II. — Projets d'Agrandissements
Tel est l'état présent; il ne réalise pas encore tous nos vœux. La Facuhé est propriétaire de 1.580 mètres de terrain contigu à sa façade Est ; elle compte les utiliser en construisant une annexe destinée à loger les enseignements spéciaux des étudiants du certificat des Sciences (P. C. N.); il s*y trouvera un grand amphithéâtre. Cest simplement la réalisation du plan primitif. Le transfert des salles de manipulations, dans ce bâtiment, laissera libre, au premier étage, les galeries de Zoologie et l'on pourra enfin y transporter les collections restant encore au Palais Universitaire. Les Facultés des Lettres, de Droit, la Bibliothèque universitaire pourront alors s'y installer, et entrer en possession de ces locaux qu'elles entrevoient depuis si longtemps comme une inabordable terre promise.
Je ne puis mieux terminer ce chapitre qu'en insérant le rapport de M. le Doyen Lechartier au Conseil général d'Ille-et- Vilaine ; Les projets d'avenir et d'amélioration de la Faculté y sont si clairement exposés que le Conseil s'est laissé convaincre et a voté la subvention demandée.
^ux Membres du Conseil général du déparlement d'Ille-et-Vilaine,
Messieurs,
A la session d'août 1898, j'avais l'honneur de vous présenter une demande de subvention pour l'agrandissement de la Faculté des Sciences. Dans un rapport présenté au nom de la i" Commission, M. de la Borderie, après avoir énuméré les subventions déjà votées par le Conseil général pour la reconstruction de la Faculté, concluait au rejet de la demande parce que son adoption forcerait le Département à avoir recours à l'emprunt, ce qu'il ne doit faire qu'en cas d'absolue nécessité. Les conclusions du rapport ont été votées par le Conseil dans sa séance du 25 août 1898.
Permettez-moi, Messieurs, d'insister de nouveau auprès de vous pour vous prier de revenir sur ce vote et de ne pas nous refuser votre concours dans des circonstances qui ont pour notre Faculté une importance de premier ordre.
Notre gratitude à l'égard du Conseil est à la hauteur des sacrifices qu'il a déjà consentis et nous avons la grande satisfaction d'avoir fait servir toutes les ressources dont nous avons été dotés à la prospérité de notre centre universitaire.
Si nous n'étions guidés par un devoir impérieux, nous serions heureux de jouir tranquillement des améliorations déjà réalisées, et, nous maintenant dans les limites d'une réserve facile, nous ne viendrions pas vous importuner de nouveau.
Lors de la reconstruction de la Faculté des Sciences, on avait prévu comme laboratoires, salles de collections, amphithéâtres, tout ce qui était alors indispensable à l'instruction des étudiants qu'elle devait recevoir et qui se composaient essentiellement de jeunes gens qui se destinaient au professorat. C'est une mission à laquelle notre Faculté s'est toujours consacrée, et, dans beaucoup de collèges de notre Académie, qu'ils appartiennent à l'Université ou à l'Enseignement libre, on trouve ses anciens élèves à la tète du personnel chargé de TEnseignement scientifique.
Nous devons dire que nous avons ajouté aux cours de Licence des enseignements préparatoires à l'agrégation des Sciences physiques et nous étudions les moyens d'installer la préparation à l'agrégation des Sciences mathématiques. En perfectionnant tout ce qui peut servir à former de bons professeurs, nous croyons être utiles à la jeunesse bretonne.
Mais les Facultés des Sciences ont accepté une mission nouvelle, différente de la précédente et aussi importante pour les intérêts français. En étudiant le développement de ^industrie en Allemagne, on a constaté que sa prospérité était due surtout aux savants de divers ordres qui étaient sortis des laboratoires de ses Universités. On a compris qu'il était nécessaire de fournir à l'industrie française les mêmes avantages.
