‹ Histoire de la filiation et des migrations de peuples (volume 2)Chapitre 1 sur 39 · Histoire de la filiation et des migrations de peuples · texte numérisé non relu

Histoire de la filiation et des migrations de peuples

Stm la mémoire l'homme n^est rten.^ One nation doit conseryer la mémoire des faits nationaux. — Cl^lgpul^j&émoipe est à l'homme , l'histoire l'est aux peuples. --^Laz-iiQjïtltlv s^i^. confère à l'homme tonte raction dont il est suc£ept)b)el ^^^^es-leffiTorts doivent être coordonnés.— L*individualisn|q|il»5t bo^^iVest^^lairé. — L'égoïsme nail à la tooiété f t à rindîTidi^r^^^^inaV^di^î est pour l'homme ce que la nationalité est pour rindi^iHti: — L'égoïsme est commun à Vhomme et aux peuples. — La nationalité est un sentiment généreux, régoïime national un vice. — Les droits de Thumanité sont supérieurs à ceux des nations. — L'antagonisme des peuples est nwitbleàrloivi.

L'homme se présente à nos regards , doué de facultés variées. C^est par elles qu'il tend à approprier à son usage tout ce qui éveille ses besoins et ses désirs. Sa pensée , ses sentiments , ses idées , son activité physique sont rfiis en jeu par ce que lui a enseigné Fobservation. Sa liberté , sa spon-

lanéilé jmême ne peuvent s'exercer qu'après sa mémoire , car spontanéité et liberté supposent la connaissance et le choix, La conscience pose les limites et détermine la légkimité ^e ses actes. Sa vie est d'autant plus active et plus puissante, qu'il est plus capable de réfléchir, d'établir des rapports entre les faits et leurs causes , faction et ses conséquences, les hommes et les événements, les peuples et leur rôle dans l'humanité. Son existence s'accroît et s'agrandit par ces acquisitions successives.

Supposons pour un moment qu'il soit privé de ces dons de la nature, de ces &uits de l'éducation ; réduit tout à coup à vivre dans une condition audessous de celle de l'enfant , il ignorera le monde et ne comprendra plus les hommes. Sans principe qui règle ses actions, sans motif qui les déterniine, sans but vers lequel il les dirige, il restera comme frappé de mort, parcequ'il aura perdu les deux

guides de la vie, l'expérience et la raison. En perdant la mémoire^ l'homme resterait dénué de tous les secours qu'il tire de l'expérience de sa vie. Effacer le passé serait détruire l'homme même et le priver de toutes ses facultés, car il ne les emploie qu'en vertu de ce qu'il a appris. Son activité

matérielle ou intellectuelle n'est une tovce qu'à la condition de savoir; et savoir c'est se souvenir pour prévoir/

L'homme ne peut donc marcher vers l'avenir» qu ala condition de tirer dupasse tous les éléments de ses déterminations; sa loi , c'est rexpérieiice.

Cette proposition , vraie pi nous l'apph'quons à Fhomme, ne cesse pas de Tétre si nous retendons à l'humanité. Une société a ses conditions d'existence aussi constantes que celtes qui régissent l'homme. Comme l'homme elle agit; le mode de cette action est déterminé par deà règles basées sur sa position, sur ses souvenirs , sa puissance relative, ses traditions, son action dans l'humanité. La loi qui pose ou doit poser des limites à l'exer* cice de. la vie sociale, est dans la conscience uni* rerspUe. L'être collectif qu'on appelle nation a ' des: besoins et des désirs qui le mettent en mouvement de la même manière que l'individu , mais il ne peut les satisf&ire qu'à la condition d'obéir à la morale publique, qui représente dans la société les activités morales dont elle est la somme, comme la nation est la collection des citoyens. Si ces souvenirs s'eiffàcéîit , sa loi eût anéantie , son principe d'action n'ieitiste plus. La société a aussi perdu le

coordonnés vers ce bat , qfûtil y ak àbândén d'une' mesquine individualité au profit de rensembie. Qu'on ne se récrie pas ici.au nom de c^e indivi* duaKté dont nous sémblons demander rabnéga-* tion. La plus grande erreur des hommes , celle qui a engendré le plus de malheurs politiques» c'est celle qui consiste à voir Tesclavage partout où Ton. croit reconnaître un sacrifice du libre exer^ cice de l'action individuelle ; dans ce cas , comme il arrive presque toujours, on ne discute que faute de vouloir bien poser les limites , ou déterminer la signification des mots.

Ce que Ton demande, ce n'est pas le sacrifice de la libre disposition des fruits de l'intelligence et du travail , ce n'est pas le sacrifice de l'indépendance de la pensée, et de la liberté essentiellement inattaquable de la personne ; ceci constitué f iïidividualisme légitime , l'amour de soi-même qu'aa<^ cune loi ne défend , et que toutes recommandent au contraire ; mais cet amour de soi doit être éclairé sous peine de faire place à un égoïsme coupable et c'est là seulement ce que l'on proscrit.

L'égoïsme est un sentiment tellement faux, que la première conséquence qu'il renferme, c'est de lutter contre son propre but. L'envie , le vol

même b9 sotit que dè&fwmes de l'é^oismei C'est un désir illégitime d'approprier à sesGonvenaooés personnelles les hommes et .les choses^

L'égoïsiiie chez le faible ^ c'est l'envie , chez le fort, c'est l'orgueil; toutes les modifications de l'organisation ou dé l'éducation donnent accès au même vice sous des aspects différents. L'avarice chez l'un devient le goût du vol chez l'autre, et Élit d*un troisième un assassin.

C'est là) itest vrai, le côté purement moral de la question. Sous le point de vue politique , les conséquences moins apparentes ne. sont pas moins fâcheuses*.

Détourner de soi toutes lès charges publiques pour les faire retomber sur tous ; regarder comme un tort que l'on subit , toute fortune que Ton ne peut atteindre; reculer devant tout acte généreux parceque la passion aveugle sur les dédommagements promis au sacrifice; fermer les yeux à la lumière , qui éclaire dans l'avenir des biens centuples, pour envahir aujourd'hui même un maigre profit , trop tardif encore au gré d'une convoitise impatiente; mille autres conséquences plus honteuses auxquelles nous rougirions de nous arrô*

ter, xléoouleBt de ce vice odieux^ li^itdMe fléau des sociétés.

Qu'en résuhe*Ml? C'est que, dans la TÎe privée, l'égoïste, dont la plaie est si facilement mise à nu, soulève contre lui tous les égoïsmes rivaux ; il est abandonné dans le malheur comme il avait été envié dans la prospérité. Dans l'ordre social, puni d'avoir abandonné pour le gain d'un jour les améliorations que lui promettait l'avenir, il voit, s'appesantir la chaîne contre laquelle il protestera en vain quand le poids en retombera sur lui-même et quand il verra périr ces avantages dont il avait voulu jouir aux dépens de tous. C'est ainsi que l'égoïste, par un faux calcul , tarit la source pour avoir voulu y puiser exclusivement et trop tôt. C'est de ce fléau que l'on voudrait guérir la société dans laquelle il est enraciné profondément. On n'y parviendra qu'en l'éclairant sur ses vérrtal>le^ intérêts qu'elle refuse de voir et qui sont très compatibles avec la véritable amour de soi. Dans l'acr cepition jqste et éclairée de ce mot , il ne peut être isolé de l'amour des autres.

C'est donc de l'ensem))!^ d^s eflbrts et des sacrifices éclairés et bien entendus que résultent la puissance et la véritable activité sociale. C'es)^ par

là seidemeat (pi'une raanion d'individus mérite le nom de nation, et c'est par la connaissance de ses actes passés qàe cette nation dent se diriger dans la Toie d'aveiûr qui lui est ourerte.

Âtt-dessas de l'individu qnî se régit par l'expérience sous le nom de mémoire, nous venons de voir le citoyen qui ne peut se régir que par l'ex* périence « sous le nom d'histoire. Au-dessus de l'individu, au-dessus du citoyen, se place l'homme, le membre de la grande &miUe humaine.

De même que les individus par leur réunion forment une société, une nation , les nations dans leur ensemble forment la grande nation qui couvre le globe, ou l'humanité.

Les vices qui d^radent les individus , et arré* tent dans son eçsor la société dont ils sont membres , se retrouvent aussi dans les peuples. Ici Té» goîsme systématisé se révèle d'une manière plus nette et pins fimeste encore. La même distmction que nous avons trouvée enfire lamour de ^soi bien compris etl'égotsiiie se représente. Ce dernier, devenu de l'égoi^ooie national, isole les peu(^es comme il isolait les individus; l'autre, sous le nom de patriotisme ou de nationalité, est un sentiment noble et profondément généreux , dont il ne faut

iO

redouter qi»e l'abus et la mauraise interj^réfation qu'on s'est habitué. à. lui. d<^ner.

Les peuples qu'une natk>nalité généreuse ne rend pas sourds à la y(Àx plus puissante del'hu manité, trouveiit dans leur rivalité même un élément d'amélioration qui tourne au profit des uns et des autres. Tous, en pai*courant cette carrière dans laquelle ils cherchent à se deTancer, obtiendront toujours une palme dont l'honneur, à quelque territoire qu'appartienne celui qui l'aura conquise^ rejaillira ^ur l'humanité.

Rien ne peut arrêter l'homme dans la recherche de son bien-être , que les limites mêmes imposées par la nature à son activité et à sa puissance. Ces limites , il n'est donné à personne de les poser^ car il n'est pas au pouvoir de l'individu de déterminer la portée de 1 espèce, ni quelquefois même la sienne propre. C'est donc à l'humanité qu'il apparutient de chercher le mieux , comme c'est à lliumanité de l'accueillir de quelque part qu'il vienne.

Les peuples , envisagés sous ce rapport, ne sont donc que des fractions d'une unité qui les rassemble tous. Leur action n'est morale et légitime qu'à la condition d'être conforme aux intérêts généraux de l'humanité comme Taction dès

citoyens n'est liiorâlë et légitimé qtt'a^fftrit «[ti'«3Ié né se met pèiiit en opposition avée lès îiltéréts dé ia société ott de la cité.'^ • ' - : •

Les limites dé là ofatkmalité ik'ésaïteiit de cette action ihcédsante de Fbumanité sur la terre. Un peuple, sonS prétexte d'indépendance nationale, n'a pas le droit de ^^are ce * qnî estiiuisib)e-à un autre penplè ; pàfi » plus q[ue le citoyen ta^a le droit de foire rien qui soSt huii^ible à un autre citoyen. ' • /* • . ' ' :

Le patriotisme faux qui tend à isoler les peuples, à les circonscrire' dans 'dès limités intellectuelles, ou dans des barrières matérielles, n*est que de Tégoïsme national. Dans Têtre collectif appelé nation , les formes dé Fégoîsme sont les mêmes, soit en morale, soit en politique que dans rindividii : un peuple a sa physionomie, son caractère, ses passions comme un seul homme. Comme un homme il est le jouet de l'envie , de l'a- Tarice, de l'orgueil ; comme lui il est la dupe de son ignorance; les merveilles qu'il croit foire en feveur de son bien-être propre, en élevant des barrières qui arrêtent les rapports, en s'attribuant exclusivement le fruit de ses découvertes et de ses progrès , sont autant de signes accusateurs de

sqn €fiQisi»e et de^son défap^.dQ.Iiunières.JL9 {xrohîbilipp des produijts , non moias <{ue.la pcohir

bition des découvertes retarde mais p^arf^.paç une coiQiiMUKiçatipn jm|^si|)le[ à empêcher. .liintérèt^^^ovpi/^ qu'on aérjgé, iD&^heureiisefp^t;€;a droit en voulant le Rationaliser «^ fr^^hi t lo^es les barrière^ ,1 ç'eBf. l'igoîsme qui les a: posées, c'est régoisipe qfii . 1^ viole ; qu en.f;stHyL réalité ? une insulte à la loi et ui^e pertede tefmpfs. CJ'^st ainsi que les procédés anglais ont pénétri^ eut France malgré de$ Ipi&idoat rabsiirdijE^:^^téKlémontrée par leur résultat , car Jûçn Içiii ^ jqiure à aucun de ces paygf,.)^ connaissance defr^mojreiis jusque-là concentréB a été utile à tous lea deux. C'est encore ainsi que Tegoï^Qoe de l'Aor gleterre, esL voulant borner le commerce 43S4cm>lonies à la métropole, a fait éclater unis rupture dont la liberté du commerce des deux peuftles-a été la conséquence , et ce commerce libre^ e^t aujourd'hui plus profitable à la métropole eUçmême que ne l'était le système d'exdusiw.

L'égoïsme national agit donc aussi contre sop but» c'^est le caractère de toutes les m'auvai^^s passions. L'égoïsme dans l'individu nipt à la société dont il est membre ; l'égoïsme chez les

peuples nuit bvx peuples et à rh«ima&ité dont ils sont aussi les membres.

Que résulte-t-il^ncorede cet anlagoùisme? De faTÎdité de la possession e^dusire naissent des hai* nés entre les intérêts quWa instruits à seregarder comme rivaux. Les intéfêts^da moment qto'ilssctat ceux d'une société et non phïs sëulentenC ceux des individus ne peuvent plus^âtrecdntëUiis pav des loisr.Gar chaque nation a'uncôdë qui lui est propre pour juger les cwiflits partîcutîéi^s ; mais si Thumanité n'a de codé écrit qtre dansf les livres des philosophes, q«ii jugera lés conflits des peuples ? La force. Ainsi Tégoistâe n'aboutit qu'à une conséquence» à cré{?r la force Juge de la morale; résultat nécesis^e de la constitution politique du monde et sur feqdëi <M s'est proncmcé suâlsamment en Texposant dans isa nudité. De là, lès arméêi^, les guerres,:!^ famines; de là, nécessité d'employèif àperfectîoâ<i|è^ l^rtabominaMe delà guerre dei% intdl^eMe» qui dani9'tôutè antre route auraient pu enfimer des merveilles^ Sr l'homme avait employé dans ktéritabie direction la moitié dé la puissance qii'fl^ perdue en choses vaines oti nuir sibles , rhumanité 4^rait , non pas peut-être , mais* certainemeiit |ilui^ avancée de dix siècles. '

Considérée du point de vue. de l'humanité ; l'histoire se généralise bien autrement que sous le point de vue national. Là ce n'était que lamémoire défaits circonscrits dans la sphère d'ac^ tivité d'une collection d'individus mus par des in* térêts locaux et régis par des lois émanées d'euxméines« Ici. çest la grande famille humaine qui n'apparaît que divine, fractionnée, livrée à ses passions , jouet » pour, ainsi dire^ d'une, fatalité aveugle qui la pousse au hasard, sans frein,. san^ lois , sans autre code que la morale universelle* Plusieurs questions naissent : L'humanité peuln elle être oonsidérée comme une grandç société qui ait ses faits accomplis et à accomplir ? A'*t**ell^ à remplir une destinée qui lui soit assignée ? RemphlreUe dans l'univers une fonction , ooomie les peuples en remplissent une par rapport à elle-mèmev comme les individus par rapport aqx^ peuples? Si Thumanité est un grand peuple tnar-» oh^nt ver s, une destinée encore inconnue, dUea! son p^sé à .étudier pour se rendre ccmpite de* cette de$tinée , pour savoir ce qu'elle . a feil , ce^ qui lui reste à accdmplir, ou plutôt veis quel but .elle,4wt se diriger. En-dehors, de. ce hut et pour savoir s'il existe, elle doit caiocre s'inier*

roger elle-même à Texemple des peuples et des individus. Si cette unité existe, l'histoire de Fhu* manité existera au même titre que Thistoire nationale, mais avec un caractère plus général et dans des rapports avec un autre but. Tout jusqu'ici se coordonnait à l'humanité , l'humanité se coordonne-t-elle à une grande loi de funîvers? C'est une autre question. Pour nous, jusqu'ici l'humanité se présente comme l'ensemble des activités humaines sur la terre , de la même manière qu'une société est l'ensemble des activités individuelles sur un territoire donné. L'humanité a son passé et son expérience, sa mémoire^ pour nous référer à l'expression que nous avons déjà employée. Elle ne peut agir qu'en interrogeant la mémoire de ces faits accomplis par elle : ainsi l'histoire par rapport à l'humanité, c'est la mémoire des faits accomplis par l'humanité; con*cluons :

L'expérience pour l'individu , c'est la mémoire des faits individuels.

