‹ Histoire de la filiation et des migrations de peuplesChapitre 12 sur 15 · SG · texte numérisé non relu

SG

et |iirlfe;sfiri*'otaâi^t^ atèë là Pét'sé. Nous insistons* d'autant plt|d sbr cette eireonsiânce, qne nous voyonb le payd des Sàùes confiher, pâi* le midi , aii nuHii lâÉd^tts^ Gét^ Saëeà soiit les Scythes des Persel^» et kioii^ Tettons dé reconhattt'e que les Tartares sont les Scythes modifiés par les Mongols; dpnc-led Tal'tai'es et les Saces oht occupé le même teàntHoire^ et se f^otfV^t, ^ùf la différanoedei temps ^ dahi^ desi cirÉotistànces de positiôti identiques/ ^^

Gé rëtotif stlr Fidéntité des Sâcés et des Scythes cessera de pàitklttè superflu, si ï*ôxt véui se rap-

es docùihents notaïbreux et accrédites mi^fit asSeâ^ souvent les S^ces et les Persèl^ sur le oiéme territoire , et leur domient des ressem- Uafiées qui tendent à confirmet* ce que noiis ayoUd déjà indiqué , diaprés Àmmien Marcéllin , qu'ils smit le même peuple originairement.

ÂnquetilDuperron' établit ces ressemblances, et s appuie de l'opinion d'Hérodote, qui fournit les éléments des rapprochenoients à faire entre les

* De Guignes , iHst. des Hims, i, 4, partie 2, p. xciij. 2 ^4cud. des Insc.^ t, 37, p. 7d9.

éléà^ âes 'ScyiKe^ ^' et ce^ix qiiB< ie même histd-> rien donne ailleurs aux Perses.^ Indépe)KtâmiBeiil> àë<^^ tapports^ et poti^:lei^ confirintr/ le>niéhie Ânqtt^lil fait regs<^tîr les 43oncoi:da»0B». ffàieyàs^ télîA entre ia Istngùe scythe et la kfn|^e perse.'^

Âinâi , la comitianfiitité d'origine entre les^ Par-; sés'dé k prémièrelnoDarGhî&trt les Scythes, paraît f ésiilter/dè oe$ rap|^otts de langue; fie ierrttoiré^ dé F^igidû ^ et n'est pas détruite par la difféFencé ()ie traits qu'explique M voIsîiiSMge^rlesiMan^i^. ToBt^ajd mQÛHK devtaft^n admtÉtreqMifes |)fqofiit lations scythiques se ratlaeimati à ià Përsek : ;

:Li9s Mmigôlfii dont la i'aoç est: afférente» ne peuTentpas y être rattachés comme, popi^ion prûnitive. Nous avo^s tu comoient iksYliedt par leur iinékiige avec, lies Scytbœ. Cette sépafàtion 9 lied marquée sous le rapport de la r^ce:, nd met point obst^ràte mxa rapports d'une, autre iÈiturê , dont Ja trace se retrouve parmi les Mqqp^qIs. Leur oiviligationv ou ^Ibtôt , lé peu; de lumières qu'ils possèdent, les rattache à la Perse,

* Hérod., liv, 5, p. 507.

* /d., liv. 4, p. 66.

3 Âcad. des Insc, t, 54, p. 42d*'-^94.

et par celle-ci aux peuples de TAsie occideatak^ ou sémitiques.

Bayer *■ trouve une grande analogie entre les caraet^es mongols et les caractères syriaque^.

Les caract^es qu'emploient les Tar tiares orî«&»' taux , dit Fréret , ' réssemUent assez à ceux de récriture des Guèbres ou à cdle des Syro-Ghal"*: dééni^ et à Tarabe ancien, le kmfique. Cependant je serais plus poi*té à croire qu'ils ont été tirés dè> l'alphabet dès peuples du Boutan ou du ThîbeC» dont récriture courante ou coulée ressemble beau^ coup à celle desTartarès.

Opinion remarquable , qui fortifie cette unité de civilisation que nous considérons comme nm des vérités 'historiques les plus fécondes , et que nous n avons pas dû négliger de rappeler ici. Elte acquiert un degré assez haut de probalnlité, de cet ensemble de peuples liés entre eux par les ittoyens qu'ils emploient comme expression de la pensée , et de l'autorité du savant qui en £ut la remarque.

Un savant plus moderne, et dont le nom n'est

*■ Acta eruditt^um^ 175S, p. 5:

* Mad. des Insc.^ p. 616, 617.

pds sans poids dans ces matières, Langfès, confirmé cette opim'on :

Je montrerai évidemment, dit-îl, que les lettres du stranghélo, (ancien syriaque), du mongol, du koufique et du mantchou, ont une étonnante ressemblance et doivent avoir une origine commune. ^

Les pays occupés par les Scythes s^étendaient plus loin vers le nord-ouest que la Tartarie actuelle. La carte de Bayer et son mémoire de situ Scythiœ, les placent jusqu'à Touest de la rtier Noire , et on ne peut nier que de nombreux rapports n'existent entre les peuples de ces pays et les Scythes. *

Les anciens, faute de connaître avec exactitude les peuples avec lesquels ils n'étaient pas en contact habituel, et dont le territoire n'avait pas été soumis aux recherches d'une géographie d'ailleurs incertaine, appelaient d'un nom général; qui était celui de la nation qu'ils avaient le mieux connue, les différentes nations répandues sur un vaste territoire. C'est ainsi qu'ils donnaient le nom

* Dict. tort. 'Mante. ^ introd., p. xxj.

* Acad. de Pétenh,, t. 1.

de Scythes à tous les peuples qui entounient la mer Caspienne et le Pont-Euxin, sans assigner les Hautes jusques auxquelles ces peuples pouvaient s'étaidre. Psur le même motif, ils donnèrent le nom de Celtes aux peuples qui s'étendaient de* puis les soiw^es du Danube jusqu^à Toccident de la mer Noire. Or, nous savons aujourd'hui et depuis lofig temps que ces peuples ne doivent pas être confeiadus , et quoique tous se rattachent à ^çe source commune , leur séparaticm ancienne a établi entre eux des différences assez grandes, pour que leur (origine doive être constatée par des recherches, non pas isolées absolument, mais qui, spéciales d'abord, se rapprochent successivement et invariablement à mesure que Ton r^oiont^ vers les temps primitifs.

Avant d'eati^er dans les^ recherches qui auront pour ob|et les peuples qui se lient à cet ensemble seythe, nous sommes arrêtés par cette nation, d'une antiqjuité si reculée que nous nous voyons ramenés aax premiers âges pour en retrouver les vestiges. Nous voulons parler des Cdtes, dont \e nom est si célèbre et la véritable famille si peu établie. On conçoit que de cette question : les Celtes sont-ils ou ne sont-ils pas Scythes? dépend

roi*dre éxità iêqoÀ itons pdùVohs rapprocher \e& aiiti^î; bt^iH^éi^ de kmêtnë fàmiilë. Sî cette question restait iodéeis^i ôieiis siaridnté istffiVéôt embarr%i»5és potir sslvoi^ si «'est àtix Sùytfies où aux Celtes, qu'il faut recôurii^ peut» trôtrvëMa source de è»i^migi'ârti«ffis de pëbfftés, diâëi^ats de noms, mais unis pa^r tôtiè le^s èdraetèreé t{tii'eonstitueht k*edfiiftiiiÉf$uté d'drîgiÉ^i '

Une lladitk>i> tfBâiïîiiië sattf q^èf^ues ^lée^ 110119 â&M tïOÛéM6mexitAifà€» h tàlebr» Mres^ monter lôos lesr peuptefi dû nota et de roccidèfit àrAsieceirtrsâe^dùtiWiU se fi«ra^e «luccés^ivew méfiât éloignés par te ve^sanr Mptèntfloiiari. Gettef oownranatflé de tiMte, ei les anttos rapproche^ oiènifô qu'il n'est pas împassâ>le d'é^Kr,* à traTer^^ les dâSfieaiicés qu'offrent le temps et la rareté des moimmeirfs^ sont «ne forte présoôrptton' d'iden^ tité priottliffre* La dîffk^eaoe des ocpyis qui les dés^enC' est Itm d*ètf é un obslade insérmontable^ Tous ces naiMS sont» des épitbètes dont Foi^ueil" de chaque peuplade eberchait à s-ctenoblîr; eHes n'établissaient pai des différences radicatesvmaiir des ûlres d'beaneur dont Id valeot nous esl con»nue^et qai neviattHSxt aux doms de bra'ves, de*^ hapdis, de forte. Il v a donc lieu, en dehors de ms

noms/ à rechercher upe fapiilie primitive, à laquelle toutes ces branches peuycQt ap^i:tenir et appartiennent en effet, suivant nons.

Lés nations qui habitent TEurope, sans cesser d'êtres unes dans l'origine, peuvent se rapporter à un çertaio nombre de grandes; fa^iUles qui toutes ont leur nom et leurs prétentions : ce sput l^^ Celtes, les Germains (tant Teutons que Scajadi*^ naves) , les ËscJavons ou Slaves. Ce soi4; là les (principales. Il y a bien lieu d'ét^Uir me divi* sion plus considérable, mais les Pélasges, les Cimbres, les Turcs, les Lettons, les Finnois^ les Hongrois, les Albanais, fort intéressants, à étudier, sans doute, n'appartiennent pas suissi imjxié'^ diatement an tableaudes grands peuples primitifs. Les uns, comme les Turcs, ont acquis depuis une importance qu'ils n'avaient pas da^ts les époques qui nous ocoupeait ; les autres ont perdu la leur ou se l'attachent d'une manière directe et connue aux trois sources principales que nous.venona de nommer. C'est donc à celles-ci iqiia nous devons noi» borner, car ce sont les seules qui importent directement à notre objet. Les Pébsges ne figu^ reront pas dans ce chapitre ; ncH» nous réservons d'^i parler dans la section particulière qae n<ms

consacrons aux Grecs. Nous ravenons aux tro»

branches principales que nous venons d'indiquer.

Avant tout cependant, nous devons appeler Tattention sur ce que nous entendons par migra* tions.

Assurément, iL ne peut pas entrer dans notre pensée d'ofirir comme des divisions nettes^ tranallées vivement, compactes comme les peuples entre lesquelles nous voyons rEurope répartie ;; ces migrations aventureuses ou le caprice dune tribu suflidait pour détruire Teiisemble. Dans une> masse émigrante, il est évident que le gros de la» nation a pu et dû se fixer siir un. point, tandis que quelques-uns, arrêtés par une cause inconnue , se seront soumis aux envahisseurs qui les pousssôent en avant; d'autres à Tavacit-garde , cu^ rieux de découvertes,* auront cherché devant eux, soit un ciel plus favorable, soit une terre plus fé* conde» soit enfin une liberté plus grande. Nous retrouvons aujourd'hui des délnris de populatk^as mêlées, qui prouvent non seulement ces n^arches hwardées» mais des retours de peuples vers les pays d'où ils avaient été repoussés autrefidis ; des Celtes sont revenus en Germanie , des Germains ont envahi les C^tes : les peuples se. sont fondus

^lorès $ être ext^rwioâ», ils mot ned«vi^tt$ iïèxm. qprès avoir été enoemia,

Ainfii, quand nottâ^Fdn&lajqfugratiûaeelUqiie^ germanique ou esclavonne , quand nous les ptésraterons comme une série, on qe saisirait pas notre p^asée si l'on croyait que nous étevonfii comme une grande muraille qui les sépare. Nous adknettons et nous sav<ms que les migrations se sont entrelfieée»» comme les eaux de la pier et celles des fleuves à leur embouetNif e; mais quoi-* que la mer et les fleuves s'unissent, ils, n'en gar«» d^n pas m^ns leur nom; el leum eaux, quoi^ que renfermées dans les mêmes berds, conser* vent Picore long temps leur couleur et leur godt.^ C'est ainsi que dans les grandes migral^icMis , de^ peuples de noms différ^its anuonc^it des sow^cm étrangères. Leors bras s'entrelae^it, jusqu^à ce que le tempsf les joigne eh un seiJi corps. dMupie migration ne peuH donc être bien saisie que daas^ son corps principal. Cq^endant, de m^me ^ue dansune anoée^ les corps foraient soit une a¥»aff garde, soit une réserve; ainsi, dans ces migrations se détaobaient d^catps qui» sans le nom parti-" euli^ de lem chef ou de leur tribu, del^ançaient

la masse , saas cesser poiu* cela d'en être une dépendance plus ou moins rapprochée.

