrifions aux grâces, et exprimons le vœu qu'une belle porte achève la décoration de la façade et remplace^ à bref délai, les planches qui servent de clôture depuis bientôt dix ans au temple (néo-grec) de la Science.

Cette dernière série de travaux a coûté 86.000 francs.

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