L'expérience pour le citoyen , c'est la mémoire des faits nationaux.

L'expCTience pour l'homme , c'est la mémoire des faits de l'humanité.

Nous n'avons pas besoin d'insister sur h distinction que nous faisons entre l'individu que nous considérons comme l'homme isolé , et l'homme envisagé dans ses rapports avec l'humanité.

Nous ne nous arrêterons pas non plus sur h préférence que nous donnons au mot expérience sur le nw)t connaître ou savoir. L'idée connaître ou savoir peut ètrç prise dans un sens purement métaphysique , et ce que nous avons voulu faire entendre» c'est la connaissance résultant de l'observation des taits et de la comparaison de ces faits#

Nous allons essayer de donner l'idée de la manière dont nous envisageons le rôle de l'humanité sur la terre. Une école qui renferme dans son sein des philosophes dont nous aimons la personne et dont nous honorons le talent, travaille avec une persévérance digne de tous nos éloges à constituer une science de l'humanité. Nous devons avouer que les travaux de cette école , riche d'observations et de science , nous paraissent d'une nature trop métaphysique pour pénétrer facilement dans l'intelligence des masses. Sans entrer dans un examen aussi approfondi de ce qu'il faut entendre par humanité , liberté^

progrès, nous pensons qu'il est possible de s'entendre sur la valeur à donner à ces mots et aux idées qu'ils représentent. Nous sommes convaincus qu'avec les simples c<Mmai3sances auxquelles peut atteindre le commun des hommes, on est fondé à dire : l'humanité a un but commun d'activité, elle marche vers ce but; en d'autres termes, elle obéît à une loi de progrès. Pour proaver cette assertion, nou&avons besoin de remonter au berceau de l'humanité , et plus loin encore , c'est-à-dire a la formation du globe et aux cesluogonies.

jnoitOH II.

Des eosmogonies. -^ Les formations sont en progrés les unes sur les autres. — Les espèces elles-mêmes sont en progrés dans leur spéci|iUté. —Les espèces sont radicalement .distinctes, et ne sont pas produites l'une l'autre par Yoie de génération. — L'homme est le ïlemler terme des créations organiques*

Toutes lés cosmogonies ont partagé la création en époques indéterminées , pour le temps et la durée, mais assez constantes pour Tordre même qui a présidé à ces formations successives. La géologie a Térifié et confirmé ces aperçus cosmogoniques.

Parmi ces époques , quatre se dessinent d'une manière assez nette pour que les caractères qui les distinguent soient deyenus aujourd'hui des notions générales. A la première , que Ton consi« dère comme antérieure aux êtres organisés , se rapportent les terrains que la géologie appelle primitifs. Les terrains secondaires représentent la seconde époque; les végétaux surviennent alors et peut-être les poissons qui peuplent la mer. Un

ordre plus élevé d'êtres organisés peupla la terre^ et les fleuves à la troisième époque; on les retrouve dans les terrains' appelés tertiaires. Enfin rhomme parât sur la terre ; c'est la quatrième époque. Son apparition fut certainement posté** rieure à toutes les autres créations, on ne le retrouve pas à Tétat fossile , et L'histoire comme la philosophie naturelle ont prononcé sur cette question qui est à peine controversée aujourd'hui. Ce ne sont ici que des aperçus très généraux ; c'est à la géologie qu'il appartient d'entrer dans le détail des époques successives du glohe, et de développer les raisons qui lui ont fait établir les caractères de cette successivité. Nous censtâtons uniquement que cette science établit une série de xréations , qui toutes se perfectionnent à mesure qu'elles se rapprochent de nous ; c'està-dire qu'elles sont en progrès les unes sur les autres. La plus perfectionnée jusqu'à nos jours, celle de l'honune , apparut la dernière comme pour couronner Toravre.

Que dit Moïse :

« Dieu créa le ciel et la terre , la terre était sans mouvement et vide (c'est-à-dire sans productions ni habitans, inanis et vacua). Ucréa ensuite la

lumière qu'il sépara des téeèbres» ee fut le pre^ mier jouF \

' € Le firmaïueat et les eaux furent créés le $€► ^ond jour. ^ Ces deux jours correspondent à la première époque géologique petaduot laquelle aucun ^e organisé ne parait sur le globe.

c Les eaux se ràssemUent et les lieux secs sui?gissent. ' Les unes prennent le nom de mer, les autres s'appellent la terre. Les T^étaux apparaissent enswte. C'est le troisième jour ou S€^conde époqtie. Les terrains de la seckmde époque sont efFectivement caractérisés par des débris de végétaux.

Au quatrième jour apparaissent les astres; après les astres , les poissons de ]a mer et les oiseaux du ciel , c'est le cinquième jour. ^ Toutes les formations des troisième, quatrième et cinquième jour peuvent se rapporter à la seconde époque , dont les terrains ne fournbsent que des animaux marins.

Viennent ensuite les animaux terrestres * ,

* Genèse, chap. I*', v. 1, 2, 5, i, ». ^ ïbiê. , V. 6, ».

» ma., V. 9,10,11, 13,15.

* Ihid, , V. 14, 19, sa, 2i , 25^.

* Md,y. 24,51.

troisième époque; et enfin rhomme que ia Ge<^ n^^ h\t nattre au sixième jour, c'est la .quatrième époque. Observons que bien que la Genèse mette paiement au sixième jour cette douMe création des animaux terrestres et de Thomme, elle fait précéder Thomme par les animaux terrestres. C est aussi ce que la géologie nous prouve , les terrains tertiaires renferment prédsément des délms d'animaux et pas de fossiles humains.

Le seul passage, non pas contradictoire, mais susceptible d'explication qui se rencontre ici, se rapporterait donc au cinquième jour, consacré aux poissons et aux oiseaux ; ces derniers paraîtraient devoir appartenir non à la seconde mais à la troisième époque , comme les quadrupèdes ; l'Écriture , au contraire , les fait nattre le même jour que les poissons. Quoiqu'il puisse être de ^embranchement d'une époque sur l'autre, la succession n'en est pas moins régulière , et Moïse en accord avec la géologie.

 quoi attribuer cette concordance entre les formations géologiques et le récit biblique? S'il n'existait que des rapports partiels, on pourrait croire que la raison a pu seule , et sans le secours delà science, dvteitniner une série du simple au

composé , et que l'esprit a agi comme les forces naturelles elles-mêmes. Ainsi , avant toute for* mation organique, on conçoit le ciel, la terre et les eaux; on conçoit la demeure des êtres préparée pour les recevoir: mais les eaux couvrant toute la surface et les lieux secs surgissant sont un résultat d'observation ou du moins d'accord avec l'observation* Les animaux d'organisation plus simple précédant les animaux d'orgam'sation composée sont dans le même cas. U est donc naturel de croire que les connaissances que suppose le récit de la Bible étaient celles des hommes instruits de l'Egypte et des pays le plus anciennement civilisés ; et les recherches sur les idées religieuses des anciens peuples /nous conduisent à des résultats analogues.

Sous le rapport cosmqgonique , nous pouvons donc reconnaître que les formations sont en progrès les unes sur les autres, et que les phénomènes primitifs sont le premier exemple de cette loi naturelle, à laquelle obéissent tous les êtres et toutes les idées , le progrès. Les opinions diverses sur ces temps primitifs , les controverses établies sur la fausseté ou la vérité des traditions moisaïques ont cté l'objet de trop d'assertions et de

discussions , pour qui nous ne soyons pas entrés dans ces détails.

A côté de cette preniièire observation géné^ raie , de ce point de vue collectif qui nous offre Tensemble de la création en sérié ascendante , se présentent les élres eux-mêmes , considérés dans leur vie et leur organisation particulière.

4[ On a remarqué qu'au for ^ mesuré que les tf formations sont plus modernes, elles sont moins «solides, moins liées; ainsi à partir des ter-

< rains primordiaux et métallifères » il y à dé- € croissance dans la puissance des formations de « Tordre brut; il en résulte que la force des créac tiens de ce genre a été en diminuant, en même c temps que croissait celle dont la présence se

< manifesta par les phénomènes de végétation c et d'animalisation. »

Cette* action simultanée est une des observations les plus* propres à faire bien saiisir les formations progressives de l'ordre brut , et leur appropriation aux phénomènes de l'organisation végétale et animale: C'est par suite- de la diminution de cette force d'assimilation ou plutôt 'de

1 Bûchez , Genèse, p. 415, introduction à VHist. de VHum.

cohésîoD , que la production et la nutrition sont devenues possibles ; la matière a eu son pr<^[ràs et il est mesuré par le degré d'appropriation à une fonction supérieure.

Cette appropriation a été progressive elleméme et marquée par des intervalles de repos, comme les créations d'un <»rdre plus élevé ; car on reconnait dmis ces terrains que quelques-uns ne ccmdennent c aucun débris d'espèces ayant € vécu , et d'autres en sont semés ou formés ; on « remarque qu'il y a à peu près superposition t altemaûve entre les couches vides de traces de « vie et celles qui en scmt empreintes. Amsi , il y < a eu des époques végétales et animales séparées € par d'autres purement minérales. ^ »

Dans Tordre des végétaux» les recherches géologiques fournissent également la preuve que les couches les plus profondes et par conséquent les plus âmciennes, renfermât les espèces les plus simples > d'abord les acotyledones , puis lees monocotyledcmes, enfin les dicotylédones. Elles s'élèvi^t ainsi progressivement avec les terrains MX- mêmes en se rapprochant de notre époqi&e

^ Bûchez , Genèse^ p. 415

et de la coache supérieure où les vé^taux oflireiiC uae véritable orgamsation et uoe vie qui a quel* ques-uns des caractères de Tanimalité. Le vé^ tal, le plus, p^rfeetionné, absorbe, s'assimile » respire ; il a des appareils de sécrétion et d'excrétion ; il a un appareil ^nérateur. ^

Cette puissance de fwmation a été également progressive dans les espèces animales. Les plus anciennes, celles qui appartiennent à la classe des animaux les plus iiKX)mplets , se retrouvent dans les couches les plus profondes ; les espèces se perfectionnent à mesure que les couches se rapprochent de la surfafce. Après les animaux sans vertèbres , viennent les poissons , les reptiles, en-

fin les mammifères. Pour couronner Tœuvre, l'homme apparaît comme dernier terme de cette progression.

Ainsi toute existence a été en progression sur le {[lobe. A chaque période géologique répond une existence organique particulière ; et sur ses débris un nouveau terme a pris naissance jusqu'à l'époque où nous vivcms , qui est celle de Fhumanité.

La série animale particulière à notre époque

^ Bûchez, Genèse,]^. 415

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reproduit ces degrés déterminés diaprés la puis* sance et la perfection des fonctions de lorganisme. Nous voyons aujourd'hui dans la série zoologique qui frappe nos regards , une progression qui s'élève , depuis le point le plus bas jusqu'au point le plus haut, en passant par des termes qui forment deux classes, les invertébrés et les vertébrés:

Les animaux rayonnes.

Les invertébrés sont : l Les animaux articulés.

Les animaux mollusques.

Les poissons.

Les reptiles.

Les oiseaux.

V Les. mammifères.

Les vertébrés sont

Ces classes offrent Tune sur Tautre une progression évidente et chacune d'elles offre la même progression dans les êtres qui la composent. Cependant , cette progression est telle, qu'un abîme sépare une classe d'une autre. Cette distinction va plus loin ; car, dans les variétés d'une même classe , la reproduction ne peut avoir lieu, ou les fruits d'une première reproduction sont frappés de stérilité. Cela peut n'être pas littéralement exact, car des mulets ont pu, dit-on, se reproduire; mais l'observation n'en est pas moins vraie ; car

cette reproduction a un terme bien courte puisque nous ne voyons pas cette variété se continuer par elle-même. Cette progression zoologique est donc comme le monument vivant des périodes que le globe à parcourues. Gbaque classé s'est succédée sur la terre dans Tordre que lui assigne le plus ou le moins de combinaiscms de son organisation, et toutes ces formes animales aboutissent à Thomme. Un fait bien plus extraordinaire serait l'état successif de l'embryon dans toutes les classes de la série zoologique, sans en excepter l'homme. L'étude de cette succession de phénomènes constituerait une science nouvelle sous le nom d'embryogénie/ Cette science apprendrait que chaque être passe par la série des formes inférieures à celle dans laquelle il doit vivre et se reproduire. Lesanimaux autres queThorame s'arrêtent à celle de ces organisations qui leur est propre, Thomme dans sa vie embryonnaire passe par tous ces états, les franchit et parvient à l'organisation qui lui est particulière. Ainsi, le germe humain se transformerait dans le sein maternel et présenterait successivementl'apparencedesdiversesclassesd'animaux

i Bucmsz, p. 112 et 420.

invertebrésetverl.d>rés,jasqu'àoequ'ilarrivâtattx fiMrmes défioitîves de rfaumanité. Des anatomirtes et physiok)gistes savants contestent cette série* Nous la m^QtionmMis sans la garantir, et d'aillears elle n'est pas nécessaire à la confirmation de notre idée de progrès.

Les observations antérieures nous conduisent donc à ces condusîoés :

1^ Les époques géologiques du globe sont en prc^iràs. La nurtière brute est disposée suceessivemait de manière à favoriser l'apparition d'or-» gantsations plus perfe^ionnées.

2^ Les^spôces sont en proigrès les mes sur le» autres , quoique séparées.

Dans les végétaux, l'organisation se complète depm's les cryptogames jusqu'aux dicotylédones.

Dans les animaox, depuis les rayonnes jusqu'à l'homme.

Nous avons n^oiarqué déjà qu'Ain abfme sépare les espèces entre ^les, et même les genres dans lesquels ces espèces se subdivisent. Nous ajouterons quelques mots sur celte question à l'occasion de l'homme. On a dit que l'homme était un perfectionnement par voie de génération de l'espèce vnmcdiatement inférieure , des singes , et du

fkoA comftet de oes aninaiM», Torang-ontang.

L'anatomie ne permet pas d'adopter cette as* serbon que des rapports apparents ont feîl nattre. li y a plifô; certaines classes raj^rochées , d'un même gaire, peu^mt dn moins pi^odnke entr'el*les. Cette remarqœ n'existe point de Thomme an «Dge. Jamais ils n'ont donné naissance à des hikides. Les anciennes feUes de fsranes et de satyres y où qnelqaes-nns <mt prétendu reconnaître la traditbndeces miions monstrueuses, sont sans valeur aujourd'hui. A plus forte raison n'est-â pas probaUe que l'homme smt le firait perfectîonué de deux indrridus de Feapèee infiérieuie. 11 n'est émc pas exact scieatifiqiieBiettt de trouver la moindre analog». L^homme est venu à sou èpoque, complet, comenant tous les rudimentsde son oi^iainsatiop ^ quoique non apprécnaUes^ encore par nos moyens d'intest^piion, dès l'instant de son apparibOi embryonnaire.

Cette térité esfconfirmée surabondamment par le frit du 4angâg« qui n'appartient qu'à l'espèce humsâne, seule douée de b feculté de reproduire les idées par des sons articulés, et dont l'organisation appropriée à cette fonction n^a d'analogue dans aucun animal.

Debout sur ces couches superposées, annales matérielles et incessamment interrogées de l'histoire du monde, Fhomme s'annonce comme le dernier terme de toute création. Après la nature brute, après Forganisation sensitive, intelligente même à un certain degré, se développe la force éminemment intelligente et morale : cette puissance exclusivement réservée à l'homme, lui assure à une immense distance , sa place au^lelà de toute création animée. C'est par elle seule qu'il peut fonctionner dans sa vie sociale, c'est la seule qui lui convienne ; et elle ne se maintiendrait pas sans le sentiment du juste et de l'injuste , règle étemelle de tous les devoirs et de tous les droits.

