SECTION IV
Yérificalion du principe bumanilaire. — Par l'accamalation ds travail de chacan au profit de tous. — Par fe développement des populations en rayons émanés d'un centre.
Après cette rapide revue de la fonction des sociétés, nous n'avons pas à nous étendre longuement sur les sentiments d'humanité et de progrès, ({ue nous ne séparons pas; car pn^rès ne signifie, pour nous, que les degrés par lesq[uels rhomme se rapproche de sa destination terrestrew
Nous avons vu l'homme dans ses raj^orts avec la société, la société dans ses rapports avec l'humanité; de quelle coordination plus haute l'humanité est elle, elle-même, l'élément ? Ici les termes nous m^mquent, il nous est donné d'exa* miner les faits où nous sommes acteurs et témoins à la fois* L'ordre général de l'univers peut être admis en principe; mais, délimiter la fonction
de ce qui n'est pas soumis à notre examen, et ne peut être atteint par notre esprit, c'est demander à l'homme une puissance qu'il n'a pas. Cependant, il est possiUe, par l'appréciation des faits généraux et des conquêtes successives, de montrer comment l'humanité a acquis tous les éléments dont elle dispose aujourd'hui, et comment l'homme et l'humanité sont les termes différents d'une fonction identique.
L'élément de toute activité humaine, n'est;, évidemment, et ne peut être que les facultés individuelles élevées à leur plus grande puissance; mais ces facultés elles-mêmes s'exercent différemment, suivant le milieu dans lequel rhomme se trouve placé : l'action ne devient enr tièrement collective, dans la société, que quand elle arrive à ce point, où toutes les activités fractionnaires concourent au but déterminé d'activité nationale;
L'humanité, sous ce rapport, n'est pas dans d'autres conditions que la société. Elle n'est aussi que la somme des activités particulières; et elle ne peut exister collectivement que par la réunion éclairée des activités individuelles et sociales.
Ji suffit d exprimer, pour le démontrer, que les facultés du tout n'étant que la somme des facultés individuelles, Tliumanité ne peut être douée que des mêmes facultés que l'on reconnaît dans chacun. Dans ce sens, on a eu raison de dire que l'humanité était comme un seul homme; mais il faut observer que ce qui est vrai des facultés de l'humanité demande explication, quant à la puissance de développement et à la manière dont ce développement s'opère.
Si l'humanité n'eût été qu'un seul être , comme intelligence et comme corps , elle n'eût été capable que d'un seul but ; il eût été réalisé sans effort, sans résistance et presque sur-le-champ, car le grand effort , dans l'état actuel, a pour objet de transformer nos semblables. ^
Or, nous le voyons, c'est par des améliorations successives que l'humanité s'est développée jusqu'à nos jours; c'est par des efforts successifs qu'elle marchera dans l'avenir.
L'humanité n'est qu'une succession d'individus continués sans interruption de père en fils , c'est là le rapport matériel. Comme rapport spirituel ,
* JSuropéen , n» 2. — 1856.
sa continuité et les relations de eositinui té existent dans la succession des acquisitions faites dans les divers modes d'activité propres à l'homme.
Uhomme mêmB est donc la base constante de tout développement humanitaire. Les diversités d'action et d'impulsion résultent des différences entre l'énergie et les moyens. .
Reportons - nous à l'hypothèse par laquelle nous avons commencé, et supposons un seul pr6r mier homme , sans passé , ssms connai^san^^es acquises, et suivons la marche du temp^ depuis Torigine jusqu a nos jours ; que vierrons-nous?
Les premiers besoins éveillant le premier travail, et l'homme ne ppuvant exister qu'à la conr dition d'agir.
Or^ l'action n'était que l'examen et l'appropriation de la nature environnante aux besoin^ qui se faisaient senûr. Ce fut donc rappropriatipn de la nature à l'homme qui fut le but et le moyen de sOn existence. Ces premiers besoins satisfaits, des besoins plus élevés se manifestent; la prévoyance assure ceux qui sont de la conservation, l'intelligence cherche à se satisfaire par des
moyens d'un autre ordre.