Jetons un coupd'oedi sur la carte de l'Europe , nous saisissons par aperçu un finit général identique à ridée^ la plus générale aussi» qui résulte de Thistoire : les Celtes devancent les Germains» comme ceux-ci ifevancent les Esclavons< Mais, mêlés à cette pi^mîère migration celtique , nous voyons figurer les Ibères, les Ligures, lesSîcuIes; les ims entrés dans ritaUe par les Alpes rl^ tînmes; les autres ai Espagne par les Pyrénées, eu émigrant de la Gaute par k territoire qui ibrme aujourd'hui l'État de Gènes*.

Dans la migration geri»anique , nous trouvons les Gothsjes Scandinaves, les Gimlfres, sans par-- 1er de cette multitude de petits peuples entre lesquds se répartit le territoire aujourd'hui appelé Allemagne» Prusse et les royaumes du nord.

IjOs Esif lavons nous offrent des Thracess des Illy riens, des Russes, des Sarm^ies, et d'antres dont il serait trop long de Caire l'énumération.

Leur po^itic») géographique répond à ces faits généraux. Suivons une ligne qui colitourae toute l'Europe occidentale « et dont le point de départ soi|.le Pont-Euxin; nous verrons à gauche du

PoDt<*Euxin les. rivages de l'Asie mineure; en avant, les iles de T Archipel; à droite^ les côt.es de riUyrie, Textréiâité de la Péninsule italienne et les îles.qui.en dépendent. Faisons le tour de cette Péninsule » pour reyenir aux côtes de Gènes et de Provence : un nouveau circuit dessine les côtes d'Espagne, et nous ramène au littoral de l'ouest de la France; puis, laissant ici le continent pour suivre au nord de l'Angleterre , l'Ecosse et l'Irlande , nous avons développé une vaste ceinture presque entièrement européenne. Partout sur cette lisière nous trouvons les restes de la migra* tion celtique.

Entrons dans les terres« Nous reconnaissons les peuples germaniques, en Espagne et en Italie, sous le nom de Goths et de Lombards ; en France, sous ce même nom de Goths et de Francs. Les Saxons en Angleterre refoulent les premiers habitants Celtes, pour s'emparer de leurs terres ; les Scandinaves, autre nation germanique, peuplent les contrées les plus septentrionales, et chassent devant eux une première population que sa dégénérescence a laissée sans nom, mais que l'analogie générale proclamerait celtique.

Reportons »nous enfin au centre et près du foyer

de ces migrations* Noas voyons les Esdavons touchant à T Allemagne , où s'est assise la masse de la migration germaniquCé Arrêtés swt leur front par les populations germaniques , ils s'étendent, à gauche, dans la Thrace et rjQlyrie; à droite, en Russie et en Pologne. 6'est là qiie nous les trouvons tous* Ainsi, nous voyons par aperçu gé* néral trois cercles concentriques : le cercle cel-^ tique, contournant toute l'Europe, dont il peuple la lisière; le cercle gennaniqne, occupant le centre ; le cercle esdavon, appuyé au Pont^uxin , lieu de rendez<»vous de toutes les migrations. A leur point de contact , ces grandes fiimittes hu* mainés se mêlent et se confondent. L'incertitude historique hésite à les classer. Certains caractères les rapprochent, d'autres les éloignent; le temps et les influences locales les ont modifiées , au point de rendre incertaines les probabilités les plus grandes. C'est ainsi qu'on ne prononce qu'avec crainte sur l'identité des Ibères et des Gekes, qu'on ne pronouce pas sur les Cantabres ; que la controverse s'établit sur la véritable dénomination à donner aux. Pélasges de la Grèce et aux Abori* gènes d'Italie.

Un fait domine toute cette question, en dehors

de ions les aoms , c'est celui de la triple migratioBu S'il y^B a eu une praioière» antérieure aux trois autres, rien n'en constate les stations et la marche; mais on en admet- l'origine* Elle est orientale ou asifitique s^tentri<»iale. A-t^elIede*vancé de beaucoup celle qui se présente nettement comme la première ou ia celtique? N^en a-i^lle été qpie l'avant^^garde? La question n'est pas fort importante. Nous croyons qu elle n'éiait qu'une yéritable airant^farde; et nous nous fondons $ur ce que la première colonie civilisatrice , celle d'Inachus en Grèce , remonte à deux mille ans avant notre ère, qu'elle trouva des Pélasges^ Celtes dans laOèce, et qu'il n'est pas probable que les populations du nord de l'Asie fussent assez nombreuses, long t^tnps avatnt le temps de l'apparition de ces Pélasges-Geltes dans la Grèce, pour avbiriburm une migration antérieure* Vhû migration suppose deux faits : une population exubéânante au poinl de départ, et surchargée de manière à pbusser en arrantides masses assezrcon* sidécables pour eavabtr, se ^léfeftdre , établir enfin une société nouvelle ; secondement, d«s moyens physiques pour entreprendre , comme des armes> des~ehariots. Pour en arriver là , il a faAlu ïÂén du

temps 9n\ hQQiixies; or» la première migralîûQ bien distincte, la CeUique, est déjà si aiicîeuie , qu'il e$t peu probable qu'unie autre Tut devancée avec tfim les moyens dont no«$ voaonsde parler^ On pçut donc croire, si l'on rencontre quelques venges de populations ant^Meures aux. Cdtesit qu'elles se rapportent aux premières tribus qui les devançaient, et probablement appartenaient à la masse que nous désignons par leur nom* C'est soqs le Bft^te de çe$ observations que nous divisons les diverses migrations en trois principales , au^queUes toutes les divergences viennent ^e rallier, l^ous appelons Celtique l'ensemble des migrations antérieures à la mi^^ration fffirrmnique.

Nous appelons Germanique, ou deuxième migration, tout ce qui, établi en Europe, a trouvé à combattre une première migration et ^e peut pas être classé dans la troisième, qui est l'Esçliwonne.

On concevra qu'il n'e^t pà^ de notre sujet, et qu'il ne saurait entrer dans notre plan« de prendre une à une ces peuplades excentriques. Cba* cune d'elles demanderait un travail spécial pour être ramenée à s^ souche incontestable. Afin d'en montrer pourtant la possibilité , nous l'entreprendrons pour les Ibères dans la première migra^

tion , poar les Gimbres dans la seconde. Ces deux

rameaux sont assez remarquables pour n'être pa$ négligés. Nous ne parleront des Gimbres qu'à leur rang; mais» comme nous devons commencer notre examen des peuples du nord parles Celtes, nous allons dès à présent nous occuper des Ibères, que Ton considère comme les premiers Celtes, ou que d autres disent être un peuple différent qui les aurait devancés.

Le savant ouvrage de M. Michelet sur Thistoire de France nous sera d'un grand secours dans cette recherche. C'est beaucoup que d'avoir à joindre à l'autorité des faits , celle d'un écrivain aussi consciencieux et aussi profond.

f Une autre race , celle des Ibères , paraît de c bonne heure dans le midi delaOaule, à côté « des Galls et même avant eux. Le type et la « langue de ces Ibères se sont conservés dans les c montagnes des Basques. Us ne semblent pas « avoir eu, comme les Gaulois, le goût des expédi- « tions lointaines, des guerres aventureuses. Des € tribus ibériennes émigrèrent, mais malgré elles, « poussées par des peuples plus puissants. ^ »

* MiCHELBT, Hiit, de France^ t. 1, p.' 5.

: Il semblerait , en examiiiant les différences qui existent entre les Ibères etlesGalls.ou Celtes, que Yoa dût les considérer comme deux nations radicalement sépwées. Dans TOrient, nous ne Toyons pas les Ibères au berceau même des races scythiques, mai» siir le territoire que nous appelons maintenant Géor|[ie. Leur costume est simple » tandis quç çebii 4^s Celtes se distinguait par la variété des couleurs. Cette observation, du rest^, n'est pas. constante. Strabon ^ disti'ngue les Ibères de la plaine, semblaUes aux Arméniens et aux BIèdes, et ceux des montagnes, plus nombreux et plus belliqueux , dont le genre de vie est celui des Scythes et des Sarmates.

Les Ibères* étaient divisés en petites tribus montagnardes qui ne se liguent guère entre elles; les Galls, an contraire,, s'associent volontiers en grandes hordes , se liant avec les étrangers. Cet usage est cependant beaucoup moins caractéristique; car les Galls d'Ecosse sont encore aujourd'hui divisés en tribus monts^ardes assez semblables à ce qu'on nous dit des Ibères.

* Strabon, Uv. xi, p. 900.

' MiCULBT, p. 6.

Les Gâlls fraiicWrettf les Pyténées, tiéfonlant detant eux lei Ib^d, et s'éftablireM âin^ deujt angles sâd-^ôuest et nord^oaest de h VèùihâtAb soiis leur propre nom; au eeo€i*e, se ÉSélàM aux Taincus , ils prirent tes noms de Géltibériens et de Lushameoi. Ce qui se pflssâit enr fi^f»âgfie avait aussi lien en Italie; les Sîcâiie «^ et les^Ligor» furent repousses jusqu^énCalabre et en ^teîfe* ;

Les Celtes yMn<|ueiirs dans les deux Pênidsuies se mêlèrent avec les habitants des pkiire» centrales , tai^dis que les^ Ibères se mAiJikûkîehi aux extrémités. La civitisatibn gl'ecqtie ou ro« mainese superposa à ces éléments j[)ritnitife< maisnous en parlerons àitletf^rS.

Maintenant, sur quoi fend^ms-nôtis iKÔire opinion pour n'admettre^ doftimd faitgénéral , qu'une migration celtique, lorsqu'il semblerail qu'il y a eu une migration aniér leure aux Gehes propre* ment dk&.

Le voici: tout ce qui est antérieur aux Celtes^ est tellement vâgfte et rnconnui, qu'il n'y a pas possibilité de présenter d'une* manière satisfaite santé l'histoire de ces premiers temps. La migration des Ibères n'a pu précéder de beaucoup celle des Celtes , et n'en peut être détachée distincte-

ment; il y a apparence, au contraire, qu'elle n'a été qu'une premiôre Bodété ou aggrégation que la masse celtique poussa sans cesse devant elle. Enfin, on peut, sur des documents assez Yraâsein'blables , rapporter; les Ibères aux Celtes.