Roi de la terre, dont il peut supporter tous les climats, dont tous les fruits sont partout également propres à le nourrir, il l'exploite, l'interroge, et sa puissance intelligente va même jusqu'à déterminer les lois auxquelles elle est assujétie* Sa véritable vie est concentrée dans le cerveau , tandis que celle des animaux appartient au corps; ainsi la nature même a ordonné sa conformation de manière à le mettre en harmonie avec la su[Hrématie de sa fonction sur le globe. ^

* Dictionnaire des Sciences médicales, art . homme, tom . âl , 205.

Cela ne veut pas dire que tous les hommes soient aussi propres les uns que les autres à présenter le phénomène d'une organisation égale en puissance et en activité. Des différences nous frappent dans l'intelligence et la structure môme des hommes. Les races sont à divers degrés de l'échelle, mais ces variétés, dont nous parlerons plus tard S n'empêchent pas l'homme, pris dans l'acception tout à fait générale de ce mot, d'être le roi de la nature et de l'approprier à sa fonction sur le globe.

* liyre !•'.

^Hi^

SBcnoir ni.

F^neion ëe l'homme»— Il le préMSte lovs trois m^ttU.

L'homme ne peul être envisagé que sons trois aspects : comme individn , comme membre d'une société 9 comme membre de la grande société ou de l'humanité. C'est ce que nous ayons établi dans les prolégomènes. Nous reproduisons ici les résultats , ayant de passer à l'étude de la fonction de l'homme sur la terre.

Gomme individu, il tend à la satisfaction de ses besoins , et , dans les limites d'un afhour de soi , sage et naturel, il consacre son travail, ses efforts et sa prévoyance , à son bien-être.

Gomme membre d'une société, il remplit , sous l'assurance d'une protection mutuelle, sa fonction sociale.

Gomme fraction de l'humanité , il concourt à la fonction humanitaire, ou à l'œuvre de l'humanité sur la terre.

Fénelon a dit quelque part : « Il faut préférer c sa famille à soi-même, la patrie à la famille, à c la patrie Thumanité, qui est la grande famille. » Ce sentiment , émané de la belle âme de Fénelon, est une vérité historique. Le résultat de l'observation appliqué à letat de l'homme sur la terre, conduit à cette formule de. fraternité et d'œuvre commune, que Tamour. de: ses semblables lui avait inspirée.

Nous l'avons déjà dit plus haut , l'égoïsme dans l'individu est un gentiment faux qui réagit contre lui-même ; ainsi nous ne reviendrons pas sur cette observation. Ce que nous avons à établir^ c'est la vérité du sentiment contraire , c'est la certitude de l'œuvre de dévouement, sans laquelle l'homme resterait sur la terre dans une perpétuelle enfance, ou périrait même, faute de secours, et privé de. ces développements, conséquence nécessaire de son éducabilité. Ses idées, ses sentiments, ses passions, ne peuvent se développer que dans la société de ses semblables; et il ne vivrait pas de toute la vie dont il est susceptible, s'il restait seul et sauvage , dépouillé des moyens de mettre en mouvement ses facultés, et de satisfaire ses besoins de tous les ordres.

Faible, souffrant» renfant.ne fait soupçonner ses premiers besoins que par des cris et des pleurs; la première manifestation de sa vie est un appel à la pitié ; l'amour maternel veille , interroge , devine, et son inquiet dévouement n'a pas besoin de s'échauffer à Fespoir de la tendresse filiale, qui payera ses sacrifices. La longue impuissance de l'enfant prolonge aussi la nécessité de l'appui de ses parents : la nature elle-m^B a donc créé le lien qui constitue la famille, premier éléflient de la sociabilité. Notre faiblesse, par rapport auK forces naturelles ou organisées qui nous entourent, exige l'emploi de moyens hors de nous pour nous couvrir, nous défendre , assurer notre nourriture; l'intell^ence y a pourvu en éclairant nos efforts dans rap[»x>priation des agents secondaires.

U a fallu peu de temps pour que deux familles aient senti , qu'en se rapprodbant et s'unissant par un li^i tacite, elles augmenteraient leurs moyens par leur union. Le bien-être s'est trouvé doublé avec les forces, et le premier prc^ès a été le résultat de la première alliance.

Observons que le premier pn^rès a en un but, celui de la défense ou de l'amélioration, peu

importe; toujours est-il que ce n'est point sans motif que ralliance s*est faite. Nommer le progrès c est sous^ntaMirè un but ; car mardier sans une tendance, est un non-sens ; progresser , c'est s'approchw d'un terme, et oe terme est le bien on le mieux.

Ainsi , dès la première femille > nous trouvons déjà aesodation , but et progrès.

Heureœi Thomme, si, persévérant dans cette pacifique association , fl avait toujours ccmsîdéré l'union égale des forces comme une condition de sa nature, et un devoir de fraternité! Si l'espèce, en se multipliant sur la terre, n'avait pas, au gré de ses passions déréglées, voulu assuj^ir l'homme à l'homme ; si aucun n'avait dit : Je suis le plus grand et le plus fort, travaillez , et je recueillerai les fruits qu'aura fait nahre le travail d'aulrui. Toutefois ne nous bâtons pas de condamner. Peut^^tre ces luttes de l'humanité ont-elles été nécessaires à ses progrès. ITest-ee pas par des invasions que nous avons vu se propager les lu^ mières accumulées dans les pays les plus avancés? N'est-ce pas aux inventions terribles amenées par la guerre que Phomme doit les plus redoutaljles agents de sa puissance? L'étude du monde phy*

sique a plus avancé par l'avarice et les mauvaises passions, que par le dévouement de quelques glands hommes ; la soif de Tor a multiplié les découvertes; les conquêtes du génie sur les lois de l'univers ont commencé par de folles recherches sur les influences des astres et les propriétés occultes des métaux; l'astrologie bégaya les premiers mots de la langue sublime de Newton et La Place. Acceptons les résultats : quant aux moyens , c'est le secret de l'Auteur des choses.

' Tous ces maux nous frappent, parce que nous les étudions dans leurs rapports avec notre existence bornée; mais ne serait-il pas possible que, d'un autre point de vue, nous puissions trouver l'explication de cette énigme. Nous venons déjà de le remarquer, les maux ont donné naissance à de grands biens: du choc des hommes sont sortis les agents violents qui peut-être n'eussent pas été inventés dans une société pacifique. La poudre, connue des Chinois avant de l'être parmi nous , n'a été à peu près chez eux qu'une vaine et inutile découverte; sans la guerre on ne l'eût pas peutêtre trouvée chez nous. Un jour viendra, espé rons-le du moins , pour l'honneur de l'humanité , où on ne l'emploiera plus que pour ouvrir des

carrières , aplanir des montagnes , ou pour d autres usages que l'avenir réyélera : elle a causé bien des maux pourtant N'en peut-on pas inférer que la création n'est pas faite pour nous; que nous, qui centralisons tous les pouvoirs terrestres, nous sommes coordonnés par rapport à un grand tout ; et, qu'appropriant à notre espèce tout ce qui lui est inférieur, nous obéissons à une loi suprême qui nous approprie nous-mêmes à une combinaison que nous pouvons supposer , et que notre insuffisance ne nous permet pas de définir. A quelque époque que nous considérions l'homme , nous ne pouvons le voir autrement qu'en société. Depuis le nègre le plus bas placé sur l'échelle humaine, depuis l'Américain chasseur jusqu'aux sociétés anglaises et françaises , jusqu'à présent placées au sommet de la civilisation, partout rhomme est à l'état social, quel qu'en soit d'ailleurs le degré.

La société n'a pu arriver de premier jet à son état actuel; elle a passé nécessairement par des transformations successives, à mesure qu'elle a perfectionné ses instruments de travail et d'action. Le premier état rationnel , nous venons de le voir, c'est la famille : comment celte famille a-t-elle pu

fournir à sa subsistance avant Tinvention de Ta^ griculture » avant Tappropriation des troiq^eaiiix à ses besoms » évidemmaat par la diasse. Tant que la chasse a pu fournir aux besoins de tons, les hommes ont agi, sans lutter entre eux; mais ils se sont multipliés, et la terre a manqué à leurs besoins ; ilsont combattu pour la possession du sol , le {dus fort a rapoussé le plus foiUe , et est resté maître du terrain. C'est la vie despeu* plades sauvages de T Amérique ; il y a eu oéeessité alors de chercher Un s<mtien pour sa vie daiis.ttn ^ autre gmre d'activité. On a soumis les trcnpeaux pour en tarer la nourriture et le vêtement; la pré^ voyance a nécesi^té F^osplm de ressources constantes, c'est la vie pastorale; mais cette exisl^ice même ne peut fournir d'aliment qu'à une sodété fort restreinte. Il faut encore un vaste territoire pour un petit nombre , et ce nombre s'aceroissttt tous les jours. D'ailleurs les hommes accoutumés à ce genre de vie avaient des mœurs plus douces que ceux qui étaient restés chasseurs. L'aisance qu'ils s étaient procurée, amena sur eux la guerre et lenvahissement; et le conquérant , pour rester maître de ses esclaves et les exploiter à son gré, a^ dû leur interdire les voyages et la vie nomade.

Cette vie nomade ayait existé chez les pasteurs chaldéens, chez les Scythes, chez les Juifs, dont les premiers patriarches furent des Arabes nomaAes. Forcés de restar attachés au sol, d'abandonner les tentes pour des demeures fixes, les hommes demandèrent à la terre les fruits qui de* vaient servir à leur nourriture. Ainsi naquit le troisième degré de civilisation. Après avoir été chasseurs et pasteurs, les hommes devinrent agri*» colteurs.

Les diverses sociétés mises en présence ne tardèrent point à établir entre elles des lois protectrices, et lasses de se dépouiller sans cesse arrivèrent à des liens de commerce et d'échange garantis par les besoins réciproques. Le commerce amena la navigation, chaque besoin fut suivi d'une création nouvelle.

Chacune fut d'un ordre plus élevé , aussi fallut*» il l'application d'une plus grande somme d'intelligence à chaque transformation. Les arts et les sciences se perfectionnèrent et étendirent l'acti* vite humaine en même temps que ses moyens. Les empires se formèrent avec tout cet appareil d ont nous les voyons entourés. Mais le temps

n'était pas venu des garanties à apporter dans Tordre civil à la sécurité de chacun ; aussi à la première lueur des temps historiques , ne voyons^ nous que de vastes empires despotiques et l'homme exploitant l'homme comme celui-ci exploitait la terre*

Nous esquissons très-rapidement ce tableau développé dans des ouvrages spéciaux; nous ne voulons qu'indiquer le progrès nécessaire des institutions et des relations , pour en tirer ce fait de progrès et d'union humanitaire dont chacun de nous est un élément actif.

Nous nen ferons pas l'objet de recherches théoriques; notre but à nous est de ne point isoler le raisonnement des faits; et nous n'attachons d'autre importance à cette successivité doiit nous venons de parler, que d'en tirer ce fait général et vrai de progrès dans la vie sociale. S'il avait fallu établir historiquement un enchaînement bien lié ; nous nous serions engagés dans un autre travail 11 nous suffît de pouvoir affirmer que les sociétés humaineâ s étant développées successivement, ce développement a eu lieii

d'une manière conforme , sauf les détails , à l'esquisse que nous en avons faite.

Que rhomme soit organisé dans un but , c'est un fait qui ressort de sa seule existence; s'il n'avait eu d'autre fin que sa propre satisfaction , là nature ne lui aurait pas donné une puissance supérieure à sa destination ; elle l'aurait laissé dans les limites de ses besoins et n'aurait pas mis pour condition à son développement le contact de ses semblables. Si elle l'avait organisé pour un but purement social , elle n'aurait pas fait survivre aux sociétés les conquêtes de l'homme. Avec la société périrait le tribut qui lui aurait été apporté, il serait inapplicable à tout autre ordre de faits que celui pour lequel il aurait été créé; à chaque société nouvelle, un nouvel apprentissage serait imposé, auquel ne profiterait en rien ce qui aurait été fait précédemment.

Le but de l'homme est donc supérieur à Tindividualisme et à l'état social , il est en dehors de son existence bornée , comme individu et comme citoyen. L'individu périt, les sociétés périssent, mais l'homme demeure , l'humanité mar-

che et les travaux s'accumiileiit pour pn^ter à Tes*^ pèce. Donc les efforts derhomme sont faits pour l'espèce entière ou la somme des individualités.

C'est cette réunion des générations de tous les temps que Ton nomme humanité*

L union des générations successives dans un but d activité limitée ou relative s'appelle nation.^

Uunion des générations dans un but spécial et particulier s'appelle famille.

Il est facile de saisir le progrès évident de ce& trois modes d'activité l'un sur l'autre» aussi n'inisisterons-nous pas sur ce fait. Nous observerons^ que ce progrès ne doit pas être envisagé de telle^ sorte, qu'un état soit nécessairement destructif do l'autre ; que l'homme , par exemple , considéré sous le point de vue social cesse de s'appartenir comme individu. Ce point n'est pas suffisamment expliqué dans l'école dont nous avons parlé tout à l'heure. Il n'est point dans la nature que l'homme se dépouille du légitime amour de soimême , principe véritable de l'actîvîté. ExigjMr de lui l'abnégation absolue dans un intérêt de so^ ciété ou même d'humanité c'est lui demander la séparation complète de l'ei^rit et du corps» en d'autres termes » l'impossiUe. Le problêiofie à

aUeîndre, c'est la prédomtneiice de l'être în-^ tei%eiit et moral sur la matî^e. Âttàdié à la matière par le corps et par ses appétits , rhomme la soumet par Tesprit; cette dernière puissance Id apprend qu'il n'arrivera à son bat que par l'miioii des efforts; de Ht associati<tt et déTone* ment, tel est son premier mobile. Quand à l'activité qui résulterait de la perspective du but bumanitaire, nous ne disons pas que dans une ^)oque plus avancée le dévouement n'ira pas jusqu'à n'avoir pas besoin d'autre mobile ; mais m interrc^eant le passé, nous sommes conduits à leooimattre que le dévouement à l'humanité €<mtijml toujours cette réserve, que dans Fœuvre humanitaire le progrès de l'ensemble ne peut être isolé de k liberté légitime et du bien-être de chacun. Nous sommes fonction il est vrai , mais non comme un rouage matérid. GoUaborateurs inteU^ents et éebùrés d'une couvre commune, cette œuvre elle-même est la plus grande sonune d'avantages à conquérir sur la nature pour la ré* partir sur tous les hommes. Dans la question générale se trouve donc toujours comprise la foncticm particulière. Nous avons tous conscience de ce fait individuel et humanitaire. Le rang que

nous assignons aux hommes dont la vie a été em-^ ployée tout entière au bonheur , au prc^ès ou au soulagement de leurs semblables en fournit la preuve. Ce ne sont plus des hommes , ce ne sont plus des nations qui les applaudissent. Accueillis par rhumanité qui révère en eux les apôtres de la morale universelle, leur dévouement en les illustrant eux-mêmes, fournit une démonstration de ce sentiment gravé dans le cœur de tous, que les hommes sont nés pour une fraternité que le temps fait mieux sentir chaque jour. C'est ainsi que les grands génies appartiennent au monde. Nés dans un pays , leur génie ou leurs œuvres leur donnent une patrie plus vaste, l'humanité

les revendique ; Vincent de Paule pour son dévouement, Féhélon pour sa morale si pure et si élevée, Molière pour sa haute philosophie et sa profonde étude du cœur. Si nous citons desFrançais c'est que les exemples sont plus près de nous, et non sous une préoccupation de vanité nationale que nous blâmons, que nous com-» battons. Les grands hommes appartiennent au monde : qu'il nous soit permis de placer dans ce grave sujet une seule anecdote , elle est propre à expriiher notre pensée :

c Talma conversait avec langlais Kean sur la

< littérature dramatique de la France et de TÀnc gleterre, et sur la prééminence revendiquée « par chacune d'elles ; un nom venait toujours c se placer à côté d'un autre dans cette lutte égac lement soutenue » lorsque pour la terminer « Talma nomma Molière. Ne le comptons pas »

< reprit Kean; Dieu a jeté Molière sur le monde, * le hasard Fa fait tomber en France. »

Nous disons de tous les grands hommes ce que Kean disait de Molière: hommes, soyons fiers de tout ce qui honore et agrandit l'humanité.

