‹ Histoire de la filiation et des migrations de peuplesChapitre 1 sur 15 · MORALES ET HISTORIQUES · texte numérisé non relu

MORALES ET HISTORIQUES

prolAgomânes ; cosmooonies ; db l'homme ,

DE LA SOCIÉTÉ ET DE l'hUUANITÉ.

SBCTIOK I^*. — PROUBOOMANES.

^ Sani la mémoire l'homme n'est rien. — Une nation doit conserver Ja

^ mémoire des faits nationaux. — Ce que la mémoire est à l'homme ,

y^ l'histoire Test aux peuples. — La société seule confère à l'homme

toute l'action dont il est susceptible. — Les efforts doivent être f* coordonnés. — L'individualisme est bon s'il est éclairé. — L'égolsme

^ nnft à la soeiété et à l'individu, — L'amour de soi est pour l'homme

^^ ce que la nationalité est pour l'individu. — L'égolsme est commun

^ à l'homÉse et aux peuples. — La nationalité est un sentiment gêné-

fi reux, régolsme national un vice. — Les droits de l'hamanité sont

supérieurs à ceux des nations. — L'antagonbme des peuples est

niûsible à toms.

L'homme se présente à nos regards , doué de facultés variées. Cest par elles qu'il tend à approprier à son usage tout ce qui éveille ses besoins et ses désirs. Sa pensée, ses sentiments, ses idées, son activité physique sont mis en jeu par ce que lui a enseigné l'observation. Sa liberté , sa spon-

(anéité même ne peuvent s'exercer qu'après sa mémoire, car spontanéité et liberté supposent la connaissance et le choix. La conscience pose les limites et détermine la légitimité de ses actes. Sa vie est d'autant plus active et plus puissante, qu'il est plus capable de réfléchir, d'établir des rapports entre les faits et leurs causes , Faction et ses conséquences, les hommes et les événements, les peuples et leur rôle dans l'humanité. Son existence s'accroit et s'agrandit par ces acquisi* (ions successives.

Supposons pour un moment qu'il soit privé de ces dons de la nature, de ces fruits de l'éducation ; réduit tout à coup à vivre dans une condition audessous de celle de l'enfant , il ignorera le monde et ne conxprendra plus les hommes. Sans principe qui règle ses actions, sans motif qui les détermine, sans but vers lequel il les dirige, il restera; comme frappé de mort , parcequ'il aura perdu les deux guides de la vie, l'expérience et la raison. En per^ dant la mémoire , l'homme resterait dénué de tous les secours qu'il tire de l'expérience de sa vie. Effacer le passé serait détruire l'homme même et le priver de toutes ses facultés, car il ne les emploie qu'en vertu de ce qu'il a appris. Son activité

matérielle ou mtellectuelle n'est une force qu'à la condition de savoir; et savoir c'est se souvenir pour prévoir.

L'homme ne peut donc marcher vers Tavenir, qu'à la condition de tirer dupasse tous les éléments de ses déterminations; sa loi, c'est l'expérience.

Celte proposition , vraie si nous l'appliquons à l'hojnme, ne cesse pas de l'être si nous retendons à l'humanité. Une société a ses conditions d'existence aussi constantes que celles qui régissent rhoDune. Gomme Fhomme elle agit; le mode de cette action est déterminé par des règles basées sur sa position, sur ses souvenirs, sa puissance relative, ses traditions, son action dansl'humanité. La loi qui pose ou doit poser des limites à l'exercice de la vie sociale, est dans la conscience universelle. L'être collectif iju'on appelle nation a des besoins et des désirs qui le mettent en mouvement de la même manière qu6 l'individu , mais il ne peut lés satisfaire qu'à la condition d'obéir à la morale publique, qui représente dans la société lesactivités morales dont elle estla somme, comme' la nation est la collection des citoyens. Si ces souvenirs s'^effacent, sa loi est anéantie , son principe d'action n'existe plus. La société a aussi perdu le

pouvoir de foacbonneri parcequ elle ignore quelle impulsion elle doit suivre ; elle périra faute de mouvement» parceque les causes du mouvement n'existeront plus en elle; l'avenir lui sera fermé parceque son principe de vie» contenu dans le passé, ne lui sera pas connu ; elle aura perdu ses guides , Texpérience qui fournit les éléments des déterminations, la raison qui choisit, la volonté qui exécute , la conscience qui défend ou permet. L'expérience pour l'homme , c'est le souvenir des faits passés dans la sphère d'activité qui lui est propre.

L'expérience pour un peuple, c'est la connaissance ou le souvenir des faits accomplis dans la sphère d'activité qui lui est particulière comme société organisée. Ces faits pour être connus ont besoin d'être réunis et conservés. La vie des peuples est longue et les traditions sujettes à s'altérer, ce que la mémoire fait pour l'individu , l'histoire le Élit pour les peuples. L'expérience pour l'un ne peut exister sans la mémoire, pour les autres sans l'histoire, qui n'est que la représentation de cette faculté dans l'être collectif.

Toute société est une réunion d'individus , liés entre eux, par l'échange des efforts qui concou-

rent à la prospérité oommune, à la sûre té de chacun

sous la protection de tous, à la protection de Fensemble par Timpulsion unitaire qui réagit contre toute force aggressive ou nuisible. Sous ce point de vue, la société n'est autre chose qu'une garantie, qu'une assurance mutuelle ; c'est le côté passif de l'union sociale. De la réunion des individus en naition naît un autre aperçu plus important. La puissance individuelle livrée à ses propres ressources ne produirait rien de grand , ni même d'utile audelà des plus grossiers besoins ; de l'union des forces individuelles, du choc des idées et de la coordination des efforts, jaillit cette puissance qui développe incessamment la force sociale, agrandit etféccmde les idées, qui fait que l'homme n'est appelé à son entier développement que dans l'état sociaL G'esl le côté actif de l'union sociale; lui seul communique la vie et l'action, et accumule au pTO&t de tous , la masse des efforts qui seraient perdus s'ils étaient disséminés, ou n'existeraient même pas, si l'individu n'était pas devenu partie intégrante d'un édifice complet.

Pour qu'une nation parvienne au degré de bonheur et de prospérité vers lesquels elle doit né* cessairement tendre, il faut que ses efforts soient

coordonnés vers ce but » qu'il y ait abandon d'une mesquine individualité au profit de l'ensemble. Qu'on ne se récrie pas ici: au nom de cette indivi* dualité dont nous semblons demander l'abnégation. La plus grande erreur des hommes , celle qui a engendré le plus de malheurs politiques, c'est celle qui consiste à voir l'esclavage partout où Ton croit reconnaître un sacrifice du libre exercice . de l'action individuelle ; dans ce cas , comme il arrive presque toujours, on ne discute que faute de vouloir bien poser les limites, ou déterminer la signification des mots.

Ce que Ton demande, ce n'est pas le sacrifice de la libre disposition des fruits de l'intelligence et du travail ^ ce n'est pas le sacrifice de l'indépendance de la pensée, etde la liberté essentiellement inattaquable de la personne; ceci constitue l'individualisme légitime , l'amour de soi-même qu'aucune loi ne défend , et que toutes recommandent au contraire; mais cet amour de soi doit être éclairé sous peine de faire place à un égoïsme coupable et c'est là seulement ce que l'on proscrit. - L'égoïsme est un sentiment tellement faux, «que la première conséquence qu'il renferme, c'est de lutter contre son propre but. L'envie, le vol

même ne sont que (tes fermes de iegoisme. C'est un désir illégitime d'approprier à ses convenances personnelles Les hommes et les choses..

L'égoïsme chez le faible , c'est Tenrie , chez le fort, c^est Tôrgueil; toutes tes modifications de l'organisation ou de l'éducation donnent accèà au même vice sous des aspects différents. L'avarice chez l'un devient le goût du vol chez l'autre , et fait d*^un troisième un assassin.

C'est là, il est vrai, le côté purement moral de lacpiestion. Sous le point de vue politique, les conséquences moins apparentes ne sont pas moins fâcheuses^

Détourner de soi toutes les charges publiques pour les faire retomber sur tous ; regarder comme un tort que l'on subit , toute fortune que l'on* ne peut atteindre; reculer devant tout acte généreux parceque la passion aveugle sur les dédommagements promis au sacrifice ; fer mer les yeiix à la lumière , qui éclaire dans l'avenir des biens centuples, pour envahir aujourd'hui môme un maigre profit, trop tardif encore au gr4 d'une convoitise impatiente; mille autres conséquences plus houleuses auxquelles nous rougirions de nous arrè^

ter, découlent de ce vice odTeux, yéritable fléau des sociétés.

Quenrésulte-t-il? C'est que, dans la vie pri* vée, Tégoïste, dont la plaie est si facilement mise à nu, soulève contre lui tous les égoïsmês rivaux ; il est abandonné dans le malheur comme il avait été envié dans la prospérité. Dans Tordre social, puni d'avoir abandonné pour le gain d un jour les améliorations que lui promettait l'avenir, il voit sap* pesantir la chaîne contre laquelle il protestera en vain quand le poids en retombera sur lui-même et quand il verra périr ces avantages dont il avait voulu jouir aux dépens de tous. C'est ainsi que l'égoïste, par un faux calcul , tarit la source pour avoir voulu y puiser exclusivement et trop tôt. C'est de ce fléau que l'on voudrait guérir la société dans laquelle il est enraciné profondément. On n'y parviendra qu'en l'éclairant sur ses véritables intérêts qu'elle refuse de voir et qui sont très compatibles avec le véritable amour de soi. Dans l'acception juste et éclairée de ce mot , il ne peut être isolé de l'amour des autres.

C'est donc de l'ensemble des efforts et des sa* crifices éclairés et bien entendus que résultent la puissance et la véritable activité sociale. C'est par

là séulement'qu une réunion d'individus mérite le nom de nation^ et c'est par la connaissance de ses actes passés que cette nation doit se diriger dans la voie d'avenir qui lui est ouverte.

Âu^essus de l'individu qui se régit par Texpé* rience sous le nom de mémoire, nous venons de voir le citoyen qui ne peut se régir que par Tex* périence, sous le nom d'histoire. Au-dessus de rindividu, au-dessus du citoyen, se place l'homme, le membre de la grande Êunille humaine.

De même que les individus' par leur réunion forment une société, une nation , les nations dans leur ensemUe forment la grande nation qui couvre le globe, ou l'humanité.

Les vices qui dégradent les individus , et arrêtent dans son essor la société dont ils sont membres, se retrouvent aussi dans les peuples. Ici Tégoïsme systématisé se révèle d'une manière plus nette et plus fiineste encore. La même distinction que nous avons trouvée entre Tamour de soi bien compris etl'égoïsme se r^résente. Ce dernier, devenu de l'égoisme national, isole les peuples comme il isolait les individus; l'autre, sous le nom de patriotisme ou de nationaUté, est un sentiment noble et profondément généreux , dont ii ne faut

redouter que l'abus et la mauvaise mterprétâtion qu'on s'est habitué à lui donner.

Les peuples qu'une nationalité généreuse ne rend pas sourds àlayoix pluspuissantedel'humanité, trouvent dans leur rivalité même un élément d'amélioration qui tourne au profit des uns et des autres. Tous, en parcourant cette carrière dans laquelle ils cherchent à se devancer, obtiendront toujours une palme dont l'honneur, à quelque territoire qu'appartienne celui qui l'aura conquise, rejaillira sur l'humanité.

Rien ne peut arrêter l'homme dans la recherche de son bien-être , que les limites mêmes imposées par la nature à son activité et à sa puissance. Ces limites , il n'est donné à personne de les poser, car il n'est pas au pouvoir de l'individu de déterminer la portée de l'espèce, ni quelquefois même la sienne propre- C'est donc à l'humanité qu'il appartient de chercher le mieux, comme c'est à l'humanité de l'accueillir de quelque part qu'il vienne.

Les peuples, envisagés sous ce rapport, ne sont donc que des fractions d'une unité qui les rassemble tous. Leur action n'est morale et légitime qu'à la condition d'être conforme aux intérêts généraux de l'humanité comme l'action des

ôitoy ens n'^est morale et légitime qu'autant qu elle ne se met point en opposition avec les intérêts de la société ou de la cité.

Les limites de la nationalité résultent de cette action incessante de Thumanité sur la terre. Un peuple, sous prétexte d'indépendance nationale , n'a pas le droit de faire ce qui est nuisible à un autre peuple; pas plus que le citoyen n'a le droit de faire rien qui soit nuisible à un autre citoyen.

Le patriotisme faux qui tend à isoler les peuples» à les circonscrire dans des limites intellectuelleSy ou dans des barrières matérielles, n'est que de l'égoïsme national. Dans l'être collectif appelé nation , les formes de Tégoïsme sont les mêmes, soit en morale , soit en politique que dans rindividù : un peuple a sa physionomie, son caractère, ses passions comme un seul homme.

Gomme un homme il est le jouet de l'envie , de l'avarice, de l'orgueil; comme lui il est la dupe de son ignorance; les merveilles qu'il croit faire en faveur de son bien-être propre, en élevant des barrières qui arrêtent les rapports, en s'attribuant exclusivement le fruit de ses découvertes et de ses progrès, sont autant de signes accusateurs de

son égoîsme et de son défaut de lamières. La {H*ohibition des produits , non moins que la prohibition des découvertes retarde mais n'arrête pas une communication impossible à empêcher. L'in* térét personnel qu'on a érigé malheureusement en droit en voulant le nationaliser, franchît toutes^ les barrières » c'est Tégoisme qui les a posées ^ c'est l'égoïsme qui les viole ; qu'en est-il résulté ? une insulte à la loi et une perte de temps. C'est ainsi que les procédés anglais ont pénétré en France malgré des lois dont l'absurdité a été démontrée par leur résultat , car bien loin de nuire à aucun de ces pays , la connaissance des moyens^ jusque-là concentrés a été utile à tous les deux. C'est encore ainsi que l'égoïsme de l'Angleterre, en voulant borner le commerce des co* lonies à la métropole, a fait éclater une rupture dont la liberté du commerce des deux peuples a été la conséquence , et ce commerce lii»*» est aujourd'hui plus profitable à la métropole elle-^ même que ne l'était le système d'exclusion.

L'égoïsme national agit donc aussi contre son but, c'est le caractère de toutes les mauvaises passions. L'égoïsme dans l'individu nuit à la société dont il est membre ; l'égoisnie chez les

peuples nuit aux peuples et à Thumanité dont ils sont aussi les membres*

Que résulte-t-il encore de cet antagonisme? De Favidité de la possession exclusive naissent des hai* nés entre les intérêts qu'on a instruits à se regarder comme rivaux. Les intérêts, du moment qu'ils sont ceux d'une société et non plus seulement ceux dés individus ne peuvent plus être contenus par des lois. Car chaque nation a un code qui lui est propre pour juger les conflits particuliers ; mais si l'humanité n'a de code écrit que dans les livres des philosophes, qui jugera les conflits des peuples ? La force. Ainsi Tégcnsme n'aboutit qu'à une conséquence, à créer la force juge de la morale; résultat nécessaire de la constitution pcditique du monde et sur lequel on s'est prononcé suffisamment en l'exposant dans sa nudité. De là > les armées , les guerres, les famines ; de là, nécessité d'employer à perfectionner l'art abominable de la guerre des intelligences qui dans toute autre route auraient pu enfenter des merveilles. Si l'homme avait employé dans k véritable direction la moitié de la puissance qu'il a perdue en choses vaines ou nuisibles , l'humanité serait, non pas peut-être , mais certainement plus avancée de dix siècles.

