‹ Histoire de la filiation et des migrations de peuples (volume 2)Chapitre 2 sur 39 · UNITÉ DU GENRE HUMAIN ET DE LA CIVIUSATION · texte numérisé non relu

UNITÉ DU GENRE HUMAIN ET DE LA CIVIUSATION

Diversité des peuples et des langues. — La fraieroité humaloese fait jour à travers ces diversités. — De la moralité et de la réciprocité dans TactioD sociale et homanitaire. — Tous les législateurs oot consacré la loi de dévouement.^EUe est une condition de noire nature. — Les archives humaines sont incomplètes , les législateurs y ont suppléé par des cosmogonles.— L'enseignement classique de l'histoire ne nous fait pas pénétrer dans ces recherches. —L'histoire juive nous apprend à demandera l'Orient ses traditions. «* Les traditions de rOrient sont cosmogoniques. — L'origine du genre hu* main est aux lieux où les cosmogonles ont pris naissance, en Orient.

— Variétés de l'espèce humaine.— Race caucaslque. — Race mongole. — Race éthiopienne. — L'unité de IVspéce n'est pas détruite par la variété des races. — Tableau des races et leur classification.

— Observations sur la valeur historique de cette classification. — Les races paraissent inégalement perfectibles. — Les cooditioos physiques et de territoire modifient la civilisation. —Degrés de civilisation diATL^rents dans les trois races. — La race caucasienne est la Iseule qui semble douée d'une activité indéfinie. — De la race caucasienne, comme source de la civilisation. — L'homme est postérieur aux grands cataclysmes, et la formation organique la pins récente.

— Les points les plus élevés du globe ont été peuplés les premiers.

— Le sommet le plus élevé du globe est en Asie. —C'est en Asie que se trouvent tous les animaux domestiques. — Les plantes et les arbres sont asiatiques en général. — Les plus anciens monuments sont asiatiques.— Les traditions de TAsie sont homogènes. — Respeet pour les Montagnes. — L'espèce humaine a dû prendre naissance aux lieux où l'on trouve l'origine de tout ce qu'elle croit ou pos^ séde. — A laquelle des familles asiatiques faut-il accorder la priorite.

Le philosophe et Thistorien ont peine à surmonter la première impression de décourage->

ment qui les saisit , lorsqu'ils cherchent à embrass€5r, sous le point de vue général, les peuples innombrables répandus sur lia surface de la terre. Effrayés des variétés qui les frappent au premier coup-d*œil, étourdis par le bruit des milliers de langages qui n'apportent à leur oreille que des sons confus et discordants, ils ont peine à recon* naître, sur les traits altérés des peuples, les traces oubliées de la fraternité du genre humain.

La guerre arme les nations les unes contre les autres ; les discordes intérieures divisent les citoyens; Tintérêt individuel engendre Fégoïsme et l'envie, mal déguisés sous le masque d'une émulation mensongère; enfin, l'antagonisme civil ou politique, fait reconnaître partout, l'homme en état d'hostilité contre l'homme. Il vit lié au sol qu'il cultive, à la terre qui le nourrit^ comme les animqux, dont il s'approprie le travail; comme les arbres, dont l'ombrage le couvre, les fruits le rafraîchissent, comme les végétaux qu'il fait contribuer à sa subsistance oit à ses plaisirs. Le temps, plus difficile à mesurer que l'espace, semUe avoir manqué pour produire les divisions infinies qui nous confondent. Pourtant, une observation plus attentive nous ramène à des

sentiments plus justes et plus vrais. Nous en« tre?oyons , au milieu de ces luttes déplorables, les conditions dans lesquelles l'humanité est appelée à se mouvoir. L'intelligence proteste contre les passions haineuses que l'ignorance entretient après les avoir fait naître. L'activité sociale prend un essor plus vif, partout où une raison éclairée associe les eiforts. De ces contrats partiels naît un enseignement nouveau, signal du retour aux sentiments d'union et de dévouement , à l'aide desquels l'avenir développera les véritables destinées de l'homme sur la terre. Le sauvage, au fond de ses forêts vierges, le brame premier né de la civilisation, avec des formes et un langage différents, s'élèvent également par la contemplation jusqu'au sentiment de l'intelligence snpfôme. Aucune discordance réelle n'altère l'immense harmonie de l'univers, partout la pensée se retrempe aux sources du beau et du bien , et l'historien , comme le philosophe, se raniment au spectacle de l'unité humaine constatée par les plus nobles attributs de notre espèce. Séparés par les traits, la couleur, les habitudes de la vie, mais» réunis par les ))enchants, les sentiments, les croyances, nous obéissons à une commune

)()i de progrès. Promis à la inênie liberté, aspirant aux mêmes plaisirs, héritiers des mêmes douleurs, Tâme qui nous rapproche, proteste victorieusement contre la matière qui nous di-vise.