Nous ne pouvons mieux f«re, pour étaUir tse rapport, que de transcrire la série de conclusiotts que M. Michelet ' emprunte à BL G. de Humboldt :

l"" Le rapprocbement d'aa€Îeii& teincaes de lieux de la Péninsule ïbéaneaaae avec la kwigiie basque, montre que cette langue était celle des Ibères; et, cooime ce peuple parsiît n'avoir eu qu'une langue^ paiples ibères et peuples parlant le basqoe, sont des eipres£Hons synonymes ;

3° Les termes de lieux basques se trouvent sur toute ia Péninsule sans exception, et par consé* qnent, lea Ibères étaient répandus dans toutes les parties de cette e^^trée ;

S"" Mais, dans la géographie de lancienne Es-» pagne, i} y a d'autres noms de fieux qui, ra[^r«>chés de ceux des contrées habitées par les Ce^ tes , paraissent d'origine celtique : ces noms nous

' Edaircissements, H%$t. de France, 1. 1, p. 457 et suiy.

indiqaent, au défaut de témoignages historiques, bs établissements des Celtes mêlés aux Ibères ;

4** Les Ibères, non mêlés de Cek^, habitèrent ▼ers les Pyrénées , et sur la côte méridionale. Les deux races étaient^ mêlées dans Fintérieur des terres, dans la Lusitanîe et dans la plus grande partie des côtes du nord ;

&" Les Celtes ibériens se rapportaient, pour le langage, aux Celtes d où proviennent les anciens

noms de lieux de la Gaule et de la firetagne , ainsi

que les langues encore vivantes en France et en Angleterre. Mais, vraisemblablement, ce n'étaient point des peuples de pure souche gallique, rameaux détachés d'une tige qui restât derrière eux. La diversité de caractère et d'institution témoigne assez qu'il n^en est pas ainsi. Peut-être forent-ils établis dans les Gaules à une époque anté*historique, ou du moins ils y étai^t établis bien avant (avant les Gauk>is).'En tout cas, dans leur mélange avec les Ibères , c'était le caractère ibérien qui prévalait, et non le caractère gaulois, tel que les Romains nous l'ont fait connaître;

& Hors de l'Espagne, vers le nord, on ne' trouve pas trace des Ibères, excepté toutefois l'Aquitaine ibérique > et une partie delà côte de

la Méditerranée. Les Calédoniens^ nommément, appartenaient à la race celtique, non à Fibérienne.

T Vers le nord, les Ibères étaient établis dans les trois grandes îles de la Méditerranée; les té* moignages historiques et Forigine basque des noms de lieux s'accordent pour le prouver .Toute* fois , ils n'y étaient pas venus, du moins exclusivement, de FIbérieoude la Gaule; ils occupaient ces établissements de tout temps , ou bien ils y vinrent de FOrient;

8** Les Ibères appartenaient-ils aussi aux peu* pies primitifs de Fltalie continentale? La chose est incertaine; cependant on y trouve plusieurs noms de lieux d'origine basque, ce qui tendrait à fonder cette conjecture ;

9^ Les Ibères sont différents des Celtes, tels que nous connaissons ces derniers par le témoignage des Grecs et des Romains, et par ce qui nous reste de leurs langues. Cependant, il n'y a aucun sujet de nier toute parenté entre les deux nations; il y aurait même plutôt lieu de croire que les Ibères sont une dépendance des Celtes, laquelle en a été démembrée de bonne heure.

Ainsi nous voyons, par le témoignage de deux hommes qui font autorité dans ces matières, les

Celtes et les Ibères se présenter, malgré leurs différences , comme des 'démembrements très probables d'un même peuple. La distinction que Ton peut établir entre eux peut proTeiiir dé leur départ, nota simultané, mais successif; et leurs ressemblances proviennent de leur ho'mogénéité primitive , et de la fusion qui s'est opérée entre eux.

Plusieurs auteurs ont fait deux races différentes des Celtes et des Ibères; d'autres les ont absolument identifiés. Ce qu'on en pourrait conclure , c'est qu'il y a eu un monde ibérien avant le monde celtique ; qu'on en trouve quelques témoignages dans les lieux où se sont établis les Celtes, mais que les opinions, qui font un même peuple de ces deux nations , autorisent à penser qu'il y a eu fusion facile de ces démembrements mal définis, et que cette facilité pouvait avoir pour cause la communauté d'origine. Sous le rapport historique, nous revenons donc toujours à cette grande distinction des trois migrations, les seules qui soient nettemeïlt dessinées, et dans chacune desquelles peuvent être confondues les nations qui s'en rap-

prochent pour les temps et pour les lieux. Ce n'est pas prétendre nier qu'il y ait eu et qu'il y ait,

pour des investigateurs profonds t matière à des recherches intéressantes ; elles peuvent avoir pour résultat d'établir des oppositions que nous ne révoquons pas en doute » mais nous ne les trouvons pas assez tranchées*pour croire à une migration distincte, et antérieure à toutes, de^ Ibériens. C'est sous ces réserves que nous donnerons comme Celtes les Sicanés et les Ligors^ dont nous aurons à parler plus tard. On peut dire des Ibères ce que dit Mannert des Ligures avec beaucoup de sagacité, qu'ils ne dérivent pas des Celtes, que nous connaissons dans la Gaule, mais que pourtant ils pourraient être une branché sœur d'une tige orientale plus ancienne. ^

Les Celtes s'appelaient Gail ou Gaëi, mot dont les Grecs ont fait keltes , et les Romains galti. Originaires de l'Asie, ils sont venus à une époque antérieure à celle où commencent ilos connaissances historiques sur le nord de l'Europe, s'établir dans le pays qui, d'après eux, a été nommé les Gaules, dans les îles Britâiiiliques, dans une partie de l'Italie, et dans les contrées bordées au nord par le

* MiGHELET, t. 1, HUt. de France, p. 447. Eurait de l'ouvrage

(le G. DE HUMBOLDT.

Danube, au sud par les Alpes, et à l'ouest par la Pannonie; c'est-à-dire, dans la Suisse , la Souabe, la Bavière, les Grisons et T Autriche d'aujourd'hui. C'est, à ce qu'il parait, en suivant les Ibériens, sortis comme eux d'Asie, et en remontant la rive droite du Danube, qu'ils se sont avancés vers l'occident. *

Les Celtes, par la position qu'occupent aujourd'hui leurs descendants incontestés , sont les premiers, parmi les essaims partis d'Asie, dont Fhis* toireetla tradition nous entretiennent En effet, si l'on veut considérer que ces masses se poussaient l'une l'autre en avant dans leurs migrations, les Celtes nous apparaissent à Tavant-garde. Ils peuplent ai]ûourd'hui les extrémités de l'Occident. Ceux qui les ont suivis plus immédiatement sont encore aujourd'hui leurs voisins les plus rapprochés. Cette observation n'est peut-être pas sans valeur, si on ne p^d pas de vue, comme nous le disons , cette espèce de flot successif qui faisait avancer les générations; une nouvelle déplaçant les précédentes, et les poussant ainsi jusqu'à ce que la terre leur manquât. Alors seulement çom-

* Scnau., Tableau des peuples, p 25

mencèrent les iusions entre ces éléments, et de cette fusion naquirent tous les peuples moderaes chez lesquels il est encore facile de reconnaître les traces des variétés d'origine , comme dans ces variétés on ressaisit les monuments d'une identité primitive.

Quelques écrivains cependant refusent d'aller chercher si loin la source des peuples modernes ; Schœpflin est celui qui a le mieux , ou du moins le plus savamment attaqué Forigine asiatique des Celtes.

L'opinion de Schœpflin sur les Celtes est renfermée dans ces trois points : ^

t"" L'ancienne Celtique est la Gaule;

9° Les Celtes répandus en Europe venaient de la Gaule;

S"" Les Celtes étaient un peuple tout différent des Ibères, Germains, Bretons, Belges et Aquitains.

Chacune de ces opinions est vraie jusqu'à un certain point , mais elles deviennent fausses toutes les trois par l'extension que l'auteur leur donne et par l'application qu'il en fait.

* Schœpflin , Hndiciœ celticœ, id. als. illustrata periodus ccltica, t. i, initio.

Sur la première question » il s'appuie de 1 autorité d'Hérodote ; mais il n'a pas rapporté tout ce que dit Hérodote. Cet historien place des Celtes autour des sources du Danube. C'était donc là encore» suivâi^t lui» une partie de la Celtique. Il en place autour de la ville de Py rêne ( c'est une erreur d'Hérodote, il voulait dire les monts Pyrénées); il en trouve encore au-delà des colonnes d'Hercule.Yoilà donc trois points hors desGaules où Hérodote place des Celtes-

Schœpflin s'appuie aussi sur Anstote , qui donne le nom de Celtique à ce que nous nommons la Gaule. Ce n'est pas ce que l'on conteste; mais ce nom n'était-il donné qu'à la Gaule seule. Enfin, il invoque l'autorité de Polybe. Celui-ci , comme les autres, se trouve dans une situation qui doit faire négliger, dans la question, l'opinion qu'ils émettent. De leur tenips, la Germanie était inconnue , ainsi que la plus grande partie des Gaules. Ceux qui en parlaient étaient des charlatans qui spéculaient sur la curiosité.

Diodore de Sicile \ en plaçant les Celtes dans les Gaules étend les Gaules fort loin, puisqu'il dit

* Livre 5, p. 509, cdit. Rhodom.

que les plus féroces des Gaulois sont voisins de la Scythie. Diodore entend donc TÀllemagne. Strabon * reconnaît aussi plus d'une Celtique. En effet, dans la description de TEspagne, il dit que le pays situé autour du Guadiana ' était habité par des Celtes.

Plutarque ' dit que les Belges étaient les plus puissants des Celtes , et occupaient la troisième partie de toute la Celtique. Ainsi Plutarque fait Celtes des peuples que César * fait issus^des Germains.

Il est vrai qu'en général les auteurs anciens , et plus particulièrement les Latins » semblent désigner la Gaule par le nom de Celtique; mais ce n'est pas exclusivement, comme nous venons de le voir. D'ailleurs, il n'était pas question pour eux de longues recherches d'origine, mais de désignations actuelles. On ne peut conclure de leurs assertions qu'un seul fait : c'est que, de leur temps, les Celtes étaient bien là où ils les plaçaient , et cela n'est pas en question.

La seconde opinion de Schœpflin, est que tous

* Strabon, Uv. 2, p. 107.

* Stràbon^ Uv. 5, p. 159—155.

' Plutarque , in Cœsare.

* CiSsAA, de bello ffallico, liv. 2, ch. 4.

les Celtes venaient de la Gaule. C'est trop se hâter de prononcer. De deux choses l'une, en effet; ou les Celtes n'ont jamais vécu ailleurs que dans la Gaule, et alors ils sont ce que les Grecs appellent Âutoclithones, ou ils viennent originairement d'une souche quelconque. Nous n'avons jamais entendu soutenir qne le premier homme ou le premier peuple aient pris naissance sur la terre de France. H n'est point possible d échapper à cette alternative. Que certains Celtes, qui ont promené leurs armes dans le monde, soient sortis de la Gaule , nul ne le conteste ; mais que les premiers habitants de la Grèce ou de l'Italie soient des Celtes gaulois, c'est ce qui n'est entré dans la tête d'aucun écrivain. Les recherches que nous allons faire nous feront remonter bien haut avant de trouver cette source première.

La troisième question a été en partie résolue par la discussion précédente sur les Ibères; le reste de ce livre répondra à ce qui peut rester douteux.

Pelloutier, dès le début de son savant ouvrage , prononce d'une manière absolue que les Celtes sont des Scythes * ; toutes ses recherches , et elles

* Hiit. des Celles, t 1, p. f .

sont aussi nombreuses que sayantes , tendent à établir ce point de départ. Si on lui a opposé des difficultés , on peut dire qu'on n'a point répondu à Fensemble de ses preuves, et que l'opinion qu'il soutient avec une foi entière a survécu aux con* troverses dont elle a été l'objet.