Considérée du point de vue de l'humanité , Yhktoire se généralise bien autrement que sous le point de Tue national. Là ce n'était que la mémoire défaits circonscrits dans la sphère d'ac? tivité d'une collection d'individus mus par des intérêts locaux et régis par des lois émanées d'euxmêmes. Ici c'est la grande famille humaine qui n'apparaît que divisée, fractionnée, livrée à ses passions, jouet, pour ainsi dire, d'une Êitalité aveugle qui la pouçse au hasard, sans frein, sans lois , sans autre code que la morale universelle. Plusieurs questions naissent : L'humanité peutelle être considérée comme une grande société qui ait ses faits accomplis et à accomplir ? A-t-elle à remplir une destinée qui lui soit assignée ? Remplit-elle dans l'univers une fonction, comme les peuples en remplissent une par rapport à elle-même, comme les individus par rapport aux peuples? Si l'humanité est un grand peuple marchant vers une destinée encore inconnue , elle a son passé à étudier pour se rendre compte de cette destinée , pour savoir ce qu'elle a fait , ce qui lui reste à accomplir , ou plutôt vers quel but elle doit se diriger. En-dehors de ce but et pour savoir s'il existe , elle doit encore s'inter-

roger elle-même à Texemple des peuples et des individus. Si cette unité existe, Thistoire de l'humanité existera au même titre que l'histoire nationale, mais avec un caractère plus général et dans des rapports avec un autre but. Tout jusqu'ici se coordonnait à l'humanité , l'humanité se coordonne-t-elle à une grande loi de l'univers ? C'est une autre question. Pour nous, jusqu'ici l'humanité se présente comme l'ensemble des activités humaines sur la terre , de la même manière qu'une société est l'ensemble des activités individuelles sur un territoire donné. L'humanité a son passé et son expérience, sa mémoire^ pour nous référer à l'expression que nous avons déjà employée. Elle ne peut agir qu'en interrogeant la mémoire de ces faits accomplis par elle : ainsi l'histoire par rapport à l'humanité, c'est la mémoire des faits accomplis par l'humanité; concluons :

L'expérience pour l'individu , c'est la mémoire des faits individuels.

L'expérience pour le citoyen , c'est la mémoire des faits nationaux.

L'expérience pour l'homnie , c'est la mémoire des faits de l'humanité.

Nous n'avons pas besoin d'insisler sur la distinction que nous faisons entre l'indiyidu que nous considérons c(»nme rhoinme isdé , et rhomme envisagé dans ses rapports avec Thumanité.

Nous ne nous arrêterons pas non plus sur la préférence que nous donnons au mot expérience sur le mot connaître ou savoir. L'idée connaître ou savoir peut être prise dans un sens purement métaphysique , et ce que nous avons voulu faire entendre, c'est la connaissance résultant de l'observation des Mis et de la comparaison de ces faits.

Nous allons essayer de donner l'idée de la manière dont nous envisageons le rôle de Thumanité sur la terre. Une école qui renferme dans son sein des philosophes dont nous aimons la personne et dont nous honorons le talent, travaille avec une persévérance digne de tous nos éloges à constituer une science de l'humanité. Nous devons avouer que les travaux de cette école , riche d'observations et de science , nous paraissent d'une nature trop métaphysique pour pénétrer facilementdans l'intelligence des masses. Sans entrer dans un examen aussi approfondi de ce qu'il faut entendre par humanité , liberté.

progrès, noas pensons qu'il est possible de s'entendre sur la valeur à donner à ces mots et aux idées qu'ils représentent. Nous sommes convaincus qu'avec les simples ooBnaissances auxqueUes peut atteindre le commun des hommes, on est fondé à dire : l'humanité a un but commun d'activité, die marche vers ce but; en d'autres ternes, elle obéit à une loi de progrès. Pour prou-

ver cette assertion, nous avons bescMU de remonter au berceau de l'humanité , et plus loin encore , c'est-à-dire à la formation du globe et aux eosmogoni^.

SBCnoir II.

Des fioflmogonies. — Les formations sont en progrès les unes snrie» autres. *- Les espèces elles-mêmes sont en progrès dans leur spécialité. —Les espèces sont radicalement distinctes» et ne sont pa» produites Tune l'antre par yoie de génération. — L'iiomme est le dernier terme des eréations organiques*

Toutes les cosmogonies ont partagé la création en époques indéterminées, pour le temps et la durée, mais assez constantes pour Tordre même qui a présidé à ces formations successives. La géologie a vérifié et confirmé ces aperçus cosmogoniques.

Parmi ces époques , quatre se dessinent d'une manière assez nette pour que les caractères qui les distinguent soient devenus aujourd'hui des notions générales. A la première, que Fou considère comme antérieure aux êtres organisés , se rapportent les terrains que la géologie appelle primitifs. Les terrains secondaires représentent la seconde époque; les végétaux surviennent alors et peut-être les poissons qui peuplent la mer. Un

^Fdre plus élevé d'êtres organisés peupla la terre et les fleuves à la troisième époque; on les retrouve dans les terrains appelés tertiaires. Enfin 1-homme parut sur la terre; c'est la quatrième époque. Son apparition fîit certainement postérieure à toutes les autres créations , on ne le retrouve pas à Fétat fossile , et l'histoire comme la philosophie naturelle ont prononcé sur cette question qui est à peine controversée aujourd'hui. Ge ne sont ici que des aperçus très généraux; c'est à la géologie qu'il appartient d'entrer dans le détail des époques successives du globe, et de développer les raisons qui lui ont fait établir les caractères de cette successivitè. Nous constatons uniquement que cette science établit une série de créations , qui toutes se perfectionnent à mesure ^qu'elles se rapprochent de nous ; c'està-dire qu'elles sont en progrès les unes sqr les autres. La plus perfectionnée jusqu'à nos jours , celle de l'homme , apparut la dernière comme pour couronner Toeuvre.

Que dit Moïse :

« Dieu créa le ciel et la terre , la terre était sans mouvement et vide (c'est-à-dire sans productions ni habitanSy inanis et vacua). Il créa ensuite Ja

Jumîère qu'il sépara des ténèbres , ce fut le premier jour ^

«Le firmaïuieiit et les eaux furent créé» le s^ 4xmà jour. ' Ces deux jours correspondent à la première époque géologique pendant laquelle aucun être c»rganisé ne parait sur le globe.

m Les eaux se rassemblent et les lieux secs surgissent. * Les unes prennent le nom de mw, les autres s'appellent la terre. Les Y^étaux apparaissent ensuite. C'est le troisième jour ou seconde époque. Les terrains de la secondé époque sont effectivement caractérisés par des débris de végétaux.

Au quatrième jour appsyraissent les astres; après les astres, les poissons de la mer et les oiseaux du ciel, c'est le cinquième jour. ^ Toutes les formations des troisième, quatrième et cinquième jour peuvent se rapporter à la seconde époque , dont les terrains ne fournissent que des . animaux marins.

Viennent ensuite les animaux terrestres ^. ,

* Genèse, chap. I*% v. 1, 2, 5, 4, ».

' îbid, , V. «, 8.

* JOAd,, V. 9, 10, 14, la, 15.

* /dtU, V. 14, 19, 20,21,25.

* iMrf.,?. 24,51.

troisième époque; et en6n rhomme que la G^ nèse fait nattre au sixième jour, c'est la quatrième époque. Observons que bien que la Genèse mette également^ au sixième jour cette double création des animaux terrestres et de Thomme, elle fait précéder Tbomme par les ammaux terrestres.

G*est aussi ce que la géologie nous prouve , les terrains tertiaires renferment précisément des débris d'animaux et pas de fossiles humains.

Le seul passage, non pas contradictoire, mais susceptible d'explication qui se rencontre ici, se rapporterait donc au cinquième jour, consacré aux poissons et aux oiseaux ; ces derniers paraîtraient devoir appartenir non à la seconde mais à la troisième époque, comme les quadrupèdes; TÉcriture , au contraire , les fait nattre le même jour que les poissons. Quoiqu'il puisse être de femlNrancfaement d'une époque sur l'autre, la succession n'en est pas moins régulière , et Moïse en accord avec la géologie.

A quoi attribuer cette concordance entre les formations géologiques et le récit biblique? S'il n'existait que des rapports paitiels , on pourrait croire que la raison a pu seule , et sans le secours de la science, déterminer une série du simple au

composé , et que l'esprit a agi comme les forcer naturelles elles-mêmes. Ainsi » avant toute formation organique > on conçoit le ciel /la terre et les eaux ; on conçoit la demeure des êtres pré» parée pour les recevoir: mais les eaux couvrant toute la surface et les lieux secs surgissant sont un résultat d'observation ou du moins d'accord avec l'observation. Les animaux d'organisation plus simple précédant les animaux d'organisation composée sont dans le même cas. Il est donc naturel de croire que les connaissances que suppose le récit de la Bible étaient celles des hommes instruits de l'Egypte et des pays le plus anciennement civilisés ; et les recherches sur les idées religieuses des anciens peuples, nous con* duisent à des résultats analogues.

Sous le rapport cosmogonique , nous pouvons donc reconnaître que les formations sont en pro* grès les unes sur les autres, et que les phénomènes primitifs sont le premier exemple de cette loi naturelle > à laquelle obéissent tous les êtres et toutes les idées , le progrès. Les opinions diverses sur ces temps primitifs , les controverses établies sur la fausseté ou là vérité des traditions mosaïques ont été l'objet de trop d'assertions et de

discussions, pour que Dous ne soyons pasentrès dans ces détails.

A côté de cette première observation géné^ raie, de ce point de vue collectif qui nous offre Tensemble de la création en série ascendante, se présentent les èlres eux-mêmes , considérés dans leur vie et leur organisation particulière.

c On a remarqué qu'au for et mesure que les ^ « formations sont plus modernes, elles sont moins 4 solides , moins liées ; ainsi à partir des ' terc rains primordiaux et métallifères , il y a dé- < croissance dans la puissance des formations de 4« Tordre brut; il en résulte que la force des créac lions de ce genre a été en diminuant, en mênKt c temps que croissait celle dont la présence se c manifesta par les phénomènes de végétation c et d'animalisation.' »

Cette action simultanée est une des observations les plus propres à faire bien saisir les formations progressives de l'ordre bnit^ et leur appropriation aux phénomènes de Forganisation végétale et animale. C'est par suite de la diminution de cette force d'assimilation ou plutôt de

1 Bûchez, Genèse, p. 419, introduction à FM<t. de VHum,

cohésion , que la production et la nutrtti<m acml devenues possibles ; la matière a eu son progrès et il est meraré par le degré d'appropriation à une fonction supérieure.

Cette appropriation a été prc^iresaive ellemême et marquée par des ibtervalles de repos , coinme les créations d'un ordre plus 4Aeré ; car on reconnaît <kns ces terrains que qudques-4ins ne oontienn^it c aucun débris d'espèces ayant c vécu» et dautres en sont semés ou form^; on € remarque qu'il y a à peu près superposition € alternative ^itre les couches vides de traces de « vie et cdles qui en sont empreintes. Ainsi, il y < a eu des époques v^tâleset a^nimales séparées € par d'autres purement minérales. ^ »

Da&s Tordre desvégétâmx, les recherches géologiques fournissent égslemmt la preuve que les couches les {dus profondes et par conséquent les plus anciennes, renferment les espèces leB plus sknples , d'abord les aootyledmiM , puis les monocolyledones, enfin les dicotylédones. Eïles s'^vent ainsi progressiv^nrat avec les teiîrains eux-mêmes en se rapprochant dé notre époque

* BucHKz , Genèse y p. 415

et de la couche supérieure où les végétaux offireul une véritable organisation et une vie qui a quelque&*uns des caractères dé Tanimalité. Le végétal, le plus perfectionné, absorbe» s^assimile, respire ; il a des appareils de sécrétion et d'excrétion ; il a un appareil générateur. ^

Cette puissance de formation a été égalenmtt progressive dans les espèces animales. Les plus anciennes, celles qui appartiennent à la classe des animaux les plus incomplets , se retrouvent dans les couches les fAus profondes; les espèces se perfectionnent à mesure que les couches se rapprochent de la sur£aice« Après les animaux sans vertèbres, viennent les poissons, les reptiles, enfin les mammifères. Pour couronner Tœuvre, Thomme apparaît comme dernier terme de cette progression.

Ainsi toute existence a été en progression sur le globe. A chaque période géologique répond une existence organique particulière ; et sur ses débris un nouveau terme a pris naissance jusqu'à l'époque oii nous vivons, qui est celle de l'humanité.

La série animale particulière à notre époque

*■ PccHEz , G$nè$e, p. 415

jreprodait ces degrés déterminés d'après la puis« saince et la perfection des fonctions de Torganisnle. Nous voyons aujourd'hui dans la série zoologique qui frappe nos regards , une progression qui s'élève; depuis le point le plus bas jusqu'au point le plus haut , en passant par des termes qui forment deux dasses, les invertébrés et les vertébrés:

Les animaux rayonnes.

Les invertébrés sont : l Les animaux articulés.

Les animaux mollusques.

Les poissons.

Les reptiles.

Les oiseaux.

^ Les mammifères.

Les vertébrés sont :

Ces classes offrent Tune sur l'autre une progression évidente et chacune d'elles offre la même progression dans les êtres qui la composent. Cependant » cette progression est telle, qu'un abidie sépare une classe d'une autre. Cette distinction va plus loin; car, dans les variétés d'une même classe , la reproduction ne peut avoir lieu , ou les fruits d'une première reproduction sont frappés de stérilité. Cela peut n'être pas littéralement exact/ car des mulets ont pu, dit-on, se reproduire; mais l'observation n'en est pas moins vraie ; car

oette reproduction a un terme bien c^urt, puisque nous ne voyons pas cette variété se continuer par elle-même. Cette progression zoologique est donc comme le monument vivant des périodes que le globe a parcourues. Chaque classe s'est succédée sur la terre dans Tordre que lui assigne le plus ou le moins de combinaisons de son organisation, et tdutes ces formes animales aboutissent à l'honmie.^ Un fait bien plus extraordinaire serait Tétat successif de l'embryon dans toutes les classes de la série zoologique, sans en excepter Thomme. L'étude de cette succession de phénomènes con-^ stituerait une science nouvelle sous le nom d'embryogénie/ Cette science apprendrait que chaque être passe par la série des formes inférieures à cdlle dans laquelle il doit vivre et se reproduir^r Les animaux autres queThomme s'arrêtent à celle de ces organisations qui leur est propre, Thomme dans sa vie embryonnaire passe par toui» ces états, les franchit et parvient à l'organisation qui lui est particulière. Ainsi, le germe humain se transforme* rait dans le sein maternel et présenterait succesd*< vementl'apparencedesdiversesclassesd'animaux

i Bûchez, p. 113 et 420.

mvertebréftetvwtebrés, jasqu'àcequ'il arriTitaur formes définitives de rbumaDité. Des soiatCHiiistes et physiologistes savants contestent cette série; Noos la mentionnons sans la garantir, et d'aitteurs elle n'est pas nécessaire à la confirmation de notre idée de progrès.