Armés de cette foi vive dans la fraternité humaine et dans l'avenir qui doit récompenser tant de siècles d'efiForts, nous contemplons avec plus d'intérêt cette vaste arène, où Tesprit humain lutte contre une nature qui n'accorde rien qu'au travail. Nous suivons avec complaisance ce travail incessant des âges, dans un intérêt d'avenir. Nous cherchons cette puissance qui sert de mobile à l'homme, et fait sa propre cause de la cause de la postérité. Puissance aveugle d'abord , loi éternelle, mais non définie, à laquelle obéirent nos ayeux; instinct bienfaisant que le temps a éclairé, et qui, mieux compris aujourd'hui, revêt, pour l'honneur de nos semblables, tout l'éclat qui s'attache au dévouement.

Ce qui nous fait hommes, c'est la moralité des actions et la faculté de communiquer par le langage ; or ces deux facultés ne s'exercent que par la réciprocité. Sans le langage, pas de société qui s'élabhsse; sans la morahté> pas de société qui se

conserve. N'y eût-il que deux hommes réunis, en tant qu'associés, les droits de l'un sont les devoirs de l'autre. Les fruits de l'association sont à tous deux en proportion de ce que chacun a fourni à la production. La société civile et politique n est que l'extension de cette loi primordiale. Tout ce qui existe en dehors du contrat réciproque , est ahus de la force et exploitation du plus faible par le plus fort. IL n'y a de progrès, dans la véritable acception de ce mot, c'est-à-dire dans son application à l'humanité , qu'à cette condition. Cette vérité, si triviale en principe qu'il suffit de l'énoncer pour qu'il ne s'élève aucun dissentiment de quelque valeur, il a fallu tous les siècles antérieurs au christianisme pour qu'on s'en rendit compte, mais elle vivait en réalité. On ne l'avait pas formulée en loi de progrès humanitaire, mais elle existait en axiome de morale , comme garantie des relations privées. Gomme puissance que nous nommerons un moment passive , elle consacrait la sécurité ; à l'état actif , elle conduit à l'amélioration par le dévouement de chacun à tous et à l'avenir.

Moralité passive est en soi un terme impropre, ou plutôt ce sont deux termes qui s'excluent.

Quiconque pourrait être supposé à Tétat rigoureusement passif, serait un être immoral, car il s'approprierait le travail d autrui. Ainsi, on ne peut être dans le droit et dans le devoir , c*est-^ à-dire obéir aux conditions mêmes de sa nature, sans payer sa dette au travail commun. S'y soustraire en partie , c'est encore faire retomber un certain poids sur les autres; c'est exploiter ses semblables, et l'exploitation est contraire au contrat qui lie les hommes. Ce contrat n'est pas encore appliqué complètement , mais il est défini, proclamé. On ne peut plus dire : ne nuisez pas, mais : soyez utile, car la société ne vous doit qu'en raison de ce que vous lui donnez. Gela n'était pas compris dans la civilisation ancienne, où l'esclavage était considéré comme juste et nécessaire , et 011 le mot de société n'avait qu'un sens limité aux hommes libres. Ainsi , la notion morale d'égalité et de solidarité dans le travail , n'était pas admise dans les sociétés antérieures au christianisme. Nous ne parlons pas ici seulement du travail matériel, mais aussi du travail intellectuel. Tel qu'il était, il ne s'accumulait pas moins au profit de l'avenir. C'est par là que les temps anciens ont concouru par le fait au progrès, et ont été plus

moraux qu'ils n'en avaient Tintelligence. Par le fait seul de l'existence de la société , il y avait dévouement à la famille, à la patrie, et utililé pour l'humanité; car la famille et la patrie sont fonctions de l'humanité , seulement les limites du sentiment national excluaient l'idée de dévouement humanitaire.

