‹ Histoire de la filiation et des migrations de peuples (volume 2)Chapitre 5 sur 39 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

ABABBA.

|.*Égypte est présentée ptr les Anciens comme It source de la cirtlisatfon. — Les Indons sont pour It ciyilisation de l'Orient ce que les Égyptiens tont pour rOccident. — Similitudes, à chercher entre rinde et TÉgypte. — Chronologie égyptienne. —Calcul de Yolney. — Calcul de Freret. — Hérodote lit DIodore. — Manethon, Apollodore , Bratosthénes. — Le calcul astronomique est d*accord ayec les septante. — Éthiopiens. -* Éthiopiens, Indous, Égyptiens , ont probablement la même origine. — Assyriens. — Phéniciens. -* Leur système cosmogonique est le même que celui des Chaldéens et des Hébreui.^ Chaldéens.— Leur origine suiTant Xénophôn. — Chronologie des Hébreux. — Analogie entre les systèmes indous, chaldéens et hébreui — Tableau comparé des générations hébraïques dans les deui familles, chaldéenne et phénicienne.— Explication de ce tableau. —Les Chaldéens, les Phéniciens, les Hébreux, n*ont fait que varier le même fond. — Identité des Arabes et des Chaldéens.—Will. Joif BS s*est exprimé d'une manière trop absolue en séparant les Arabes des Indous. —Hébreux, Phéniciens, Syriens , Chaldéens, Arabes, Éthiopiens, Égyptiens, ont parlé le mêiàelan-f gage.— Chaldéens et Arabes sabéens.— Race, croyance, langage communs aux Arabes et aux Chaldéens, — Probabilité de l'opinion de Xénophon sur l'origine des Chaldéens r- Et des Arabes.— Ar^ roéttiens, Chaldéens» Arabes, ont les mêmes mcsurs et la même langue. — Accord de Moïse et de Xénophon. — Toutes lestecherr ches rassembléep dans ce livre conduisent les peuples de PAsie occidentale à une souche chaldéenne, et par conséquent Arabe^

La civilisation européenne occidentale est éta« Uie sur des documents assez constants , assez ac-

cessibles à nos recherches , pour que son originene soit pas sujette à contestation. Émanée d une double source, elle repousse également tout système exclusif. Les Grecs et les Romains ont influé par leurs mœurs , leurs coutumes, leur organisation politique et civile sur les usages et les institutions héréditaires de nos pères asiatiques; Nous devons aux uns et aux autres les bases de notre organisation actuelle ; mais si les institutions politiques se sont confondues , ainsi que les langues et les hommes, nous reconnaissons que la civilisation des Grecs et des Romains a contribué , comme enseignement, dans une proportion plus grande que les traditions, constamment transformées, des peuples venus barbares sur les terres romaines et civilisées.

S'il est vrai que sous le point de vue de notre civilisation , comme nations organisées , soumises à des lois écrites , nous remontions plus immédiatement aux Romains et aux Grecs , par ceux-ci aux Égyptiens, c'est à ce dernier peuple que nous sommes amenés à demander le secret de ses sciences, de ses arts, de ses croyances. C'est lui qu'il nous faut interroger , si nous voulons diriger nos recherches vers le plus ancien peuple , dont

les écrivains classiques nous entretiennent , yers celui qu'ils nous présentent comme l'origine de toute civilisation et de toute lumière.

Anciennement , ni les Barbares , ni les Grecs , n'avaient la connaissance des dieux tels que la théogonie nous les représente. Ces idées, si répandues dans la Grèce , lui venaient de la Phénicie et de l'Egypte, c On trouve les faits dont j e c parle, dit à ce sujet Eusèbe, dans Sanchoniaton, c historien antérieur, à ce que l'on dit , à la^uerre

< de Troie, et que l'on assure avoir été un homme

< exact dans ses recherches sur la Phénicie. C'est

< Philon , non l'hébreu , mais un plus récent apc pelé ordinairement Philon dé Biblos qui nous a c traduit toute l'histoire de Sanchoniaton du phé*- « nicien en grec. > *

Malheureusement nous n'avons plus qu'un fragment de l'ouvrage de Sanchoniaton. L'assertion d'Eusèbe n'en est pas moins aussi précieuse que son témoignage est respectable.