Les observations antérieures nous conduisent donc à ces condnsions :

1^ Les' époques géologiques du globe sont eh progrès. La matière brute est disposée successif vouent de manière à favoriser l'apparition d'or-^ ganisati<ms plus perfecti<»inées«

2® Les espèces sont en progrès les unes sur Ie& autres , quoique séparées.

Dans les végétaux, Torganisation se complète depuis les cryptogames jusqu'aux dicotylédones.

Dans les animaux, depuis les rayonnes jusqu'à l'bomme.

Nous avons remarqué déjà qu'un abtme sépare* les espèces entre elles, et même les genres dans lesquels ces espèces se subdivisent. Nous ajouterons quelques mots sur cette question à l'occasion de l'homme. On a dît que l'homme était un perfectionnement par voie de génération de l'espèce immédiatement inférieure , des singes , et du

plus complet de ces animaux, rorang-oatang.

L'anatonm ne peroi^ pas d'adopter cette asserlion qne des rapportsapparènts mit fait n^itré. il y a plus; certaines classes rapj^rodiées , d'rni même genre^ penmat dn mdns prodttke eûtr^elles. Cette remarque n'existe point de Tiiommé au singe. Jamais ik n'cmt donné naissance à des hibrides. Les anciennes &bles de firanes et de satyres , où qo^uesHuns ont prétendu reconnaître la tradition de ces unions monstrueuses , sont sans vdeur aujourdlmi. A plus forte raison n'est-il pas probable que l'homme sdt le finit perfectionné de deux individus de l'espèce infiérieure. Il n'est dcmc pas exact seieotiliquement de trouver la moindre analogie. L'homme est venu à son ^que» complet, contenant tous les rudiments de son <»rganssatiûn , quoique n«n apprédafales ebccve par nos moyens d'investigation, dès l'instant de son appaontion embryonnaire.

Cette vérité estconfirmée surabcmdamment par le fait du langage qui n'appartient qu'à l'espèce humsîne , seule douée de la fecuhé de reproduire les idées par des sons articulés^ et dont l'organisation appropriée à cette fonction n'a d'analogue dans aucun animal.

Debout sur ces coiiohes .superposées , annales matérielles et incessamnient interrogées de l'histoire du monde 9 rhomme r s'annonce comme le dernier terine de toute création^ Après la nature Jl)rute, après rorgauisation aensitive, intelligente 9ième à un certain degré» se développe la force éminemment intelligente et morale : cette puis- ^nce exclusivement réservée à lliommei lui assure à une immense distance , sa place au-delà de toute création animée. C'est par elle seule qu'il peut fonctionner dans sa vie sociale, c'est la seule qui lui convienne ; et elle ne se maintiendrait pas sans le sentiment du juste et de l'injuste » règle éternelle de tous les devoirs et de tous les droits.

Roi de la terre, dont il peut supporter tous les climats, dont tous les fruits sont partout paiement propres à le nourrir, il l'exploite, l'interroge^ et sa puissance intelligente va même jusqu'à déterminer les lois auxquelles elle est assujétie; Sa véritable vie est concentrée dans le caveau, tandis quç celle des animaux appartient au corps ; ainsi la nature même a ordonné sa conformation de manière aie mettre enharmonie avec la supré- .matie de sa fonction sur le globe. ^

* Dictionnaire des Sciences médicales, art. homme, tom. 21, 205.

Cela ne veut pas dire que tous les hommes soieut aussi propres les uns que les autres à présenter le phénomène d'une organisation égale en puissance et en activité. Des différences nous frappent dans rintelligence et la structure même des hommes. Les races sont à divers degrés de Téchelle, mais ces variétés, dont nous parlerons plus tard*, n'empêchent pas l'homme, pris dans l'acception tout à fait générale de ce mot, d'être le roi de la nature et de l'approprier à sa fonction sur le globe.

* Livre I•^

roncliOB 4e 11uMimi^«<* Il le préieiae tau» troii «ifieeli.

L'homme ne peut être enyisagé que sous trois aspects : comme individu , comme membre d'une société » comme membre de la grande société ou de l'humanité. C'est ce que nous avons établi dans les prolégomènes. Nous reproduisons ici les résultats , avant de passer à l'étude de la fonction de l'homme sur la terre.

Gomme individu , il tend à la satisfaction de ses besoins» et, dans les limites d'un amour de soi, sage et naturel , il consacre son travail » ses efforts et sa prévoyance , à son bien-être.

Gomme membre d'une société, il remplit , sous l'assurance d'une protection mutuelle, sa fonction sociale.

Gomme fraction de l'humanité , ii concourt à la fonction humanitaire, ou à l'œuvre de l'humanité sur la terre.

Fénelon a dit quelque part : c II faut préférer < sa famille à soi-même, la patrie à la famille, à c la patrie rhiimamté, qui est la grande famille. »

Ce sentiment, émané de la belle âme de Fénelon, est une vérité historique. Le résultat de Tob* servation appliqué à l'état de lliomme sur la terre, conduit à cette formule de fraternité et d'œuvre commune, que Tamour de ses semblables lui avait inspirée.

Nous Tavons déjà dit plus haut , Tégoïsme dans rindividu est un sentiment faux qui réagit contre lui-même ; ainsi nous ne reviendrons pas sur cette observation. Ce que nous avons à établir, c'est la vérité du sentiment contraire , c'est la certitude de l'œuvre de dévouement, sans laquelle l'homme resterait sur la terre dans une perpétuelle enfance, ou périrait même, faute de secours, et privé de ces développements, conséquence né< cessaire de son éducabilité. Ses idées , ses sentiments, ses passions, ne peuvent se développer que dans la société de ses semblables; et il ne vivrait pas de toute la vie dont il est susceptible, s'il

restait seul et sauvage , dépouillé des moyens de

mettre en mouvement ses facultés, et de satisfaire

ses besoins de tous les ordres.

, Mufltant » leniluil ne fait soupçonner ses premiers besoins <pie par <tes cris el des pleurs; la première manifestation de sa vie est un kppel àk pitié; Tamoor maternel TeiDe , inierroge , deTine, et son inquiet dérouement n'a pas besoin de s'édmnfTer à Tespoir de la tendresse fl^ Kale» qui payera ses sacrifices. La longue impuissance de FenÊint prolonge aussi la nécessité de l'appui de ses parents : la nature eKe-môme a donc créé le lien qui constitue la Ênnîlle, premier élément de la sociabilité. Notre faiblesse, par rap^ port aux forces naturelles ou organisées qui nous entourent, exige l'emploi de moyens hors de nous pour nous couvrir, nous défibre, assurer notre nourriture; l'inteUi^eace y a pourvu en éclairant nos efforts datas l'appa^prisation des agents secondaîresi.

Il a iallu peu de temps pour que deux familles aient senti , qu'en se rapprochant et s'unissant par un Uen taoîte, elles augmenteraient leurs moyens par leur union. Le bien-être s'est trouvé doublé avec les forces, et le premier progrès a été le résultat delà première alliance.

Observons que le premier progrès a eu un but, celui de la défense ou de l'amélioration , peu

impoirte; totifours est-il qoe ce n'Mt point Mms ]»otif qiio ralliânoB s'eet £ut6. NomiiMr le prof^ c'est MJM-enUmdrè » but ; «ar nuirobêr mus une teiidaMe,e8t«n no»«enft ; pn^gresser , c'est lï'approcher ifnn terme» et oe terme et?t lelrien on le mieux.

Ainsi , dès ia première femiHe , nous trouv<ms déjà aeeedation , but el pM^s.

HeunMSc TlHMmne , si , persévérant dam cetle padfiqne associafrîon » fl avaft tmijours considéré fvHMon égaie des farces eomme une condition de sa nature, et un devoir de firaternîtéi Sî f espèce, en $e multipliant sur la teiYe , n avait pas , au gré de 'ses passions déréglées, voulu assi^âtir rhomme à rhomne ; si aucun n'avait dit : Je mis le plus grand et le plus ibrt , travaillez , et }e recueillerai les fruits qu^aura fait natire le travail d'aulrui. Toutefois ne nous hâtons pas de emidamfter.

Peut*é(re ces luttes de rhumanité ont*elles été nécessaires à ses progrès. N'est^^e pas par dès invasions tjue nons avons vu se propager les lumières accumulées dansles pays les plus avancés? PTest-oe pas aux inventions tei^itles amaaées par la gnerre que rhomme doit les phts redoutaMes agents de sa puissance? L'étude du monde phy-

sique a plus avancé par l'avarice et les mauvaises passions, que par le dévouement de quelques gi'ands hommes ; la soif de For a multiplié les découvertes ; les conquêtes du génie sur les lois de 1 univers ont commencé par de fdAes recherches sur les influences des astres et les propriétés occultes des métaux; Tastrologie bégaya les premiers mots de la langue sublime de Newton et La Place. Acceptons les résultats : quant aux moyens, c'est le secret de TAuteur des choses.

Tous ces maux nous frappent, parce que nous les étudions dans leurs rapports avec notre existence bornée; mais ne serait-il pas possible que, d'un autre point de vue, nous puissions trouver l'explication de cette énigme. Nous venons déjà de le remarquer , les maux ont donné naissance à de grands biens: du choc des hommes sont sortis les agents violents qui peut-être n'eussent pas été inventés dans une société pacifique. La poudre, connue des Chinois avant de l'être parmi nous^ n'a été à peu près chez eux qu'une vaine et inutile découverte ; sans la guerre on ne L'eût pas peut* être trouvée dbez nous. Un jour viendra , espé* rons-le du moins, pour l'honneur de l'humanité, où on ne l'emploiera plus que pour ouvrir des

eariières, aplanir des montagnes , ou pour d'autres usages que Tavenir réyélera : elle a causé bien des maux pourtant. N'en peut-on pas inférer quela création n'est pas faite pour nous; qae nous, qui centralisons tous les pouToirs terrestres, nous sommes coordcomés par rapport à un grand tout ; et f qu'apprqprîant à notre espèce tout ce qui lui est inférieur 9 nous obéissons à une loi suprême qui nous approprie nous-mêmes à une combinaison que nous pouvons supposer , et que notre insuffisance m nous permet pas de définir. A quelque époque que nous c(»isidérions l'homme , nous ne pouvons le voir autrement qu'en société. Depuis le nègre le plus bas placé sur l'échelle humaine, depuis l'Américain chasseur jusqu'aux sociétés anglaises et françaises , jusqu'à présent placées au sommet de la civilisation, partout rhomme est à l'état social, quel qu'en soit d'ailleurs le degré.

La société n'a pu arriver de premier jet à son état actuel; die a passé nécessairement par dos transformations successives, à mesure qu'elle a perfectionné ses instruments de travail et d'action. Le premier état rationnel , nous venons de le voir, c'est la famille : comment cette famille a-t-elle pu

fouriiif à sa subsâstance avant rinvanlû» die Fa* gncukMre, avant Tafipropiwtkni des troopeauï à ses besoms» évîdemiD^it par lu cbisse. Tant que la efaasMr a pu fonmiraiix besoins de tonsy ks hcmimes» oal agi, aans lutter entre €«&; mais ik se nnt mullîplîés, et la tenre a manqfué à leurs besoin»; iteoni cambattn po«r la possession du sol y le [4u8 ùxt a repoussé le pins faillie , et est resté maître dn terrain. C'est k vie des peo« plade» sauvages de l' Amérique ; il y a en néeessôté alors ât chercher un soutien pour sa vie dtttts on autre genre d'activité. On a soumis les trooféaux pour en tirer là nourriture et le vêtement; la prévoyance n nécesshé l'emploi de ressources oons* t&Êae»i e^esl Id vie pa^orale; mais cette exisMitce ibème ne peut fournir d'aliment qu'à une sédété fort restreinte. Il faut encore on vaste territoire pour un petit iidibbi^e i et ce nombre s'accrciseait tous les jours. D'ailleurs les hommes acoontuméi^ à ce %enie de vie avaient des mœurs plus doutes que ceux qui étaient restés chasseurs. L'aisance qu'ils i^'étaîent procurée, amena sur euxlagUerre et lenvahissemeni; et le conquérant, pour rester liiaitre de ses esdaves^t les exploiter à son gré» a dû leur interdire les voyages et la vie nomade.

Cette vie nomade aTaîi existé chea les pastears chaldéens, chez lea Scydies, diez lea Juifs, dont les premieflrs patriarches fiireat des Arabes no« madee. Forcés de rester attachés ao sol, d'abaiH donner lea faites pour des demeures fixes, les hommes demandèrent à la terre les fruits qui (tevaient servir à leur nourriture. Ainsi naquit le troisième degré de civilisation. Après avoir été chasseurs et pasteurs, les hommes devinrent agri« cnlteurs.

Les diverses sociétés mises en présence ne tardèrent point à établir entre elles des lois protectrices , et lasses da se dépouiller sans cesse arrivèrent à des liens de commerce et d échange garantis par les bespins réciproques. Le commerce amena la navigation, chaque besoin fut suivi d'une création nouvelle.

Chacune fiit d'an ordre plus élevé , aussi fallut^ il l'application d une plus grande somme d'Intelligence à chaque transformation. Les arts et les sciences se perfecticmnèrent et étendimt Taotî* vite humaine en même temps que ses moyens.

Les empires se formèrent avec tout cet aj^areil d ont nous les voyrnis entourés. Mats le temps

n'était pas venu des garanties à apporter dans Tordre civil à la sécurité de chacun ; aussi à la premi^ lueur dés temps historiques , ne voyonsnous que de vastes empires despotiques et Thomme exploitant Thomme comme cdui-ci exploitait la terre.

Nous esquissons très-rapidement ce tableau développé dans des ouvrages spéciaux; nous ne voulons qu'indiquer le progrès nécessaire des institutions et des relations , pour en tirer ce fait de progrès et d'union humanitaire dont chacun de nous est un élément actif.

Nous n'en ferons pas l'objet de recherches théoriques; notre but à nous est de ne point isoler le raisonnement des faits; et nous n'attachons d'autre importance à cette successivitédont nous venons de parler, que d'en tirer ce fait général et vrai de progrès dans la vie sociale. S'il avait fallu établir historiquement un enchaînement bien lié; nous nous serions engagés dans un autre travail. Il nous suffit de pouvoir affirmer que les sociétés humaines s'étant développées successivement , ce développement a eu lieu

d une maioière conforme , sauf les détails , à l'esquisse que nous en avons faite.

Que rhomme soit organisé dans un but , c'est un fait qui ressort de sa seule existence; s'il n'avait eu d'autre fin que sa propre satisfaction, la nature ne lui aurait pas donné une puissance supérieure à sa destination ; elle l'aurait laissé dans les limites de ses besoins et n'aurait pas mis pour condition à son développement le contact de ses semblables. Si elle l'avait organisé pour un but purement social , elle n'aurait pas fait survivre aux sociétés les conquêtes de l'homme. Avec la société périrait le tribut qui lui aurait été apporté, il serait inapplicable à tout autre ordre de faits que celui pour lequel il aurait été créé; à chaque société nouvelle, un nouvel apprentissage serait imposé, auquel ne profiterait en rien ce qui aurait été fait précédemment.

Le but de l'homme est donc supérieur à l'individualisme et à l'état social , il est en dehors de son existence bornée , comme individu et comme citoyen. L'individu périt, les sociétés périssent , mais l'homme demeure , l'humanité mar-

ebe et les travaux s'accuimileiit pour proiler à Tes* pèce. Donc les eflforts deFhonine sont Êiît^poiir Tespèce entière ou la soomie des individualités*

C'est cette réuiiion des génération^ de tous les temps que Ton nopime humanité.