En 1894, lors de la création du Certificat des Sciences physiques, chimiques et naturelles, le rapporteur de la Commission disait : « En (( même temps qu'il donnera aux futurs médecins une préparation c( scientifique indispensable, il pourra la donner aussi à d'autres et « devenir ainsi le point de départ d'un enseignement technique utile à « notre industrie nationale. . . Il est impossible de méconnaître le rôle « de plus en plus grand que prend la science pure dans l'activité et le « travail de notre société : l'admirable développement de l'industrie CI chimique dans un pays voisin, de l'industrie électrique dans tous les « pays, ont eu pour agents supérieurs ou subalternes des hommes qui a avaient suivi les cours des Universités ou qui sortaient d'Instituts « dirigés par des professeurs d'Université. »
Depuis six ans, nous avons développé progressivement l'enseignement des Sciences physiques, chimiques et naturelles, dans une voie essentiellement pratique, en dehors de toute préoccupation relative à la carrière du professorat. Les enseignements du Certificat des Sciences physiques, chimiques et naturelles, nos cours de Chimie générale, de Chimie appliquée^ de Physique appliquée, constituent un ensemble complet qui permet â nos étudiants d'acquérir tout ce qui est nécessaire pour occuper une bonne place dans l'industrie, tout ce qui est utile pour suivre et mettre en pratique en agriculture les découvertes de la science.
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Nos enseignements sont réglés de telle sorte que tout jeune homme intelligent peut venir dans notre Faculté commencer et poursuivre jusqu'à leur achèvement complet les études théoriques et pratiques nécessaires dans toutes les industries. Pour être admis dans nos laboratoires, il n'est pas nécessaire de posséder le diplôme de bachelier ; il suffira de posséder Tinstruction que donne l'école primaire supérieure pour venir recevoir les mêmes enseignements que les étudiants bacheliers. A ceux qui ne seraient pas autorisés à prendre le diplôme de licencié, il sera possible de délivrer un diplôme d'université constatant leurs connaissances et leurs aptitudes.
Je sais qu'on peut objecter que l'industrie est peu développée dans notre département et que la majeure partie de sa population vit de l'agriculture ; mais le progrés agricole est intimement lié à la diffusion des connaissances que nous cherchons à propager.
Le département d'IUe-et- Vilaine possède des mines. Les compagnies qui les exploitent ne se contenteront pas à perpétuité d'extraire du minerai, sans le traiter, et de l'expédier dans les départements voisins qui s'enrichissent en transformant leurs matériaux constitutifs. Un progrés facile à réaliser peut fournir à bas prix l'acide sulfurique nécessaire à la fabrication des superphosphates et notre région pourrait, à ce point de vue, cesser d'être tributaire des départements de la Loire- Inférieure, de la Manche ou du Nord. La tannerie se transforme et met à contribution l'électricité et les extraits qui se fabriquent dans le département. Les industries du lait, du cidre, ont besoin d'hommes possédant des connaissances scientifiques et pratiques spéciales. La ville de Fougères doit sa prospérité à une industrie qui a su s'y implanter. Pourquoi d'autres industries ayant plus spécialement besoin de chimie et de physique ne seraient -elles pas créées sur d'auties points du département ? Le développement industriel est la conséquence immédiate du progrès de l'instruction scientifique qui seul le rend possible et le prépare.
Nous sommes persuadés que les Facultés des Sciences marchent dans une voie sérieusement utile et nous n'avons pas voulu rester en dehors du mouvement qui s'est produit dans toutes les Universités. î Aussi, avant même d'avoir à notre disposition comme locaux tout ce
qui aurait été nécessaire dés le premier jour, nous n'avons pas hésité à détourner de leur affectation première les salles destinées aux collections et nous les avons transformées en laboratoires ; nous avons utilisé dans le même but des greniers. Nos enseignements sont créés et sont prospères ; mais nous sommes dans une situation qui ne saurait se prolonger. Les laboratoires de Chimie, destinés aux étudiants du Certificat des Sciences physiques, chimiques et naturelles, sont trop petits. Cet état de choses a des inconvénients graves. Un amphithéâtre nous fait défaut pour la régularisation du service des cours. Les collections que Ton a laissées dans les galeries du Palais Universitaire ne peuvent rester indéfiniment en dehors des bâtiments où se donne renseignement.
La Physique appliquée n'a pas encore de laboratoire.
Depuis 1893, notre Faculté a dû chaque année faire face à des obligations nouvelles et, dés cette époque, nous avons constaté que les bâtiments qui lui étaient affectés se trouvaient complètement insuffisants. Aussi, lorsqu'il a été question de combler la cale de Viarmes, nous avons obtenu de l'État cession d'une superficie de 1.580 mètres carrés formant un rectangle ayant même largeur que la Faculté et s'étendant jusqu'à 40 mètres de sa façade Est. Le terrain a été remis à la Faculté à la date du 10 juin 1897.