Les anciens géographes, Strabon * et Ptolémée, désignent les Celtes par les noms de Saces, de Titans, de Scythes, de Celto-Scy thés, Gomariens ou Gomérites, suivant l'opinion des écrivains qui veulent que les Gehes descendent de Noê par Gomer , son petit-fils.

Ptolémée nous apprend que les Saces qui habitaient les bords du Jaxariès étaient le même peuple que les Gurètes et les Gomariens. ^ Pline dit que les Perses donnent le nom de Saces aux Scythes , a proximâ génie , du nom d'un peuple voisin. • Nous avons déjà eu lieu de faire cette remarque. Or , Ptolémée remarque que les Gomariens avaient en Bactriane une ville nommée Chômer. Déjà nous voyons des Gomariens, qui sont

* Strabon, liv. il, p «07, 8ii; liv i", p. 55. ^ Liv. 6, ch. 15.

* Liv. 6, ch. 17.

des Celtes» être le même peuple que les Saces, qui sont des Scythes , et cette assurance nous est donnée par les plus imposants témoignages et les écrivains les plus considérés de lantiquité. La Bactriane nous apparaît ainsi comme le séjour où ont vécu Scythes, Celtes et Perses, car on y a placé la naissance de Zoroastre. Quelle que soit dès-lors l'incertitude qui existe dans les traditions, nous sommes déjà, et sur des autorités respectables ^ fixés sur ce point, que les Celtes et les Scythes ont porté le nom de Saces , et que , par consé*quent, les rapports d'usages, de traits, de mœurs, de culte, quels qu'ils puissent être, sobt appuyés par le nom commun qui désignait les deux peuples.

Nous avons donc eu raison de dire que si nous sommes fondés à distinguer aujourd'hui les peuples qui ont couvert l'occident de l'Europe, nous voyons ces différences s'effacer en remontant à leur origine ; nous les voyons même se confondre en arrivant au point d'où les traditions et les historiens les font sortir.

A Fautorité de ces anciens écrivains, à celle de Pelloutier , chez les modernes , nous pouvons ajouter. celle de Pezron, qui a été combattU; parce

qu'aucun livre , surtout dans ces matières , n a pu éviter de Tètre , mais dont le nom n'en est pas moins recommandable. Un nombre infini de Celtes, dit-il, ayant envahi presqu en même temps la Thrace, la Grèce, Ffle de Crète ou Candie, prit alors le nom de Titans, si célèbres dans l'antiquité fabuleuse. Ce nom de Titans, dans la langue des Celtes, signifie hommes de la terre; or, les Grecs faisaient les Titans fils de la terre ^

Remarquez , ajoute Pezron , ^ qu'avant que les Celtes eussent porté le nom de Titans , on leur avait donné celui de Saces ou de Saques , en latin Sacœ. On prétend que ce mot injurieux, qui équivaut à celui de méchant, voleur, leur fut donné par les Parthes, que les Celtes avaient violemment chassés de leur pays et de leur société ( le mot parthe veut dire séparé). Les Parthes apprirent ce nom de Saques aux Perses qui descendaient d'eux. Quoiqu'il en soit, de cette transmission du nom de Saces, des Parthes aux Perses, ce que nous n'admettons pas» nous voyons , dans l'opinion de Pezron, les Parthes séparés des

* PfiZEON, ^ntiq. de la nat, cette, p. 9, 10. ^ /d.^p. 11.

Celtes 9 avec lesquels ils avaient été en communauté de pays et de société ; les Parthes et les Perses appartenir à la même famille ; les Saces être des Celtes, et par conséquent des Parthes» et, de plus, être le même peuple que les Scythes. Ainsi, au nom de Strabon, de Ptolémée, de Pline, d'Ammien Marcellin, de Pélloutier, de Pezron, sans nommer bien d'autres autorités, dont nous pourrions nous prévaloir , et que Pélloutier fournit abondamment , nous pouvons dire qu'il y a communauté d'origine entre les peuples que nous avons désignés, et qu'on a séparés arbitrairement.

Le nom qui leur fut commun à tous est qelui de Saces ; et il n'est pas sans importance de remarquer, dès à présent, que leur séjour pendant qu'ils le portèrent fut le voisinage de l'Imaûs ; c'est le plateau le plus élevé de la haute

Asie.

En somme, et pour ne pas accumuler outre mesure des preuves que de nombreux ouvrages fournissent abondamment, nous sommes entièrement fondés à rattacher historiquement les Celtes à la haute Asie, à les rapprocher des Scythes comme deux fractions d'une souche jadis com-

mune. Les faits d'un autre ordre qui nous restent à examiner, confirmeront cette opinion.

Nous ne nous sommes adressés jusqu'ici qu'à la géographie et à l'histoire. Les usages, les mœurs, la constitution physique des deux peu- [des, nous conduisent aux mêmes résultats.

Les Celtes et les Scythes, au rapport de Pline, avaient une taille élevée , le visage blanc , les cheveux blonds et épais, les yeux farouches*; épithète que corrige Tacite ^ en disant farouches et bleus. Ne semble-t-il pas voir la description de ces hommes du nord , qui sont encore aujourd'hui ce qu'étaient leurs ancêtres il y a tant de siècles, et ne retrouvons - nous pas cette conformation aussi bien dans les peuples que nous convenons descendre des Celtes, que dans ceux que nous dérivons des Goths ou des Germains? Les Scythes, dit Hérodote, ' se nourrissaient de lait, de la chair des troupeaux , de la chasse , et négligeaient l'agriculture ; caractère commun à tous les peuples qui viennent de migration asiatique, et tout-

CPliwi, liv. 9, ch.78.

' Germ., ch. 4.

3 Livre 4, p. 2»! eÇsuiv.

à-fait fcmdé Sur la natufé; car tout peuple agriculteur s'attache au sol que son travail a fécondé, et Ton peut prononcer à coup sûr que tout peuple émigrant en masse est nomade et chasseur, comme les Scythes ou les Celtes, ou pirate comnie les Normands du moyen âge, mais jamaiii cultivateur. Les Celtes gardèrent longtemps cette manière de vivre, et le pain qu'ils mangèrent fut fait de glands à la manière des Pélasges. Observation qui s'étend plus loin, comme on voit, que l'objet spécial que nous traitons, et qui n'est pas sans impor*tance, pour constater l'origine celtique des Pélasges.

Les Scythes * consacraient au dieu de la guerre des bocages, dans lesquels ils .élevaient quelques chênes d'une hauteur prodigieuse. Ils arrosaient les chênes du sang des victimes. Les Gaulois' avaient le même usage, et les Gaulois sont Celtes.

Ces similitudes seraient bien extraordinaires , si elles se trouvaient communes à deux peuples sortis de points de départ différents; elles auraient éveillé sans nul doute l'esprit de recher-

* JJist. univ., t. 8, p. 251.

^ RfciSLER, yint. sept., diss. 5.

<;he et d'investigation; quelle sera donc leur valeur si elles ne sont invoquées que comme on moyen à Tappui de données plus positives en* core> si elles sont fortifiées par d'autres similitudes auxquelles nous consacrons un chapitre particulier, pour ne pas scinder un ensemble dont les parties se prêtent un mutuel appui. Nous voulons parler des langues : ne serons-nous pas fondés ensuite à rattadier à la iliéme source deux peuples, que le temps a séparés depuis, san»

effacer pourtant les traces de leur fraternité primitive.

Nous n'avons traité qu'une partie de la question dans ce que nous avons dit jusqu'ici. Les peuples dont il nous reste à parler ne sont pas moins certainement que les autres originaires d'Asie; c'est ce que l'histoire de la civilisation nous démontre : nous savons, dit Herder,^ quelle est l'origine des Lapons, des Finlandais, des Germains, des Goths, des Gaulois, des Esclavons, des Celtes et des Gimbres. La comparaison de leurs langues , ou du moins des débris qui en restent , la connaissance que nous avons de leurs

anciennes migrations , nous permettent de déterminer, dans une immense étendue de TÂsie, la place qu'ils ont occupée sur les bords de la mer Noire et dans la Tartane, où l'on retrouve encore quelques vestiges de leurs premiers idiomes.

La vérification de cette assertion est ce qui va nous occuper maintenant : quoique nous ayons vu ce qui semble le plus important, puisque c'est l'histoire des peuples évidemment les plus anciens , nous ne présenterions qu'un tableau incomplet et contestable si nous ne parlions pas des autres. Les mêmes phénomènes à observer nous serviront de niéthode de vérification et de confirmation pour ce que nous avons dit jusqu'ici.

L'histoire du nord compte à peine quelques pages : chez les peuples les plus connus, elle ne remonte pas au-delà des Romains , et ce que nous savons de ces nations barbares ou nomades, est ce que l'homme se rappelle de sa naissance ou de ses premières années* ; à peine s'il reste quelques débris des plus anciennes. Leur origine est encore

* Hekder, t. S, p. 158.

indiquée cependant par des traces de leurs lai^gues, de leurs traditions , de leurs mœurs.

Le nom de Germains, par lequel nous désignons maintenant les peuples de TAllemagne^ n'était pas connu de la nation à laqudOie nous l'appliquons. Les Germains se donnaient le nom de Teutons, et, dans leurs vieux chants nationaux, ils faisaient remonter leur origine jusqu'au dieu Tuiscon ouTuiston , fils de la terre.' €e dieu était en vénération parmi les Germains et parmi les Celtes, sous le nom de Theuth ou Teuth, que les Grecs confondaient avec Mercure, ce qui fait dire à Tacite que les Germains adorent principalement Mercure.'

Le même Tacite semble disposé à considérer les Germains comme autochthones. Gela peut se comprendre de la part des Romains, qui s'étaient peu occupés de l'origine poss3>le d'un peuple qu'ils considéraient, avec assez de raismi d'ailleurs, comme barbare, malgré le but moral que put avoir Tacite, en faisant Féloge de ses moeurs, pour les opposer à la corruption des Ro-

* TACITiiGERM, Chop. 2.

^ De morUf., Germ., c. 9.

T. 1. Si

jmains. Nous avons vu déjà que toutes les traditions mettent le berceau du genre humain en Asie. Les Hébreux attribuent Forigine des Allépiands à un fils de Gomer/ En passant condaomation sur cette prétention de tout ramener à un homme et à une famille , on peut observer que les livres sacrés attribuent du moins les Germains et les Celtes à la même branche , puisqu'ils se trouvent avoir pour père le même Gomer. Ce fils de Gomer avait, pour nom Askenez» que Ton dit avoir été aussi le père des Phrygiens.* Cette communauté des Phrygiens et des Allemands , on prétend Tappuyer sur des rapports de langues* qui, effectivement, existent, mais qui pourvoskt paraître insuffisants, faute d'être appuyés par d'autres preuves. On a prétendu que le nom de Phrygiens était le même que celui du peuple nomade, les Brygiens. Ceux-ci prenaient leur nom deBriges, qui, dans la langue des Thraces , signifie libres , peuples libres. Cette signification du nom des Phrygiens montrerait qu'il serait dé-

* Genèse, ch. 10, v. 5.