L'union des générations successives dana un but d'activité limitée ou relative s'appelle nation,.

Uunion des générations dans un but spécial et particulier s'appelle famille.

U est facile de saisir le progrès évident de ces trois modes d'activité l'un sur l'autre , aussi n'insisterons-nous pas sur ce fait. Nous observerons* que ce progrès ne doit pas être envisagé de telle sorte, qu'un état soit nécessairement destructif de l'autre; que l'homme, par exemple, considéré sous le point de vue social cesse de s'appartenir comme individu. Ce point n'est pas suffisamment expliqué dans Técole dont nous avons parlé tout à l'heure. Il n'est point dans la nature que l'homme se dépouille du légitime amour de soimême , principe véritable de l'activité. Exigef de Im l'abnégation absolue dans un intérêl de so^ ciété ou même d'hmnanité c'est lui demander la séparation complète de l'esprit et du ourps^ en d'autres termes, l'impossible. Le problème à

aUeÎAdre, c est la prédonHuençe de Fètre iii' tell^eiEt et moral sur la matière. Attaché à la matière par le corpe et par ses appétits , Fhomnie la somnet par Ve^furit; cette dernière pubsance lui apprend qull u^arrivera à son bat que par Ftimoii des efforts; de là association et détone* ment, Cel est son premier mobile. Quand à Tac^ tinté qui résulteiait de la perspective du bot humanitaire, nous ne disons pas que dans une époque plus avancée le dévouement n'ira pas jusqu'à n'avoir pas besoin d'autre mobile; mais ou interrogeant le passé, nous sommes conduits à reocttnaître que le dév<Hiement à l'humanité conti^it toujours cette réserve, que daas Tœuvre humanitaire le progrès de l'ensemble ne peut être isolé de la libwté légitime et du bien-être de i^hacun. Nous s(xnme& fonction il est vrai , mais non comme un rouage matéridL Collaborateurs intelligents et écliurés d'une œuvre commune , Cette œuvre elle^mêmeest la plus grande somne d'avantages à ccHiquérir sur la nature pour la répartir sur tous les hommes. Dans la question générale se trouve donc toujours comprise la fonction particulière. Nous avons tous conscience de ce fait individuel et humanitaire. Le rang que

BOUS assignons aux hommes dont la vie a été em^ ployée tout entière au bonheur , au progrès ou au soulagement de leurs semblables en fournit la preuve. Ce ne sont plus des hommes , ce ne sont plus des nations qui les applaudissent. Accueillis par l'humanité qui révère en eux les apôtres de la morale universelle, leur dévouement en les illustrant eux-mêmes, fournit une démonstration de ce sentiment gravé dans le cœur de tous, que les hommes sont nés pour une fraternité que le temps fait mieux sentir chaque jour. C'est ainsi que les grands génies appartiennent au monde. Nés dans un pays, leur génie ou leurs œuvres leur donnent une patrie plus vaste , l'humanité les revendique; Vincent de Paule pour son dévouement, Fénélon pour sa morale si pure et si élevée, Molière pour sa haute philosophie et sa profonde étude du cœur. Si nous citons des Français c'est que les exemples sont plus près de nous, et noii sous une préoccupation de vanité nationale que nous blâmons, que nous corn*battons. Les grands hommes appartiennent aa monde : qu'il nous soit permis de placer dans, ce grave sujet une seule anecdote, elle est propre à exprimer notre pensée :

c Talma conversait avec Tanglais Kean sur la < littérature dramatique de la France et de TAnc gleterre, et sur la prééminence revendiquée « par chacune d'elles; un nom venait toujours f se placer à côté d'un autre dans cette lutte éga* c lement soutenue » lorsque pour la terminer « Talma nomma Molière. Ne le comptons pas , « reprit Kean; Dieu a jeté Molière sur le monde, € le hasard l'a fait tomber en France. »

Nous disons de tous les grands hommes oe que Kean disait de Molière: hommes, soyons fiers de tout ce qui honore et agrandit l'humanité.

L'homme ne pouvant être trouvé ni conçu autrement qu'en société , nous amvons à cette conclusion, que son activité ne peut avoir que deux buts , la fonction sociale et la fonction humanitaire.

L'homme est organisé pour la société , nous l'avons déjà dit : mais cette société elle-même n'est pas stationnaire, immobile. Elle a ses phases, ses périodes, elle a dans son développement historique un but, une fonction marqués. Les élémens de cette action sont les individus, les classes, dans lesquelles se décompose l'être collectif auquel nous donnons le nom de nation. Examinons

Tan Skprès l'autre les peuples dont ThisUNTe tunis apprend la fin, en d*att4res termes qui ont eu un déYdbppemenl; oooijplet : nous les ifserrons tous maorcher vers un but déteranbé anqvel concou^ rent toutes les classes et tous les dtoyens; but moîiis marqué ponrceuxHÛ, ^ns sensible <lms les rangs plus éievés^ jusqu'à œ qu'<m arrive à une classe dominante , guide de toutes les autres^ et qui représente d'une manière appréciable le but eommun de l'activité sociale.

Pk*enons pour esempte les lépubliques greoques* Elles furent tontes instillées dans un but de conservation exduiûf et bientôt de domination les unes sur les autres, mnis par des moyens tSffé^ rents, suivant les ressources du sol et de la position qu'elles occupaient. Sparte, monastère guerrier , fut instituée pour la guerre; sa position dans l'intérieur des lenes excluait un commenoe étendu et la bora«4 à ses propres ressources , que le législateur conoentra dans un but , non seulemmt de défense, fax& dagresinon. Tout y fui dirigé vws le développement de l'action physique; 1'» dividu n'y fut eompté p<»tr lîen en présence de la force octtective , et cet état opposé à la nature ne se conserva que par la nécessité cmistamment

renaissante des luttes guerrières contre les états voisins. Sparte ravage et soumet jusqu'à ce que parvenue à la supériorité relative sur les autres étals grecs^ son but vienne à lui manquer, les loif se relâchent /et elle succombe lorsque s(m élé* ment d'activité lui manque.

Athènes organisée pour Les arts^ le commerce maritime, marche à la suite de Lacédémone dans cette carrière de conquête guerrière ou pacifique» elle obtient le prix qu elle ambitionne et suocombe à son tour. Nivelées par un affaiblissement commun, les républiques grecques deviennent b proie de la Macédoine qui organise^ en réunissant ces éléments, une puissance nouvelle à laquelle elle donne pour principe d'activité, non l'établis^ sèment pacifique d'une société plus n<Hnbreuse et plus compacte, mais un nouvel antagonisme plus vaste, basé sur la vengeance à tirer des envahis* sements asiatiques. Réaction dont Alexandre se fait le guide et le chef, et qui jue comprenant ^u* cun élément de durée sociale, se tenniae a^^ec h vie du conquérant.

. Observons cependant que ces nations, an mî* lieu de leurani^ganisme»4e leur hostiiûté^ marchent toujours vers mi biAt d'amélioration huma^

nitairë , dans ce sens au moins qu'aucun de leurs arts, de leurs sciences, de leurs découvertes n'a été perdu pour Favenir. Ce qui survit à chaque nation a profité à l'humanité , conune ce qui survit à l'individu profitait au corps social lui-même. Aucune d'elle n'avait conscience de ce progrès indéfini ; elles remarquèrent la succession des gé** nérations, les peuples succédant aux peuples, mais la loi de cette succession et le but définitif auquel elle devait conduire leur échappait.

Revenons à la fonction sociale des peuples.

Aucun jusqu'à présent ne s'est organisé pour une fonction humanitaire, aucun ne s'est proposé cette fonction pour but, et on le conçoit sans peine. L'idée de ces recherches sur l'humanité a toujours existé, mais les exemples n'ont pas existé toujours. Pour concevoir un but humanitaire, il faut avoir observé une succession de sociétés politiques et avoir pu constater leur supériorité croissante en raison du plus grand nombre d'éléments dont elles pouvaient disposer, et des rapports plus nombreux qui existaient entre les divers peuples. C'est ce secours qui a manqué aux anciens et ne leur a pas permis d'arriver au but, quoiqu'ils eussent aperçu la

lendanee. Le dépôt sycces»f des faits acoomplis pur VlwEDwité n'était pas assez ocmsidéraUe encore pour qu'ils pussent Tétudier et en déduire des lois constantes.

Des prophéties qnon avait aoin d'entretenir p^rmî les citoyens prMoMtment à Rcmie Tempire du monde» La société romaine n'eAt jamais d'autK bat (pie d'anÎTer à la réalisation de cette pro-

Les Romains ^ regardèrent la guerre comme le seul art, et employèrent tous leurs eiforts à la perfectionner. Dis psurrinrent à donner à leurs troupes la meOleure discipline , les meilleures armes, la plus grande force. Leur orgueil ne les empêcha point d'emprunter aux peuples mêmes qu'As voulaient soumettre , les armes dont ils reconnaissaient la supériorité. Os quittèrent leur épée pour prendre 1 epée espagnole aussitôt qu'ils l'eurent connue. *

Avec leurs conquêtes s'accrurent aussi les moyens de les conserver. Leur habileté à les préparer , leur persévérance à les obtenir ne furent

* BioATBsaiBO, àrandeyr etMcadéfwe ; chap. ir. ^ Ihid. Suidas , au moi Mofihaira.

pAs moîiis remarquables que leur esprit guerrier. En un mot, leur activité sociale avait posr prin^ cipe la c(niqaéte et ma (km leurs iA$tiltitioii« fte fut organisé pour une autre fiOé

L'histoire noms dit asseK que ce bot fin attAtit : noB , il est vrai , ôoi&plèlMaetit; ear il n'eM paé possible qa^uii gouvernement, établid^ fin but de domination particulière, etnon daœ feibut étemel de liberté et d'affranchissement humaMi^ sassimile toute Thumatiité; mais il le fut asisez pour ^stifier, par le plus vaste exemple qu^ les tempsaient fourni, la puissance retiferméed^iksun but social, proposé à un peuple; pour prouver tout ce qu en&nte et nourrit d'énergie et de force une

tendance éclairée d'avance et la directioQ unitaire imprimée à une société.

L'action d'une société n'est pas simple; sa vie extérieure se révèle par le rapfM^ochement suc^ cessîf de la société avec le but d'activité qui lui e3| proposé , et par les rapports externes. La vie intérieure de la société fermente pendant ce temps, et subit un travail de transformation , qui amène les membres du corps social à un niveau que Tindividualisme réclame à mesure qu'il s'édaiM et juge mieux son importance et ses droits. La tne-

ânre de ces droits est futilité dont ou est à l'ensemble; ils se proportionnent aux samEces, qui ne sont que tes devdirs sociaux; en d*aiiu*es Ut^ mes , les dttiits arrivent à se placer en pr(^rtion avec les deioîrs. T^ie est là teAdanée îMêriéilre de tous les étatâ. Nôttà pottVùns en faire la l'emar-' que dans tous les temps et chez toutes tes nations. Les peuples se présentent à nous divisés en classes, à chacune desquelles une fohction partît culière est attribuée. Dans fltlde, dans F&gypte, dans la Ghaldée, dans la Për^e , nous voyons tane classe sacerdotale supérieiti^e à toutes les autres , puis une caste de guerriers , enfin celle des labou^ reurs, des artisans , dés eiplôitateur^ de la tetre* Âunlessotts dé ces castes libres , se trouve une masse sans droits, sans avenir, maudite ou ex* ploitée : les esclaves.

A côté du but social extérieur , ou de la vie de relation , se place donc un but tout intérieur , né du froissement continuel des ambitions en présence et en lutte. Ce but iie fut pas seulement' en-

fantépar l'égoïsme, il le fut par be juste et éternel sentiment d^égalité qui peut être réduit au silence par Toppression des institutions politiques , maisi qui, tôt ou tard, reconnaît Theure où sa voix

pourra s'élever el réclamer au nom de Thumanîté une part pour tous dans la vie sociale, dont la plus grand nombre n a connu que les charges poor laîisseir à d'autres tous les ayai^tagfis* ;

Ce .mouvement s'est fait sentir d abord par la caste des guerriers, dépositaires de la force matérielle« Le joug sacerdotal leur a; paru pénible, et ils avaient lesmoyens des'en délivrer. Le temps fut long; car l'influence sacerdotale avait des racines dans les autres classes, et les guerriers étaient seuls contre tous. Mais ils l'emportèrent enfin quand le mouvement intellectuel descendit plus avant dans les masses, et que l'égalité des forces se trouva rétablie par l'indiiTérjence des classes inférieures. Ce succès aurait été un mal si le sacerdoce était demeuré fidèle à la fonction d'humanité , pour laquelle il a été institué; mais l'égoïsme était devenu sa loi, comme il rétait pour les guerriers ; malgré la dureté du régime despotique et militaire, une barrière déjà était soulevée , et l'avenir s'ouvrait pour la classe laborieuse et utile*

Le spectacle de cette émancipation ne devait pas aller plus loin en Orient , sauf pourtant chez les Juifs y où les prêtres conservèrent leur supé-

riorité, ei;<MBle législateur ne fit qu'unedassedes ckayeiis; gierriem, agric^lifiurs ou artisans; ékiûsiy ea réalké» la âoddété juiTe^tout .en restenl soinasèratu pràvoii^ saœndbtal , avml iiit wi prof grès par ràccfQaeion d'un p\m grand ôcmlHfe d'hoiuMs» etla^néparlitiQni^ale.das dl^oits civils^ Le mauYèoneiit intérk^r dut avoir kà pour but d'ieidever les: dnoi ta exeluaii» à la raoe siicer<ih>t^; Un en fut point ainsi daa$ les. sociétés ^^ecqùes et rain^in6S ^k: lutte s'éUiblit entrç les dtoyenç iavestis.de tous les^driHts» et les prolétaires ou

l4es:premiëres colonies égyptiennes avaient apporté avec ellesîla ikBÎam des institutiims. sacerdotales, anpsi.roi^aliisation sociale des Grecs futdie fondée sur id!antres divisicns. les nobles, les dieiits et les csdaves : aux premiers lé cuke^^ lo gcravemem^t et la ppopriété^; aux dients le tp*a^ vail shreo'Ses fhiits et une certainis participation aux af&ires par le droit de suffrage ; aux ësdaves lé droit de rachat et d'affranchissement. Ainsi fut fondée la cité, et cet exemple fut suivi; les hommes applaudirent à un changement qui leur restituait une partie de leurs droits méconnus, et la patrie prit naissance avec la première cité.

Totts les bescHOS iie ae revêtent poiot à la, fois r aTOBt que les esdov» pussent penser à la libenéoonnie droit, iUèurfiiUait desœoyctiset des krapèiies. Les deux aubre^dassei^étaintiniéMssées à les tennr daas le w état d'exdnsion ; aussi le mouvement ascendant ne fat^il marqué que dans la classe des citoyens avides^ de parveftir à l^é^ lité des droits. La fondation de la cité avait créé des activités rivales , et Tœuvre intérieure eut Heu entre ces rivaux inégaux en nombre ; le ré« sttltat fat le triomphe des plus nombreux. Pour 1 obtenir^ il avait fallu faire valoir certains droits généraux, fondés sur les lumières philosophiques plus répandues et avidiement admises; les^sdbves surent s'en pi*é valoir plus tard. lueurs fuiemicvs essais fuvmt sensiUes déjà dans les sociétés an^ cienues. Lbs guerres 4es esclaves marquèrent l'époque de ia oonqiidte deFégsilité par- la seconde ^ classe^ La tendance dès-U»*s fut pins large. Lafu* sion des di^ux premières classes ou des classes li-* brQS n'avait laissé que deux forces en présence , les hommes libres et les esclaves. Désormais l'œiivre des sociétés se trouve circonscrite dans la poursuite de ce but : abolition de Tesclavage.