Le Conseil de l'Université de Rennes, reconnaissant la nécessité d'agrandir la Faculté des Sciences, a décidé d'y contribuer dans la mesure de ses ressources et il a voté sur ses recettes annuelles, à partir de 1898, une subvention de 5.000 francs qui sera continuée pendant dix années.
Le Conseil a mis pour condition que la Ville et le Département fourniraient le reste de la dépense.
L'État, en abandonnant aux Universités les recettes qu'elles encaissent actuellement, a cessé d'alimenter les crédits extraordinaires qui étaient consacrés antérieurement aux agrandissements des Facultés ; cependant, nous avons la promesse qu'une allocation nous serait accordée et nous avons des raisons de penser qu'elle ne sera pas inférieure à 1 5 .000 francs. Je l'inscris avec d'autant plus de satisfaction que cette promesse est la preuve de l'intérêt que M. le Directeur de l'Enseignement supérieur porte à la réalisation de nos projets.
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La Municipalité de la Ville de Rennes, qui comprend le bien-fondé de nos demandes, accepte dés maintenant de consacrer à l'agrandissement de la Faculté les sommes qui restent disponibles sur l'ensemble des crédits primitivement affectés à sa construction et à son aménagement. Le reliquat s'élève à 56.000 francs.
Il provient de ce fait que nous avons réduit le plus possible nos frais d'installation en vue du projet actuel.
La Ville est disposée à faire le possible pour nous permettre d'aboutir à une solution, mais ses ressources sont très limitées et nous ne pouvons pas lui demander de gros sacrifices en dehors de ceux qu'elle a déjà consentis.
Le concours du Département nous est donc indispensable, et si le Conseil général veut bien nous l'accorder dans la mesure d'une subvention de 25.000 francs, nous sommes certains du succès.
Nous ne pouvons fournir, d'une manière rigoureuse, le montant de la dépense ; mais, sur la demande de M. le Maire, M. Le Ray, architecte de la Ville, a étudié la question de la construction d'une annexe sur le terrain de la cale de Viarmes. Il y avait à considérer les trois questions se rapportant :
1° Au terrain ;
2° Aux fondations, à la maçonnerie et à la charpente et couverture ;
}^ A la menuiserie, serrurerie, plâtrerie et aménagement des Laboratoires.
Le terrain est acquis. Il est apporté par la Faculté et représente, d'après l'évaluation des Domaines, une valeur de 42.660 francs; le mètre carré est estimé à 27 francs.
Nous sommes certains que c'est un minimum.
L'article 3 relatif à l'aménagement des Laboratoires représente toujours une dépense assez élevée.
En prenant pour base les dépenses faites pour les Laboratoires déjà construits, on estime que les devis relatifs à cet article s'élèveraient à 65.000 francs. Celte somme est couverte par l'allocation de l'Université, 50.000 francs, et par celle du Ministère, 15.000 francs.
Reste l'article 2 qui comprend les fondations, la maçonnerie et la charpente avec sa toiture. Nous avons besoin de locaux, laboratoires
LECHARTIER
et amphithéâtres, ayant une superficie de 830 métrés carrés. Construira-t-on un simple rez-de-chaussée sur le pourtour du terrain qui nous est acquis, ou élévera-t-on un bâtiment avec premier étage, parallèle â la façade Est actuelle et séparé de cette façade par une cour intérieure ? Ces questions ne sont pas résolues ; on choisira la solution la plus économique, tout en cherchant â faire quelque chose qui soit en harmonie avec les bâtiments actuels. Or, les fondations devront être établies dans des terres rapportées, et d'après le prix de revient des constructions établies pour l'École de Médecine, M. l'Architecte estime que la dépense atteindra 90.000 à 100.000 francs. Une subvention de 23.000 francs venant s'ajouter au reliquat actuel, 56.000 francs, donnerait le moyen d'arriver i une solution en laissant à la Ville le complément nécessaire et la dépense provenant des aléas.
Nous avons désiré fournir au Conseil général un exposé complet de la situation. Il peut juger que la solution de la question qui est si importante pour nous et pour le Département est entre ses mains : la subvention que nous demandons complétera un ensemble de ressources acquises et permettra de réaliser des projets dont nous poursuivons pas à pas l'exécution depuis six années.
Un refus frapperait de stérilité tous nos efforts antérieurs et rendrait inutilisables les ressources que nous avons acquises et celles que nous nous sommes créées par les économies réalisées.