Rechercher Tordre et Faction des facultés de l'homme appartient à la philosophie. Dans cette ï'eyue sommaire; nous prenons l'homme tel que nous le voyons aujourd'hui , agissant , pensant , imaginant, enfin doué de toutes ses facultés; s'identifiant avec le monde matériel par le corps , avec les lois morales et les forces actives par Tesprit.
La sûnultanéité d'existence tend , dans la vie collective, au même but, sur une échelle plus vaste. En effet, ce qui existe dans l'ordre physique et pour l'homme considéré dans l'état d'îso* lement, prend un autre caractère dans Tordre social. La puissance individuelle multipliée et la vie de, relation créent d'autres besoins , alors il faut fixer les délimitations morales , intellectuelles, politiques; l'insatiable besoin de savoir mul* tiplie les moyens d'investigation. Quel en est tou* jours le but? La nature étudiée, soumise, appro* priée aux besoins de l'homme.
La puissance individuelle est en raison de la somme de rapports que Thomme peut établir , entre lui-même , la nature et ses lois. La supério* rite d'un homme sur un autre homme nait de la possibilité de saisir un plus grijind nombre de ces
rapports, et d'en conserver la connaissance: c'est là son développement , son progrès.
Dans l'humanité , la supériorité relative d'une époque sur l'autre provient d'un plus grand nombre de rapports établis et conservés.
C'est là ce que l'observation de l'état social, aux différentes époques de la vie de l'homme sur le globe , nous fait reconnaître. On peut envisager l'une après l'autre les diverses faces de l'huma^ nité. S'agit-il de procédés scientifiques , nos méthodes d'investigation se sont étendues à l'infini, et des sciences nouvelles se sont ajoutées à celles que possédaient nos devanciers. S'agit-il de la connaissance de la nature , de ses habitans , de ses lois, nous avons trouvé des mondes nouveaux, nous les avons étudiés, analysés; des sciences historiques , nous en avons généralisé l'étude et nous lui cherchons un but; de l'état de l'homme , lui-même, nous proscrivons l'esclavage et l'exploitation de l'homme par l'homme. Ainsi , sous le rapport de la politique, de la morale et de la science, nous sommes beaucoup plus avancés que nos pères.
Nous pourrions prendre ainsi , Fun après l'autre , chacun des modes d'activité. Il nous serait
facile de prouver, ou plutôt il est surabondant de le faire, que Thumanité est enrichie de tout le passé conquis^ conservé avec tant de travail et d'elTorts. Qu'est-oe autre chose qu'un plus grand nombre de rapports moraux, intellectuels, scientifiques , matériels , établis par l'homme au profit de l'humanité. Chaque jour ajoute à ces pacifiques acquisitions , et quelqu'éloigné que soit le terme, le mieux successif ne peut conduire qu'au bien absolu.
Cela ne \e\xt pas dire qu'il n'y ait point eu d'action contraire à ce but. En vertu de la liberté de choisir, et par Tentr ainement des passions^ l'égoïsme a remplacé , chez les individus, la véritable ioi de leur existence; c'est-à-dire la tendance vers le but humanitaire : c'est à détruire cet égoïsme que la fonction morale de l'hum^JEâié est appliquée. Au commencement , il n'y avait ni bien ni mal existant, mais puissance de se diriger vers le bien et vers le mal; cesoat.ce^ deux forcer qui ont entraîné le mo^de , l'égQïsme «st la fin de l'une , l'humanité la fin de l'autre.
Les hommes, en se multipliant, ont p^rdu d^ vue la solidarité qui les unissait; c'est à la reproduire que tendent les efforts actuels. On
a retrouvé par Thistoire, par la morale; les conditions de notre séjour sur la terre; le travail de transformation, ou la destruction du mal par l'exemple et l'enseignement du bien, s'est éclairé. C'est ce travail de transformation qui est l'œuvre de l'humanité; le progrès en est la mesure.