Cela est sensible dans Rome, que nous pouvons

prendra pour axemple; nous y voyons isvKcessivemeiit la royauté, le consulat et le goATeruemont dans JesiaaÎQsdM pBtricioK, puis rsoeession des plâ)éfeii6, les. gnerre&des esdavM, et enfin tear s^rancbkmoent par le ckristiamsine.

Ainsi nous voyons les sociétés passer par qua^ tre éltf 8 de iransfomation qaooemii : le saoer* docOt remiHre , la pateie ou la eîté , enfin Vham'* me ou l'appel de diaom an dreîlBcmls et pot Utiques» en d aultes teraaes, la liberté îndinikieHe dans la i^odôtég^nérale.

J^xpliqnimMdous leependant sur un fiût qui , au premier noap d'esil I parattraïc infiivMr oes divH sîons que TUistdire iious dôme , ou do ihottis eu exclure Tidée d'amélioration et de progrès. Au momanliiù s^awipnoele dogme cath<4ique de Tap*» pdi delONis, nous voyons reparnttre reiiipire;et> en.a^arence, wooaimeiioer une série gouvernementaie qui rappiefieratt Tancietine. Aiusi Tinitaio^ bificé humaine seaifaletait résulta de ce cerole, dans lequel l'iiunanîté reccnmnencerait ses des-^ tinées.

CSeia serait vrai si, àc6té précisément de ce nouvel empire, ne pwaissait pps la premi^ lueur du christianisme , destiné à conduire tous

les hfWiib^ à U liberté, et à la ftata-nité,^ principe qui datait c^w à son tour ,. et ^pek^ toui^ le$> homme»», ncm craune; Fenteiid TÊglise ro^ msme^dsoïB une seule' forme et un sail* culte , mais dans une seule cêoyaiice âejprogrès^deli- Iterfé et^.d'iiiimàm(é.

AvK^ube ites coofuétes antérieures n'avait été perâtie^^ët rempire nouvetei ne ressçndblait pias plus à Tempire ànden , cpie- Uiomme enrichi dé l'0!3&périence du passé neoressèmUait aux hottimes sur lesquels s'était appesanti lepremier joug;

Une dotttf înev i|tteUe.qu'eUe;Sok> n'amye pas tout d'un coup . à . son déTMof^mn^il;. Le xiogmQ de là firateraité uniraMUey dcmt le chri^îanisnM fit; la bsm de so^ ena^nonent ^ lie fut pas sàaÀB ausâitâtipièprèehé; il ne règne pas. même enoore de>nos joui^s : ft rencontra. k'c^positiQn^e rratcon^e toujours un. dogme nouveau. I^ œdété contenait des maîtres et.d^. esclaves; ki doctrine des i^sclaves étant celle de la liberté, le but des maîtres dut être naturellemai t la oonsenvation^ dé l'esclavage. Le théâtre de la lutte était le meiufe ; ses chances, le temps; le ir iomphe, c'était ravenir assuré au principe progressa : mais , au moment^ même où le principe apparut, les possesseurs

avaient pour eux toute l'îori^iiîsation civile et po<* litique , et la puissance qui eu résttitait. Il est fâ^ Gjle de copoertnr ^ diès lois, que la trangfbrmaiion dut être lèate ei {»t)gressive éUei^m^me : pour que le do|^e de h fr^^ruité universelle oti le dogfn^chrétîeii arriv&t; à relut de pouvoir soaal t il lui fallait donc rae^siuoe de prosélytes ^ Taeçes^ion d'une force matérielle à rapfrtii dor^w principe^* La lutte, pour s'(^rer, doydit nvcnr lieu eafFe de«x finroes coiftraîr^s, éjg^des uu moment^ Fune par raffaiblissenieut de sa puiâsauoe audeime , l'autre yarTaçi^rc^^seiueipit de sa po^ sauce nouvelle.

C'est effectivement ce qui se passa pendant la durée de Tempire romain d^Âuguste à Censtantin. Ce fut le temps de transformation du vieux

monde en un monde nouveau. La doctrine nouvelle s'assit alors ; elle imprima aux hommes , dans Tordre civil et politique, l'impulsion qui, jusqu'^à ce moment, n'avait pu qu'en réunir un nombre plus ou moins grand , mais s'accroissant toujours , dans une communauté de croyance.

Un prmdpe, avant d'être admis comme moteur dans les so(^tés , doit être élaboré^ et passer par

lëtat moral; il passe ensuite à l'état ôe dogme, et devient puissance diri9saiita.

loi il ii0u&£aiut rotimnier <m anière , pour exa« aunçc 08 quiavait eu lira ijans lepassé* Hîstoriqiieiiietit, le passé le jAas reculé noug

offre le speetucle de grands empires organisés iespotiquement, et dans lesquels rhomme kidi» vidnet n'est compté pour rien. Mais exàminond les traditions de ces empires, et nous toyonâ ione origine dcmnée à ces distinctions de castes, à la supériorité des unes , à Tesclavage et à ravilissé* ment des autres. Partout, le règne des dieux est présenté comme précédant le règne des hommes, les hommes eux-mêmes étaient réduits à Tétat de brute en expiation d'un péché commis dans le ciel. Sans doute cette doctrine nefîit qu'un moyen de gouvernement , un moyen de donner une base religieuse à une organisation politique» fondée sur une inégalité monstrueuse. Mais enfin, elle exista^ et elle prouve au moins une chose , c'est l'état d'ignorance profonde qui régnait à l'époque de l'introduction des premières sociétés. Les différentes castes sortiesyl'une de la téte,rautredes bra$,la tr(Hsîème du corps, ladernière des piedsdeBréioa, justifiaient parleur origine, l'inégalité étaUie enlJire

elles : c'était en placer la source dans le ciel même. En Ëiit, ces distinctions, étaient l'ouvrage de ïha^ bileté de quelques-uns et de rabrutissen^ «it do reste. Ces vastes ^dq|uiw divisés en castes avaient donc pour gage de dvfvé^ la ctmtinnation da Fi«gnorance des masses, et la eentralis^tion de teéte force iiM^elligente^ Mais il n'y et fÊ^ de ponvoir c»* paUe de lutlw contre les besoins et k matave qui nous conckiit à les satisfaire; les arts utiles^ pak ïes connaissants plus étendnes qu'ils «ne» nèrent, développent t daifê les hommes la feeullé inld%ente et morale» et 1km vit mdtre le premiet' protestantisme, ou la première révolqtion polid«» que; c'était la même chose, lorsqae l'organisa-^ tion avait le double caractère religieux et politi<* qne. li eut pour résnltat de reavi^sec lafpnisaàneerdi^euse qui divisait les hommes, peur étâbUr l{i puissance monde, qw élevait déjà l'iuimandéà nue ceartainfi réciprodié de droits et de devoirs. Ce fut l'état cbs sociétés sous les Grecs et les fiUMnainsI Cette réciprocitédes dirons etdes devoirss'âiabera et grandit ainsi jusqu'à Socrate et Platon, doaoft fes opinions philosophiques ne furent pas la base do christianisme , mais préparèrent les esprits à un» enseignemeut i^ouveau » capable de répondre aux

besoins des classes inférieures qiie le temps ame^ Hait à rémancipation. Or , il y eut entre ces dtfFérânlBs périodes un intervalle de repos destiné à FébtboratiiMi et à la vulgarisation des idées nou*velles. L'organisation égyptienne, par exemple, subsista k»^-temps encore après que sa puissance acbye fiit terminée,. et que les migrations qui civilisèrent la Grèce , eurent quitté, le sol dont elles étaient exilées. Lorsque la Grèce diemême, avec sa nouvelle organisation polythéiste et anti*sacerdotaIe , arriva successivement atix doctrines philosophiques que les gouverncaEneats durent adopter , en admettant Tacoession de tous aux droits civils et politiques, le passage dç cet état à l'abolition de l'esclavage en principe neput avoir lieu que quand la dernière cls^se s'éleva jusquaii sentiment, .dé sa valeur social. G^te élaboration . se fit de Socrate à Jésns^Ghrist.

Ge fut au nom. des doctrines de Socrate que l'esclavage fut considéré comme un attentat. à l'humanité, mais ce résultat du travail moral antérieur, proclamé par le philosophe grec, ne devait la base d'un nouvel état social que par Jésus- Ghrist.

Socrate et Platon avaient enseigné leur morale

sur un coin de lerre qui comptait à peine dans; Timmënsité du globe, k» Romains en adoptant les idé^s des Grecs tes r^Mmdk*eat dans le monde. Uimmaniié fut pr^aiée par eux à un enseigitô^ ment, non [^ pbilosophiqae et abstrait, ma».à l'application d'une ànilre base, sociale et à tin prîn-{ cipe plus large. C'est ainsi que l'école adiéniemie avait jeté la lumière sur le vice de l'or^j^anisation ancienne, 1^ ccwquètes de Rome amenèrent la diffusion de cette lumière, ce fut le tempsde l'élaboration, le christianisme s'en empara pour en faire le point de dq>ar t de la doctrine d'avenir. C'est par un procédé analogue que dansvn taosps tout à fait moderne, le» travaux philosophiques entame* ^é cette question, qu'est*ce que le tier&^tat? et la réponse foi, c'est la nati<m même. Qu'est-oe que lesesdavesa«t-on dit jadis? Et la rép<msefut, c'est; l'humanité.

L'homme dans les grands emfMres orientaux n'avait été compté pour rien. Dans les réfiuUiques grecque et rrâaaine il s'était cAevé. à l'étiÉ de citoyen, et l'empire qui n'oifratt qu'un sol, était de* venu la patrie. Mais noue Tavons déjà remarqué, la patrie eUenniéme n'est qu'une centralisation sur un point donné et un antagonisme de peuple à

(peuple ! Les luttes continuelles, les j âdousîed, les guerres» tous les malheiun) dé rhumanité nais-* salent de ces limites élevées par l'égioïsme natiotml. Or, FisBovation qui dans Fintérieur des états amrit amené la fUsioD dès classes, oonduisa^ di-* reetemni à lafasicm des peuples, la quei^n plus géeéraFe était au fond la même, et cette doctrine dut derrenir universelle quand la dommation romaine eut feit de toutes les nations une seule mh Hon, au moins sous le rapport politique.

Tout n'était pas obtenu cependant: à la sépara** tton radicale des andennes d^ises succéda la faîé« rarchie civile et politique«i L'af&aiMdiissedient des prolétaires TÎs^à*» vis des privilégiés devint le non-» veau but {Mnopclsé ce^dme acceinpiisBement à réa^ liser duis la société, c'eatà ce bilt que répond la fa* itieuse disraseionde Sj'ôytt* Mais iianticipote» pas* . Ces idées auxquelles nous a conduit la société, conaidérée sous le rapport politique, l'art vient tes confirmer.

Ces masses superposées, débris d'une époque inconnue et antérieure à l'art proprement dit, sont l'application àe la force brute. Les immenses mo* numents de FÊgy te qtie le tanps n'a pu eni^imer, que des populations entières constrt»sèut, tout en

acciisaiitle mépris de Féspèce, atlestent par Idurâ proportions colossales rintelligènce et Tart. Nous ne pariions pas kt du point de vn^ reltgleu:& sôus lequel ils peaventétre eonràlérés, nous nottsen dé-' coperons plus tard* C'est àroocasîon de oes montl^ ments qu'un rôi pot dire; itiitgt Mlle iMnlâiéK ont été âoiployés à construire cette pymmide et paà un seul Égyptien. Double témoignage qui ndits enBeignerélatderartégyptienetrétatderhortime. Les populations sont franspfemtées comme des U'oupeaux, et k race dominante ne daigne y toir que des instruments, des ol^ets d'exploitation.

Dans laGfèce, rapplicatkm d'une imaginâdon plus yive et plus riante > donne naissance à ces formes âh^ntes^ qu'on â eu la tort de Vouloir co^ pîer de noCre temps et dani^ nos dimats. Ce ne scmt plus ki masses du temple égyptien; le tem^ pie grec avec se& colomids, $ous te ttim^è aplati qui lui sat de fk^oftton, n'est danà sa forme, quela cabane agrandie et décorée. Le temple est i^é^tt aux proportions de l'homme, car l'homme a reconquis son rang. L'édifice n'est plus réglé dans ses dimensions et son ordonnance d'après l'idée de la reproduction des formes et du mécanisme de l'univers, mais d'après Tembellissement qu'une

recherche mgénieuse i>eatapporter au domictte de rhomme.

L'art s'est dcHic trouvé eu harmonie avec l'état civil et politique , coucluons : Les sociétés ancieuiies<At pris l'hoiume au berceau dans un étal peu di£féreut de la brute. Elles l'ont élevé successi* vemeut jusqu'à la jouissance de l'existence sociale, politique et morale. Elles l'ont £sût homme enfin. G'e9| donc sur l'homme , et non phis sur le in* mane, que l'œuvre de pro^^ dœt s^effoctuer maintenant, la société va avoir un autre.but, un autre principe d'activité.

Ce qu'était la brute , par rapport à la société àms laquelle elle devait se. développer, les sociétés \imt l'être, par rappwt à une fonction plus haute, l'humimité. Ntms allons, voir les. sociétés dans un état d'hostilité les unes contre les. autms, ju^u'à ce.qjui'une pensée commune les ramtee à cette, fusion des intérêts de toyt (^re qui; est le but défîmtif de l'hum^ttité.

8BGTI0H nr. - DE L'HUMAMITÉ

TramlMVNMDii an bot sodtl par le chtlBtliMni^ -^ WeeflM en principe humanitaire.-rR^AHMiioB du principe humanitaire.— Dé- Tiaiion roMMhie 4« prtBCipe hnmanitaire.— Donbte leriilalie« dn christianisme hnmanitaire-rMuain. *- Ghristianiame. romain. U a eontrfbné an progrés: en détroisani les sectes, en unissant let barbares, en eembntinnt les seeiétéa égrtsies; «on «tiiniian de p«ls« sance est Grégoire YII.^ L'Église se corrompi et perd son ininence «vec son but,— Le protestanllsnie. — aetonr à Uk fêi homa«it«lra par la RéYolutlon française.

Humainement parlant , Jésus-Christ trouva le sol préparé pour l'enseignement qu'il apportait aux hommes. Il vit que les doctrines philosophiques, qui avaient élevé rhomme jusqu'au sentiment de Taffranchissement, n'avaient de valeur que dans le passé; que toutes les chaînes brisées, l'avenir réclaïûait un ordre et un but d'activité qui comprissent l'humanité tout entière; \t ne devait jdus exister, dans Ta venir , ni castes, ni distinctions; deux choses apparaissaient seules , la terre et rhomme«

Pour qu'une transformation aussi fondamen*

taie détruisit 1 ordre politique fondé sur lancienne exploitation , il fallait encore un temps de repos. L'empire romain ayait accompli sa fonction. Organisé pour la conquête, il avait tout conquis, et devait tomber pour faire place à un principe nouveau* Tous les degrés de sa chute furent les degrés ascendants de l'idée sociale universelle.