L'homme ne pouvant être trouvé ni conçu autrement qu'en société , nous arrivons à cette conclusion , que son activité ne peut avoir que deux buts , la fonction sociale et la fonction humanitaire.

L'homme est organisé pour la société , nous l'avons déjà dit : mais cette société elle-même n'est pas stationnaire, immobile. Elle a ses phases, ses périodes , elle a dans son développement historique un but /une fonction marqués. Les élémens de cette action sont les individus, les classes, dans lesquelles se décompose l'être collectif auquel nous donnons le nom de nation. Examinons

Tun après lautre ies peuples dont rhistoîre nous apprend la fin, en d'autres termes qui ont eu un dévek^^penient complet : nous les verrons tous marchar yers un but détermmé auq^l concourent toutes les classes et fxHis les citoyens; but moins marqué ponr ceux-ci» {^s sensiUe dans les rangs plus élevés, josqu^à oe qu'on arrive à une classe dominante, guide de toutes les autres, et qui représ^ite d'une manière appréciable le but commun de l'activité sociale.

Prenons pour exemple les républiques grecques. Elles furent toutes instituées àsns un but de conservation exdusif et bientôt de domination les unes sur les autres , mais par des moyens diflërents, suivant les ressources du sol et de la position qu'elles occupaient. Sparte, monastère guerrier, fut instituée pour la guerre; sa position dans l'intérieur des terres excluait un commeree étendu et la bornait à ses propres ressources , que le législateur concentra dans un but , non seulement de défense, mais d'agres»on. Tout y fut dkîgé vers le développement de l'action physique; l'mdividu n'y fiit oxnpté p<mr rien en présence de la force collective , et cet état (^posé à la nature ne se conserva que pat la nécessité constamment

renaissante des luttes guerrières contre les états voisins. Sparte ravage et soumet jusqu'à ce que parvenue à la supériorité relative sur les autres états grecs» son but vienne à lui manquer, les lois se relâchent , et elle succombe lorsque schq élément d'activité lui manque.

Athènes organisée pour les arts, le commerce maritime i marche à la suite de Lacédémone dans cette carrière de conquête guerrière ou pacifique» elle obtient le prix qu elle ambitionne et succombe à son tour. Nivelées par un afiaiblissement commun, les républiques grecques deviennent la proie de la Macédoine qui organise, en réunissant ces éléments, une puissance nouvelle à laquelle elle donne pour principe d'activité, noa FétaUissèment pacifique d'une société plus nombreuse et plus compacte, mais un nouvel antagonisme plus vaste, basé sur la vengeance à tirer des envahissements asiatiques. Réaction dont Alexandre se fait le guide et le chef, et qui ne comprenant aucun élément de durée sociale, se tennine avec la vie du conquérant.

Observons cependant que ces nations, an milieu de leur antagonisme , de leur hostilité , marchent toujours vers un but d'amélioration huma-

nitaire , dans ce sens au moins qu'aucun de leurs arts , de leurs sciences , de leurs découvertes n'a été perdu pour l'avenir. Ce qui survit à chaque nation a profité à Thumanité , conune ce qui survit . à l'individu profitait au corps social lui-même. Aucune d'elle n'avait conscience de ce progrès indéfini ; elles remarquèrent la succession des générationsy les peuples succédant aux peuples, mais la loi de Cette succession et le but définitif auquel elle devait conduire leur échappait.

Revenons à la fonction sociale des peuples. Aucun jusqu'à présent ne s'est organisé pour une fonction humanitaire , aucun ne s'est proposé cette fonction pour but, et on le conçoit sans peine. L'idée de ces recherches sur l'humanité a toujours existé, mais les exemples n'ont pas existé toujours. Pour concevoir un but humanitaire , il faut avoir observé une succession de sociétés politiques et avoir pu constater leur supériorité croissante en raison du plus grand nombre d'éléments dont elles pouvaient disposer, et des rapports {dus nombreux qui existaient entre les divers peuples. C'est ce secours qui a manqué aux anciens et ne leur a pas permis d'arriver au but, quoiqu'ils eussent aperçu la

tendance. Le dépôt successif des faits accomplis par rhumanité n'était pas assez considérable en* oore pour qa ils pussent Tétudier et en déduire des lois constantes.

: Des proph^esqu^(m avait soin d'entretenir parmi les citoyens promettaient à Rome Tempire du monde. La société romaine n'eût jamais d'autre but que d'arriver à la réalisation de cette promesse*

Les Romains* regardèrent la guerre comme le seul art, et employèrent tous leurs efforts à la perfectionner. Ils parvinrent à donner à leurs troupes la meilleure discipline , les meilleures armes, la plus grande force. Leur orgueil ne les empêcha point d'emprunter aux peuples mêmes qu'ils voulaient soumettre, les armes dont ils reconnaissaient la supériorité. Us quittèrent leur épée pour prendre Tépée espagnole aussitôt qu'ils Feurent connue. '

Avec leurs conquêtes s'accrurent aussi les moyens de les conserver. Leur habileté à les préparer , leur persévérance à les obtenir ne furent

* MoirrflSQiBU V Grandeur et Décadencé, chap. ii. ^ Aid, Sui»As , aa mot Machaira.

p9S moins remiirqoabbs que leur esprit guerrier. En uii mot » leur acûvité sociale avait pour prin<^ ciptQ la conquélQ et tmk dua leqra îu^trtntîonsiie fut organisé pour une autre fin.

L'histoire im^us dit assea que œ* but lut atteint : non , il est yrai » cofis^ilèteBeiit; ear il n est pas possible qu'un gouvernement» établi dans un but de dominatâoa particulière» et non dans le^ but étemel de liberté et d'afiranchissement humam, s'assimile toute rhumanî(é; mais il le fut assez pour justi^er» par le plus vaste exemple que les temps aient,fourni, la puissance renferméedansun but social, proposé à un peuple ;pour prouver tout ce qu'enfante et nourrit d'énergie et de force une tendance éclairée d'avance et la direction unitaire imprimée à une société.

L'action d'une société n'est pas simple; sa vie extérieure se révèle par le rapprochement successif de ]a société avec le but d'activité qui lui est proposé , et par les rapports externes. La vie intérieure de la société fermente pendant ce temps, et subit un travail de transformation , qui amène les membres du corps social à un niveau que l'iu-

dividualisme réclame k mesure qu'il s éd^ùce et

juge mieux son importance et ses droits. La me-

sure de ces droits est Futilité dont ou est à Fensemble; ils se proportionnent aux sacrifices, qui ne sont qne les devoirs sociaux; en d'autres termes » les droits arrivent à se placer en proportion avec les dcftoirs. T^Ie est la tendance mtérieure de tous les états. Nous pouvons en faire la remarque dans tous les temps et chez toutes les nations. Les peuples se présentent à nous divisés en dasses» à chacune desquelles une fonction particulière est attribuée. Dans Flnde, dans FËgypte, dans la Ghaldée, dans la Perse » nous voyons une classe sacerdotale supérieure à toutes les autres , puis une caste de ^ertiers , enfin celle des labou^ reurs, des artisans , des exploitateurs de la terre. Au-dessous de ces castes libres , se trotive une masse sans droits, sans avenir, maudite ou exploitée : les esclaves.

À côté du but social extérieur, ou de la vie de relation , se place donc un but tout intérieur , né du froissement continuel des ambitions en présence et en lutte. Ce but ne fut pas seulement enfanté par Fégoïsme, il le fut par ce juste et éternel sentiment dTégalité qui peut ôlre réduit au silence par Toppression des mstitutions politiques , mais qui, tôt ou tard, reconnaît Flieure où sa voix

Tous les besoins ne se révèlent point à la fois , avant que les esdaveB pussent penser à la U^ beité comme droit, illenr&llait desmoyenset des lumières. Les deux autres classes étaient intéressées à les tenir dans leur état d'exdnsion ; aussi le mouvement ascendant ne fot*il marqué qae dans la classe des citoyens avides de parv^r à Tëga* lité des droits. La fondation de la cké avait créé des activités rivales, et Tœuvre intérieure eut lieu entre ces rivaux inégaux en nombre ; le ré« sultatfnt le triomphe des plus' nombreux. Pour l'obtenir , il avait fallu faire valoir certains droits généraux, fondés sur les lumières philosophiques plus répandues et avidement admises; lesesclaves surent s'en prévaloir plus tard. Ijours prenuers essais furent sensibles déjà dans les sociétés an-ciennes. Les guerres des esclaves marquèrent l'époque de la conquête deFégalité par la aacood^ classe» La tendance dès^'lors fut plus large* La fn? sion des deux premières d^^ses ou des daases li* bres n'avait laissé que deux forces eixpréseiice, les hommes libres et les esclaves. Désormais l'œuvre des sociétés se trouve circonscrite dans la poursuite de ce but : abolition <de Tesclavage.

Cela est sensible dans Rome, que nous pouvons

{»*dii(lre pour ekemple^ aouâ y voyons successivein^it la royauté , le conciliât et le gobyernement dans les mains dès pati^iciettià, puiâ Faccession des plébéiens^ 1« ferres des esclaves, et enfin leur afiranduBsem^t par le christianisme.

Ainsi nous voyons les sociétés passer par quatre états de tpmsfomiatiôn successifs : le sacerdoce, l'empire , la patrie ou la cité , enfin Thom"» me ou Fappd de chacun aux droits civils et po* litiques, en d'autres termes, la liberté individuelle dans la société générale.

Ei:pliqu^tô«>nous cependant sur un fbit qui , au premier coup d'oeil , paraîtrait infirmer ces divisions que l'histoire nous donne , ou du moins en exdure l'idée d'amélioration et de progrès. Au momMit où s'annonce le dogme catholique de Tap* pal de tous, nous voyons reparaître Tempire, et, en apparence, recommencer une série gouvernementale qui rappellerait l'ancienne. Ainsi l'immobilité humaine semblerait résulter de ce cercle, dans lequel Thumanité recommencerait ses destinées.

Gela serait vrai si, à côté précisément de ce nouvel empire, ne paraissait pas la première lueur du christianisme , destiné à conduire tous

letat moral; il passe ensuite à l'état de dogme , et devient puissance dingwatew

Ici il nous feut retourner en arrière, pour exa« miner ce qui arait eu lieu dans le passé.

Historiquement, le passé le plus reculé noua offre le spectacle de grands empires organisés despotiquement, et dans lesquels l'homme indî<viduel n'est compté pour rien. Mais examinons les traditions de ces empires, et nous Toyons nue origine donnée à ces distinctions de castes , à la supériorité des unes , à Fesclavage et à Tavilissement des autres. Partout, le règne des dieux est présenté comme précédant le règne des hommes,^ les hommes eux*-mèmes étaient réduits à l'état de brute en expiation d*un péché commis dans le ciel. Sans doute cette doctrine nefîit qu'un moyen de gouvernement , un moyen de donner une base religieuse à une organisation politique^ fondée sur une inégalité monstrueuse. Mais enfin, elle exista^ et elle prouve au moins une chose , c'est l'état d'i-^ gnorance profonde qui régnait à l'époque de l'introduction des premières sociétés. Les différentes castes sortiesj'une de la tète^l'autredes brassa troi-^ sième du corps, la dernière des pieds deBrâma, justifiaient par leur origine, l'inégalité étaUie entre

elles: c'était en placer h source dans le ciel même. En Élit, ces distinctions étaient l'ouvrage de l'ha" bileté de quelques-uns et de l'abrutissem^t du reste. Ces vastes empires divisés en castes avaient donc pour gage de durée la ccmtinuation de Fi* gnorance des nouisses, et la centralisation de toute force intelligente. Mais il n'y a pas de pouvoir csh paUe de luttw contre les besoins et la nature qui nous, conduit à les satisfaire ; les arts utiles, puis les connaissances plus étendues qu'ils amenèrent, développèrent dans les hommes la faculté intelligente et morale, et l'on vit naître le premier protestantisme, ou la première révolution politique ; c'était la même chose, lorsque l'organisation avait le double caractère religieux et politique. Il eut pour résiliai de renverser la puissance rdigieuse qui divisait les hcmimes, pour établir la puissance morale , qui élevait déjà l'humanité à une certaine réciprocité de droits et de devoirs. Ce fat l'état des sociétés sous les Grecset les Romains. Cette réciprocitédes droits etdes devoirs s'élabora et grandit ainsi jusqu'à Socrate et Platon, do&t les opinions philosophiques ne furent pas la base du christianisme , mais préparèrent les esprits à un enseignement nouveau , capable de répondre aux

besoins des classes inférieures que le temps ame^ naît à Témancipation. Or, il y eut entre ces différentes périodes uni intervalle de repos destiné à l'élaboration et à la vulgarisati<m des idées nou« vélles. L'organisation égyptienne, par exemple , subsista long-temps encore après que sa puissance active fut terminée, et que les migrations qui civilisèrent la Grèce » eurent quitté le sol dont elles étaient exilées. Lorsque la Grèce ellemême, avec sa nouvelle organisation polythéiste et anti*sacerdotale , arriva successivement aux doctrines philosophiques que les gouvernements durent adopter» en admettant Facçession de tous aux droits civils et politiques, le passage de cet état à Taholition de Tesdavagè en principe ne put avoir lieu que quand la dernière dâsse s'éleva jusqu'au sentiment de sa valeur sodale. Cette élaboration se fit de Socrate à Jésus^farist;.

Ce fiit au nom des doctrines de Socrate que lesclavage fut considéré comme un attentat à rhumanité, mais ce résultat du travail moral antérieur, proclamé par le philosophe grec^ ne devint la base d'un nouvel état social que par Jésus- Christ.

Socrate et Platon avaient enseigné leur morale

sur un coin de terre qui comptait à peine dans rimmensité du globe, les Romains en adoptant les idées des Grecs les répandirent dans le monde. L'humanité fut préparée par eux à un enseignement, non plus philosophique et abstrait, mais à l'application d'une autre base: sociale et à un prin* 0^ plus large. C'est ainsi que l'école athénienne avait jeté la lumière sur le vice de l'organisation ancienne, les conquêtes de Rome amenèrent la diffusion de cette lumière, ce fut le temps de l'élaboration, le christianisme s'en empara pour en faire le point de départ de la doctrine d'avenir. C'est par un procédé analogue que dans un temps tout à fait moderne, les travaux philosophiques ont amené cette question, qu'est-ce que le tiers-état? et la réponse fut, c'est la nation même. Qu'est-ce que lesesclavesa-t-on dit jadis? Et la réponse fat, c'est rhilmanité.

L'homme dan6 les grands empires orientaux n'avait été compté pour rien. Dans les républiques grecque et romaine il s'était élevé à l'état de citoyen, et l'empire qui n'offrait qu'un sol, était devenu la patrie* Mais nous l'avons déjà remarqué, la patrie elle-même n'est qu'une centralisation sur un point dbnné et un antagonisme de peuple à

peuple! Les luttes Gontinnelles, les j^Qusîes, led guerres, tous les malheurs de rhomanîté naissaient de ces limites élevées par F^potsme national. Or, l'innovation qui dans rintérienr des états avait amené la fiision des classes, conduisait di-> rectement à la fusion des peuples^ la question plus générale était au fond la même, et cette doctrine dut devenir universelle quand la domination romaine eut fait de toutes les naticneis une seule n»* tion, au moins sous le rapport politique.