En vain les protestations del'égoïsme individuel voudraient s'élever contre cette solidarité des hommes et des temps; en vain, cherchant à soumettre à son intérêt d'un moment les efforts de l'humanité , un honmie se ferait le centre du mouvement des autres hommes. Si ce déplorable égoïsme pouvait se répandre assez , non pas pour s'élever jusqu'à l'état de doctrine , puisque doctrine suppose d^à une pensée collective, mais pour gangrener le corps social dans chacun de ses membres, l'humanité victime de cette lutte de l'ignorance, déchirée bientôt par mille efforts contradictoires , tomberait dans la barbarie et la dissolution ; mais il n'en est point , il n'en peut être ainsi; l'union des efforts est une nécessité pour l'homme social , et quelqu'étroit que puisse être l'esprit individuel, sans le vouloir et sans le savoir, tout homme est fonction d'une or-

ganisation supérieure à ses instincts personnels. Tous les législateurs , quelque soit leur <;ulte , ont consacré cette véiîté pratique et lui ont donné l'autorité d'un dogme. L'amour de ses semblables est , dans toutes les religions , une vertu qui a ses sacrifices et sa récompense. Sans parler de la religion du Christ , qui en est la sanction la plus complète, les doctrines philosophiques, ellesmêmes , en ont admis et enseigné le principe. Qu*est-ce autre chose que cette métempsycose,qui faisait du retour de l'homme sur la terre une expiation ou une récompense, suivant les œuvres d'une existence antérieure? N'était-ce pas intéresser l'égoïsme , lui-même, à tout ce qui est beau et bien, par l'espoir d'une existence supérieure à celle que l'on possédait aujourd'hui.Âvant que le christianisme eut placé l'existence dans un spiritualisme plus épuré , une telle doctrine était le chefd'œuvre de la pensée philosophique et religieuse, et le lien le plus puissant de la société.

La nature, elle-même, en nous donnant ces sympathies généreuses que les plus froids calculs n'éteignent jamais, nous instruit assez quelle nous a créés pour nous aimer et nous défendre mutuellement. Dans les hommes les plus dépra-

vés , les mouvements imprévus de Tâme sont une protestation de la bonté de notre nature contre la corruption qui l'a dégradée. Un assassin risque souvent sa vie pour sauver l'homme qu'il voit en danger ; plus d'un avare au cœur desséché et flétri a retrouvé une émotion de pitié au spectacle de la aiisère et du désespoir dont , peut-être , il était la cause.

Ainsi , l'activité des efforts de l'homme , pour atteindre un résultat dont il ne doit pas jouir , est la confirmation de cette solidarité qui unit les siècles et les climats.

A quel point du globe rattacher le premier anneau de la chaîne que nous dérobe le passé ? A quelles archives s'adresser pour retrouver cette généalogie du genre humain? Anéanties par le temps, ou incomplètes, incohérentes dans leurs rares débris , elles n'éclaircissent pas la première difficulté qui nous arrête. Sur ce point , il faut savoir se résigner à l'ignorance , dont aucune donnée ne peut nous faire sortir; l'arrivée de l'homme sur la terre sera éternellement un mystère. Les titres de sa possession sont écrits dans l'incontestable pouvoir de la soumettre à ses besoins, dans la nécessité. Mais cette curiosité , qui

entraine les hommes au-delà des limites de leur existence matérielle , ne leur permet pas de se résigner à Tignorance.

Toutes Jes genèses témoignent de cette ardeur de savoir» qui a tourmenté les sociétés, et de l'importance , conçue et admise par les premiers législateurs , d'expliquer le phénomène inexplicable de Vexistence du globe et de ses habitants, ou de chercher à en rendre raison. Dans l'impuissance où ils se sont trouvés, de prouver matériellement les suppositions de leur haute intelligence, ou d'établir, par des faits , ce qu'ils avaient recueilli comme tradition , ils ont eu recours à des communications immédiates avec la divinité. C'est par l'intervention de cette autorité divine qu'ils sont parvenus à consacrer et à faire respecter leurs doctrines ; méthode ex* cellente pour des peuples enfans, sensibles au merveilleux qui s'empare de l'imagination, mais insuffisante en présence des déductions .sévères d'une maturité moins poétique.