C^ fut là le temps de repos. Il fut marqué par les phases de cette révolution qui obscurcît Tancien établissement romain pour amener à la lumière et à lactivité la nouvelle. base chrétienne.

L'homme, avons-nous dit, avait pris possession de sa dignité , et les distances , qui séparaient les castes et les classes, avaient été condamnées par la voix des philosophes et des sages. Nous entendons que l'œuvre spirituelle était accomplie ; que le but de la première société était atteint comme progrès intellectuel; qu'il restait désormais pour arriver àla réalisation complète de l'œuvre, à faire descendre daûs toutes. les intelligences le fait adoptépar les sages ; aie faire passer dans l'enseigwment universel et à amener les sociétés à reconnaître comme base, l'application d'un principe d'égalité, de fraternité. 11 restait à détruire le fiu't matériel de l'esclavage, ce devait être le but de

la société nouyelle , ou la réalisation du principe d'affranchissement de Thunianité.

Le monde romain était sans principe actif; vivant de sa vie intérieure» pii il n^y avait plus rien à conquérir pour les classes libres nivelées, il s*épuisait en jouissances monstrueuses , et tournant contre hii^uôme cette avidité de sang et de corn* bats qui avait fait sa force aux jours du développement, il n'offrait plus qu'une vaste arène où s'égorgeaient péle-méle les nations. Uactivité générale et unitaire venant à manquer, Tac ti vile de chacun se répandit en recherches de jouissances personnelles. Dans cette effroyable consommation du luxe et de la plus sale débauche, le monde ne put suffire à la destruction croissante dont rien ne réparait les ravages, Rome était le bûcher de Sardanapale , où l'or , les étoffes précieuses, les chevaux, les esclaves, les femmes, venaient s'entasser pour périr.

- Alors, dans le monde épuisé, retentit un long cri de douleur. Il évoqua , dé leurs forêts sauvages , ces géants septentrionaux destinés à la régé« nération de ce monde flétri , et amena, sur le terraôn de la civilisation nouvelle, dont elle devait être le bras, cette race guerrière appelée aujourd'hui

à voir la réalisation complète et pacifique de ridée chrétieniie.

Les nations scy thiqucss (ou celtiques) s etaksnt rendues, depuis lés plateaux supérieurs de l'Asie et avaient peuplé toute l'Europe occiden* taie et s^tentrionale; divisées dans leurs dilfé* rentes tribus, elles s'étaient modifiées dans leurs migrations successives et sur les débris de leurs croyances primitives, le culte guerrier du TéêormsL" teur Odin s'était étaUi comme pour les préparer à l'œuvre qu'elles devaient accomplir. Ainsi avait été forgée Tepée pour venir à l'appui de la parole.

. Le christianisme apportait, inscrits sur sa banmère, les mots : liberié, égalité , fratertMé , triple formule d'affiranchissem^ait, mais qui n'aurait eu de sens que pour resf^it, si le légbkteur n'avait fait de la charité la véritable base de sa doctrine : eussiez-vous une foi capable de transporter les montagnes, sans la charité, vous n'êtes rien l La foi ne fut pas sépsu'ée des CBuvres , et la récom-^ pense fîit au ciel.

Ainsi , le dernier mot des aigtciennes sociétés avait été un pur effet, obtenu sans avoir conscie&ce du but que l'on finit par obtenir : l'homme intel-

ligcnt et Dioral, sobsthué a Thomme brute, au Téritalite bimane. Dans h doctrine nouvelle, le but dTactiTité est nettmnent d^ii, c'est la fraternÂé et la charité, personne nVst exclu , et pour montrer que Thomme est coordonné par rapport à une autre fin que sa satisfiiction propre, qu'il n'est lui-même que fonction d'un grand tout, ce n'est pas sur la terre que cette fin lui est pro^ posée , c'est au ciel que la sanction lui a été ré^

servee»

Tant que la condition d'amour et de fraternité ne sera pAs accomplie, tant qu'il restera sur la terre une étincelle de l'antagonisme social , tant qu'il existera sur le gidbe mt atome que l'homme n'aura pas soumis H approprié à ses besoins» une idée ou un seotimeat qui n'auront pas été mis à la portée de tous ; en un mot, tant qne la liberté, l'égaiffé, la fraternité ne régneront pas avec la science, la ftmction de la nouvdle doctrine ne sera pas remplie.

Ainsi , la formule-d'activité humaine est nettement posée : Mardbons , a*4^11e dit , vers une seule foi et une seule loi , car il n'y a pas deux for* mules pour l'individu et pour llmmanité, ce que désk-e l'un est précisément le but de Taulre ; Tho-

manité , dans FidéQ chrétienne , n'est phis que la généralisation des activités individuelles; La formule posée, qu'a-t*on &it pour la réaliser?

L'individu trouve en lui-même, et tout au plus dans la famille, son, but d'activité immédiate» Gomme citoyen, il trouve dans la patrie et en lui-même, ce but d'activité. Au point de vue de l'humanité, cette activité doit comprendre la triple existence de l'homme, conune individu, comme citoyen, comme membre de la grande société»

Ainsi, l'humanité est le dernier terme qui résume toute activité humaine, c'est le complément de la fonction de l'homme sur la terre. Le christianisme en a donné la formule. Humanité et religion , depuis la formule chrétienne , ont donc été la même chose , le christianisme a même été plus loin , car il a donné à l'humanité la sanctioQ de son activité, en la représentant comme fonction de l'univers et en rattachant l'homme à Dieu.

. Mais ce point de vue est d'un autre ordre. Nous n'énumérons ici que l'ensemble des fonctions purement humaines, et nous disons que , sous ce rapport, le christianisme, comme principe d'activité sociale et humanitaire, consircro le collée-

tisme sous toutes les formes positives > intellectuelles/ sociales, en nous faisant enfants d'un mêiue père, admis au même partage céleste, investis, par conséquent, des mêmes droits sur la terre. Par lui , nous sommes tous dans les mêmes conditions par rapport à un niême but.

Tel fut le point de départ d'où s'élança l'organisation chrétienne. Société naissante au milieu de la grande société romaine , elle appelait à elle tout ce qui souffrait, tout ce qui avait soif d^une existence meilleure , et la souffrance était partout; raccroissement fut rapide. Tant que les chrétiens Técur^it pauvres et presque ignorés, la puissance des empereurs ne s'exerça point contre eux.La tolérance des Romains avait permis que de tous les préjugésnationaux sortit une espèce d'éclectisme.' Ils ne s'armèrent point contre le dogme nouveau; mais quand îls eurent appris que cette croyance nouvelle affranchissait les hommes et annonçait un empire qui devait renverser le leur ,*ialors ils s'alarmèrent , et la persécution atteignit les premiers chrétien?.

1 Herder, 210, tom. 5 *2 Ibid.y 211.

Elle fut impuissante et même elle contribua à exalter la ferveur : runion chrétieime prospéra el s agrandit en dépit des persécuteurs. Ce fut pen* dant ces persécutions que les points de doctrâie les plus importans, la doctrine de la consubstaU'^ tialité des trois personnes » par exempte» forent réglés. Les points de foi ftu*ent mis au-dessus des attentats de Tesprit novateur. La bi ^ prcfoféo dans le silence et au milieu des efforts de l'ÊgKse naissante , lut constituée au concile de Nioée*.

Avant Constantin , les églises chrétiennes nV vaient été que des associations particulières, étran^ gères au système politique. Les papes n^aspiraient point alors à gpuverner des province et n obte*^ liaient d'autre couronne que celfe du ipartyr.^ Us se conformaient en cela à la parole de l'ËTan* gile, où Jésus déclare que son royaume n'est |ias de ce monde ^» et que la mission des af^fttres ne doit point être confondue avec b puîsssmce des princes dé la terre.' Les apàtres sont venus ^ non pour gouverner, mais pour instruire. ^

^ PuUêance temp. des Papes , p. ^S.

* Saint-Jean , xviii, 56.

' Saint-Luc , xxii , 20.

* SAINT-MATTHltr , XXVIII ^ 20

Nous exaitûfions des hits généraux, et noui( n'écrivons pas une histoire. Nous n'aurons dénc pas à rechercher par quel enehatnemeot s'étahlît la puissance tempordie des papes. Ce fut ^ suivant nous, par cette usuq>ation que s'altéra la pureté de k loi chrétienne et qu'un nouveau but d'activité fut proposé à une société nouvelle, formée dans la grande société chrétienne ; en d'au* très termes que le christianisme rmnain chercha à se substituer au véritable christianisme ealliolique.

Il se fonda sur une prétendue donatitMi de Constantin au pape Sylvestre, donation aussi fausse qu'absurde et que FArioste place au nombre des chimèras. qu'Astolphe rencontre dans la lune. * Ce ne fut pas , du reste, sous Gonâtantin que cette puissance temporale chercha à s'exercer ; jusqu'au r^ne de Ghvlemagne, on n'en voit pas vestige. La prétendue donation de Pépin n'existe nulle part. Après 800 , c'eslrà-dire après le couronnement de Gharremagne, on voit encore les papes parler en sujets, et LomVle-Débonnaire

Orlando Fur. , c. 3-*, st. 80.

approuver; en 827 , Télectkm de Grégoire IV/ L'autorité suprême, indépendante et non délér guée^ n'a réellement commencé qu'en 1555, lorsque l'empereur Charles lY recevant à Rome la ptdssance impériale, renonça expressément atout gaiire d'autorité sur les possessions du saint siége.^ < Mais , sans être souveraine , une rpui^sdncja

< peut être effective. Telle fut celle des papes^

< Cette puissance exista dès le temps de Charle-

< magne, les guerres du Sacerdoce et de l'Empire € eurent pour but d accroître ce pouvoir qui ne « voulut , abusant de la formule chrétienne, s'ar- « "rêtér qu'à la monarchie universelle. Tel est le * secret de la lutte éternelle de la cour romaine « contre les puissances européennes et surtout c contre celle qui obtenait la prépondérance en € Italie. > *

Ainsi, ce fut Constantin qui, en mettant le christianisme sur le trône et en déplaçant là capi^ taie de l'empire , fut la première cause de l'exis-r tence de ce monstre à deux tètes qui, sôus le

* Becueil des Hisi. de France^ p. i08 , t. vi.

* Puissance temp. des Papes, p. 56. * 3 Ibid

nom de pouvoir spirituel et temporel , se joue de lui-même et des autres depuis deux mille ans.^ Dès lors, nous remarquons deux tendances dans le christianisme : Tune conforme au but proposé par le législateur , c'est la doctrine d affranchissement de l'humanité , la véritable doctrine caflKH hque ; lautre , soutenue par les papes et TËglise ^ c'est la doctrine romaine , exploitation intéressée d'un avenir que Rome^ule se donna la mission

d'expliquer, et qu'elle arrangea au gré de ses intérêts particuliers. .

Si l'Église Romaine n'est qu'une déviation de la véritable doctrine universelle; si elle l'exploita, ce n'ea fut pas moins au nom des principes fondés par le christianisme qu'elle agit , et l'hu* manité, dut y voir Târche du salut auquel- elle aspirait. Des schismes et des hérésies s'élevèrent contre &k)n despcrtisme et sa centralisation spiri-^ tnelle, on vit des luttes de princes contre ses^ prétentions temporelles , mais la base ne put être altérée. Elle était conforme à .la nature, et la raison humaine, en s'éciairant, n'a pu trouver ^t ne chercha pas même d'autre expressicm que

les mots consacrés par le christiâDisme naissant. Le mc»kle qui vivait sur cette donnée chrétienne , apprit à distinguer le dogme véritable de la dn-ection intéressée qui lui était imprimée; sous l'organisation romaine se développa tou** joœ's le véritable esprit catholique, dont le triom- I^e est, non pas obtenu, mais certain, dans un avenir accessible déjà à \m grand nombre d'intelligences. En dépit de Tobscurité sous laquelle oa à cherchée l'ensevelir, le inonde a marché depuis deux mille ans sur le principe qui doit être conquis. Les luttes intérieures , les efforts des puissantlB, ont ^, dans la société chrétienne, ce que les luttes et les efforts avsd^t été dans la société qui lavait précédée , Fadieminemaat laiborieux vers la conquête de la véarilé : c'était 1 élévation de l'homme à sa di^té, avant le christianisme; depuis, ce fut l'élévation de l'homme régénéré vers sa fonction d'avenir ou d'humanité.

Les schismes, les hérésies, les réclamations philosophiques de l'individiudisme, n'ont januûs en pour but de combattre la monde et l'ei^ei* gnement fraternel du christianisme ; ils ont attaqué le dogmatisme intolérant, et Fabnégation

de la puissaHCe d examen exigée en présence d'une autorité égoïste et par coosécpient antichrétienne.

Le christianisme romain peut être dirisé eft trois phases. L'époque où il a été soumis au pouvoir temporel, depuis sOn établissement jusqu'à Gharlemagne; l'époque où il chercha à envahir ce pouvoir, jusqu'au moment où il fut le plus près de la réalisation, ou Grégoire VII; enfia la décadence jusqu'à nos jours, où le pouvoir de^ Jlome n'est plus que l'ombre du passé. S'il est un examen qui puisse prouver combien le romanisme diffère du christianisme, c'est que celui-ci profite de tout ce qu'a perdu soa ennemi, et que sa fonction se ranime quand l'autre twche à sa fin.

Ce n'est point à dire que l'organisation du christianisme romain n'ait pa» eu une immense valeur comme doctrine de progrès de l'humanité; non , il a été ce que l'état même d# Phumanité exigeait qu'il fiit. Son action avait à s'exercer sur des nations éparâes, différentes de moeurs, de langage, de constitution physique, il fallait, avant d'offrir dans sa simplicité le dogme chrétien, assimiler tous ces élémens divei^nts. Le vieux

monde de l'empire était travaillé jusqu au cœur par les invasioiis des barbares , c'était toute cette masse incohérente et sans lumière qu'il allait réunir , instruire , diriger. Le dogme abstrait eut été une dérision en présence de ces hommes de pillage et de violence. La mission première du christiaiiisme fut d'opérer sur cette matière brute; pour les conduire ) il sut approprier l'instrument aux hommes.

D'abord, pour que l'unité dans la doctrine permit d'asseoir l'œuvre de civilisation sur une base durable, il était nécessaire de renverser tous les systèmes nés en opposition avec le dogme de la divinité de Jésus-Christ. Ce dogme seul pouvait établir la puissance et l'unité dans l'action catholique. Aussi tous les efforts du christianisme ont*ils pour objet de vaincre l'arianisme, le nestorianisme , les mille oppositions produites par l'interprétation libre de la parole chrétienne.

Cette question de la divinité de Jésus-Christ était vitale , nous le répétons , à l'apparition du christianisme. Ce dogme effacé , Jésus-Christ n'était plus qu'un prophète, et sa loi restait à la merci du premier imposteur qui viendrait proclamer sa mission. Des lors il n'y avait aucune

solidité dans la formule qu'il avait émise.

Aussi peu comprise qu'elle Tétait alors , elle . aurait été détruite par le premier novateiur habile^ C'est précisément ce qui arriva et c'est un fait digne de remarque , dans les lieux mèmc^ où l'arianisme s'était établi , en Orient: c^'est là que surgit une r^igion nouvelle ^ qiti prêchant aussi un oïdte universel, dévoua le monde à la conver« sîon par la yiolmcc et s'écria : Dieu est Dieu et Mahomet eU son prophète!