Tout n'était pas obtenu cependsmt: à la séparation radicale des anciennes classes. sucoéda la hiérarchie civile et politique. L'affranchissemenl: des prolétsûres vis*à«vis des privilégiés devint le nouveau but [H*oposé comme accomplissement à réa* lîser dans la société, c'est à ce but que répond la fameuse disçnssiônde Syey es. Mais n'anticipons pas.

Ces idées auxquelles nous a conduit la société, considéi'ée sous le rapport politique, l'art vient les conBrmer.

Ces masses superposées, débris d'une époque inconnue et antérieure à l'art proprement dit, sont FapplicatÎQn delà force brute. Les immenses monuments de l'Êgy te que le temps n'a pu ^oktamer, que des populations entières construisent, tout en

accusant le méiMris de T^sfèoe, «ttest^ait par leurs proportions colossales Tintelligence et 1 art; Nous ne parkms pas^ ici du point de vue religieux sous lequ^ il speu v^itétre eonai^iérést uoqs nous eo oc-^ euperons plus tanJL C'est àrooeasion de Qeanionii<» meirts qù uii.roip^ dire; liiugt laille hommes ont été eoifdoyés à eonstraîre cette pyxanûle et pas oa seul Ëgyptie». Double témotgnage qui nous BiseignerétatdeVart^ptienetrétatderhomme.

Les popidaticms sont trans{>limtées ccmime des ti^pupeaux, et k race dominante ne daigne y Toîr que des instruments, des oiqet&d'e&plottation.

Dans la Grèce» l'application d'une imagination plus YiTe et [Jus riante, donne naissaneer à ces formes dégantes qu'on a eu le tort de vouloir copier de noire temps et dans nos climats. Ce ne sont plus les masses du temple égyptien; le te»»pie grec avec ses colonnes, sous le triangle aplati qui lui sert de fronton, n'est dans sa forme, que la cabane agrandie et décorée. Le temple est réduit aux proportions de Thomme, car l'homme a re* conquis son rang. L'édifice n'est plus réglé dans ses dimensions et son ordonnance d'après l'idée de la reproduction des formes et du mécanisme de l'univers^ mais d'après Tembellissement qu'une

recherche ingénieuse peut apporter;au domicile de rhomme.

L'art s'est donc trouvé en harmonie avec Fétat civil et politique, concluons : Les sociétés anciennes ont pris l'homme au berceau dans un état peu différent de la brute. Elles Font élevé successivement jusqu'à la jouissance de l'existence sociale, i pditique et morale. Elles Font fait homme enfin. C'est donc sur l'homme , et non plus sur le bimane, que Fœuvre de progrès doit s^effectner maintenant , la société va avoir un autre but, un autre prindpe d'activité.

Ce qu'était la brute , par rapport à la société dans laquelle elle devait se développer, les sociétés vont l'être par rapport à une fonction plus haute , l'humanité. Nous allons voir les sociétés dans un état d'hostilité les unes contre les autres , jusqu'à ce qu'une pensée commune les ramène à cette fusion des intérêts de tout ordre qui est le but définitif de l'hunianité.

SBGTIOir IV. ~ ra L'HUMâHITi,

TraMlbraMtioii 4a tal social par le ohHsKUisdia. - NéeaMidit principe humanltalre.^RéallMtion da principe hamanitalre.— Déviation réiialne ûà ^Inelpe haïAasiliire. -^Double tendance du chrislianlMne humanitaire-romain. — Cbrlstianltme romain. Il a contribué au progrés : en détraisani les sectes . en unissant les barbares, en oonbattant les sociétés é^Mes; son BMViiliim de puis* sanee est Grégoire VII.— L'Église se corrompt et perd son influence avec son bit. — Le proléstantisme. — Retour à la Ibl bumailtalre par la Révolution française.

Humametiient parlant , Jésus-Christ trouva \t sol préparé pour renseignement qu'il apportait aux hommes. Il vit que les doctrines philosophiques, qui avaient élevé rhomme jusqu'au sentiment de raflPràncbis^ment, n'avaient de valeur que dans le passé; que toutes les chatiies brisées, l'avenir réclamait un ordre et un but d'activité qui comprissent ITiumanîté tout entière; î! ne devait j^us exister, dans Tavenîr , ni castes, ni distinctions ; deux choses apparaissaient seules , lu terre et Thomme* Pour qu'une transformation aussi fondaaien-

taie détruisit l'ordre politique fondé sur lancieune exploitation , il fallait encore un temps de repos. L'empire romain avait accompli sa fonction. Organisé pour la conquête, il avait tout conquis, et devait toinber pour faire place à un principe nouveau. Tous les degrés de sa chute furent les d^rés srseendants dé l'idée sociale nnivérs^le.

Ce fut là le temps de repos. U fut marqué par les phases, de cette révolution qui obscurcît Tahciën établissement romain pour amener à la lumière et à ractivité la nouvelle base ohrétiemie.

L'homme, avons-nous dit, avait pris possession de sa dignité , et les distances , qui séparaient les castes et les classes, avaient été condamnées par la voix de§ philosophes et des sages. Nous entendons que l'œuvre spirituelle était accomplie ; que le but de la première société était atteint comme progrès intellectuel ; qu'il res^it désormais pour arriver àla réalisation complète de l'œuvre, à faire desoendre . dans, toutes les intelligences le fait aji|lppAé:pajr Içs Stages; aie faire passer dans l'enseigisement uqiyersel et à. amener les sociétés à reconnalLtre comme base, l'application d'un principe d'égalité, de fraternité. 11 restait à détr^iire le fîiit

ip^t^riçl ^e l'esclavage, ce devait être le biU de

la société nouvelle , ou la' réalisation du principe d'afiGranchissement de l'huaianké.

Le monde romaiki était sans principe actif; vii^ant de sa vie intét^eore , où il n'y avait' jJus rien à conquérir pour lesolâfsses libres nivelées, il s'é^ puKait «n Jouissances monstrueuses , et foûrntint contre lui^méoief cette avidité de sang et de coinhats'.qfbi avait fait; sa force aux jours du développemehtv 'ir n wiMd{ plus qu'une v^sté arèiie où s'i^orgepiieiit pôle-ibéle les iiations. L'activité 'géfiàde et unitaire venant à 'manquer , Tàctivilé de chacun se répankiit en recherches dé jouissances personnelles. Dans cette effroyable consomma^ tion du luxë et de la plus sale débauche, le monde ne' put suffire è la destruction cmissante dont rien ne réparait les ravages, Rome était le bocberde Sardanapale» où l'or, les étiUffes précieuses, le» chevaux, les esclaves, les femmes, venaient s'entasser pour périr.

Alors , dians le monde épùisê, retentit uii long cri de''d0iileur. U évoqua , de leurs forêts sauvages, ces géants septentrionaux déstiiiês à la régénération de tfëlàOiide flétri, et amena', bur le terraiti'iie4à'eMliWitidn nouvelle, dont'élfe devait être le bmSiïOéWê^-Aiiïèîguyrtrièi^e appelée aujourd'hui

à voir la réalisation complète et pacifique de

ridée chrétienne.

Les nations scylhiques (ou celtiques) s'étaient répd|[)tdues » depuis les plateaux supérieiirs de l'Asie et avaient peuplé toute TEiirope oceîden^ taie et septentrionale; divisées dans leurs diffé* rentes tribus, elles s'éitaîent modifiées dans leurs migrations successives et sur les débris de leurs croyances primitives, le culte guerrier du réformateur ûdin s'était établi comme pour les préparer à l'œuvre qu'elles devaient accomplir. Ainsi avait été forgée l'epée pour venir à l'appui de la parole.

Le christianisme apportait » insci'its sur sa bannière, les mots; Ubefté, égalii^^ fraternité, triple formule d'afFranchissemmtt, mais qui n'aurait^ de.sçnsque pour Tesprit, si le législateur n^yaa fait de la charité la véritable base de sa doctrine : eussiez-vous une foi capaUe de transporter.. les montagnes» sans la charité, vous n'^s wig^i La foi ue fut pas séparée des œuvres» et la réoom*pense fut au ciel.

Ainsi , le dernier mot des ancî^mes sociétés ^.vait 4té un pur eïku obtenu sanSiavoii! $a)bs<^^ce du but que l'on (init par obtf^nir : l'hopme inl^r

tigent et mord, substitué k l'homme brute, au Téritable bmiaiie. Dans la doctrine nouvelle, le but d activité est nettement défini , c'est la fraternité et la charité, personne n'est êîsclu ,' et pour montrer que rhooime est coordonné par rapport à «ne autre fin que sa satisfkction propre, qu'il n'est lui-oiénle que fonction d un grand tout, ce n'est pas sur la terre que cette fin lui est proposée , c'est au ciel que la sanction lui a été réservée.

Tant que la condition d'amour et de fraternité ne sera pas aceomplie, tant qu'il restera ^ur la tenne une é^nc^e de l'antagonisme social, tant qu'il existera sttr le globe un atome que l'homme n'aura pas soumis et approprié à ses besoins, une idée ou un senttiftent qui n'mnront pas été mis à h portée de tous ; en un moc, tant que la liberté , l'égalité, là fratermié ne régneront pas avec la science, la fonction de la nouvelle doctrine ne sera pas irem^^ie.

Ainsi , la forbiule (Inactivité humaine est nettement posée : Marchons , a-^t^Ue dit , vers une seule foi et une seule loi , car il n'y a pas deux for-* moles poutf Findividu et pour l'humanité, ce que désire l'un est précisément le but de Tauire; Thu-

manité'^ daos l'idée chrétîeûiie , n'est {dus que la générfilisatîoD da^ acbriléiB individueUës* La formule posée» qu'^Uiu fait pour la réaliser? l \

L'individu trouve en lui-même, et tout! au pbis dans la famille, son but d'activité . imqiédiate* Gomme, citoyen, il trouve dans; la patrie et en lui-même^ ce i)ut d^aqtivité* Au point: de .vue^ de l'humanité, cette activité doit comprendre la triple existence de l'homme,, comine individu^ comme citoyen, comme membre de la grande

société» '

Ainsi, l'humanité est le dern»^ lerme ^i ré«*. sume toute activité humaine,, c'est le ôi»B{déHteBt delà fonction de Thomme sur la terre. La chm* tianisme en^a donné la formule. Hum^té estir^^ ligion , depuis k formule chréAienne , . ont* dmc été. la môme chose, le christiapisme a mène été plus loin , car il a don^é à Thùmani^ 1^ saiictii»ci( de son actitité, en la rein'ésentank coxftmé fiHietioui de Tunivers et en rattachant l'homnieià f^n*

lfais.ce point.d^ vue est d; un mtfB 0Klire.N6us n'énumérons ici quQ Teosemblr des fonctions purement humaine$, et nous ij^sons que, sou$>iee^ rapport, le christianisme,, comme principe d'activité sociale et humanitaire, consacre le.oollec-

tisme s<^s toutes les formes [iositives, intellecluelles» sociales» en nous faisant enfants dW même père, admis au même partage céleste; investis, par conséquent 9 des mêmes droits sur la terre. Piar lui , nous sommes tails'dans les mêmes' conditions par rapport à un même Lut.

Tel fat 1^ point de départ d'où s'élahçaf Torga-' nisation chrétienne. Société nâii^sante au niilieu* de la grande société romaine , elle appelait à elle tout ce qui soulîÈraiï, tout ce qui aVaît soif dune existence meilleure , et la souffrance était partout; laccrôissemenfc Rit rapide. Tant que les chrétiens vécurent pauvres et presque ignorés, la puissance des empereurs ne s'exerça point contre eux. La to-lérance des Romains avait permis que de tous les' préjtigésnatîonàûx sortit une espace d'éclectisme.* Ib ne s'«nïèrènt point contre le dogme nouveau \ mais quand i!s eurent appris que cette croyance nôuveRè'aflyaiichissalt les hommes et annonçait un empii'ê qui devait renverser le leur,* alors ils s alarmèrent/ct là persécution atteignit lés premiers chrétien?.

i Herder, 210, tom. 5.

Wiid., 211.

Elle fut impuissante et même elle contribua à exalter la ierveur : Tunion chrétienne prospéra et s'agrandit en dépit des persécuteurs. Ce fut pendant ces persécutions que les points <ie doctrine

les plus importans, la doctrine de la consubstantialité des trois personnes ^ par exemple,- forent réglés. Les points de foi furent mis au-4essus des attentats de Fesprit novateur. La loi, pr^firée dans le silence et au milieu des efforts de TÉgKse naissante , fut constituée au concile de Nicée*

Avant Constantin , les églises chrétiennes n V vaient été que des associations particulières, é^rià»r gères au sy stèjOfie politique. Les papes n'aapîraieat point alors à gouverner des provinces ^t n'obte^ naient d'autre couronne que celle du martyr. * Us se conformaient en cela à la parole. 4^ l'Êvaa^ gile , où Jésus déclare que son royaume, n'est paa de ce monde % et que la mission dfis apikres ne doit point être confondue avec la pmssance de» princes de la terre. ' Les apôtres sont venus , nopi pour gouverner, mais pour instruire. *

^ PuÛMnce temp. des Papes ^ p. 5.

' Saint-Jea?i , XVIII, 56.

' Saint-Li'c , XXII, 20. - * Saint-Matthiei' , xxviii , 20

Nons examinons des faits généraux, et nous n'écrivons pas nne histoire. Nous n^aurons donc pas à rechercher par quel eachaioeiaketÉ, s^étabUt la puissance temporene des papes. Ge fiit , suivant nous, par cette usurpaticHi que s'altéra ta* pureté de la foi chrétienne et qu'un nouveau but d activité fut proposé à une société nouvelle , formée dans la grande société chrétienne ; en d'autres tannes que le christianisme romain chercha à se substituer au véritable christianisme catholique.

Il se fonda sur une prétendue donation de Constantin au pape Sylvestre» donation aussi iaifôse qu absurde et que l'Âriosie place au nombre des dy mètres qu'Aatolpbe rencontre dans la lune. * Ge ne fut pas , du reste, sous Gonstantin que cette puissance tempwelle chercha à s'exerce; jusqu'au rè|^a4eGhaFlemagoe, on n'en voit pas vestige, (ja prétendue dcmation de Pépin n'existe nulle part. Après 800, cest-à*dipe après le couronnement de Gharlemagne, on voit encore les papes parler en sujets, et Louis-le- Débonnaire

OrlakdoFur., c. 34, st. 80.

approuver, : en 827 , réiectiôn de Grégoire IV/ L'autorité suprême, indépendafite et iion déléguée;ii a réeUement commencé, qu en iSS&j lor^ que l'empereur Charles lY recevant à hiofm 1^ pàissmce impériale, renonça expressément :à tout genre d'autorité sur les poasessicms du saint siége*^ < Mais, sanà. être souvei'aine ,unQ. puissance c peut être .effective. Telle fut. celle des papes. « Cette puissance.exista dè$*le temps dç, Çl^tarlo-; « magne, les guerres du Sacecdoce.et de l'Empire « eurent pour but d'accroître ce pouvoir qui 110 « voulut , abusant de la formule chrétienne, s'ar- « t'êtér qu'à la monardiie ùhîverséîlé- Tel est le « secret de la lutte éternelle dé Ja cour romaine « contre les puissances européennes et surtout € contre celle qui obtenait ^la prépoiHiéranoe en « Italie; »• »

Ainsi, ce fut Constantin qui, en mettant le christianisme sur le trône et^en déjdaçant la capî* taie de l'empire , fat la première cause de l'exis-

tence de ce monstre à deux tètes qui, sotls le

* Recueil des Hist. de France^ p. i08 , t. vi.

* Puissance iemp. des Papes , p. 56.

