LA DERNIÈRE PÉRIODE
FABRICATION
VEc le dix-huitième siècle, l'industrie des plateelbackers de Deift devait encore subir une nouvelle transformation. A ce moment , l'emploi de la faïence se généralise et se démocratise. Jusque-là elle avait été un objet de luxe, réservé pour les grands personnages j pour les riches familles, Fig. 5i. - Aiguière dtcorée pQuj. jgg patriciens en un mot. Elle était
en camateu bleu. * ^
icoïkctionj.F. Lcudoa.] ^^^^^ coûteusc que la porcelaine des Indes; mais son prix^ encore trop élevé, lui avait fermé les modestes demeures. Suivez Pieter de Hooch dans ses intérieurs bourgeois; accompagnez W. Kalf à la cuisine, N. Maas à l'office, J. Steen au cabaret, nulle part vous ne verrez la faïence abonder. Par-ci par-là, un broc sans
décor ou une canette commune; de loin en loin, un grand plat à huîtres peint en camaïeu, et c'est tout. Les Gildes elles-mêmes ne comptaient pas la faïence parmi leur attirail mobilier. Voyez plutôt tous ces beaux gardes civiques qui peuplent le grand Banquet de Van der Helst. Ils mangent bravement sur leur pouce, et c'est à peine si leur couvert compte une douzaine d'assiettes en étain»
Ce métal régnait alors en maître; son emploi était universel, et les intérieurs riches et cossus n'y renoncèrent pas volontiers. Même quand la porcelaine et la faïence eurent pénétré dans les demeures aristocratiques, il resta en possession de certaines prérogatives, et les vases, de forme spéciale ^ dont les médecins de Jan Steen étudient si attentivement le contenu, continuèrent d'être en é tain. Bien mieux, la fabrication des faïences, s'inclinant devant une possession si bien établie, n'hésita pas à s'abriter sous son patronage, et dès 1639 nous trouvons une plateelbackery prenant un pot de métal pour enseigne avec l'inscription : Jn de tnetale Pot.
Mais tout cela allait changer^ se modifier ^ se transformer. Dès la fin du dix-septième siècle, l'exploitation des faïenceries s'était faite commerciale. Ce ne sont plus exclusivement des ce Maîtres » qui dirigent les fabriques, mais des Winckel'houderSj c'est-à-dire des négociants ou des capitalistes. Dès lors la concurrence se développe, la production s'augmente^ et les prix tendent à s'abaisser. En même temps ^ la fabrication se façonne sur le goût de sa nouvelle clientèle. Elle se modèle sur âes besoins. Elle se met à l'unisson de ses connaissances^ à son niveau intellectuel; et comme conséquence, leS qualités vraiment artistiques tendent à disparaître. Les œuvres
La dernière période de fabrication. i2j
fortes font place aux jolis ouvrages. Les yeux^ moins difficiles sur la forme j deviennent plus exigeants sur la variété du décor. Il faut du pimpant^ du clinquant; les tons heurtés et criards ne déplaisent pas trop; les décors chargés^ compliqués ^ sont ceux qu^on préfère. Ce n'est pas à dire, toutefois, que la production devienne tout d'un coup vulgaire et commune. Non, certes, et ce qui nous en reste à étudier serait encore capable de faire l'orgueil de maint autre centre de fabrication. Mais, comparée aux merveilles de l'époque précédente, elle indique déjà une sorte de décadence. La grandeur, qui jadis était le cachet général, se perd, ne forme plus qu'une exception, et les nobles conceptions font place à des préoccupations seulement ingénieuses.
Cette ingéniosité, un des traits marquants du caractère hollandais, s'était déjà manifestée, du reste, pendant la grande époque. Ces tableaux de faïence, petits chefs-d'œuvre d'Abraham de Kooge et de Frytom, ne sont -ils pas euxmêmes une plaisante originalité, surtout dans un pays où les peintres en renom abondent et dans lequel chaque ville a son école, son genre, ses préférences et ses artistes de prédilection? Et pourtant ces. tableaux céramiques sont des œuvres honorablçs s'il en fut , les plus glorieuses peut-être qu'aient produites les faïenciers hollandais, car ils constituent une création véritable, indiscutable, qui ne peut en aucun cas être qualifiée d'adaptation.
Mais ces tableaux ne sont rien comme ingéniosité auprès de toutes ces œuvres singulièrement plus curieuses, plus étranges, plus excentriques : stoven ou çhaufFe-pieds , hand- ^partners ou chaufFe-mains, ayant la forme de livres de prières, cages véritables avec tout leur attirail, brosses de toutes
espèces, appliques bizarreSj têtes à perruque, pupitres à musique et même violons.
Fig. 56 e( 57. — Violon décora en camaïeu bleu. (Musée céramique de Rouen.)
Il a été beaucoup raconté d'histoires diverses sur ces derniers objets. On a forgé sur leur fabrication des légendes qui n'ont qu'un défaut, celui d'être d'une impossibilité fla-