Le Conseil général, nous l'espérons, ne nous refusera pas le moyen d'effectuer les agrandissements qui nous sont nécessaires pour nous permettre de nous consacrer utilement à l'oeuvre d'enseignement théorique et pratique que nous avons acceptée dans l'intérêt de la région.
Lors de la session qui doit s'ouvrir prochainement, je resterai â la disposition des Commissions du Conseil pour leur donner tous les renseignements complémentaires dont elles pourraient avoir besoin.
Veuillez agréer, Messieurs les Conseillers généraux, l'expression de mes sentiments respectueusement dévoués.
Le Doyen de la Faculté des Sciences ^
G. Lechartier.
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J'ai tenu à donner, in-extcnso, le rapport de M. le Doyen Lechartier, parce qu'il expose clairement les projets de la Faculté et les moyens dont elle dispose pour les réaliser.
Le Conseil général dllle-et- Vilaine, dans sa session d'août 1899, s'est si bien rendu compte de l'importance des services intéressés qu'il n'a pas hésité à accorder les 25.000 francs demandés.
Actuellement, après ce vote, la Faculté des Sciences dispose des sommes suivantes : 1° 25.000 francs donnés par le Conseil général ; 2° 56.000 francs, reliquat des anciens crédits non dépensés; 3** 50.000 francs provenant des fonds de l'Université. Au total 131.000 francs, auxquels viendra s^adjoindre une subvention du Ministère.
C'est avec ces ressources que va être construite, sur la place de Viarmes, l'annexe qui doit permettre à la Faculté d'installer convenablement ses nouveaux services et d'abandonner les locaux qu'elle occupe encore dans le Palais Universitaire.
Ce chapitre a un épilogue.
Au commencement du mois de mars 1900, M. le Directeur Liard est revenu à Rennes. Après avoir visiié les différents services, après s'être entendu avec les autorités municipales, il a réuni le Conseil de l'Université.
Cette séance constitue une date importante dans l'histoire de la Faculté des Sciences. La subvention de 50.000 francs votée par le Conseil de l'Université de Rennes pour son agrandissement devait être versée en dix annuités de 5.000 francs chacune. Pour éviter les difficultés d'un emprunt et hâter les travaux, le Conseil décida d'utiliser une partie de ses réserves pour compléter les annuités déjà acquises et opérer, en une seule fois^ le versement intégral de la subvention.
Notre Université, libérée de cet engagement, pourra reconstituer son fonds de réserve et travailler à de nouvelles améliorations.
La Faculté des Sciences a, de plus, accepté de donner temporairement rhospitalité à l'enseignement de la Géographie physique qui vient d'être créé à la Faculté des Lettres. Elle demande même que ces cours, qui ont pour base les Sciences physiques et naturelles, lui soient, comme ils le sont à Paris, définitivement rattachés.
M. Liard, enfin, a consulté le Conseil sur un projet de réunion des deux Bibliothèques, Universitaire et Municipale, qui seraient juxtaposées dans la portion du Palais du Commerce dont la construction est imminente. Le Conseil de l'Université s'est montré favorable à ce projet qui, depuis, après une demande formulée par M. le Maire de Rennes, a été accepté à Tunanimité.
Il résulte de ces diverses combinaisons que, dans un avenir prochain, le départ de la Bibliothèque Universitaire, du Musée de Zoologie et des derniers services de l'École de Médecine, permettra de doter les Facultés de Droit et des Lettres de divers locaux qui leur font encore défaut, notamment pour installer convenablement une belle collection de moulages dont l'entassement actuel empêche de tirer tout le parti désirable. Le Conseil de l'Université y gagne aussi une salle de réunion, et la Ville de Rennes pourra en même temps agrandir ses Musées, et mettre sous les yeux du public ses admirables richesses artistiques, encore trop peu connues.
Comme on le voit, bien des modifications, et des plus importantes, sont décidées, et même en voie d'exécution, non seulement dans ce vieux Palais Universitaire dont nous avons suivi la création laborieuse et exposé les remaniements multiples,
mais aussi dans cette nouvelle Faculté des Sciences qui, se Jcveloppani plus vite qu'où ne l'avait supposé, est, au bout de quelques années, dans la nécessité de rompre la belle prison de pierre où l'on croyait l'avoir logée confortablement pour un siècle !