^ Ibid,

nom de pouvoir spiri|4|çl ç( temponel , se joue de lui-méwe i^t tlea;aiUi^ cl^pnis doux: mille ws.* Dès lors., nous f çmaiypious deux teudances dans» le christianisme : Ttiue conforlve au but proposé par le législateur , c'est la doctrine dWcanchiss^ ment de rhiBpanité , la y^table doctrine^aatho"-; lique ; Taubre , soutenue |par lf}S p»pes et TË^isé ^ c'est la doctrine romaine ^ exploitution intéressée: d'un scvem que l^om^ $eule se donna la missito d'expliquer, et qu'elje arrangeaaugré de sies intérêts particuliers* . «I

Si l'Église Romaine n'est qu'une déviation de la véritable doctrine universelle; si elle l'exploita, ce n'^i iîit pas moins au nom des principes fondés par Le cbristianisme qu^elle agit , et l'hu** manité, dut y vofrràirche du salut auquel elle aspirait. Des schismes et des hérésies s'élevèrent contre son despotisme et sa centralisation spirituelle^ on vit des luttes de princes contre ses prétentions temporelles , mais la base ne put être s^itérée. EUe était conforme à la nature, et la raison humaine, en s'éclairant, n'a pu trouver et, ne chercha pas môme d'alitre expression que>

' HERDKa^ t. 5, p. 251.

les mot^ consacréB parle ebristianistne naissant.

Le monde qui vivait silr cette donnée chrétienne , apprit à distingaer le dogme véritable delà direction intéressée qui lui était imprimée; sous rorganisation romaine se développa loujoursle véritable esprit catholique, dont le triomphe ^t, non pas obtenu; mais eertam, dans un avenir accessible déjà à lin grafad nombre dlntdligences. En dépit de l'obscurité sous laquelle on a cherchée Tenseveh'r, le monde a marché depuis deux mille ans sur le principe qui doit être conquis. Les luttes intérrêures , l^ efforts des puissante» ont été, dans la société chrétiennet ce que les luttes et les efforts avaient été dans la société qui lavait précédée / f acheminement laborieux vers la conquête de la vérité : c'élaût rélévation dé TluNnme à sa dignité, avamt le christiâiiisme ; depuis, ce fut Tâévation de l'homme rég^éré vers sa fonction d'aveotiraii d'humanité.

Les schismes, les hérésies, les réclamations philosophiques de l'individualisme, n'oni jamais eu pour but de combattre la morale et l'enseignement fraternel du christianisme; ils ont attaqué le dogmatisme intolérant, et l'abnégation

de la puissance d'exameo exigée en pi^senee d'une autorité égotsie.et par conséquent antiehrétienne.

Le çhristianisoie romain peut être dirisé en trois phases. L'époque où A £^ été soumis au pouvoir temporel, depuis son. établissem^t jusqu'à Gharlemagne; Tépoque oii il chercha à envahir ce pouvoir» jusqu'au moment où il fut le plus près de la réalisation, ou Grégoire VII; enfin I9 décadence jusqu'à nos jours, où le pouvoir de Rome n'est plus que l'ombre du passé. S'il est im e^aondu qui puisse prouver combien le romanisme diffère du christianisme, c'est que celui-ci profite de tout ce qu'a perdu sou ennemi, et que sa fonction se ranime quand l'aij^e touche à sa fin.

Ce n'est point à dire quâ l'organiE^tion du christianisme romain n'ait pas eu une immense valeur comme doctrine de progrès 4e l'humanité; non , il a été ce que l'état même de rhumapité exigeait qu'il:|at. Son action avait à s'ei^rcer sur des nations éparaes, différentes de mceors, de Isyogage, de conatitutiç^i physique, il faQait^ avant d'ofirir dans sa simplicité le dogme chi^étien , assimiler tous cçs éjiémeQs divergents. Le viepx

monde de l'empiFe était travaillé jusqu'aii ràeur par les inyasions des barbares, c était toute cette masse incohérente et sans lumière qu'il fallait réunir, instruite ^ diriger. Le dogme abstrait eut été une dérision en présence de ces hommes de pillage et de violence. La mission preniière du christianisme fi] t d'opérer sur cette matière brute; pour les conduire, il sut approprier Tinstrtfment aux hommes.

D'abord, pour que Tunilé dans la doctrine . permit d'assîBoir l'oeuvre de civilisation sur une base durable, il était nécessaire de renverser tous les systèmes nés en opposition avec le dogme de la divinité de Jésus-Ghrist. Ce d(^me seul pouvait établir la puissance et Tunité dans Faction catholique. Aussi tous les efforts du christianisme ont-Hs pour 'objet dé vaincre Farianisme, le nestorianisme , les mille oppositions produites par rinterprétatioîi libre de la paî:>ôle chrétienne.

Cette questîoh de la divinité de Jésus-Christ était Titrfé , tious ' îc' répétons , à Fàppdritfoh du christianisme. Ce dogme effacé , Jésus-Christ n'était plus qu'un prophète, e» sa toi reslâlt à la merci du premier imposteur qui Viendrait proclamer sa mission. Des lors il n Y avait aucune

solidké - dans la formule qu'il avait émise* Aus^ peu comprise quelle 1 était alors, elle aurait été détruite par le premier novateur habilQ. C'est précisément ce qui arriva çt c'est un fa[it digne de remarque, dans les lieia mêmes où Tarianisi»e s'était .établi , en Ori^t : c'est là quç svrgit «ne religion nouvelle , qui préchant aussi un culte universel, dévoua le monde à la conversion par laTiblence et s'écria: Dieu est Dieu et Mahopiet est son prophète!

Le mahométisme, né au milieu des sables de l'Arabie, prêché à des enthousiastes exaltés par leur soleil brûlant et l'ivresse de la dévastation et de la conquête, devint bientôt une doctrine puissante. Elle avait recueilli de toutes parts les éléments religieux qui la composaient , et ils s'étaient ^Eualgamés sous l'influence du dogme du fatalisme et dé la promesse du monde dévolu à la puissance da glaive.

Presque tousles barbares qui» se répandirent •sur le solde l'empire, étaient ariens. Les prenaers docteurs dé. l'Église , pressentant, tout le danger : attaché à leur croyan»^ ne nous ont laissé qtie les- téoioignages de leurs combats contre l'hérésie. A cette arme spirituelle, il fallut

bientôt Tappui de la guerre , et dans un coin des Gaules sWganîsait et grandissait, sous la ptoteetion du catholicisme, une puissance qui bientôt, allait d^^ir le bras de r%lise.

Dune part les barbares sûtiemràe Tantreles envahisseurs mahométans, s'offraient comme les ennemis dudbgme ée progrès de rhumanité apporté par le christianisme* G^est en face de cette double attaque, que la société catholique dut s'organiser. Forcée de combattre , ce fut sous 1 empire de cette nécessité que son unité fat fondée. Mais déjà l'esprit chrétien avait porté ses fruits, et à la f^ce de l'organisation romainCtOÙ il n'y avait qne Abè maitres et des esdaves, s'était subititbée ta hiérarchie catholique et militaire. Les hommes n'étaient plus séparés violemment en deux parts, une discipline nécessaire à la définne 1m avait distribués en organisatioii militaire, où il n'y avait que des fonctions et des grades.

G*est ainsi que se prodaîsic, pour seréaliser plus tard et prendre racine dans le sol, cette hlérar^chie puissante qui distingua le moycapagd. Ia société se montra en harmonie av)3c l'état db dbristianisme militant , et une seule volonté lut imprima le mouvomem.

La suprématie du chef visible, du représentant de la doctrine chrétienne, était donc devenue un fait nécessaire. L'organisation politique et civile du moyen-âg« devait donc devenir le cordlaire oUigé de la fonction du catholicisme à cette époque.

L'arianisme vaincu, trois forces se trouvèrent en présence, le mahométisnote avec son organisation fataliste; le schisme grec, débris dcl au* cien catholicisme, m^s soumis au pouvoir temporel, et le catholicisme qui avait placé dans le pape son unité et sa force. ^

Ce fut dans ces trois centres que vinrent se réunir toutes les divergences. L'Orient et le Midi appartinrent au mahométisme, le Nord aux Grecs, rOccident au catholicisme. C'est en Occident qu'il faut suivre l'œuvre de développement de la foi nouvelle, œuvre difficile et longue, puisqu'après dix-huit siècles elle n est point achevée, mais dont la réalisation s'annonce et ne peut plus être enlevée à Fhumanité.

Tant que Torganisation militaire fut nécessaire à la fonction religieuse, elle se maintint par Texal*

^ Bocnz, Introd, à la Sckne$ de l'Histoire, p. S^.

taibii même eotrelenue par la lutte; mais quand Rome fut affranchie de la suprématie des Grecs , quand elle eut conquis, sans ecmtestaiioB , sa suprématie spirituelle, quand le makométisme, renfermé dans ses limites , fte fut pltas pour l'Occident un épouvantail toujours présent ,- le relâchement se fil s^itir. Les fonctions supérieures, devenues , par Fusurpation des chefs militaires , des fiefs héréditair^B, n'étant plqs une charge et une fonction de dévouement , devinrent un objet d'envie, La hiérarchie fut soumise à l'examen des classes inférieures. L'esprit progressif du» catholicisme se réveilla : l'inégalité matérielle, qui existait dans le monde , se trouvait en opposition avec tous les raseignements chrétiens; le monde s'agita pour reconquérir les droits doM rien ne lui imposait plus le sacrifice.

La puissance ^pontificale était trop habile pour ne pas saisir tout ce que cette disposition offrait de fevoraUe à ses prétentions^ et mêlant ses intérêts de domination à l'œuvre de progrès, elle déclara la suprématie du spirituel sur le temporel; mais elle confondit ce qui était de Rome et ce qui était de Dieu. Cette souveraineté spirituelle qui lui était acquise p^r l'appui de tc^us^, elle wulut l'étendre

an lemporel, et la mission d'enseignemeut se transforma dans ses mains en une question de pouvoir.

Grégoire VU fut le pape qui imprima ce mouvement à Tautorité pontificale. Pour y parvenir, il chercha à humilier les rois et à régénérer les peuples. Il letfr apprit que tous les droits civils émanaient des devoirs chrétiens. Ce ht le temps de la plus grande puissance du chnstianisme romain. C'est sous cette influence que l'humanité grandit par les lettres, les arts et surtout par la foi dans un pouvoir protecteur, en dehors de la force matérielle qui Topprimait. Cette force réagît, à son tour, et les luttes du temporel et du spirituel eurent lieu , principalement en Allemagne et en Italie. L'Italie, par l'oppression plus directe occasionnée par le voisinage, en Allemagne, parce que le titre d'empereur avait paru aux souverains entraîner le droit de suprématie dont les empereurs' d'Occident avaient été investis.

Long-temps l'avantage restaaux papes; car,dans la sincérité de leur zèle passionné, ils n'avaient pas fait une source de luxe et de plaisirs des trésors de la chrétienté. Ils n'avaient pas rompu avec les observance» d'humilité et de charité don t la con-

servalion leur avait été transmise. Mais quand la corruption se fut introduite dans la demeure apostolique, quand le trafic des choses saintes eut éveillé l'esprit des peuples et fourni une arme aux princes , quand les disputes d'élection eurent ébranlé la confiance dans l'infaillibilité romaine , et que les profusions et les scandales eurent profané le siège du serviteur des serviteurs de Dieu f alors il perdit ses forces avec l'assentiment des nations 9 le caractère universel du christianisme s'effaça , il ne parut plus aux peuples ce qu'il était , mais ce qu'on l'avait fait ; et le cri de réforme fut poussé*

En vain , les anathèmes et les supplices furent invoqués pour venir au secours du christianisme romain. On tua des hommes, mais on ne détruisit pas les idées dont ces hommes s'étaient faits les interprètes.Réduils aux moyens humains, les papes ne furent plus que des rois, et le rôle civilisateur déplacé passa aux peuples qui avaient accueilli le dogme de progrès et d'humanité que princes et pontifes s'entendaient alors pour comprimer.

Toute découverte nouvelle, tout effort de l'esprit fut considéré comme un acte de guerre par des pouvoirs dont la lumière s'était retirée» Les

.xs

corps enseignants se soumirent à la protection des rois , et le rêve de la suprématie universelle passa aux souverains temporels qui ne possédaient rien de ce qu'il faut pour laccomplir*

Au lieu d une chrétienté , il n'y eut plus que des nations. Le droit des gens Ait fondé sur des rapports d'éqnilibre matériel où le bonheur et le progrès de l'humanité n'étaient comptés pour rien. Dans le sein même des nations, les possesseurs de grands fiefe méconnurent le caractère d'unité nationale et s'allièrent à l'étranger, le fractionnement amenait la dissolution. Tout seigneur voulait être roi, toute terre voulait être un royaume, et ces morcellements ne s'effectuaient qu'aux dépends des vassaux , dont le sang et les sueurs coulaient pour des querelles de vanité, ou pour l'ostentation puérile d'une grandeur sans fondement.

C'était là ce qu'avait amené l'édifice hiérarchique du moyen-âge ; il tomba devant le sentiment d'émancipation devenu général , et qui s'était révélé par le malaise des populations et les douleurs sociales. Le dogme politique delà souveraineté du peuple succéda aux débris de l'organisa-

tion monarchique et religieuse des temps de la lutte et de l'établissement du christianisme.

Tel est le cercle fatal où se trouve jenfermée rhumanité : toute organisi tion politique estle^it de circonstances qui Font antérieurement rendue nécessaire , elle survit aux nécessités qui font créée; dès lors, Faction sociale, renfermée dans des digues devenues inutiles , les mine incessam-^ ment et perd à détruire les obstacles , le temps et Tactivité qui devraient être employés à cons-^ traire , si le bot n'était pas voilé à dessein par les passions égoïstes et les intérêts subalternes et mercenaires.

Le protestantisme avait été le premier écho de cet esprit critique qu'un petit nombre d'esprits philosophiques avait fait nattre dans les peuples. Le premier, il avait porté la hache sur le vieil édî« fice. Mais il ne s'était soulevé lui-même que contre des abus. Il n'avait pas cherché à relever la ban« nière que le pontife romain avait laissé souiller. Il n'avait rien fait pour reconstruire le vieux tejqa* pie , pour le rajeunir par une consécration nou^^ velle , cette mission était réservée à un autre pouvoir qui releva l'étendard planté jadis pour la première fois au fond de la Syrie.

U est remarquable que ia tendance du protêttantisme a produit, dans les sociétés qui lont ac-^ cueilli, le même effet que le principe égoïste produit dans les individus. Est-ce Telfet des circonstances et des conditîoDS locales ? C'est ce que l'a» venûr permettra de déterminer; înais il n'est au-» cun motif qui puisse autoriser une nation h rompre avec rhumanité. Dans les pays de protestantisme, la tendance nationale est complètement substituée à la tendance humanitaire des pays de oatholids^aie. En Allemagne, la nécessité des communicatîo&s continentales rend cet individualisme moins sensible ; cependant le mysticisme germanique n'est que l'expression de la rêverie individuelle, et la doote Allemagne, en individualisant ]a pensée , amortit , par sa puissance d'inertie , toute cette vie d'avenir qui fermente au sein des Sociétés vouées à la vie active et collective. Les états du second ordre , comme le Danemarck et la Suède » ne sont guères soumis qu'à l'action intérieure , et knr rôle est nul sous le rapport du progrès européen*

L'Angleterre subordonne tout à son existence, comme naticm. Elle ne se répand que pour donner plus de puissance à son principe égoïste, eHe au-

rait voulu créer \m monde pour elle , comme elle s'était fait une rdigion à sa convenance. < Il est beau de n*être qu'Anglais quand on n'a pas besoin d'être homme, » a dit quelque part Rousseau» les hommes diront , certainement , un jour : Soyez hommes où l'humanité ne sonfirira pas que vous restiez Anglais.

La perscmnalité anglaise se montre plus nue et plus froide encore aux Ëtats-Unis, pays d'individualisme et d'égoïsme par^lessus tous les autres. Calcul erroné» mais qui s'échirera, certainement, chez tous ces peuples. Une fausse tendance ne saurait détruire en eux l'impulsion féconde qui appelle l'humanité dans la voie qu'elle s'est ouverte et dans laquelle nous sommes tous appelés à marcher du même pas.

