LOUWYS FICTOOR
A l'enseigne de la double BURETTE.
Étranger à Delft, Louis Fictoor fut admis, le 3i mai 1689, en qualité de maître peintre (plateelschilder)y par la Gilde de Saint-Luc, et s'établit à l'enseigne de la Double Burette {jn de Dubbelde Schenkkan) avec trois apprentis.
Ses produits ne tardèrent pas à attirer l'attention. Ils étaient, en effet, d'une qualité exceptionnelle. Ce sont ces belles potiches, ces gracieuses bouteilles dccorces au grand feu, qui nous ravissent encore aujourd'hui par l'élégance de leurs formes et la richesse de leur ornementation. Celle-ci était cependant obtenue avec un nombre limité de couleurs, trois généralement, parfois quatre: le rouge de fer, le brun de manganèse presque noir, le bleu et le vert; on connaît également quelques pièces avec du jaune; mais ces couleurs habilement disposées, heureusement opposées, forment le plus souvent des dessins orientaux d'une grâce exquise, sur lesquels se détachent des guirlandes ou des lambrequins noblement dessinés.
Beaucoup de ces pièces sont cannelées ou côtelées, ce qui était la grande mode d'alors; la pâte est de finesse courante, la couverte manque parfois de blancheur, et semble mêlée à quelque substance grasse qui aurait empêché les couleurs de se fixer uniformément; mais l'émail est toujours éclatant, et le décor digne d'être pris pour modèle.
La marque de Louwys Fictoor se compose de ses deux initiales combinées d'une façon assez singulière et qu'il serait assez difficile de distinguer de celles de Lahbartus Eenhoorn, si l'un et l'autre n'avaient pris soin de faire accompagner leurs marques respectives d'autres lettres ou signes qui peuvent servir à les caractériser. C'est ainsi que le monogramme de Louwys Fictoor est souvent accompagné des lettres D S ou DK,' initiales de son enseigne Dubbelde Schenkkan ou Dubbelde Kan, et ^ aussi du monogramme appartenant à Jan Pietersz, qui fut contre-maître chez yTj »- lui. V
I Z M. Jacquemard a relevé sur des flambeaux décorés en camaïeu ^"ç
1/ y bleu la marque de Fictoor suivie des initiales de sa fabrique (voir ^ ^^T^ à droite).
^ Une pyramide polychrome, d'une grande élégance et d'un superbe décor,
4" qui se trouve à la Haye dans la collection Loudon , nous donne ce mono-
/^ gramme associé à celui de Jan Pietersz. (Voir à gauche.) ^
I Et une délicieuse cafetière de la plus svelte élégance, apparte- \/ y
' nant à la même collection, nous ofifre ces deux marques réunies. «^
C'est ce dernier monogramme que nous reproduisons à gauche. ^
Les belles œuvres de Louis Fictoor lui valurent, dans sa corporation, • ^^ un crédit et une influence indiscutables. f-^ 1? l^
Malgré sa qualité d'étranger, il fut nommé doyen après dix ans d'exercice, I et il remplit les fonctions de syndic pendant les années 1700 1701, 1704-1705, 1707- 1708-1709 et 1713.
Le 29 avril i685, Louis Fictoor avait épousé Elisabeth van Swenne, fille du céramiste
2g8 Histoire de la Faïence de Delft.
de ce nom (HL. n* 36). Devenu veuf, il se remaria, le 25 avril 1695, avec Maria Fabius
(HL. n* 57), dont il eut un fîls qui fut baptisé à la vieille . y*^ - ^ j église, le i«'mai 1697. ^ signature, que nous avons re-
iCf^^Z^^^ trouvée sur les registres de Tétat civil, était ferme et
belle; nous en donnons ici un fac-similé. Il fut diacre de sa paroisse.