L'opinion de l'écrivain ecclésiastique nous con-

Préparation évang., liv. 1, ch. 9.

dttit à examiner celle du savant président de la société asiatique de Calcutta , William Jones. ^

« Gomme TËgypte parait avoir été , dit-il , la c grande source des connaissances de l'occident, c et rinde celle des connaissances de Torient , il c peut être intéressant de savoir si les Égyptiens c communiquèrent leur mythologie et leur philo-^ c Sophie aux Indous ^ ou vice^versâ. Mais aucun c mortel ne connaît ce que les savants de Mem- « phis ontdit ou écrit au sujet de llnde , et si ceux « de Vârânès (Bénarès) ont assuré quelque chose « concernant l'Egypte , cela est peu satisfaisant. »

Ce passage nous indique assez que c'est ailleurs que dans les récits historiques de ces anciens peu-> pies, qu'il faut chercher la vérité. L'astronomie éclairant la chronologie, semble destinée à suppléer à cette insuffisance des récits tronqués ou al-* térés 9 dont le temps ne nous a pas dépouillés. Un autre moyen d'investigation plus puissant encore, résulte des conditions géographiques dans les-* quelles se trouvent les peuples , des similitudes de langage , des analogies entre les croyances.

Si l'on parvient à rendre ces similitudes évi-

» WiLL. Jones, Mémoires de Calcutta, t. 1, p. 20».

dentés» il est impossible de ne les pas croire éma^^ nées d'une source commune. S'il fallait efifective* ment admettre autant d'origines distinctes , qu'il y a de peuples , les rœsemblances * antérieures à toute communicatiMi, ne pourraient plu$ être que l'effet du hasard.Or la raison se refiise à admettre, aucun monument ne constate ou ne suppose même une création multiple sur des points divers et éloignés , dans des conditions semblables. Cette multiplicité de germes identiques , dispersés au hasard , serait une £yQU>malie dans la simplicité et l'unité qui président à l'ordre universel.

Désignons d'abord les peuples entre lesquels on peut circonscrire cette recherche. Les Assyriens, les Égyptiens, les Phéniciens, les Éthiopiens, les Ghaldéens, les Perses, les Chinois ont tous aspiré à eette priorité d'origine et sont les seuls entre lesquels on puisse admettre avec quelque fondement cette espèce de lutte.

Diodore et d'autres historiens constatent que l'Egypte a été peuplée et civilisée par des hommes descendus des montagneiï de l'Ethiopie. Ces hommes s'avançaient prenant possession des terres que la mer abandonnait.L'écriture hiéroglyphique était l'écriture vulgaire en Ethiopie. Enfin , tout

porte à croire que llnde avait fourni à l'Ethiopie ses usages et ses sciences, les gymnosophistes y étaient établis comme dans Flnde. Eusèbe, le Syncelle et d'aub'es Tattestent.

Ce simple aperçu nous conduit déjà à cette hypothèse : qu'entre ces peuples rivaux d'ancienneté , il pourrait y avoir unité , et que les prétentions pourraient n'être fondées que sur un oubli fortuit ou volontaire des circonstances qui auraiait présidé à leur établissement. Examinons attentivement , car on ne peut s'en rapporter sur parole à des écrivains qui sont parties intéressées ou se contredisent à chaque pas.

La chronologie très-embarrassée de l'ancienne Egypte, ne peut être établie , ou du moins tentée; qu'à l'aide d'un petit nombre de documents ou contradictoires, ou peu d'accord entre eux. Ces documents sont : ^

l*" Le tableau sommaire d'Hérodote , en son second livre ;

^ Le fragment de Manethon ;

S*" L'ancienne chronique que le Syncelle op« pose à Manethon ;

* VoLNEY, Jîecherches nouvelles, t. 2, p. 289 et suiv.

4* Le fragment d*Ëratosthèiies , liste des rois thébains que n'avait pas mentionnée Manethon;

5** Diodore de Sicile, dont l'ouvrage sert surtout à classer les matériaux fournis par les autres; enfin les passages conservés par quelques auteurs anciens, tels que Strabon, Pline, Tacite, Joseph , les livi*es juifs et un fragment anecdotique reproduit par Ëusèbe. C'est le fragment de Sanchoniaton.

Le système des générations, introduit par Hérodote , et la durée des 541 règnes et pontificats , car ils sont en nombre égal, depuis Menés jusqu'à Sethon, ^ représente 11540 ans, nombre reçu, quoiqu'il renferme une erreur de 26 ans. Ce calcul présente des impossibilités qui empêchent de l'admettre. II confond les générations avec les successions du père au fils. Ces successions n'ont pas eu lieu, au rapport des prêtres, et nous voyons d'ailleurs des étrangers régner en Egypte, comme les 17 Éthiopiens.

La seule donnée à recueillir de l'exposé d'Hérodote ,' c'est l'exactitude historique, depuis Cam-

* VoLNBv, Recherches nouvelles, t. 2, p. 525.