On ne se méprendra pas , nous l'espérons , sur notre intention. Elle n'est pas certainement de faire le procès à tous les citoyens d'une nation à propos d'une tendance générale. Bacon, Neiivton, Kant, Franklin répondraient assez haut à notre accusation. Nous voulons dire uniquement que les tendances politiques présentent plus particulièrement le caractère d'égoïsme national dans les pays de protestantisme.

Ce n'est que dans les pays catholiques, et par* lîcalièrement en France , que Texamen , au nom de la liberté humaine , des doctrines dominantes a été £dt en même temps au nom de l'humanité. La philosophie n'a pris que là son caractère universel et humanitaire , et Faction sociale a toujours été déterminée par ce but.

Après les trois races royales, dont chacune pourtant avait été appelée dans un intérêt plus vaste que celui de la nation même ; lorsque rétablissement monarchique, tel que les siècles l'avaient laissé , ne répondit plus à la pensée générée, la France, un jour, se leva comme un seul homme et déchira le voile qui cachait à tous les yeux les droits oubliés de l'humanité. Elle avait recueilli toutes les plaintes , l'œuvre que l'humanité avait laborieusement préparée à travers tant de siècles s'était révélée à elle ; les erreurs des hommes avaient porté tous leurs fruits, et le monde ébloui put lire encore sur nos triples couleurs : liberté, égalité, fraternité; c'était la formule du Christ, ce fut celle de la révolution française , c'était l'appel à la réalisation de la véritable doctrme chrétienne.

Par quel douloureux enfantement n'avaît-il

pas fallu passer pour voir reaattre ce glorieux symbole ! Que de combats il avait fallu reodre pour dissipa toutes ces ténèbres et reconquérir un seul principe ! Mais ce principe est éternel et gravé dans tous les cœurs. Pourquoi la France est-elle la première à le réclamer?

Pour répondre à cette question, il est tiétès-^ saire de récapituler sommairement quelques^tins des faits dont nous avons parlé plus haut.

Pour marcher à l'accomplissement de Toeuvre humanitaire, dont le christianisme avsût été Telpression la plus avancée, il fallait que les hommes fussent réunis dans Tintelligence de cette oiuvre ; les éléments épars concentrés sur le sol de l'empire avaient eu besoin d'une fusion qui les rendit homogènes » ce ne pouvait être que l'œuvre d'une autorité puissante qui imprimât un mouvetnent uniforme à ces forces, jusque4à, sans lien. Cette autorité eut son siège à Rome, mais quand elle devint égoïste et abusive, ee fut sur elle que se porta l'examen » et il ne fallut paâ long-temps pour reconnaître que la déviaticm était complète. Le protestai^tisme fut la première représentation de cet esprit de doute et de critique qui s'était annoncé de si loin et

avait pu élre remarqué dans les discussions de Técole. Après le protestantisme, Bacon et Descartes , le premier par sa loi de progrès , le second par son doute méthodique, après eux Fécole philosophique du XYU!"" ràMle généralisèrent cet esprit d'examen , et la doctrine d'infaillibilité et d'autorité fut détruite dans sa base. Le monde reconnut que Rome n'était plus l'expression de la véritable tendance universelle , et son pouvoir fut détruit. Mais ces conséquences contemporaines provenaient des erreurs de Rome et nonde son point de départ. Alors sa formule étail évidemment la (dus avancée , et les véritables soutiens du progrès de l'humanité étaient ceux qui se mcMitraient fidèles à Tautorité pontificale, fidèle elle-même à sa mission.

Où ti^ouver ces fiddes, c'est ce qui va nous occapor , el les documents ne manquent pas pour prouver que c'^aît dans les rudiments de la nation française.

SECTION IV (a).

La Fraace chrélieonc humanitaire. •* L'Europe est nation par la France.— Elle réagit contre l'égoïsme romain. — EJIe reproduit la formule humanitaire.

Chaque nation a son œuvre nationale à accomplir en même temps que Fœuvre humanitaire. Le but de chacune est plus ou moins égoïste, mais la tendance de toutes, à différents degrés , suivant le plus ou moins de préoccupation du but égoïste , concourt au progrès de l'œuvre d'aisemUe. Or, de toutes les nations , la France est celle dont le but d'activité sociale a été le plus rapproché de l'œuvre d'ensemble do l'humanité. Cette vérité sera hors de doute, si , le h\t de la formule chrétienne une fois admis et il est incontestable, nous montrons que la nationalité française est un fait corrélatif de l'œuvre même du christianisme.

Cette discussion a été savamment présentée au congrès historique de Paris par M. Budiez. Nous commencerons par donner l'extrait de sa discussion. ^

Nous avons dit qu'une autorité absolue , mr contestable, était nécessaire pour i*allier tous les peuples épars, or l'arianisme permettait sur la divinité de Jésus-Christ, le doute, de tous les sentiments , le plus inactif. Les Barbares , Goths, Vandales, Bourguignons, étaient tous ariens, c'est-à-dire conduits par des chefs et un clergé ariens. Les peuples eux-mêmes, trop ignorants pour se faire nue opinion dans ces querelles, suivaient leurs guides sans s'occuper de la croyance. On peut croire, qu'en général, la négation de la divinité de Jésus-Ghrist était au-dessus de leur portée et que l'ancien enseignement resta pur et entier.

Les Francs sont comptés parmi les peuples qui envahirent les Gaules dans le Y"* siècle, mais ils n'étaient pas entachés del'hérésûe arien« ne : payens peu fervents, les conversions né-

1 Européen, n» f, — 1856.

> Ihid, , p. 198.

taieitt pas rares parmi eux; mêlés dans lotis les troubles de l'empire, ils avaient eu de fréquents rapports avec te clergé romain, qu'ils étaient accoutumés à respecter, et beaucoup d'entre eux restés dans les Gaules, disaient profession de christianisme. ^ »

Les Gaules étaient partagées * en diverses provinces, dont la physionomie différait suivant leur éloîgnemeiit de lltalie et la fonction militaire qu'elles remplissaient. Le Nord par exemple était un campement destiné à défendre la frontière du Rhin , le Midi participait plus spécialement aux règtes du gouvernement politique et civil de Tempire. L'unité entre ces différentes provinces reposait sur le christianisme , et la lassitude également ressentie du pouvoir impérial. Ainsi, des trois formes religieuses qui existaient dans les Gaules , le paganisme^ Tariatnisnae et le christianisme , le premier était plutôt une habitude qu'une croyance, le second était combattu avec ardeur; il était en minorité dans les Gaules et n'existait même pas dans lé

* i: iii'opéen ., n» 7. — 1856 : p. 199. •* Ibid. , p. "lih).

Nord : quant au christianisme , il avait été ac* cueilli par un certain nombre de Francs , et les autres étaient dans une véritable iadifférence entre le nouveau culte et leurs anciennes erreurs. »

Lorsque le pouvoir impérial perdit son au^ torité réelle dans le nord des Gaules, le pays situé entre la Loire, le Rhin et l'Océan se trouva partagé en quatre parties. La confédération des Cités, les terres d'obéissance romaine, an moins nominalement; les tei'res des Francs; et les anciennes provinces Germaniques : les deux premières divisions étaient catholiques. * •

La nationalité française peut être fixée à f époque où tout le nord des Gaules , Gaulois , Francs - saliens et Romains des bords de là Loire se réunirent en une seule nation, sous l'invocation d'une foi religieuse commune; fu* mn qni fui bientôt sume de la transmission du pouvoir aux mains d'un Franc. Le Baptême de Glovis en 496 fut la sanction de cette fu«

Européen, ii« 7,1856, p. 203.

sion et le commencement du catholicisme fran« çais.

Ce fut comnje chef catholique * que Glovis put disposer d^une armée assez forte pour soutenir des guerres , il n'était véritablement à la tète que d'une confédération. Les Francs dont il était le chef en étaient la portion la plus active et la plus puissante; il n'y pas loin de là à se faire chef et centre de toutes les parties jusques*là disséminées. C*est ce qu'il effectua par le catholicisme et l'appui des évoques.

Les populations catholiques opprimées par les ariens et l'ardeur des évéques pour extirper l'hérésie fournirent une arme puissante à Clovis, qui se fit le champion de l'Eglise, c Je c supporte avec peine, dit-î),la présence de c ces ariens, qui tiennent une partie des Gaules; c allons donc, avec l'aide de Dieu, allons les c vaincre et conquérir cette terre à notre obéis- < sance^; et il ajoute nous ferons bien car die c est très bonne. » ^

1 Européen^ 11° 7. — 1856 : p. 207.

'^ Grégoire de Tours , liv. 2, ch. 57.

* Gesta regum francorum. — Ap. script, franc. 11 ,555.

C'étaient donc des guerres religieuses et popu*» laires que celles de Glovis , et il est bon de rémarquer que la France seule, à cette époque, était fidèle au Saint-Siège. -

La domination des Francs était vivement désirée/ Cette population flottante entre la Germanie et TEmpire , qui s'était énergiquement opposée aux invasions des autres barbares, qui dans sa vie indifférente combattait ou soutenait TEmpire, ne ressemblait pas aux autres barbares, tous de nom et de nationalité distincts. Seule elle avait reçu le christianisme par l'Église latine, c'est-à-dire dans sa forme complète : le christianisme acquitta sa dette et l'Église fit la fortune des Francs. Jamais ils n'auraient repoussé les Allemands, détruit les Gotks et les Bourguignons, en dépit de leur association avec les Ârmoriques et les soldats de Tempire, s'ils n'avaient trouvé dans le clergé un ardent auxiliaire qui leur gagna d'avance les populations. ^

Quand lu combats, c'est à nous qu'est la vic-

* GriSgoirb de Toufts, liv. fi, ch. 36.

^ Mi€flBLBT, HUt. de France, 1. 1. , p. 194^ 195, 196.

loire , € écrit à Glovis Saint Àvitus évéque de Vienne et sujet des Bourguignons ariens. ^

Cette partialité des évèques en faveur de Glovis lui applanit tous les chemins. Les éléments de l'organisation nouvelle se firent jour. Uunité de larmée des Francs était une force constante qui assurait la durée des conquêtes. Glovis, par la mort de tous les petits rois ses parents, devint le seul maitre, c Dieu renversait ses ennemis, € les mettait en ses mains et augmentait son « royaume, car il marchait le cœur droit devant < lui , » dit Grégoire de Tours. '

En échange de cette protection , le droit d'asile le plus illimité fut reconnu aux églises. Leur salutaire influence sur les vaincus était le seul refuge dans ces temps de violence et de barbarie. Ainsi Glovis étendait le domaine de TÊglise, et TËglise, fidèle à sa mission, protégeait et humanisait. » Elle devint un immense asile; asile «i pour les vaincus, pour les Romains, pour c les serfs des Romains , asile pour les vain- € queurs , ils se réfugièrent datts TËglisb contre

*■ App. ({^GmiGOiRB DE ToDRs, in-^, p. 1392. ' Gr^coim de Tours^ liv. 9, di. 40,

< le tumuUe de la vie barbare, contre learn

< passions, leurs violences dont ils souffraient c autant que les vaincus. Ainsi les serfs monc t^^nt à la prêtrise, les fils des rois, des c ducs descendirent à l'épîscopat. Les petits et c les grands se rencontrèrent en JésusrGhri st/ » C'était lannonce de la sodété à venir.

Ainsi la société s'absorbait dans l'Église , son génie spirituel et fraternel accueillait tous les partis ei la fusion s'opérait sous son égide : mais l'asile devint un véritable envahissement : le cler« gé, en ouvrant son sein aux barbares, contracta quelque chose de leur barbarie, et le christianisme se matérialisa en devenant riche et puissanyt.

Nous en avons assez dit pour constater que la nationalité française s'établit sous l'influence du génie catholique ; qu'on relise les actes de la

première race, tous sont empreints de cette influence.

Les Gariovingiens^ en oITreiit un exemple plus

palpable encore : toute la famille de Gharlema^

* MiCHBLET, t. I4 p. â58.

» MiCHKLET, t. 1, p. 284,

gne offre ce caractère ecclésiastique, elle grandit et s'établit sous la protection de TÉglise dont elle étend et proclame la suprématie spirituelle sur toute l'Europe. C'est par elle que les Sarrazins sont arrêtés dans leurs triomphes et que leur domination est écrasée à Poitiers. En vain Charles Martel se fait-il Tenvahisseur des biens ecclésiastiques qu'il distribue à des laïques et à des comtes, la nécessité de lar double défense contre les Sarrazins d'une part, contre les invasions germaniques de l'autre, explique sa conduite; Charles devint ensuite le défaiseur des papes qu'il protégea contre les Lombards. Pépin, et Charlemagne bien plus encore, suivirent la même marche : ce dernier constitua véritablement l'Europe moderne, ou plutôt, ce fut sous lui que l'Europe se constitua; c'est à lui que toutes les nations Germaniques font remonter leurs lois, dont quelques - unes étaient aussi anciennes que la race Germanique elle même. * Enfin il consacra le pouvoir des ecclésiastiques en ecmfirmant l'institution de la dime et en affranchissant l'Ëglise de la juridiction séculière^

* MiCHBtET, t. 1, p. 510.

tOÎ

il se trouva plus prêtre que les prêtres, et fûl ainsi leur roi. ^

La première race française était éteinte, et kl seconde établie catholiquement avant qu'aucun état existât en Europe; il n y a donc pas de doute à élever sur Taccomplissement de cette mission de civilisation occidentale^ dans les deux premières races. La seconde ne £ut pas moins missionnaire que conquérante; ce qo avait ravagé le glaive était conféré au clergé ]30ur l'assimiler au reste, et le fondre dans 1 unité, dont Gharlemagne est le représentant temporel à cette époque.

Toutefois, il faut le dire, cette unité était plus apparente que réelle. Les races s'amassaient les unes sur les autres, et la fusion n'était qu'imparfaite tant que dura Timmigration des races nouvelles : c'était l'ébauche d'un tra-vail plus vaste , mais la diversité des langues , le défaut de communication, l'ignorance, les répugnances instinctives subsistaient encore.' Ce Sat à la troisième race que la fusion devint complète; ce fut alors seulement qu'il y eut

* MlCHELET^ t. l,p. 511.

fini té dans lesprit, et cette unité de l'esprit c'était TËglise. Le moyen-âge, en subdivisant à l'infini le territoire , n aurait offert qu'une vaste anarchie sans rharmonie que lui imposa le pou^ voir pontifical, seule et véritable monarchie dans ce temps de transformation sociale..

Nous l'avons déjà remarqué, la vie de relation des peuples entreux amène l'établissement définitif de chacun. Le temps des luttes et des gueires contre les forces extérieures amena For* ganisation hiérarchique intérieure, et les classes en présence, virent commencer le travail de rapprochement, qui devait aboutir à l'afiranchissemait et à l'égalité de tous. Ce ftit le travail qui s'opéra sous la troisième race.

L'établissement de la troisième race fut à peu près contemporain de Grégoire VU. Ge fiit le temps de la plus grande puissance de T^^lise romaine. Alors Tunité chrétienne en Europe, pour être consolidée, avait besoin d'un but d'activité ; ce but , c'était la religion. Cet ensemble religieux ne pouvait être constitué qne par la guerre. Elle seule, par la communauté des efforts, devait apprendre et établir en fait, le lien qui subsistait au-dessus de toutes les dé*

oomiûadons sociales. Cette guerre, ce fiirent les croisades. Dès Fan 1000 les papes y tra* TaillèrenL Les croisactes eurent en France leur foyer ; c'est en France qu'elles lîipeiit préchées et résolues, cest par des papes français. Sylvestre H (Gerbert) et Urbain II qn*elles ftirent sdlicitées, ou mises en mouvement. Pierre THermite et Saint-Bernard leur prêtèrent leur enthousiasme et leur éloquence, enfin ce Ait encore sur deux Français que se réunit la pltts pure et la plus éclatante gloire de ces gigantesques ^treprises, €k)defroi de Bouillon et Siiint " Loek.