* Pezron., y^niiq. des CeUei,\). 296,

* IM., [). 299 et suiv.

rivé de la même racine que les mots Fr«y, Frisoiis. Francs, et on en a conclu que les Francs de Germanie étaient originaires de Phrygie,*

Ces rapports nous paraissent trop peu complets pour prouver autre chose que des liens entre les deux peuples, sans confirmer que l'un dérive immédiatement de l'autre. Tous deux semblent plutôt venir, d'après ces analogies, du peuple le plus ancien dont les migrations nous soient connues, c'est-à-dire des Celles ou Scythes qui ont peuplé k Thrace , et se sont étendus le Ipng des côtes de la Propontide et de l'Asie mineure.

Quoiqu'il en soit de ces origines, elles ne peuvent eu rien altérer la filiation primitive , puisqu'elles n'altèrent point la descendance des premières races de la haute Asie. Nous savons que sous la dénomination de Germains, on confondait plusieurs nations établies dès la plus haute antiqmté, depuis la rive gauche du Danube jusqu'aux extrémités du nord, et enUe le Rhin et la Vistule. Tous ces peuples forment deux grandes famiUes, les Teutons et les Scandinaves. L'o-

• D. B.o,SE5, ^ead. desln»cript., p. 478, t. 3«. à la „o(o.

rigine commune de ces deux branches est manifeste, mais si reculée, qu'on serait tenté de les regarder comme différentes, si leur langues, malgré les variétés considérables qu elles présentent , ne portaient un certdn caractère commun qui les dislingue de toutes les autres. ^

Une de ces bran'ches peuple ce que nous nom«^ mons aujourd'hui rAltemagne , l'autre la Scandi^ navie, patrie des Goths, dont la langue n'est autre que l'ancien tudesque.

Les différents peuples dont parlent Tacite et Procope* sont Gothiques, où vinrent s'établir après les Goths et se confondre avec eux. B y a plus , Grotius et Seringham ' soutiennent que les Gimbres , les Gètes et les Goths, étaient un seul et même peuple. Gette question , il est vrai , est restée douteuse entre les critiques; mais nous pensons qu'elle ne l'est que pour un certain temps et sous un certain point de vue. Que le temps ait amené un peuple à se diviser, et que ces deux fractioils aient porté des noms différents;

^ Sghœll, Tableau des Peuples, SI.

* Procope, De hello vand., liv. !•% cli. a.

» HUt. nniv., t. 51, p. 5M.

que chacune d elles se trouve ensuite dans des circonstances historiques différentes, c'est ce que rhistoire présente comme incontestable; mais il ne s'ensuit pas que ces distinctions doivent remonter jusqu'à l'origine de ces peuples. Les nations que nous voyons peupler l'Europe sont des fractionnements successifs; il n'est pas besoin d'une étude très approfondie pour saisir l'ensemble de leurs rapports. Ces rapports existent entre tons les essaims détachés de l'Asie septentrionale, moins les Huns qui appartiennent à une portion plus reculée de l'Asie. Dans la question spéciale, on peut donc convenir de la vérité relative des deux opinions. On a pu distinguer les Gètes des Goths, parce qu'ils ont été séparés ; on a pu les confondre, parce qu'ils sont évjdeniment originaires de même race , et rentrent dans cette grande catégorie que Tacite ^cara<ctérisait par une grande taille, des yeux bleus, des cheveux blonds, et que Horace appelait cœvuiea pubes , le peuple bleu,^ caractère des Goths et des Lombards non moins que des Germains. Leurs rois étaient flat-

* De Mor., Germ., c. 4.

5 Hor. lib. épod., épodc lô, ad. pop. romaiium.

tés du nom de^vivs , qu'ils tiraient de la couleur blonde de leurs cheveux; et les Vandales sont désignés dan« Procope par le nom de peuple aux cheveux dorés,*

Si beaucoup d'écrivains font des Gètes et des Goths des peuples dififêrents , comme Cluvier,* i! en est aussi , comme nous venons de le dire , qui les réunissent en un seul. Les partisans de la distinction ne peuvent même disconvenir qu ils habitassent le même pays* Cette fusion , amenée par la conquête, n'empêchait pas, ajoutait-on, les Gètes d'être Scythes d'origine, et lesGotbs tudesques. *

L'attention la plus scrupuleuse ne parvient pas à trouver une différence marquée dans ce que les anciens nous disent des traits, du teint, des usages de tous ces peuples. Grotius* a examiné cette question de la communauté du langage, et il établit que le gothique était le langage des Gètes et des Massagètes en Scythie , en Thrace ,. dans le Pont. Les Daces et les Gètes, au rapport

* De hello vand., liv. l"y ch. a.

* Germ. Antiq., liv. 5, p. 626.

D'anyillb, Acad. des In$c., t. 50, p. 2;3& Grotius, prœfatio ad procop.

de Strabon/ parlaient là même langue. On retrouve encore, chez les Tartares , des peuplades qui parlent 1 ancienne langue gothique »' et dans Scaliger/les Tartares ckr^iens de Précop ont leurs livres sacrés, écrits dans le même carae* tère qu'employa Ulphilas, premier évèque. des Goths. Mallet confirme cette obs^vation dans son introduction à Y Histoire de Danemarck.

L'écriture runique, dit-il ^ est vraisemblable*'ment un art de TAsie, transporté en Europe avec les peuples qui sont venus s'y établir. Si Uiphi'^ las àvaît eu à inventer un caractère , comme l'ont prétendu quelques auteurs, comment n'aurait-il pas pensé à prendre celui des Grecs. Ha ajouté différents caractères inconnus aux anciens 8can* dinaves , comme on la voit par la comparaison avec les inscriptions parsemées sur les rochers du nord. L'ancien alphabet n'avait que seize lettres , il en fallait plus pour rendre des sons étrangers à la langue gothique> et la traduction les rendait nécessaires. Ulphilas put les inventer, et

^ SmUBOif, liv. r, p. SM)5— 507.

* D'anville, .icad^ de$ Inscript., t. 50, p. 240

* Canonum isagog. dyna$tia ffHsigothorum.

FinTention du tout lui être attribuée. Des voyageurs digues de foi out tu des caractères runi« qves dans les déserts de la Tartarie. C'est de ce pays que sont manifestement sortis les essaima qui ont peuplé la Scandinavie. Les Scandinaves n'ont fait aucune expédition dans leur ancienne patrie depuis qu'ils ont embrassé la fbi. Il en résulte que récriture runique vient de TAsie.'

Voilà bien les Scandinaves ou Goths originaires, suivant Mallet, de la Tartarie ou du pays des Scythes , ainsi que les Gètes. Les premiers , venant de Scythie par la Scandinavie; les Gètes, venant de Scythie directement ^ mais tous deux d'un point de départ primitivement te même.

Les Goths et les Gètes ont donc une origine scythique. On serait peu fondé à chercher dans l'asservissement d'un peuple à l'autre des preuves d'une source distincte. Nous n'avons pas besoin de remonter si haut pour voir des peuples, bien autrement rapprochés par le lien cemmun de la. dvilisation actuelle, combattre avec un acharnement de barbares; et des populations décimées par des conquérants de même race; l'histoire en est

* Introd d VHxsi. de Dann , 229, aso, în--**^.

remplie. Le Franc Gharlemagne en a donné un assez grand exemple ; les temps modernes en ont fourni un plus douloureux encore.

Après avoir vu que les Goths ont une origine scythique, et avoir attribué cette même origine aux Celtes , il peut paraître surprenant que quelques auteurs fassent des peuples celtiques et germaniques des peuples entièrement distincts. Tous deux originaires de la Scythie asiatique, mais émigrés à des époques différentes, ont subi des influences diverses, qui ont du altérer leur ressemblance primitive. Cette observaticm aura sans doute été perdue de vue par les partisansde la séparation de ces deux familles. On peut dire qu*ils ont fait sur une plus grande échelle ce que nous avons

vu tout à rheure au sujet des Gètes et des Gotbs. L'assertion de Schlegel, qui trouve moins de ressemblance entre le slavdn, l'arménien, le celte et le sanscrit, qu'entre cette dernière langue et l'allemand, ne prouverait rien autre chose qu'une migration plus ancienne, si d'ailleurs l'assertion même ne pouvait être combattue. Nous rapportons au livre consacré à l'analogie des langues quelques raisons et un exemple qui prouvent qu'elle peut Vêlre avec avantage.

Au reste, la séparation des deux peuples remonte à une si haute antiquité, que ces analogies ne peuvent être cherchées que sur les choses qui appartiennent à Fenfance de Thumanité. Nous avons vu plus haut que les Celtes ont eu leur berceau au même point d'où émane la source de toutes ces comparaisons.

Schlegel ne parle pas seulement du celtique , mais du slavon et de l'arménien : cette opinion pourrait recevoir quelque explication d'un fait assez remarquable qui la justifie en leclaircissant. Les écrivains septentrionaux font peupler la Scandinavie avant la Germanie , contre l'opinion de Cluvier. La nature même du pays qu'il fallait traverser s'oppose à l'opinion de Cluvier et favorise celle des auteurs septentrionaux. Pour gagner la Germanie , en traversant le Pont-Euxin, il était nécessaire de posséder des moyens de navigation qui n'étaient pas au pouvoir des premières migrations. Si l'on suit, au contraire, la route qu'offre naturellement la terre, sans avoir recours à des moyens «qui supposent une civilisation déjà avancée, on arrivera de la Scythie asiatique aux premiers établissements des Goths ou Scandinaves, c'est-à-dire à la près-

qu'île Scandinave. On retrouve ensuite les Goths aux environs du Pont-Euxin , et c'est pour cette raison qu'on a prétendu qu'ils y avaient fait leur première résidence. Plus d'une tradition* établit, au contraire, que les Goths s'étendirent de la Scandinavie vers la Germanie, et qu'ils remontèrent de la Germanie aux confins de l'Europe et de l'Asie. Quand ils furent poussés en avant , au quatrième siècle , par les Huns qui les chassèrent des bords de la mer Noire, ils reparurent, remontant la rive gauche du Danube , pour traverser la Germanie actuelle ou se superposer aux populations celtiques qui avaient précédé leur marche. On voit là les traces d'un double séjour des Goths, sinon tout-à-fait aux lieux de leur origine, au moins sur un territoire que les anciens comprenaient sous le nom de Scythie. L'assertion de Schlegel y trouve une explication assez plausible, d'autant plus qu'il ne faut pas l'accepter comme aussi rigoureuse qu'il la présente; la ressemblance plus ou moins grande constate le fait même de la ressemblance; c'est ce qui nous importe avant tout. Les Germains avaient, par consé-

* Hist. ttitiv., t. 51^ p. 564 — 56a.

quent, pu réunir aux identités résultant de cette origine les nouveaux rapports produits par le rapprochement.

U résulte de ce qui précède , que 1 origine des nations germaniques, comme celle des Celtes euxmêmes, se rattache à la souche commune asiatique de l'un et de l'autre côté de llmaûs. Les Celtes sont les premiers séparés de ce berceau commun ; et, soit que les migrations postérieures eussent pris un nom nouveau , du nouveau lieu qu'elles avaient habité, soit que ce nom ne fut qu'une épithète distinctive , adoptée par chacun , pour aider à reconnaître les branches du même arbre , on trouve à chaque pas des preuves d'identité, et aucune qui conduise les peuples, sous quelque nom qu'ils nous apparaissent, à une autre souche.