Jusqu'à quel point ces grands législateurs eux-mêmes, s'identifiaient-ils avec leurs propres affirmati(»is? C'est ce que peut nous faire entre*^ voir la comparaison des époques auxquelles ils

ont vécu , des sources où cliacun d'eux a du puiser, ou la pu faire. Si ce travail nous conduit à trouver dans toutes les cosmogonies» une base constante au milieu des altérations successives, nous serons amenés à croire que toutes remontent à une origine oonunune • La source première peut nous en demeurer inconnue^ mais cela peut servir du moins à créer, dans la science historique, un point de départ, principe d'ordre et de connaissances réelles, et quil faut établir avant de chercher l'explication des phénomènes de développement de l'humanité.

L'enseignement classique de lliistoire est renfermé dans des limites étroites; c^est une routine transmise de génération en génération , et q\x\, pendant long-temps, a peu cherché à s^éclairer de nouvelles idées. Tout se borne à une succession consacrée de faits isolés de leurs causes et de leurs effets. Les origines n'y sont traitées qu'en passant pour les peuples dont on s'occupe. Les plus anciens y sont négligés. Il n^en peut guère être autrement; Taccessoire, dans le système d'enseignement , absorberait le principal si celte

étude y était conçue sur une base plus large. Il en

résulte toujours que nous arrivons dans le monde avec des connaisssCnces historiques extr^ement restreintes. C'est une série dont les Égyptiens sont le premier terme, et par eux on obtient quelques notions confuses sur les Assyriens, les Ghaldéens, les Perses, les Mèdes, les Indiens; c'est par les sciences de TOccidenl que l'on prétend nous initier aux connaissances historiques qui embrassent le monde , et on ne peut se dissimuler tout ce qu'une pareille méthode a d'incomplet. Au reste , les travaux qui ont si fort étenda le champ de l'histoire , sont modernes, et jusqu a ce qu ils se soient répandus assez pour entrer dans le domaine commun, il n'y a pas lieu de les faire passer dans renseignement pratique.

Les traditions juives sont l'objet d'une étude particulière , et par la manière dont on les transmet elles ajoutent peu à ces connaissances. Les Juifs ont puisé à des sources évidemment chaldéennes et égyptiennes. En cela pourtant ils ont rendu un important service; leurs livres sont aujourd'hui , à ne les considérer que sous le rapport historique , du plus haut intérêt. Document presque unique, et le plus ancien recueil écrit des traditions et des croyances humaines, ils ont fait

descendre jusqu'à nous leur morale religœuse, plus épurée que les théogonies grecques et romaines: ils ont lié les croyances de l'Occident à celles de FOrient; peut-être ont^ils , plus que toute autre chose , contribué à faire naître la direction méthodique, que le séjour des Européens dans rinde a permis de suivre avec plus de soin , et d'^dier avec une constance que l'acquisitioa de connaissances nombreuses sur TOrient et le berceau des populations a récompensée.

C'est par les livres juifs que Ton a senti enfin , que pour recomposer les archives humaines , il fallait s'adresser à ces vastes contrées de l'Orient, séjour d'une civilisation déjà puissante et ancienne , à une époque où les peuples occidentaux ignoraient jusqu'aux premiers éléments des sciences; c'était là que devaient être restés , soit dans les livres, soit dans les traditions , les croyances, les superstitions, les enseignements les plus respectables sur les premiers temps de la vie de l'homme sur la terre. L'Orient devait fournir des moyens d'étude aussi précieux qu'abondants; les travaux des missionnaires, les recherches plus larges et plus facilement suivies

des Anglais ciaiis la péninsule de Tlnde, ont jus* tilié cette prévision.

Ne soyons pas exclusifs pourtant , et ne concluons pas de là que Ion doive accorder moins d estime aux efforts des Grecs; eux-mêmes avaient conçu l'utilité de consulter les véritables sources. Leurs philosophes et leurs historiens ont voyagé dans cette intention , et nous leur devons d'autant plus de reconnaissance , que ces voyages étaient alors bien plus difficiles qu'aujourd'hui ; les résultats en étaient aussi bien moins glorieux, sous ce rapport au moins, que cette gloire ne devait pas s'étendre au-delà des limites de leur patrie. Ajoutons qu'ils ont eu l'art de créer l'ensemble de la reproduction des faits historiques, d'y placer Tordre, la méthode, la critique même, quoique ce ne soit pas là leur point de vue le plu s brillant, et qu'ils ont su embellir des charmes d'une immortelle éloquence , des narrations auxquelles ils avaient su les pi*emiers donner un corps et la vie.