* nnd. , 527.

byse Y en remontant jusqu'au règne de Psaswié-» ilqui). Avant ce prince t jusqu'à Mœris» il n'y a pas précision suffisante pour dresser une échelle suivie. Au*delà de Mœris, ce sont des récits absolument vagues; le seul point déterminé, avec une sorte de certitude « est l'existcoace du conquérant Sésostris , entre les années 1300 et 1350.. Point de doctrine constant chez les savants d'Egypte au temps d'Hérodote.

Les différentes copies de Manethon , ou listes d'après Manethon, ne sont pas d'accwd entre elles. * Prenons pour base une époque importante de l'Egypte ancienne , celle de l'invasion des pasteurs. On trouve , pour cette époque, une certaine concordance.

L'ancienne chronique, citée par Manethon dan»

le Sy ncelle , donne Tan 1851 .

Eusèbe, dans le Syncèle 1830,

Eusèbe , dans la chronique de Scaliger. 1807, L'historien Joseph, en prenant sokid'expliq:uer son calcul , se rapproche de cette dernière supputation- On arrive » avec Volney % à 179& ans. En

1 VoLNBY, Recherches nouvelles,, t. % p. 554.

résultat i <m peut fixer cette invasion des p»tetirs de 1800 à 18ia

Manetbon les dit Arabes» Afri^nus le» dit Phéniciens. Il n'y a point là de contradiction pouf nous , car les Phénidens sont » et nous Tétalbli* rons, d'oiigine arabe.

D'après tout ce que nous avons^dit du désordre et des contradictions' de la liste d'Africmiii»/ a^ piste apparent de Manetfaon , nous, avons droit de croire que la dynastie des pasteurs a été la borne historique des savants de Memphis ; les rois Thé* bains, au-delà de cette époque, n'y figurent point , et laliste d^Eratosthènes , copiée par Apol* lodore, n'est pas comfdète. Pour sortir de cette difficalté, il iknt avoir recours à Diodore.

Cet historien nous» donne conitte résultat de ses recherches et comme un ht, non cc^iteâté de son temps ; ^

c Que le royaume de Tbèà^es fut le premier c civilisé et le phis célèbre de toute TËgypte^La c vflle de ThèbésT, dit*il , îxA fondée, selon quel- « ques-uns , par le dieu Osirîs lui-môme qui lui

* VoiNBY, 579.

» Md., 580.

« donna le nom de sa mère. Mais, ni les auteurs^ « ni les prêtres ne sont d'accord à ce sujet; plu- « sieurs assurent que cette ^ille a été bâtie bien « plus tard par un roi nommé Busiris/ j»

Les savants français de Texpédîtion d*Égypte* expliquent cette différence d'opinions; ils ont mesuré géométriquement le local de Thèbes ^ et nous y font distinguer quatre, et même cinq enceintes différentes. Les matériaux employés, le style et Fart des constructions, indiquent des époques diverses. On a pu attribuer la fondatioa de la ville à celui qui la fit la plus riche et la plus puissante ; pour la part qui doit être rapportée à Busiris, ce serait cette portion qui porte le nom de Karnak/ Les caractères astronomiques font penser que cette construction eut lieu vers 2400, six siècles avant 1 époque des pasteurs, que nous avons placé vers 1800, avant notre ère.

Diodore ajoute que les années comprises entre Menés et Busiris I* sont de 1400, puis entre Bu* siris l" et Busiris II de SOO. Ajoutons IGOO au

* DiôD., liv. 1, p. 18. Éd. We^unc.

* VOLNKY, 585.

» Ïbid.,4/0S.

2400 trouvés ci-dessus, nous aurons, pour k période de l'ère chrétienne à Menés 4000 ans. Ce qui est au-dessous de l'antiquité que les Ëgyp^ tiens eux-mêmes voulaient se- donner, lorsque le même Diodore dit que leurs lois, suivant eux^ florissaient depuis 4700 ans. ^

Tels sont les éléments de la diseussion de Voir ney ; nous avons eu soin d'indiquer les sources , afin que la vérification des assertions , des calculs et des dates , fut facile. Si l'on admet avec plusieurs auteurs que Menés soit le même que Menou des Indiens^ ou Noé des Juifs» Xixuthrus des Chat déens, on trouvera sans doute impossible d'établir des concordances régulières ou absolues de temps» Mais si l'on examine aussi qu'il n'y a dans tous les calculs de ce genre , que des hypothèses ingér nieuses,et qu'au-delà de 2000 ans avant notre ère, il est impossible, à qui que ce soit, de trouver des indications suffisantes pour établir une opi^^ nion sur une base solide et complète : on pourra convenir, en général , que Tantiquité prodigieuse de tous ces peuples, au moins d'après leurs calculs, ne prouve pas plus pour les uns que pour

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