Ouon ne se récrie point sur l'impossibilité d'arriver à ce bien absolu, signalé comme le dernier terme du développement humain. Présenté à notre faiblesse individuelle, l'impossibilité de l'atteindre nous frappe, par le peu de proportion de l'individu à Tensemble; mais mesurons le passé à notre état actuel par un procédé semblable. Nous concevons à peine que nous, êtres faibles, isolés, sans rapports au point de départ, nous soyons arrivés à la connaissance dii système du monde, et pourtant nous en savons les lois. Nous avons fait plus dans le monde moral, en découvrant la loi de dévouemeni ; elle est plus répétée qu'observée il est vrai, mais l'avoir comprise et appliquée, c'est en avoir assuré le triomphe. Nous ne craignons point de le dire, Thumanilé a fait plus qu'il ne lui reste à faire, les difficultés quelle a fran-
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chies étaient plus effrayantes que celles qu'il lui reste à surmonter, car elle a produit l'association , et l'effort collectif est le meilleur gage de la rapidité du progrès.
Ce travail de transformation et de progrès ne peut exister qu'à une condition , c'est d'être l'expression vraie de la fonction de l'humanité sur la terre. En effet, s'il en était autrement, si l'homme ou son action étaient contradictoires au but général , que deviendraient les forces qui agissent en même temps que lui. €es forces , qu'il cherche à deviner, à étudier, beaucoup d'entre elles, la plupart , lui sont supérieures ; il serait absurde de supposer qu'il fonctionnât d'une manière qui leur serait opposée *.
L'homme, par cela seul qu'il marche, a donc marché dans sa véritable voie. Tout ce qu'il a appris et retenu , en vertu de son activité physique, morale, intellectuelle, s'est amassé conformément au but de sa création. L'homme vit et meurt, laissant, après lui, et comme un héritage légué à la postérité tout ce qu'il a fait et appris; les sociétés vivent et meurent, laissant, après ielles,
*■ Bûchez, p. 49.
le produit de leur activité sociale; l'humanité reste et utilise, au profit de l'espèce , les richesses accumulées do passé.
Ainsi , l'observation nous apprend que l'ensemble des activités n'a qu'un but commun » que ces activités sont relatives à l'humanité : en un mot , <pie le genre humain marche à la réalisation de son unité. Lorsque toute découverte possible, dans quelqu'ordre que ce soit , sera faite ; lorsque l'homme aura acquis tout son développement; lorsque le dévouement aura remplacé l'égoïsme, enfin lorsque la formule émise par le christianisme, reproduite par la convention, vibrante au fond du cceor de t^ous les hommes, aura reçu son aceomplissement, alors la fonction de l'humanité sera accomplie, et un nouveau cataclysme poiara donner naissance à une nouvelle loi,
Ces considérations générales nous ont conduit à cette conclusion, que le progrès spirituel de l'espèce s'est &it en coordination avec une seule loi. Il en résulte, qu'une première opinion doit prendre naissance : c'est que l'élément sur lequel s'est opéré ce progrès est un lui-même; en d'autres termes, qu'il n'y a qu'une espèce et qu'une civilisation.
A moins d'admettre, que tous les peuples sont autocthones, ou du moins que les peuples primitifs sont dans cette cmiditicHi, il est nécessaire de rechercher si leur développement s'est fait à partir d un point central, ou de déterminer si ce développement a eu lieu sur un point particulier pour chacune des races entre lesquelles se subdivise l'espèce; enfin, à quel degré chacune de ces races s'est élevée, et si le progrès est également applicable à toutes ; en un mot, il faut savoir si le tableau des mouvements de l'espèce se coordonne à l'ensemble des observations déduites de son activité morale.
En général, et sans entrer dans l'analyse métaphysique , l'homme se décompose en esprit et matière ; l'humanité qui est la somme des hommes» ne peut que se décomposer comme eux en^ deux forces, esprit et matière. Nous avons essayé dans ce discours préliminaire, d'indiquer rapidement le développement spirituel, d'en faire ressortir le but et l'unité; nous allons chercher si l'étude des peuples ne les réunit pas également dans une unité matérielle, et si les populations ne se lient pas entre elles comme les idées.
On concevrait difficilement ^ue tous les hom-
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mes étani appelés à agir dans une même direc-' tioD, ils aient été créés dans des conditions di£Eerentes. C'est la recherche de leur unité, au milieu de leur multiplication sur ce globe, qu'ils s'approprient par la ciyilisation, que nous nous sommes proposé pour but. Nous commençons par établir leur unité comme espèce, malgré le degré difiGérent d'activité dont ils donnent l'exemple dans les variétés qui frappent nos regards et sont offertes à notre investigation.