« t^'est à la Grèce ( dit Herder ), que la philo- < Sophie de l'histoire appartient spécialement, € puîsqu'avant elle aucune nation n'avait, à pro- « prement parler, d'histoire qui en méritât le

« nou). Les Orientaux ont écrit des généalogies <z et des fables, des contes ou deschanls nalio- < naux ont suffi aux peuples du Nord.

« Les Grecs en ont fait un vaste récit * •

Il faut bien convenir pourtant , sans leur contester leur mérite, qu'avant les Grecs et les peuples dont ils nous donnent incomplètement Thistoire» il avait existé d'autres peuples, une autre civilisation. Ce qu'ils nous en disent sufiit pour enSammer Tardeur des recherches; mais ne la satisfait pas à beaucoup près, honorons4es pour ce qu'ils ont fait, et cherchons à suppléer à Tin-» suffisance des récits qu'ils nous ont transmis.

Les Ghaldéens, les Perses, les Indiens, imparfaitement connus par les Juifs et les Grecs , ne forment qu'une race ; ils se ressemblent par les traits du visage et même par une infinité de choses Je convention, telles que leurs divinités, les noms de leurs constellations, enfin jusque par le fond de leurs langages. *

Ceux d'entre ces peuples dont la civilisation est peut-être la plus ancienne et parait avoir le

i Philosophie de V Histoire de V Humanité^ t. 2,. p. 491. * CuTiER, Disc, prêt. Ossements fossiles»

moins varié dans ses formes, ceux qui, probable* ment, sont encore le plus voisins de son berceau, les Indiens, nont malheureusement pas d'histoire.

Il est exact de dire que les Indous n'ont pas d'histoire; mais leur immobilité même, leur attachement à leurs anciennes coutumes , au milieu desquelles s'infiltre avec tant de peine quelque peu des usages de leurs maîtres actuels , les Anglais, nous autorisent à croire que nous retrouvons parmi eux les formes effacées partout ailleurs des temps primitifs» ou du moins de la plus haute antiquité relative. S'il est vrai que l'histoire soit un tableau du passé , elle était moins nécessaire dans un pays où le présent et le passé se confondent. Il y a plus, cette représentation vivante est plus fidèle que ne peuvent }'ètre les récits les plus consciencieux, toujours emp^reints de l'esprit particulier de leur auteur. Restent donc les dates et les faits : les monumens peuvent, jusqu'à un certain point, y suppléer. Les recherches de la société asiatique et les observations des voyageurs modernes ont eu pour résultat d'éclaiirer ces ténèbres historiques. Les systèmes religieux et théogonîques des Indous ont été

examinés par des hommes d'un savoir immense et d'une patience à toute épreuve. On a pu déduire de ces consciencieux travaux, des concordances et des synclvonismes historiques du plus haut intérêt sur l'antiquité et les premiers établissements des races humaines ; sur leur formation en nations» leur marche , leur point de départ^ leur culte. Les constructions ont été examinées, mesurées dans toutes leur^s dimensions avec un zèle infatigable; leur destination a été reconnue^ et, à l'aide de ces éléments divers, on a pu déterminer des époques avec «tesez de vraisemblance y et édbircir tes livves par les ittoauments, comme les monuments par les livres.

« La théologb des Indous ccmsacre les destruc^ c tions sucoeâsives que la surface du globe a es*? c suyées. Ce n'est qu'à un peu moins de cinq « mille aas qu'ils font remonter la dernière. Une < de ces révolutions est même décrite dans des c termes presque: correspondants à ceux de c Moïse. ' >

Tel esteflecti vcunentle caràctère,non-seulement de la théologie des Indous^ mais encore de tous les

* WiLL. JowES, Calcutta, t. 1, p. 170.

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peuples dont les premières traditions nous sont plus ou moins connues. Lès annales primitives de chacun d'eux, ont cherché h rendre compte des phénomènes successifs qui ont signalé les traiisformations du globe , et c'est par l'analyse de ces traditions qu'il est possible de remonter aux synchronîsmes historiques et à la simultanéité de la rie des peuples; de déternàîner enfin*, par les rapports et les différences, ee qu'il faut croire sur l'origine et l'existence des nations.