Si les croisades oiit fait de l'Europe une nation, on peut le dire, c'est à la France que k ^oire en est due.

Sans entrer dans de grsmds détails , on pourrait Êicileoieat montra la France créant les premières communes libres, prenant Tintitiative de rabotition du servage , donnant l'exemple des premières assemblées natioi^les»

Si elle 'Cut Tinitiative de Fosuvre d'unité européenne, ee fiit la France aussi qui sut résister au despotisme papal , sans abandonner les principes généraux d'unité dont le pontificat s'était

jusqae4à montré le soutien. Mais quand l'œuvre catholique se perdit dan$ legoïsme romain, la France encore eut l'initiative du mouvement aitique contre cette usurpation et cet oubli du grand principe chrétien, ce fut le caractère de la période qui suivit les croisades. De là datent les tentatives d'af&anchissement , du peuple dans les commanes, de la philosophie dans l'école d'Àbeilard.

Au milieu de ce mouvement, la France, remarquons-le , ne perdit jamais son caractère social et gméralisateur ; c est ce qui distingue chez elle la réforme politique et le libre examen religieux. Jamais rie» n'y lut égoïste. Ce fut toujours pour revenir aux grands prindpes généraux que la France combattit ; et , lorsqu'après les dernières luttes contre les restes de la hiérarchie féodale , elle proclama sa profession de foi , ce fut encore identiqu^nent ce qui avait été proclamé par le législateur chrétien : liberté, égalité, fraternité.

Bien du sang , bien des larmes ont arrosé le glorieux Labarum où fut inscrite la formule sacrée. Les calomnies n'ont pas manqué à la sainte cause ; mais le temps fait justice et l'avenir prononcera. N'a-t-îl pas développé sa puissance dans

les miracles qu'il a opérés, et quel était le principe de sa force ? L'action morale. C'est elle seule qui a précipité en armes, contre Faction de l'égoïsme organisé , la luttion tout entière ; c'est elle qui a trouvé un écho dans tous les sentimenis populaires; c'est elle qui, en 1830, a réveillé dans tous les peuples cette sympathie profonde qui a ému toute l'Europe. Pourquoi n'a-t-elle pas produit tous ses fruits. Il est trop facile de répondre. L'énergie même du sentiment , qui a précipité la France sur l'Europe , a nui à l'établissement du dogme, sous l'influence duquel elle agissait. La lutte des principes n'a pas tardé à se déplacer et la violence a amené la réaction* Forcée de se défendre, la révdution française n'a vu de salut que dans l'établissement général de son principe ; il a été trop facile aux égoismes menacés de présenter comme l)ostile aux peuples l'affranchissement qu'on leur présentait les armes à la main, et c'est en noyant la liberté dans le sang, que les peuples ont cru sauver une nationalité qui n'était pas en cause.

Ne renions pas les œuvres de nos pères ; leur mission, malheureusement sanglante, a été féconde. L'hydre ne pquvait être immolée d'un seul

fOG

coup; le principe, semé dans le monde , fructi* fiera malgré tous les efforts, le sang des peuples Fa arrosé, une nation entière a péri pour le défendre. Mettons*nous pour un moment à la place des premiers apôtres de la foi universelle renouvelée, comptons autour de nous les ennemis qm les menaçaient , et dans cette extrémité terrible osons maudire celte énergie qui a sauvé la France et, par elle , le monde appelé à Timiter. Si' des malheurs partiels ont été à déplorer, le temps les efface chaque jour assez pour qu'une douloureuse admiration survive à tant de sacrifices. Un jour, des monuments élevés par ta reconnaissance, signaleront ces tcHnbeanx creusés d nn bout du monde à l'autre, pour cette génération dévouée à ia liberté de l'avenir, et les peuples, éclairés bien tard, honoreront d'un pieusL hommage la cendre de leurs premiers martyrs.

SFXTION IV (6).

YérificalioD du principe hamanitaire. — Par l'accumulation du travail de chacun au profit de tous. — Par le développement des populaiioDS en rayons émanés d*un centre. ^^

Après cetle rapide revue de la fonction des sociétés, nous ii avons pas à nous étendre longuement sur les sentiments d'humanité et de progrès, que nous ne séparons pas; car progrès ne signifie, pour nous, que les degrés par lesquels rfaomme se rapproche de sa destination terrestre.

Nous avons vu l'homme dans ses rapports avec la société, la société dans ses rapports avec l'humanité; de quelle coordination plus haute l'humanité est elle, elle-même, l'élément? Ici les termes nous manquent, il nous est donné d'examiner les £uts oii nous sommes acteurs et témoins à la fois. L'ordre général de l'univers peut être admis en principe, mais, délimiter la fonction

de ce qui n'est pas soumis à notre examen, et ne peut être atteint par notre esprit, c'est demander à l'homme une puissance qu'il n'a pas. Cependant, il est possible, par l'appréciation des faits généraux et des conquêtes successives, de montrer comment l'humanité a acquis tous les éléments dont elle dispose aujourd'hui, et comment l'homme et l'humanité sont les termes différents d'une fonction identique.

L'élément de toute activité humaine, n'est, évidemment, et ne peut être que les facultés individuelles élevées à leur plus grande puissance; mais ces facultés elles-mêmes s'exercent difieremment, suivant le milieu dans lequel l'homme se trouve placé : l'action ne devient entièrement collective, dans la société, que quand elle arrive à ce point, où toutes les activités fractionnaires concourent au but déterminé d*activite nationale.

L'humanité, sous ce rapport, n'est pas dans d'autres conditions que la société. Elle n'est aussi que la somme des activités particulières, et elle ne peut exister collectivement que par la réunion éclairée des activités individuelles et sociales.

11 suffit d'exprimer, pour le démontrer, que les facultés du tout n'étant que la somme des faailtés individuelles, l'humanité ne peut être douée que des mêmes facultés que l'on reconnaît dans chacun. Dans ce sens, on a eu raison de dire que l'humanité était comme un seul homme; mais il faut observer que ce qui est vrai des facultés de l'humanité demande explication , quant à la puissance de développement et à la manière dont ce développement s'opère.

Si l'humanité n'eût été qu'un seul être, comme intelligence et comme corps , elle n'eût été capable que d'un seul but ; il eût été réalisé sans effort, sans résistance et presque sur-le-champ, car le grand effort , dans l'état actuel , a pour objet de transformer nos semblables. *

Or, nous le voyons, c'est par des améliorations successives que l'humanité s'est développée jusqu'à nos jours; c'est par des efforts successifs qu'elle marchera dans Favenir.

L'humanité n'est qu'une succession d'individus continués sans interruption de père en fils , c'est là le rapport matériel. Comme rapport spirituel ,

* Européen , n° 2. — 1856.

sa continuité et les relations de continuité existent dans la succession des acquisitions faites dans les divers modes d'activité propres à rhomme.

L'homme même est donc la base constante de tout développement humimitaire. Les' diversités d'action et d'impulsion résultent des différences entre l'énergie et les moyens.

Reportons - nous à l'hypothèse par laquelle nous avons commencé, et supposons un* seul premier homme , sans passé , sans connaissances acquises, et suivons la marche du temps depuis Torigine jusqu'à nos jours; que verrons-nous?

Les premiers besoins éveillant le premier tra** vail 9 et l'homme ne pouvant exister qu'à la condition d'agir.

Or^ 1 action n'était que l'examen et l'appropriation de la nature environnante aux besoins qui se faisaient sentir. Ce fut donc l'appropriation de la nature à Thomme qui fut le but et le moyen de son existence. Ces premiers besoins satisfaits, des besoins plus élevés se manifestent; la prévoyance assure ceux qui sont de la conservation, l'intelligence cherche à se satisfaire par des moyens d'un autre ordre.

Rechercher l'ordre et l'action des facultés de rhomme appartient à la philosophie. Dans cette revue sommaire , nous prenons l'homme tel que nous le voyons aujourd'hui , agissant , pensant , imaginant^ enfin doué de toutes ses facultés ; s'identifiant avec le monde matériel par le corps , avec les lois morales et les forces actives par l'esprit

La simultanéité d'existence tend , dans la vie collective, au même but, sur une échelle plus vaste. En effet, ce qui existe dans l'ordre physique et pour l'homme considéré dans l'état d'iso* lement, prend un autre caractère dans Tordre social. La puissance individuelle multipliée et la vie de relation créent d'autres besoins , alors il £iut fixer les délimitations morales , intellectuelles, politiques; l'insatiable besoin de savoir multiplie les moy^is d'investigation. Quel en est toujours le but? La nature étudiée, soumise , appro* priée aux besoins de l'homme.

La puissance individuelle est en raison de la somme de ra|^)orts que l'homme peut étabhr , entre lui-même , la nature et ses lois. La supériorité d'un homme sur un autre homme naît de la possibilité de saisir un plus grand nombre de ces

rapports, et den conserver la connaissance: c'est là son développement , son progrès.

Dans l'humanité , la supériorité relative d'une époque sur l'autre provient d'un plus grand nombre de rapJ)orts établis et conservés.

C'est là ce que l'observation de l'état social, aux différentes époques de la vie de l'homme sur le globe , nous fait reconnaître. On peut envisager l'une après l'autre les diverses faces de Thumanité. S'agit-il de procédés scientifiques, nos méthodes d'investigation se sont étendues à l'infini , et des sciences nouvelles se sont ajoutées à celles que possédaient nos devanciers. S'agit-il de la connaissance de la nature , de ses habrtans , de ses lois, nous avons trouvé des mondes nouveaux, nous les avons étudiés, analysés; des sciences historiques , nous en avons généralisé Tétude et nous lui cherchons un but; de l'état de l'homme , lui-même, nous proscrivons l'esclavage et l'exploitation de l'homme par l'homme. Ainsi , sous le rapport de la politique , de la morale et de la science, nous sommes beaucoup plus avancés que nos pères.

Nous pourrions prendre ainsi , Tun après l'autre, chacun des modes d'activité. Il nous serait

facile de prouver, ou plutdt il est surabondant de le faire ^ que l'humanité est enrichie de tout le passé conquis , conservé avec tant de travail et d'efforts. Qu'esl><3e autre chose qu'un plus grand nombre de rapports moraux, intellectuels, scientifiques , matériels , établis par l'homme au profit de l'humanité. Chaque jour ajoute à ces pacifiques acquisitions , et quelqu'éloigné que soit le tarme , le mieux succes^f ne peut condiiire 'qu'au bien absolu.

Gela ne veut pas dire qu'il n'y ait point eu d'action contraire à ce but En vertu de la liberté de choisir, et par l'entrainément des passions, 1 egoïsme a remplacé , chez les individus, la véritable loi de leur existence; c*est-à-dire la tendance vers le but humanitaire : c'est à détruire cet égoïsme que la fonction morale de l'humanité est appliquée. Au commencement , il n y avait ni bien ni mal existant, mais puissance de se diriger vers le bien et vers le niai ; ce sont ces deux forces j]ui ont entraîné le monde, l'égc^sme est la fin de lune , l'humanité la fin de l'autre.

Les hommes, en se multipliant, ont perdu de vue la solidarité qui les unissait; c'est à la reproduire que tendent le^ efforts actuels. On

a retrouvé' par Thistoire, par la morale, les con*' ditions de notre séjour sur la terre; le travail de transformation, ou la destruction du mal par l'exemple et renseignement du bien, s'est éclairé. C'est ce travail de transformation qui est l'œuvre dé l'humanité; le progrès en est la mesure.

Qu'on ne se récrie point sur l'impossibilité d'arriver à ce bien absolu, signalé comme le demi» terme du développement humain. Présenté à notre faiblesse individuelle, l'impossibilité de l'atteindre nous frappe, par le peu de proportion de l'individu à l'ensemble; mais mesurons le passé à notre état actuel par un procédé semblable. Nous concevons à peine que nous, êtres faibles, isolés , saas rapports au point de départ, nous soyons arrivés à la connaissance du système du monde, et pourtant nous en savons les lois. Nous avons fait plus dans le monde moral , en découvrant la loi de dévouement ; elle est plus répétée qu'observée il est vrai, mais l'avoir comprise et appliquée, c'est en avoir assuré le triomphe. Nous ne craignons point de le dire, l'humanité a fait plus qu'il ne lui reste à faire, les difficultés qu'elle a fran-

thies étaient plus effrayantes que celles qull iui reste à surmonter , car elle a produit Tassodation , et l'efiFort collectif est le meilleur gage de la rapidité du progrès.

€e travail de transformation et de progrès ne peut exister qu'à une condition , c est d'être l'expression vraie de la fonction de l'humanité sur la terre. En effet, s'il en était autrement, si Thomme ou son action étaient contradictoires au but général , que deviendraient les forces qui agissent en même temps que lui.€es forces, qu'il cherche à deviner, à étudier, beaucoup d'entre elles, la plu* part , lui sont supérieures ; il serait absurde de supposer qu'il fonctionnât d'une manière qui leur serait opposée *.

L'homme , par cela seul qu'il marche , a donc marché dans sa véritable voie. Tout ce qu'il a appris et retenu , en vertu de son activité physique, morale, intellectuelle, s'est amassé conformément au but de sa création. L'homme vit et meurt, laissant, après lui, et comme un héritage légué à la postérité tout ce qu'il a fait et appris ; les sociétés vivent et meurent, laissant, après elles,

* Bûchez, p. 49.

le produit de leur activité sociale; rkumanité reste et utilise, au profit de l'espèce , les richesses accu- Dfiulées du passé.

Ainsi , l'observation nous apprend que l'ensem* ble des activités n'a qu'un but commun , que ces activités sont relatives à l'humanité : en un mot , que le genre humain marche à la réalisation de son unité. Lorsque toute découverte possible, dans quelqu'ordre que ce soit , sera faite ; lorsque l'homme aura acquis tout son développement; lorsque le dévouement aura remplacé l'égoisme, enfin lorsque la formule émise par le christianisme, reproduite par la convention, vibrante au fond du cœur de tous les hommes, aura reçu son accomplissement, alors la fonction de l'humanité sera accomplie, et un nouveau cataclysme pourra donner naissance à une nouvelle loié

Ces considérations générales nous ont conduit à cette conclusion, que le prc^rès spirituel de l'espèce s'est Mt en coordination avec une seule loi. Il en résulte, qu'une première opinion doit prendre naissance : c'est que l'élément sur lequel s'est opéré ce progrès est un lui-même; en d'autres termes, qu'il n'y a qu'une espèce et qu'une civilisation.

A moins d'admettre, que tous les peuples sont aatocthones, ou du moins que les peuples primitif sont dans cette condition, il est nécessaire de rechercher si leur développement s'est feit à partir d un point central, ou de déterminer si ce développement a eu lieu sur un point particulier pour chacune des races entre lesquelles se subdivise l'espèce; enfin, à quel degré chacune de ces races s'est élevée, et si le progrès est également ap»-* plicable à toutes ; en un mot, il faut savoir si le tableau des mouvements de l'espèce se coordonne à l'ensemble des observations déduites de son activité morale.

En général, et sans entrer dans l'analyse métaphysique , l'homme se décompose en esprit et matière ; l'humanité qui est la somme des hom^mes, ne peut que se décomposer comme eux en deux forces, esprit et matière. Nous avons essayé dans ce discours préliminaire, d'indiquer rapidement le développement spirituel, d'en faire ressortir le but et l'unité ; nous allons chercher si l'étude des peuples ne les réunit pas également dans une unité matérielle, et si les populations ne se lient pas entre elles comme les idées.

On concevrait difiieilement que tous les hom'-

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mes étant appelés à agir dans une même direc-^ lion» ils aient été créés dans des conditions différentes. C'est la recherche de leur unité, au milieu de leur multiplication sur ce globe, qu'ils sapproprient par la ciyilisation, que nous nous sommes proposé pour but. Nous commençons par établir leur unité comme espèce, malgré le degré différent d'activité dont ils donnent l'exemple dans les variétés qui frappent nos regards et sont offertes k notre investigation.

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