Si les anciens ont eu le tort de ne pas désigner d'une manière plus exacte les peuples qui habitaient ces contrées, on peut ne pas leur en faire des reproches sérieux. Quel intérêt, en effet, avaient-ils à mieux distinguer des peuples qui leur présentaient des caractères tout-à-fait semblables, et dont les mille noms n'étaient que des désignations de familles plutôt que des délimitations de peuples. Il est assez étrange, au reste, de

voir les mêmes historiens, qui font remonter tous ces peuples à Japhet et à Noé, par Gomer ou Ma« gogy se donner tant de peine pour établir des dif« férences entre eux. N'est-il pas évident que, soit qu'on adopte avec TËcriture la filiation de la famille de Noé, ou que Ton regarde ces noms d'hommes comme une manière plus simple de s'entendre sur une tradition commune, on arrive toujours au même résultat, qui est l'homogénéité primitive. Les écrivains sacrés ou profanes ne sont venus que bien tard, et ne sachant oii trouver l'origine des noms de tant de peuples , ils ont pu les dériver d'une famille unique, dont les enfants représentent autant de nations. Us l'ont pu faire, avec d'autant plus de vraisemblance, que toujours ils ont trouvé que leur descendance ne permettait pas de les rattacher à une ^utre source que les pays compris entre le Caucase et l'Imaûs.

Nous ne terminerons pas ce qui a rapport aux Germains sans indiquer l'analogie qu'ils offrent avec les Persans, et sans emprunter, à ce siyet , une observation de Maltebrun. ^

Je laisse aux orientalistes à décider si l'on peut,

par Taffinité des langues, tracer Torigine des Ger^ mains et des Goths jusqu'à la Perse. Les Persans modernes, parmi leurs diverses espèces de versi* fication, en ont une qui ressemble beaucoup à celle des anciens Scaldes du Nord. Un pur liasard n a pas pu faire naître à la fois dans deux contrées éloignées Tidée d'un rhythme si singulier. Maltebrun emprunte lui-même cette observation à l'ouvrage de Gladwin. *

Les descendants des Scythes, ou Goths asiatiques , qui s'établirent dans les régions septentrionales dé la Germanie, furent connus des Romains sous le nom de Gimbres. L'opinion la plus probable dérive ce nom de Gimbres de kimber , mot gothique dont la signification répond à celle de vaillant guerrier. Ils s'étendirent le long de la mer d'Allemagne ^jusqu'aux deux embouchures du Rhin, sous différents noms, et devinrent les ancêtres des Belges , nom que leur donnèrent les Celtes, et qui signifie habitans d'un pays bas.

Il paraît que ce fut à cause de cette invasion

* Dissert, on persian rhetoric.^ pfosody and rhyme hy Francis Gladwin. — Calcutta^ 1798.

^ Hist. xmw.y t. 51^ p. 563.

que les Celtes du nord de la Gaule passèrent dans les lies britanniques. *

Les Gimbres furent connus des Grecs sous le nom de Cimmériens. On Xrouve dans quelques fragments de Tantiquité que ces Cimmériens re* connaissaient eux-mêmes qu'ils étaient originairement pasteurs de troupeaux, sortis de ces Scythes qu'on appelait Saques; ^ qu'ils avaient autrefois habité TAsie, et que de là les nomades, si amateurs de la justice, les avaient envoyés en cette colonie. Ces Gimbres, venus des Saques d'Asie, étaient sans contestation de véritables Celtes, comme les écrivains qui en ont parlé l'insinuent assez. Une ancienne colonie de ces Cimbres, venue apparemment des Palus Méotides, a donné le nom à la Chersonèse cimbrique , qui est aujourd'hui le Jutland , appartenant aux Danois.

Nous voyons ainsi , d'après les plus anciens témoignages, les Gimbres, désignés par Pezron comme de véritables Celtes, et qui figurent dans l'histoire romaine comme les frères des Teutons

* ScHŒLL., Tableau des Peuples, p. 29.

- Pezron ) p. 49, ^intiq, des Celtes.

(Germains) , sortir comme ces derniers des Palus Méotides. La question est de savoir comment ils y étaient venus. Cela résultera des recherches que nous allons faire sur les Thraces.

Au nord de la longue chaîne des monts qui s'étendent sur le bord méridional du Danube, on trouvait la Pannonie, les deux Mœsies ou Mysies, pays arrosés par des rivières considérables qui se jettent dans le Danube, et qui étaient occupés par la nation sarmatique, esclavonne et illyrienne/ par des Gètes, de même origine que les Thraces, et divisée en plusieurs peuples qui parlaient divers dialectes d'une langue générale, dont celle des Thraces' proprement dits était aussi une branche. Le nom<le Mysî paraît avoir été le plus ancien et le plus général desThraces septentrionaux, et voisins du Danube. Les diverses petites cités qui se séparèrent du gros de la nation, prirent le nom de Bebryces, de Bryges (Phrygiens), de Mygdones, de Thyni, de Bithyni et de Mœdo-Bythini, qui étaient ceux de divers cantons de la Thrace européenne. Le nom de Thraces était devenu chez

^ Frbrbt, Âcad. des Inscript., t. 1^, p. 978. ^ Stribon, t. r, p. 505.

les Grecs le dom général de toutes les nations voisines du Danube/ et les Gètes, malgré leur étendue, ne passaient que pour une portion des Thraces. *

H n est donc pas facile de déterminer les limites du pays des Thraces. Strabon donne une

même langue aux Thraces, aux Gètes et aux Daces , ce qui suppose cette langue fort étendue. De toutes ces conformités, on peut conclure que les noms de Daces, de Gètes, de Thraces n'é- ' taient ceux d'aucune nation particulière, mais une dénomination générale qui variait suivant les opinions des écrivains et le temps où ils écrivaient. On peut conjecturer que le nom générique , chez les Grecs et les Latins, était celui de Mysi que leur donne Homère, et qu'ils reprirent dans les désignations romaines.

Nous ne voyons pas que les nations celtiques ou germaniques aient pénétré dans ce pays pour y former des établissements fixes; ces peuples de la Thrace étant Esclavons ou Sarmates, apparte*

' HéRODOTE, liv. 4, p. 525.

2 Strabon, liv. 7, p. 298-297.

T. 1. Îi3

naient par conséquent à la dernière des trois migrations primitives; car leurs caractères généraux en font aussi des asiatiques septentrionaux , sur lesquels nous avons déjà donné notre opinion.

Strabon/ parlant de la petite nation dbs /apodeSf voisine de riUyrie et de la Garniole, remarque qu elle a conservé l'usage particulier aux nations illyriennes et aux Thraces de se stigmatiser.

Ces stigmates, marque de noblesse chez les Thraces, se retrouvent chez les Gètes, chez les Âgathyrses, ^ qui peut-être ne sont autres que les Gètes, chez les peuples de Tile Britannique, qui n'ont quitté cet usage que sous la domination romaine; chez les Tongouses. La même coutume a été trouvée établie chez presque tous les peuples de FAmérique septentrionale. Gomment des nations si éloignées se sont -elles rencontrées dans une coutume si singulière ?

Gallimaque nomme Lygdamis, roi des Gimmériens, qui vinrent de la Scythie et des bords du

* Strabon, liv. 7, p. 515.

* HiiRODOTE^ liv. 4, p. 528.

Pont-Ëuxin. ^ Il est prol>»ble que ce «mi de Lyg<- <lamis avait été arrangé par les Grecs pour se coimformer à leur prooanciatîoD. Les Thraces avaient comme les nations celtiques et geroa^oîques Tti^ sage de twminer entre eux par les armes les questions douteuses, nouvelle preuve de leur ancienne communauté d'origine.

Les anciens semUent n'avoir connu que deux, nations dans h, Chersonèse cimmérienne .' las. Scythes qui occupaient les plaines avec leurs troupeaux , et les Taures ou Tauri qui habitaient les montagnes. Ceux-ci ne pourraient-ôls pas être considérés comme les descendsmte -des anciens Oimmériens? Nous savons peu de chose de lixis* toire et des coutumes des Tauii^ mais dans ce peu on découvre dassez grandes conformités avec les coutumes particulières des Germains, qui sont Goths ou Scythes, nous ajouterons avec les Gaulois qui sont Celtes. ^

Les Taures s'étaient retirés sur les lieux montuenx, après avoir été défaits dans une grande in^ ^sion des Scjthes, vers Q%i avant J.-Ç. On peut

* tALLiMAQUB , ^fwit ilHune, vers S53.

^ Frbret, /fucr(p^, t. i9,p. 6ia.

bien se prêter à croire que ces Scythes tenaient peu de compte d'une ancienne fraternité oubliée probablement, et que, dans leur ardeur de pillage ou de conquête, ils suivaient la même marche qui déjà leur avait été tracée par leurs ancêtres ou plutôt que la nature leur offrait ; ainsi cette frateruité oubliée n'était pas un obstacle pour eux. Kien ne s'oppose donc à ce qu'on tiré de ces conformités les conclusions qui s'offrent naturellement.

Us iùimolaient des victimes humaines à la divinité qu'ils adoraient; ils coupaient aussi la tête des ennemis tues en guerre , et en ornaient les maisons, de même que les Gaulois. Leurs rois avaient des hommes qui s'attachaient à eux, et qui s'engageaient par serment à ne pas leur survivre, quelque fut leur genre de mort. Les Taures, nation Scythe , dit Stobée , * ensevelissent leurs rois morts avec leurs plus chers amis.

Les sacrifices humains faisaient une partie essentielle du culte religieux des Germains et des Gaulois. * Une loi des empereurs les abolit dans la Gaule , mais ils subsistèrent dans la Germanie

^ StobiSe, SeiTD.^ 122, p. 614. De êepuUurd.

2 Cjisar, Di Billo gallico^ liv. 6, ch. 16^

jusqu'à rétablissement, du christianisme. Uusage de couper la tète aux ennemis tués ai guerre était si commun parmi les Gaulois que Strabon ^ re<» marque que Posidonius le trouva établi dans toute la Gaule y et que, malgré l'horreur qu'il en avait conçue , ses yeux ne tardèrent pas à s'y accoutumer- Hérodote dit, en parlant des Scythes, qu'ils étaient dans l'usage d'enlever la chevelure de ceux qu'ils tuaient en guerre. ^ On retrouve cette coutume parmi les sauvages de l'Amérique ; mats les Gaulois ne paraissent pas avoir connu ce raffinement.

L'engagement que contractaient les amis des rois de la Taurique de mourir avec leurs patrons, était encore une coutume germanique et gauloise; lorsqu'ils n'étaient pas tués dans le combat, ils se donnaient la mort pour éviter la honte de survivre.

Enfin les Thraces étaient divisés en différentes hordes, comme les anciens Scythes et comme les Tartares de nos jours. *

* Stràbon, liv. 4, p. 198.

* Hérodote, liv. 4, p. 510.

* Mentellb, Encyclop. mithod., au mot Thraces.

Si nom navoiis pas ovhhé mie série remaiv quaUe que nous ardus établie précédefloement au sujet des migracioDS dés trois peuples principaux^ peutrètre troaveroii&-iKnis, par la eomparsusoii » quelques lumières à jeter sur la question embarrassée des Thraces. Nous a^ons dit que les Gehes occupant Textrémité de l'occident formaient amsT me première migraticm; que les Germains ou Goths occupait la ligne eii arrière des Gaules représentaient ia seconde, lés Eselavons ou Sarmates la trMsième. Il est évkfent de soi-même «que nous n'^trons pas dans ledétaildes retours successifs que ces peuplés ont pu faire vers leur 2»rcean; en un mot, des faits secondaires que ^histoire et la critique ont à débattre, nous disons que ce& trois migrations principales sont un fait primordial et dominant tous les autres.