C'est donc dans les théologies des preaiiers peuples connus que nous devons eherdber teurs^ idées cosmog<miqifês et les pfemfères soarceS' de l'histoire. Cette donnée , a[^yée sur les pre^ miers faits auxquels notre exam^ paisse remonter, s'appuje d'ailleurs sur un raisdimemeat àb* stratt , déduit de l'observalbn générale des grands faits qui signalent l'hii^re de rfaumanité.

«< Dans ce premier culte (l'homme), embraser sant tout, adorant tout , n'oubliant que hii- « même, a une cosmogonie, une théogonie, et € point d'histoire: c'est l'Inde et l'Orient, sitôt € qu il apparaît. De l'univers, il descend aux em- € pires, auxquels son être est si bien attaché, € qu'il n'est rien que par eux: c'est la Mécjlie, la

« Perse, TÉgypte, l'Assyrie. Des empires, il

< retombe, par degrés, sur lui-même, quoique

< son moi n'emprunte encore que de la cité sa € valeur et son indépendance. La cité se brise c encore avec Rome , et son nioi , restant seul , c découvre en lui-même un infini plus vaste c que le premier qu'il vient de parcourir , c'est € l'univers chrétien. Cet infini, il le* divise en- « core, aspirant, après des siècles, à ne relever « que de 501, c'est la réforme, c'est le christiac nisnie et ce qui en est la suite. ^ »

Malgré une certaine obscurité métaphysique, on peut découvrir, dans ce passage , un tableau exact des phénomènes successifs de la vie de l'homme sur le globe. Il serait nécessaire d'ajouter que l'homme , en possession de cet individualisme, dont la réforme et le cartésianisme lui ont restitué la posséssion,n est pas arrivé au résultat défini tif qu'il doit se proposer; carie sentimen t,Ie culte du moi , ne peut être et n'est pas un résultat final. Rentré en possession de son individualité, l'homme est fonction active de l'humanité , et c'est en

^ Edc. QuiNET, Etudes sur Herder , t- 5, p. 300 de Touvragc de HBRDER//'/it7. de VHist. de VHum.

donnanl rhHmanité pour but à sa libre acimté^ qu'il accomplit la mission d ordre et de dévouement dont il sent.la puissance en lui-même.

Nous avons développé ce sujet dans le Discours 'préliminaire. Ce que nous voulons recueillir de l'observation que nous venons de citer, c*est que Torigine du genre humain est au lieu où les cosmogonies ont pris naissance. Ce n'est point là une hypothèse lancée systématiquement , c'est une série de faits déduits de l'observation , et qui nous prouve , après l'histoire, et, comme elle, par un raisonnement appliqué à ces faits, que le ber~ ceau des cosmogonies , c'est l'Orient.

Avant tout, cependant , ne serait'il pas nécessaire de nous interroger d'une manière plus précise sur les variétés de l'espèce humaine que nous voyons répandues sur la surface du globe. Ici, nous la voyons rapprochée, par l'organisatioa physique, des animaux les moins impar&its; là, elle jouit d'une civilisation plus perfectionnée, riche des produits des arts : d'un^ organisation poUtique, appL'opriée, sans doute , à s€is besoins et à sa nature , puisqu'elle a à peine subi les plus légères modifications : justement fière des enseignements d'une morale élevée. Une autre, enfin,

la première de toutes, par la puissance de ses facultés, par l'emploi qu'elle en a fait, réunit les dons les plus complets que comporte l'organisa* tion humaine. Avide du mieux , vers lequel sa mobilité l'entraîne, elle seule est douée de cette activité , qui crée pour l'homme le besoin d'un progrès indéfini. L'avenir ne lui oppose pas de borne qui soit un obstacle, pour cette ardeur de savoir et d'agir , toujours satisfaite, sans jamais se lasser ; opposition constante avec ces nations, qui semblent condamnées à l'immobilité : existence passive, en contraste avec le but de perfectionnement et d'amélioration sociale, qui, sur la terre, est la fin de l'homme en général, et son mobile comme être actif et intelligent.

La division le plus généralement reproduite, distribue l'espèce humaine en cinq variétés;

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