Le mahomélisme, né au milieu des sables de l'Arabie , prêché à des enthousiastes a&altés par l^r soleil brûlant et l'ivresse de la dévastation et de la conquête, devint biettiôt une doctrine puissante* Elle avait recueilli de toutes parts les éléments religieux qui la composaient , et ils s'étaient amalgamés sous l'influence du dogme du fatalisme et de la prometsae du monde dévjolu à la puissance du glaive^

Presque tous^ les barliares qui se répandirent sw le sol de l'empire étaient ariens.: Les pre-i miers docteurs de TËgliae, pressentant. tout le danger attaché àtevr croyance ne nous ont laissé que les témoignages de leurs combats contre l'hérésie. A cette arme spirituelle, il fallut

bientôt Fapimî de la guerre, et daii$ un coîn des Gaules s'organisait et grandissait, sous la protec* tion du catholidsnie» une puissance qui bientôt, allait devenir le bra$ de TÊgltse.

D*une paît les barbares ariens , de l'autre les envahisseurs mabcMnétans, sWraic^t ccnnine les ennemis du dogme de progrès de rbumanité sp* porté par le christianisme. C'est en iace de cette double attaque, que la société catholique dut sW'^ ganiser. Forcée de combattre , ce fut s0tts Tem* pire de cette nécessité que son uidté fut fondée. Mais déjà l'esprit chrétien avait porté ses fruits^ et à la place de Torgamsation romainefOÙ il n'y avait que des maitres *t des esclaves, s'était substituée la hiérarchie cathdique et militaire. Les hommes n'étaient fdus séparés viofomm^it en deux paru, une dtsc^lme nécessaire à la défense les avait distribués en organisation militaire , où il n'y avait que des fonctions et des grades*

G^est ainsi qaeae proiiiàsît,poar seréaliser plus tard et prefidf« racine d^yoslesol, cette hiérar*» chie puissante qai distingua le iiioyei»4ge. La société se montra en faMrmonie avec l'état du christianisme mifitant, et une seule volonté |ui imprima te mouvemciiit.

La suprématie du chef visiblç, du représen* tant de la doctrine chrétienne, était donc devenue un fait nécessaire. L'organisation politique) et civile du moyen-âge devait donc devenir le coroUaire obligé de la fonction du catholicisme à cette époque.

L'arianisme vaincu, trois forces se trouvèrent en présence, le mahométisme avec son organi^ salion fataliste; le schisme grec, débris de Tan-* cien catholicisme, mais soumis au pouvoir temporel, et le catholicisme qui avait placé dans le pape son unité et sa force. *

Ce fut dans ces trois centres que vinrent se réunir toutes les divergences. L'Orient et le Midi appartinrent au mahométisme, le Nord aux Grecs, l'Occident au catholicisme. C'est en Occident qu'il faut suivre l'œuvre de développement de la foi nouvelle , œuvre difficile et longue , puisqu'après dix-huit siècles elle n'est point achevée, mais dont la réalisation s'annonce et ne peut plus être enlevée à l'humanité.

Tant que l'organisation militaire fut nécessaire à la fonction religieuse, elle se maintint par l'es al-

^ Bd€Kbz, Introd, à la Sei9nce de l'Histoire, p. »44.

tation même entretenue par la lutte; maïs quand Rome fut affranchie de la suprématie des Grecs , quand elle eut conquis, sans contestation, sa suprématie spirituelle, quand le mahométisme, renfermé dans ses limites , ne fut plus pour l'Occident un épouvantail toujours présent , le relâchement se fit sentir. Les fonctions supérieures, devenues , par l'usurpation des chefs militaires , des fiefs héréditaires, n'étant plus une charge et une fonction de dévouement , devinrent un objet d'envie. La hiérarchie fiit soumise à l'exanien des classes inférieures. L'esprit progressif du catholicisme se réveilla : l'inégalité matérielle, qui existait dans le monde , se trouvait en opposition avec tous les enseignements chrétiens; le monde s'agita pour reconquérir les droits dont rien ne lui imposait plus le sacrifice.

La puissance pontificale était trop habile pour ne pas saisir tout ce que cette disposition offrait de favorable à ses prétentions, et mêlant ses intérêts de domination à l'œuvre de progrès, elle déclara la suprématie du spirituel sur le temporel; mais elle confondit ce qui était de Rome et ce qui était de Dieu. Cette souveraineté spirituelle qui lui était acquise par Tappui de tous , elle vbultit Félendre

ati temporel, et la mission d'enseignement se transforma dans ses mains en une question de pouvoir.

Grégoire Yll fut le pape qui imprima ce mouvement à l'autorité pontificale. Pour y parvenir, il chercha à httmiKer les rois et à régénérer les peuples. Il leur apprit que tous les droits civils émanaient des devoirs chrétiens. Ce fut le temps de la plus grande puissance du christianisme romain. C'est sous cette influence que l'humanité grandit par les lettres, les arts et surtout par la foi dans un pouvoir protecteur, en dehors de la force matérielle qui l'opprimait. Cette force réagit, à son tour, et les luttes du temporel et du spirituel eurent lieu , principalement en Allemagne et en Italie. L'Italie, par l'oppression plus directe occasionnée par le voisinage, en Allemagne, parce que le titre d'empereur avait paru aux souverains entraîner le droit de suprématie dont les empereurs d'Occident avaient été investis.

Long-temps l'avantage resta aux papes; car,dans la sincérité de leur zèle passionné, ils n'avaient pas fait une source de luxe et de plaisirs des trésors de la chrétienté. Us n'avaient pas rompu avçc les observances d'humilité et de charité dont la con-

servation leur avait été transmise. Mais quand la corruption se fut introduite dans la demeure apostolique, quand le trafic des choses saintes eut éveillé Fesprit des peuples et fourni une arme aux princes , quand les disputes d'élection eurent ébranlé la confiance dans l'intaillibilité romaine , et que les profusions et les scandales eurent profané le siège du serviteur des serviteurs de ï)îeu , alors il perdit ses forces avec Fassentiment des nations 9 le caractère universel du christianisme s'effaça, il ne parut plus aux peuples ce qu'il était , mais ce qu'on l'avait fait ; et le cri de réforme fut poussé.

En vain , les anathèmes et les supplices furent invoqués pour venir au secours du christiam'sme romain. On tua des hommes, mais on ne détruisît pas les idées dont ces hommes s'étaient faits les interprètes.Réduîts aux moyens humains, les papes ne furent plus que des rois, et le rôle civilisateur déplacé passa aux peuples qui avaient accueilli le dogme de progrès et d'humanité que princes et pontifes s'entendaient alors pour comprimer.

Toute découverte nouvelle, tout effort de l'esprit fut considéré comme un acte de guerre par des pouvoirs dont la lumière s'était retirée. Les

corps enseignants se soumirent à la protec* tion des rois , et le rêve de la suprématie universelle passa aux souverains temporels qui ne possédaient rien de ce qu'il faut pour l'accomplir.

Au lieu d'une chrétienté , il n'y eut plus que des nations. Le droit des gens lut fondé sur des rapports d'équilibre matériel où le bonheur et le progrès de l'humanité n'étaient comptés pour rien. Dans le sein même des na-^ tions , les possesseurs de grands fiefs méconnurent le caractère d'unité nationale et s'allièrent à l'étranger, le fractionnement amenait la dissolu* tion. Tout seigneur voulait être roi, toute terre voulait être un royaume , et ces morcellements ne s'effectuaient qu'aux dépends des vassaux, dont le sang et les sueurs coulaient pour des querelles de vanité, ou pour l'ostentation puérile d'une grandem[^ sans fondement.

C'était là ce qu'avait amené l'édifice hiérarchique du moyen-âge; il tomba devant le sentiment d'émancipation devenu général , et qui s'était révélé par le malaise des populations et les douleurs sociales. Le dogme politique de la souveraineté du peuple succéda aux débris de l'organisa-

tion monarcliique et religieuse des temps de b lutte et de TétaMissement du christiaDÎsme.

Tel est le cercle fatal où se trouve enfermée l'humanité : toute organisition politique est le fruit de circonstances qui Tout antérieurement rendue nécessaire , elle survit aux nécessités qui Font créée; dès lors , Taction sociale , renfermée dans des digues devenues inutiles , les mine incessamm^stt et perd à détruire les obstacles , le temps et lactivité qui devraient être employés à construire , si le but n était pas voilé à dessein par les passions égoïstes et les intérêts subalternes et mercenaires.

Le protestantisme avait été le premier écho de eei esprit critique qu'un petit nombre d'esprits philosophiques avait fait nattre dans les peuples. Le premier, il avait p<H*té la hache sur le vieil édifice. Mais il ne s'était sœilevé lui-même que contre des abus. Il n'avait pas cherché à relever la bannière que le pontife romain avait laissé souiller. 11 n'avait rien fait pour reconstruire le vieux temple , pour le rajeunir par une consécration nouvelle , cette mission était réservée à un autre pouvoir qui releva l étendard planté jadis pour bi première fois au fond de la Syrie.

Il est remarquable que la tendance du proies^ tanjtispie a produit, dans les sociétés qui l'ont ac-^ cueilli , le même effet que le principe égoïste produit dans les individus. Est-ce Feffet des circonstances et des conditions locsdes ? C est ce que T^ venir permettra de déterminer; mais il n'est aucun motif qui puisse autoriser une nation à rompre avec Thumanité. Dans les pays de protestantisme, la tendaQce nationale est complètement substituée à la tendance humanitaire des pays de catholicisme, ^n Allemagne, la nécessité des communications continentales rend cet individualisme moins sensible ; cependant le mysticisme germanique n est que l'expression de la rêverie individuelle, et la docte Allemagne, en individualisant la pensée, amortit, par sa puissance d'inertie, toute cette vie d'avenir qui fermente au sein des sociétés vouées à la vie active et cc^iective. Les état^ du second ordre , comme le Danemarck et la Suède, ne sont guères soumis qu'à l'action in* térieure , et leur rôle est nul sous le rapport du progrès européen.

L'Angleterre subordonne tout à sou existence, comme nation. Elle ne se répand que pourdonner plus de puissance à son principe égoïste, elle au-

rait voulu créer un ïuonde pour elle, comme elle s'était fait iine religion à sa convenance, c II est beau de n'être qu'Anglais quand on n'a pas besoin xi'ètre homme, > a dit quelque part Rousseau, les hommes diront , certainement , un jour : Soyez hommes où l'humanité ne souffrira pas que vous restiez Anglais.

La personnalité anglaise se montre plus nue et plus froide encore aux Ëtats-Unis, pays d'individualisme et d'égoïsme par-dessus tous les autres. Calcul erroné, mais qui s'éclairera, certainement, chez tous ces peuples. Une fausse tendance ne saurait détruire en eux l'impulsion féconde qui appelle l'humanité dans la voie qu'elle s'est ouverte et dans laquelle nous sommes tous appelés à marcher du même pas.

On ne se méprendra pas , nous l'espérons , sur notre intention. Elle n'est pas certainement de faire le procès à tous les citoyens d'une nation à propos d'une tendance générale. Bacon, Newton, Kant, Frankhn répondraient assez haut à notre accusation. Nous voulons dire uniquement que les tendances politiques présentent plus particulièrement le caractère d'égoïsme national dahs les pays de protestantisme.

Ce n'est qae dans les pays catholiques, et particulièrement en France , que Téxamen , au nom de la liberté humaine , des doctrines dominantes à été fait en même temps au nom de l'humanité. La philosophie n'a pris que là son caractère universel et humanitaire , et Faction sociale a toujours été déterminée par ce but.

Après les trois races royales, dont chacune pourtant avait été appelée dans un intérêt plus vaste que celui de la nation même ; lorsque l'établissement monarchique, tel que les siècles l'avaient laissé , ne répondit plus à la pensée générale , la France, un jour, se leva comme un seul homme et déchira le voile qui cachait à tous les yeux les droits oubliés de l'humanité. Elle avait recueilli toutes les plaintes , l'œuvre que l'humanité avait laborieusement préparée à travers tant de siècles s'était révélée à elle ; les erreurs des hommes avaient porté tous leurs fruits, et le monde ébloui put lire encore sur nos triples couleurs : liberté, égalité, fraternité; c'était la formule du Christ, ce fut celle de la révolution française , c'était l'appel à la réalisation de la véritable doctrine chrétienne.

Par quel douloureux enfantement n'avait-il

pas JEallu passer pour voir renaître ce glorieux symbole ! Que de combats il avait fallu rendre pour dissiper toutes ces ténèbres et reconquérir un jseul principe ! Mais ce principe est étemel et gravé dans tous les cœur^. Pourquoi la France est-elle la première à le réclamer?

Pour répondre à cette question , î| es^ néces* saire de récapituler sommairement qu/^lques-uns des faits dont nous avons parlé plus haut.

Pour marcher à 1 accomplissement de Tceuvre humanitaire, dont le christianisme avait été l'expression la plus avancée, il fallait que les ho|9ame$ fussent réunis dans Tintelligence de cette oeuvre ; les éléments épars concentrés sur le sol de Tem* pire avaient eu besoin d'une fusion qui les rendit homogènes , ce ne pouvait être que Tceuvre d'une autorité puissante qui imprimât un mouvement uniforme à ces forces, jusqueJà, sans lien.

Cette autorité eut son siège à Rome, mai$ quand elle devint égoïste et abusive, ce f|it sur elle que se porta l'examen, et il ne fallut pa$ long-temps pour reconnaître que la déviation était complète. Le protestantisme fut la première représentation de cet esprit de doute et de critique qui s'était annoncé de si loin et

avait pu être remarqué dans les discussions de l*école« Après le protestantisme, Bacon et Descartes t le premier par sa loi de progrès , le second par son doute méthodique, après eux Técole philosophique du XYUP sîôdç généralisèrent cet esprit d'examen , et la doctrine d'infaillibilité et d autorité fut détruite dans sa base. Le monde reconnut que Rome n était plus l'expression de la véritable tendance universelle , et son pouvoir fut détruit. Mais ces conséquences contemporaines provenaient des erreurs de Rome et nonde son point de départ. Alors sa formule était évidemment la plus avancée , et les véritables soutiens du progrès de Fluimanité étaient ceux qui se montraient fidèles à l'autorité pontificale, fidèle elle-même à sa mission.

Où trouver ces fidèles, c'est ce qui va nous occuper , et les documents ne manquent pas pour prouver qpe c'était dans les rudiments de la nation française.

SECTION IV (a).

Là France cbrétieDoe humaniiaire. -^ L*Barope €st nalioo par la France. — Elle réagit contre Tégolsme romain. — Elle reproduit là formule bamanilaire.

Chaque nation a son œuvre nationale à accom* plir en même temps que l'œuvre humanitaire. Le but de chacune est plus ou moins égoïste, mais la tendance de toutes» à différents degrés, suivant le plus ou moins de préoccupation du but égoïste , concourt au progrès de Tœuvre d'ensemble. Or, de toutes les nations , la France est celle dont le but d'activité sociale a été le plus rapproché de l'œuvre d'ensemble de l'humanité. Cette vérité sera hors de doute, si , le fait de la formule chrétienne une fois admis et il est incontestable, nous montrons que la nationalité française est un fait corrélatif de l'œuvre même du christianisme.