Ge fait posé, et prenant en considération les remarques que nous venons de faire sur les Thraces et les Gimmériens , voyons si quelque chose de conforme à cette série ne se retrouverait pas parmi ces peuples. La péninsule que Ton nomme Gherso^ nèse taurique s'attache au continent par une langue de terre qui confine à la Thrace, et au-delà de laquelle les anciens plaçaient la Scythie. Freret

établit que lés Taures vaincus par les Scythes sont le reste des ancims Gimmérîens, et que ces Gimmériens sont des peuples germaniques par leur langue et leurs usages. *■ Us se retirèrent dans les montagnes difficiles à la cavalerie scythe, qui sont au midi et à lorient de la péninsule. Nous pouvons donc considérer les Taures ou anciens Gimmériens comme le produit d'une migration appartaaânt à la seconde époque. Nous avons déjà remarqué que la langue gothique s'est conservée chez les Tartares de Précop qui occupent le point de jonction entre la Thrace proprement dite et la Chersonèse taurique, fait confirmatif de la migration germanique. Pour que l^analogie se trouvât complète, il faudrait que les Thraces qui se trouvent en arrière des Gimmériens on Taures fussent des peuples esclâvons ou sarmatiques, et que ceux qui les précèdent fussent des Geltes de première migration. Or , nous venons de voir que Topinion de Strabon ^ qu'adopte Freret '^ fait des Thraces un peuple identique avec les Gètes et

* Inscriptions, t. 19, p. 612.

* Strabon/Uv. 7, p. 90S^— 509.

» /iMcr^., t. A», p. 578.

les Ulyriens, peuples sarniatiques ou eselavons; seconde analogie. Rien ne manquera à l'identité, si les premiers habitants de la Grèce sont des Celtes, et nous établirons ce point à l'article des Grecs.

Nous avons encore remarqué que les usages celtes ou gaulois se retrouvaient chez ces différents peuples. Il en est de cette ressemUance comme des ressemblances générales que nous remarquons parmi les trois peuples, Sarmates, Gf»*mains et Celtes , de la migration occidentale; L'origine commune en peut seule donner lexpli-^ cation, et nous sommes fondés à attribuer aux Thraces, aux Cimmériens» aux Taures ou Taurisques la même origine seythique qu'aux autres peuples que nous venons de nommer, et dont ils ne sont effectivement séparés que par des noms que nous avons déjà eu l'occasion de reconnaître comme des noms de peuplades, de &milles particulières , contenues dans une même grande fa* mille, dont tour-à4our ils ont occupé les premiers rangs ; ce qui a produit les différents noms généraux sous lesquels la même nation a été connue et désignée par les historiens.

Le temps précis de l'arrivée de ces peuples sur

les bords du Pont-Ëuxin nous est inconnu ; mais il est très ancien, puisque Homère qui vécut dans le neuvième siècle avant 3.-C. ou peut-être plutôt, parle dans l'Odyssée desGimmériens comme d'un peuple situé au nord ou au nord^)uest de la Grèce/

Eusèbe les fait remonter encore plus haut, en citant une incursion des Gimmériens et des Amazones dans l'Asie mineure, qu'il place à l'an 1076 avant J.-C. *

Freret conjecture que les Gimmériens ayant passé le mont Garpath, et s'étant avancés le long du Tyras et de l'Hypanis jusque sur les bords du Pont-Euxin , se séparèrent des Gimmériens occidentaux qui étaient restés dans la Germanie , et formèrent une cité indépendante. V ^

Hérodote les conduit jusqu'au Bosphore, qui fait la limite de l'Asie, et après l'avoir traversé, les fait avancer jusque dans l'Asie mineure. *

Ainsi la nation èimmérienne se divise en trois : ceux de l'Asie mineure , la colonie de la Ghersonèse, le gros de la nation sur les bords du Tyras«

* Homère, Odyssée, chant ii, vers 14 ^ Chronique d'Eusèbe.

* Freret, Jcad,, t. 19, p. «96.

* HÉRODOTE, Uv. 4, p, 286, .

Ceux de FÂsie mineure, formant moins une nation qu'une armée, furent successivement détruits au mflien de leurs pillages. Ceux de la Ghersonèse et du Bosphore se retirèrent, pour éviter les Scythes, sur les montagnes voisines de la péninsule» La masse de la nation rétrograda vers les monts Garpaths, et descendit la partie occidentale de cette montagne , vers les sources de la Yistule et de rOder. Ainsi nous voyons les Gimmériens ramenés au point naturel dé transition vers les nouvelles demeures que leur assignent les historiens. De là , ils marchent par les bassins de la Yistule et de TOder vers des établissements nouveaux. Une partie reste sur le Bosphore de Thrace , et sur les montagnes où ils avaient évité l'invasion scylhe. Là ils reprennent successivement une partie de leur ancienne puissance en combattant les envahisseurs ; ceux que Tinvasion a forcés d'émîgrer se dirigent sur la Baltique et cette nouvelle Ghersonèse, qm* prit d'eux et des Gimmériens ocddentaux qui les ont précédés le nom de Gimbrique.

Get établissement des GimlM*es exilés dans le Jutland , et leur origine rattachée aux Gimmériens de Thrace , sont confirmés par les histo-

riens et les géographes, qui n'assignent point une aiisbre source au nom de Ghersonèse cimbrique, qui fiit primitiveiiient celui du Jutland. Dans h chronologie d'Hérodote, nous voyons la grande învasîcai des Scythes vers 624 avant Jlésu&^Gfarîât» et Maltebrun place vers 655, avant Jésus-Christ , Texpulsion des Gimmériens de la fHame par les Scythes. D n'y a donc qu'une différence de 50 atts qui^ pour ces temps reculés et dans des traditions si confuses , ne sont pas une diâeresace réelle. La vraisemblance s'augmente y si l'on considère que les Gimmériens Thraces oui dû retrouver dans leur émigration nouvelle, les Gimmériens occidentaux, auxquels les liait leur origine commune ; et que l'asile n'était en effet cp'une réunion d'éléments séparés» mats identiques. ^

Les Gimmériens nous amènent natureBement à parler d'une des grandes divisions des peuples dont les migrations ont couvert une partie du nœrd de TËurope. G'est la migration esdavonne à laquelle nous venons de voir que se rattachent les Thraces. C'est à l'occident du Tanaïs que l'on

* Maltebrun^ tom. 2.

retrouve des vestiges de ces anciens peuples compris sous le nom de Slaves , de Russes , de Bulgares, de Polonais, de Wendes. C'est le même territoire qu'occupaient, suivant Héirodote, les nations Scythiques qui portaient le nom d'An» drophages, mangeurs d'hommes, et MelancfUcsni^ robes noires. *

Le nom de Slaves que se donnent ces peuples est un surnom de la même nature que ceux que se donnent les autres peuples, et qui tous sont des épithètes pnses de leur langue; c'est ainsi que les Andes et les Venèdes se nommèrent Slavi du mot Slava, qui signifie gloire, honneur , ce que nous avons dénaturé , pour en faire le mot opposé de serf, d'esclave.'

Les nations Slaves n'eurent pas comme les peuples germaniques qui les ont précédées, à lutter avec les Romains, aux possessions desquels ellps ne confinèrent que par un point. «Elles suivirent les migrations des autres peuples, *' occupant les lieux qu'ils abandonnaient. Adonnées

* Jcaê. des Insctipt., t, 18, p. 59.

^ lUd.^ tom. 18, p. 61.

^ Herder, t. 5, p. 187 et suiv.

à des travaux plus paisibles que leurs belliqueux prédécesseurs, la plupart de leurs peu* plades mirent en valeur les terres qu'elles avaient trouvées épuisées ; mais la richesse qu'elles leur donnèrent devint la cause de leur malheur.

Asservies, exterminées par les Saxons et les Germains du nord , les tribus qui survivent en Allemagne y sont réduites à la servitude, résultat de leur situation défavorable. Pressées entre les Germains à Toccident , et les Tartares à l'orient, leur civilisation naissante les rendit victimes de la férocité de voisins barbares. Le russe, le bohémien, le polonais, le croatien, le bulgare, sont les dialectes de la langue esclavonne qui se divise comme la langue germanique. Ces langues, ainsi partagées, sont ellesmêmes les restes d'une langue primitive qui se rattache au point central dont tous ces peuples sont partis. Nous voyons que pour l'esclavon ce point est Toccident du Tanaïs , ancienne patrie des Sarmates.

• A la suite des autres peuples les Slaves s'éleodirent depuis le Don jusqu'à l'Elbe , et de* puis l'Adriatique, jusqu'à la Baltique. En-deçà des monts Garpaths^ leur territoire comprenait

ddpuis Larenbourg et ie MecUeabourg k Pa^ méranie, le Brandebourg, la Saxe, la Lnsaoe, la Bohême» la Moravie, la Silésîe, la Pologne, la Russie. Âu*delà de ces confins ils s'établirent en Yalaquie et eu Moldavie» Enfin Fempecenr Héraclius les reçut en Dalmatîe, et ils fondèrent, à divers intervalles , les royaumes de Slavonie , de Bosnie , de Servie et de Dalmalie. Leui'S tri« bus occuperait en outre le sud-est de rÂUema* gne, depuis la Marche du Frioul; leurs domaines se terminaient avec la Styrie , la Cari^hie et la Garniole.

Il est vraisemblable que la langue des Slaves s'est formée , ainsi que le grec , le latin et lalle* mand , du sanscrit/ L'ancienne laii^e slavoime s'est altérée par la dispersion des peuples qui la parlaient; mais la conformité des radicaiOL lui as<sure cette origine. Cette langue neut p«s d'alphabet jusqu'au neuvième siècle : alors , deux moines > deu:;c frères, Constantin et Méthodiufi, d(mt le premier portait le nom monastique de Cyrille, inventèrent l'alphabet slavcm, formé sur l'alphabet grec , auquel ils ajoutèr€»»t placeurs lettres.

^ Reiss. Gramm. russe, Introduction.

Cet alphabet n'est pas aujourd'hui généralement en usage. Les rapports difiEërents que le voisinage établit entre les différentes parties de la nation amenèrent des changements dans les usages. En Pologne» on adopta les caractères latins, les caractères allemands dans la Bohême.

Les Slaves de Russie ont été soumis par des étrangers, les Warègues, originaires de Scandii» navie/ Us ont introduit des mots Scandinaves ou gothiques» Depuis ce temps, oa employa deux langues en Russie. La langue de l'Eglise demeura la même; mais k langue populaire devient un mélange de slavon, de Scandinave, de tartare, de mots empruntés aux langues européennes.* Ce dernier changement eut heu depuis Pierrette- Grand, et l'usage miiversel de la langue française dans la société russe, tend encore à augmenter la différence qui existe entre l'ancienne et la nouvelle langue.

Ainsi, la position des peuples slaves les rappelle aussi à ce foyer asiatique , occupé par les Scythes , auxquels ils ressemblent par les traits

* iBMUkJH ^ Recherches sur Vhist. des peuples de l* Europe: ^ Riiss, Gramm. russe, IntrodHCtion.

du visage, et par la langue qui les rattache à la même source. Leurs migrations les y rapportent encore, car ils ne paraissent qu'à la suite des Germains, des Goths, des Celtes plus anciens encore; et si on accorde que ceux-ci soient asiatiques, il n'y a aucune possibilité de le nier pour les autres. Nous avons d'ailleurs quelques autorités •à &ire valoir, qui sont de nature à éclairer encore cette question.

Les Esclavons, dit Gromerus,* sont les anciens Sarmates, que les anciens distinguaient en asiatiques et européens. La plupart des auteurs ^ grecs et latins les confondaient avec les Scythes, et cette opinion a été partagée par des auteurs modernes entre lesquels nous distinguons Gluvier.