Cette discussion a été savamment présentée au congrès historique de Paris par M, Bûchez. Nous commencerons par donner l'extrait de sa

discussion. *

Nous avons dit qu'une autorité absolue ^ incontestable, était nécessaire pour rallier ton» les peuples épars, or Tarianisme permettait sur la divinité de Jésus-Christ, le doute, de tous les sentiments, le plus inactif. Lc^s Barbares, Goths, Vandales, Bourguignons, étaient tous ariens, c'est-à-dire conduits par des chefs et un clergé ariens. Les peuples eux-mêmes, trop ignorants pour se faire uue opinion dans ces querelles, suivaient leurs guides sans s'occuper de la croyance. On peut croire, qu'en général, la négation de la divinité de Jésus-Christ était au-dessus de leur portée et que l'ancien enseignement resta pur et entier.

Les Francs sont comptés parmi les peuples qui envahirent les Gaules dans le Yv siècle, mais ils n'étaient pas entachés del'hérésie arienne : payens peu fervents, les conversions n'é-

1 Européen, n? 7. — 1856.

s Ihid. y p. 198.

faietit pas rares parmi eux ; mêlés dans tous les troubles de l'empire, ils avaient eu de fréqueùts rapports avec lé clergé romain, qu'ils étaient accoutumés à respecter, et beaucoup d'entre eni restés dans les Gaules, disaient professioii de christianisme. ^ »

Les Gaules étaient partagées * en diverses provinces, dont la physionomie différait suivant leur éloignemeiit de lltalie et la fonction militaire qu'elles remplissaient. Le Nord pat* exemple était un campeinent destiné à défendre la frontière du Rhin , le Midi participait plus spécialement aux règles du gouvernement politique et civil de l'empire. L'unité entre ces différentes provinces reposait sur le christianisme , et la lassitude également ressentie du pouvoir impérial. Ainsi, des trois formes religieuses qui existaient dans les GaUles , le paganisme , l'arianisme et le christianisme , le premier était plutôt une hatntude qu'une croyance, le second était combattu avec ardeur; il était en minorité dans les Gaules et n'existait tnême pas dans le

* Européen^ n» 7. — 1856 : p. 199, i Ibid. , p. 200.

Nord : quant au christianisme , il avait été accueilli par un certain nombre de Francs, et les' autres étaient dans une. véritable ixidiff<^iice entre le nouveau culte et leurs anciennes er« reurs. >

Lorsque le pouvoir impérial perdit scfti autorité réelle dans le nord des Gaules, le pays situé entre la Loire , le Rhin et TOcéan se trouva partagé en quatre parties. La confédération des Cités, les terres d'obéissance romaine, au moins nominalement; les teiTes des Francs; et les anciennes provinces Germaniques :

les deux premières divisions étaient catholi* ques. * 9

La nationalité française peut être fixée à répoque où tout le nord des Gaules, Gaulois, Francs - saliens et Romains des bords de là Loire se réunireilt en une seule nation, souS l'invocation d'une foi religieuse commune; fusion qui fut bientôt suivie de la transmission du pouvoir aux mains d un Franc. Le Baptême de Clovis en 496 fut la sanction de cette fu<

Eurt>péen , w> 7, 4856, p. 203.

sion et le commencement du catholicisme fran» çais.

Ce fut comme chef catholique * que Glovis put disposer d'une armée assez forte pour soutenir des guerres , il n était véritablement à la tête que d'une confédération. Les Francs dont il était le chef en étaient la portion la plus active et la plus puissante; il n'y pas loin de là à se faire chef et centre de toutes les parties jusques-là disséminées. C'est ce qu'il effectua par le catholicisme et l'appui des évêques.

Les populations catholiques opprimées par les ariens et l'ardeur des évêques pour extirper l'hérésie fourm'rent une arme puissante à Glovis, qui se fit le champion de l^Eglise, < Je € supporte avec peine, dit-il, la présence de c ces ariens, qui tiennent une partie des Gaules; c allons donc, avec l'aide de Dieu, allons les c vaincre et conquérir celte terre à notre obéisc sance^; et il ajoute nous ferons bien car elle c est très bonne. > ^

1 Européen^ n« 7. — 1856 : p. 207.

' Grégoire de Tours, liv. % ch. 57.

• Gesta regum francormn. — Ap. script, frauc. ii , 555.

C'étaient donc des guerres religieuses et popu« laires que celles de Glovis , et il est bon de remarquer que la France seule, à cette époque, était fidèle au Saint-Siège.

La domination des Francs était vivement désirée*^ Cette population flottante entre la Germanie et l'Empire , qui s'était énergiquement opposée aux invasions des autres barbares, qui dans sa vie indifférentecombattait ou soutenait l'Empire, ne ressemblait pas aux autres barbares, tous de nom et de nationalité distincts. Seule elle avait reçu le christianisme par l'Église latine, c'est-à-dire dans sa forme complète : le christianisme acquitta sa dette et l'Éjglise £t la fortune des Francs. Jamais ils n'auraient repoussé les Allemands, détruit les Goths et les Bourguignons, en dépit de leur association avec les Armorïques et les soldats de Fempîre, s'ils n'avaient trouvé dans le clergé un ardent auxiliaire qui leiir gagna d^avance les populations. ^

Quand tu combats, c'est à nous qu'est la vie-'

^ Gbiîgoirb db TjOurs, Uy. 2, cb. 56.

^ MiCSBLET, HUt. de FYance, 1. 1. , p. IW, 49», 496.

toire , € écrit à Clovis Saint Avitus éréque de Vienne et sajet des Bourguignons ariens. ^

€ette partialité des évèques en fiivair de Glovis lui applanit tous les chemins* Les éléments de Torganisation nouvelle se firent jour. L'unité de iarmée des Francs était une force constante qui assurait la durée des conquêtes. Clovis, par la mort de tous les petits rois ses parents, devint le seul maitre, < Dieu renversait ses ennemis, € les mettait en ses mains et augmentait son € royaume, car il marchait le cœur droit devant < lui^ » dit Grégoire de Tours. *

En échange de cette protection , le droit d'asile le plus illimité fat reconnu aux églises. Leur salutaire influence sur les vaincus était le seul refage dans ces temps de violence et de barbarie. Ainsi Clovis étendait le domaine de l'Église, et l'Église, fidèle à sa mission, protégeait et humanisait. > Elle devint un immense asile; asile tt pour les vaincus, pour les Romains, pour € les serfs des Romains , asile pour les vaiiic queurs , Sis se réfugièrent dans l'Église contre

* Jpp, deùKÉGOihE DE Tours, in*f% p. iSfift^ ' GRii60iBBD6 Tou«&,liv. 3, ch. 40.

« le tumulte de la vie Jbarbare, contre leurs « pa&sioDS, leurs violences dont ils soufiraient

< autant que les vameus* Ainsi les serfe m<m*

< tèrent à la prêtrise, les fils des rois., des

< ducs (tesœudîrent à ré^sQopat. Les petits et « le6 grands ae FencontrèrentenJésusrCihrist/» C'était^ l'anaonce de laj suciété à vemr.

Ainsi la société s absorbait dams, l'Église , son génie spirituel et fraternel accueillait to«& les partis et la fusioq sopér^iit sous son égtde : mais. Tasile devint un véritable envahissement : le eler« gé, en ouvrant son sein aux barbares, eonuracta quelque chose de leur barinrie, et lé christianisme se matérialisa en devcnani; riche .et puji^sant.

Nous^ en avops assez dit pour constat» que la nationalitjé française s'étabUt squs l'influence du géniei catholique; qu'on relisp l€^ actes de la

première race, tous «ont empreints de cette influence.

Les Garlovingiens^ en. ofireni un^xemple plus palpable encore : toute la famille de Gharlema^

^ MiCHELET, t. l,p. 258.

* MiCHELET, t. i, p. 284.

gne offre ce caractère ecclésiastique, elle grandit et s'étaMit sous la protection de TËglise dont elle étend et proclame la supr^atie spirituelle sur teute l'Europe. C'est par elle que les Sarrazins sont arrêtés dans leurs triomphes^ et que leur domination est écrasée à Poitiers. En vain Charles Martel se fait-il Tenvahisseur des biens ecclésiastiques qu'il distribue à des laïques et à des comtes, la nécessité de la double défense contre les Sarrazins d'une part , contre les invasions germaniques de l'autre, explique sa conduite; Charles devint ensuite le défenseur des papes qu'il protégea contre les Lombards. Pépin, et Gharlemagne bien plus encore, suivirent la même marche : ce dernier constitua véritablement l'Europe moderne, ou plutôt, ce fiit.sous hii que l'Europe se constitua; c'est à lui que toutes les nations Germaniques font remonter leurs lois, dont quelques - unes étaient aussi amciennés que la race Germanique elle même. *■ Enfin il conflacra le pouvoir des ecclésiastiques en c(mfirmant l'institution de la dtme et en afiranchissant l'Église de la juridiction séculière;

fOl

il se trouva plus prêtre que les prêtres, et fûd absi leur roi. *

La première race firançaise était éteinte, et la seconde établie* catholiquement aTantqu'aucun état existât en Europe^ il n'y a donc pas de doute à élever sur raccomplissement de cette mission de civilisation occid^itale- dans les deux premières races. La seconde ne fut pas moins m^sionnaire que conquérante ^ ce qu'avait ravagé le glaive était 4M)nféré au clergé pour l'assimiler au reste, et le fendre dans l'unité, dont Gharlemagne est. le Beprésentant temporel à cette époque*.

Toutefois, il faut, le dire, cette imité était plus apparente que réelle. Les races s'amassaient les unes sur les autres,. et la fusion n'était qu'imparfaite tant que dura Timmigration des races nouvelles : c'était Téhauche d'un travail plus vaste , mais lac diversité des langues , le défaut de communication, l'ignorance, les. répiignances instinctives subsistaient encore.^ Ce fut à la. troisième race que la fusion devint complète; ce fut alors seulement qu'il y eut

* MlCHELET, t. l,p. 511.

unité dans l'esprit, et cette unité de l'esprit c'était l'Église. Le moyen-âge, en sulnJUvisant à l'iafifiî le territoire , n'aurait offert, qu'une vaste anarchie sans l'haraMmie que lui imposa le pouvoir pontifical, seule et véritable monarchie dans ce t^nps de transformation sociale.

Nous l'avons déjà remarqué, la vie de relation des peuples éntreux amène l'établissement définitif de chacun* Le temps des luttes et des guerres contre les forces extérieures amena Tor* ganisation iuérardhiique intérieure, et les classes en présence, virent commencer le travail de rapprochement, qui devait aboutir à l'affranchissement et à l'égalité de tous. Ce (îit le travail qui s'opéra sous la troisième race.

L'établissement de la troisième race fut à peu près contemporain de Grégoire VU. Ce fot le temps de la plus grande puissance de l'Église romaine. Alors Funité chrétienne en Europe, pour être consolidée, avait besoin d'un but d'activité ; ce but , c'était la religion. Cet ensemble religieux ne pouvait être constitué que par la guerre. Elle seule, par la communauté des efforts, devait apprendre et établir en fait, le lien qui subsistait au-dessus de toutes les dé-

nominations sodales. Cette gu^re, ce ftve&t les croisades. Dès Fan 1000 les papes y travaillèrent. Les croisades eurent en France leur foyer ; c'est en France qu elles forent préckées et résolues, c*est par des papes frioiçsiié, Sylvestre 11 (Gerbert) et Urbain II qu'elles forent sollicitées, ou mises en moùvemàoit.

Pierre THermite et Saint^Bernard leui* prêtèrent leur enthousiasme et leur éloquence, «nfin ce fot encore snr deux Français que se réânit la plus pure «t la plus éclatante gfoirie dé ces gigantesques entreprises, Godefroi de Bouittoù et Saint ^ Louis.

Si les croisades ont £ait de l'Europe une nation, on peut le dire, c'est à la France que la glcÂre en est due.

Sans titrer dans de grands détails , on pourrait fecilement montrer la France créant les premières connnuna» libres^ prenant l'initiative de Fabolition du servage , donnant l'exemple des premières assemblées nationales.

Si elle eut l'initiative de l'œuvre d'unité eu* ropéenne, ce iit la FrMice aussi qui sut résister audeqK)Usme papal, sans abandonner les principes généraux d*unité dont le pontificat s'était

jttS({ae4à moniré le soutien» Mais quand roeuTire cathdique se perdit dans Fégoïsme romain , la France. encore eut ^initiative du mouvement critique contre cette usurpation et cet oubli du grand principe chrétien, ce fût le caractère de la période qui suivit les croisades. De là datent les tentatives d'affranchissement, du peuple dans les communes, de la philosophie dans l'école d'Abeilard.

Au milieu de ce mouvement, la France, remarquons-le 9 ne perdit jamais son caractère social et généralisateur ; c'est ce qui distingue chez elle la réforme politique et le libre examen religieux. Jamais rien n'y fut égoïste. Ce fut toujours pour revenir âux grands principes généraux que la France combattit; et^ lorsqu'après les dernières liittes contre les restes de la hiérarchie fiàodale , elle proclama sa profession de foi , ce fut encore identiquement ce qui avait été proclamé par le législateur chrétien : liberté, égalité, fraternité.

Bien du sang, bien des larmes ont arrosé le glorieux Labarum où fut inscrite la formule sacrée. Les calomnies n'cmt pas numqué à la sainte cause ; mais le temps fait justice et l'avenir prononcera, N'a-t-il pas développé sa puissance dans.

les miracles qu'il a opérés, et qoel était le prindpe de sa force? L'action morale. C'est elle seule qui a précipité en armes, c^itre l'action de Tégoïsme organisé , la nation tout entière ; c'est elle qui a trouvé un écho dansl;ous les sentiments populaires; c'est elle qui, en 1830, a réveillé dans tous les peuples cette sympathie profonde qui a ému toute TEuropè. Pourquoi na-t-elle pas produit tous ses fruits. 11 est trop facile de répondre. L'énergie même du sentiment, qui a' précipité la France sur l'Europe , a nui à rétablissement du dogme , sous l'influence duquel elle agissait. La lutte des principes n'a pas tardé à se déplacer et la violence a amené la réaction. Forcée de se défendre, la révolution française n'a vu de salut que dans l'établissement général de son principe ; il a été trop facile aux ^oïsmes menacés de présenter comme hostile aux peuples l'affranchissement qu'on leur présentait les armes à la main, et c*est en noyant la liberté dans le sang, que tes peuples ont cru sauver une nationalité qui n'était pas en cause.

Ne renions pas les œuvres de nos pères ; leur mission, malheureusement sanglante, a été féconde. L'hydre ne pouvait être immolée d'un seul

coup; le principe, semé dans le monde , fructifiera malgré tous les effwts, le sang des peuples l'a arrosé, une nation entière a péri pour le défen-dre. Mettons-nous pour un moment à la j^ace des premiers apôtres de la foi universelle renouvelée, comptons autour de nous les ennemis qui les menaçaient , et dans cette extrémité terrible osons maudire cette éner^ qui a sauvé la F^rance et, par elle , le monde appelé à Timiter. Si des malheurs partiels ont été à déplorer , le temps les efface chaque jour assez pour qu'une douloureuse admiration survive à tant de sacrifices. Un jour, des monuments élevés par la reconnaissance, signaleront ces tombeaux creusés d'un bout du monde à l'autre, pour cette génération dévouée à la liberté de l'avenir, et les peuples , éolairés bien tard, honoreront d'un pieux hommage la cendre de leurs preihiers martyrs.

Page 1