Plolémée, Solin, Pomponins-^Mela ^ Hérodote, en font deux nations, quoique voisines et limitrophes. Mais tels sont les points de ressemblance entre les deux peuples , que les peuplades sont tantôt données à une nation, tantôt à l'autre. Cluvier £aiit des Bastarnes un peuple germain;

* Cromkrus, De rébus polonorum^ liv. 1", ch. 12. 2 Strabon, Uv. 41, p. 507. —Pline, liv. ^ ch. 12. — Cluvier, iiv. 1", ch. 2, p. ir, Germ, untiq.

Strabon les fait Scythes ^ et les rapproche (I9S Germains, Ptolémée Sarmates. Ce dernier classe parmi les Sarmates les Fimims, qui devaient être à Twieupt de la mer Baltique.

Jomandes ^ place les Wendes ou Venedes au nombre des Sarmateç. Ces V^uedes à'élant fort étendus dans la Safmatie, y ayaient changé leur nom ep celpi de Slaves ou Sdaves,

Diodore et Trogue Pompée ,: abrégé par. Justin , font descendre leis Sfinnates; ou Sauromates d'une colonie de Mèdes: qkie les Scytlus arvaient transplantée sur les bords du TansAs. ^

Le président de Brosses'^ .croit les: Sarmates des Mèdes fugitifs. Nou^ vôycms donc les Setrmap tes et les Slaves, dans Topinion très reoomniandc^ ble des auteurs que. nôils venons <le eîter, se confondre avcjc les Scythes, avec les Mède$, qw, dans tous les livres des Asiatiques, i^ sont autres qu'une fraction du grand peu{)le d'Irati.

' * Géog,. li¥. 7, p. 506. ' '

2 JomiAVDBS, De rébui gMaU, <]bap..Si

3 Freret, Mém. sur les Amazonei, t. âl, Acad. des Inscript, ^ p. 110.

* Acad. des Inscript., t. 5», p. 518.

Toiijotirâ même nécessité de les ramener soit à l'un , soit à l'autre, parce qu'aucun n'avait un ca-^ radàm Msm distinct p<mr être isolé de celte nombreuse descendance que toutes les apparences rémwseak^

Ou CMttve de» BasilM (ou Scythes roput) dans Straboo,^ qiïi semblent associés aux laziges, et ces Jaziges étaÎMt Sartnales. Les Sarmates plaçaient dans WLb Leucé, ou TAe Maifehe , le pays des émes, où les guetfiers vont habiter après leur mott^ ooeupés des mêmes exercices que pendant leur vie.^ Cette idée oè sont aujoordliui les sauvages de l'Amérique, était aussi ti^Uedes «KÎeiiB auTBiges de l'Europe , €^es , Thraces, ^y tl^a ^ Azes deptencrionaux.

A côté de oes races celtique , esclavonne , gerasanique, nous voyons paraître, quoique dans w éfat de décadence pMnoncé , les peuples de ï^ct fiuMîee : ce nom leur est^dcmné par les Scandinaves ou Goths, mais les Russes les désignent sous le nom général de Tchudoî. LeiB^'cheveux roux , la tête grœse , les joues enfoncées ,

* Livre r, p. 506

^ jéc0d. dei Jhêeript., U 3», p. 529, à la note

•semWent les traits caractéristiques de lenr phy-

sionomie.*

Ces peuples s'étendent encore de nos jours à lextrémité septentrionale de TEurope, le long des côtes de la Baltique , et nlème jusqu'en Asie. n taM sans doute attribuer à la différence des climats et aux aHia&ces diverses que leur situa* tSon géographique les a conduits à contracter , la différence que Ton trouve dans leur appjjrence physique. Ceux qui se rapprochent des Slaves et autres Européens, sont supérî^irs pour îes traits et la taille, au reste de leurs frères; ceux qui confinent avec les Asiatiques empruntent , au contraire , à ce peuple un caractère qui les rapproche des Tartares^ Enfin , ceux d'entre eux qui occupent les régions les plus septentrionales, sont dans des conditions pires encore, car la dégénérescence les a frappés sur tous les pointe.

Le nom de Finnois n'est pas connu parmi eux, . et leur histoire n'est pas moins obscure que leut origine. On n^en parie qu a Toccasion de leurs vainqueurs, les Scandinaves goths et les Kussés. 11 paraît qu'As s^étendaîent anciennement sur la

* jMentelle et Maltebrdn, t. 2, p. 165,

plus grande partie de la Scandinavie » sans qu'il soit permis de fixer positivement quelle partie du territpû*e de la Norv^ége et de la Suède ac» tiielle ils occupaient. Outre les Lapons et les Finnois , cette même souche comprenait, en Europe, les Ingres, les Esthoniens et les Livoniens. Geu^ qui lui tepaient de près sont les Permiens , les Wogouls, les Wotiaks, les Tchérémisses, et si Von compare les langues, les Hongrois doivent être compris dans la même famille. C'est au moins une opinion soutenue par beaucoup d'auteurs, et

dont nous parlerons bientôt.^ Aucune des nations finnoises n'a joué un rôle

sur la terre, toutes sont empreintes des carac* tères d'une dégénérescence qui ne peut être attribuée qu'à leur froid climat et à leur misérable existence. Nous exceptons, bien entendu, ceux que leur mélange rattache aux races plus favorisées qui les avoisinent dans la partie la plus méridionale.

Les Permiens sont le plus remarquable de cespeuples finnois, et les Islandais les présentent 4X)mme un peuple autrefois riche et puissant. Ce

^ Herder, t. 5, p. in.

que Ton peut soupçonner, c'est qu'ils se livraient au commerce, et servaient d'intermédiaire au commerce de la Perse et. de llnde. Us prenaient les marchandises sur la mer Caspienne pour les; conduire jusqu'à la mer Glaciale, où ils le$ éehan-^ geaiçnt contre des fourrures qu'ils vendaient aux Orientaux. *

La couleur deleurs cheveux les rapproche jos^ qu'à un certain point des races scy thiques euro* péenn^s; mais nous venons de dire que leurs traits les rapprochent plutôt des Tartsires asiatiques; Plusieurs de leurs peuplades sont effectivement plutôt tartares que finnoises. Tous ces caractères peuvent faire* supposer, sans trop d'iii» vraisemblance , que ces peuples sont un mélange de Tartares orientaux et de Scythes caucasiaisv que le commerce a amenés dans les temps les plus reculés aux extrémités du nord, et que Taf* freux pays qu'ils habitent, les privations de tout genre qu'ils ont endurées ont réduits, comme les végétaux de leur climat , à Tétat de dégénérescence dans lequel nous les voyons.

Nous ne devons pas aller plus loin sans dire un

1 MtJNTJËLLË et MALT£BHUN; t. 2, p. 167.

mot deâ Lapons I qui occupent Texlrémité de la péninsule Scandinave^ Chassés par la migration gothique ou seconde oùigraticm, ils appartiennent par conséquent à une miction plus antienne , à mains qu'on ne veuille croire qu'ils soient Au*' toch^ones ou Aborigènes. Celte opinion paraît moins probable encore si on Fapplique à ceà peuples. Si elle a quelque part un caractère moins iovraiseniUaUe» c'est à-coup*sûr dans des con^ trées plus favorisées que celle qui nous occupe.

L'historien de la Laponie » Jean Scheffisr , * € croit que la Laponie n'a point été appelée de 1»

< sorte , parce qu'elle est la derni^e contrée de € la Scandinavie et à l'extrémité du golfe bothni-

< que, mais parce qu'elle est habitée parles La- € pea y dont le nom , dans la langue des FinoMf t (Finnois) , veut dire chassé du pays et poussé € jusqu'aux régions les plus reculées. >

Ce nom de Lapons n'est pas celui qu'ils adop^ tent ; il ne leur est donné que par les étrangers ^ Finnois, Suédois, Moscovites, et enfin par les Allemands, qui les ont nommés Lapons et leur

* Jean Scheffer, p. % ih-4. ijjji/^iK

pays Laponie. Dahs leur langue et entre eux U^ nomment leur pays Sabmienladiié

Les Lapons sont les plus petits hommes du nord : ils sont laids et courbés. Leur difformité paratt venir du peu de soin qu'ils ont d'euxmêmes. Leur visage est pale, basané; leur corps noir et comme roux, ce qui tient sans doute à la fumée qui les environne sans cesse dans leurs ca» banes. Ils ne peuvent vivre hws de leur pays, et les aliments de nos climats plus doux ne leur conviennent point.

Les Lapons tirent vraisemblablement leur orîgine des Finnois ou Finlandais. * Ils se dcHinent le nom de SabnU, les Finlandais en la leur Smmi, et ces deux noms ne différent que par la manière de les prononcer. Us se ressemblent par led traits^ et par les inclinations, au point qu'on n'y trouve point de différence appréciable; seulement ies Finlandais sont [^us grands et plus gro9. Les La^ p(»is d'ailleurs avouent cette descendance. Ils %-* surent * qu'ils descendent d'un certain MUscfu^

^ SfiHEFPEB, p. lî).

î Ibid , p. 21.

ffiescks, et qu'ils onibappris d6l^va?s aûcétreâ (]^u il vint de la Finlaiide en Laponîe.

Deux epiûiouis cependant se sont fait jour $ur l'origine des Lapons. Les uns les fopt Tartares ^ les autres purs Finnois. La vérité sans doute est entre ces deux opinions ; certains caractères rappelant, comine nous venons de le dire, la race des Mongols, d'autres la race du nord. Le pays d'ailleurs s'étend à rexU*éinité de l'Asie et de l'Europe, ^ il était impossible que le mélange n'eut pas lieu. C'est là ce qui donne un caractère parti-^ eulier à ces peuples reculés, et ne permet pas d'en £iire absolument une première migration pure^ ment septentrionale; certaines p^iplade^ sont même presque exclusivement tartares.

LeHr langue doit être nécessairement assez pamrpe, et c'est dans cette pauvreté même<[ue se trouve l'expUcation de ce fait remarquable, des variétés qui la distinguent d'une peuplade à l'autre. Quand un des territoires se rapproche d'un pays avec lequel il est en communication de corn- ^ merce, la langue se modifie sur ses rapports. « C'est pour cette raison que les Lapons de Toma € et de Kimi étant plus près de ta Finnonie, et « ceux de Tuhta et de Pitha, et encore plus ceux

< d*Uma, parlent les langues de la Suède et de la « Norwège/ > .

La seule comparaison bien authentique qw puisse être faite sur leurs langues » est celle qui les rapproche des Finlandais.^ ^ La ressemblance avec les langues tartares est moins sensible, sauf dans les lieux où ces populations sont étroitement liées à cette source. Scheffer donne une liste de mots évidemment différents dans les langues de ces deux peuple»; mais il infirme son propre témoignage, en publiant également une liste de mot s finlandais et lapons qui ne se ressemblent pas, et cependant il dérive les Lapons des Finlandais* Le soin même qu'il prend de ne rapporter que les mots qui diffèrent , peut faire supposer qu'en poussant le rapprochement plus loin, (m trouverait des analogies qu'il néglige ou qu'il attribue aux temps où les rapports des peuplades les justifient.

En résumé , les traits déformés de ces peuples accusent, comme nous l'avons dit, une dégénérescence qui ne permet pas de les rattacher distincte^

* SCHBPFER, p. 460.

2 Jbid.y p. 1«0.

ment à aucune souche. Ce qu'on retrouve les fait soit Tartares orientaux, soit Finnois^ et pkis pro* bablement Finnois. Ainsi rien ne les exclut de la possibilité d'appartenir à la première migration celtique; car les Finnois eux-mêmes se rattachent probablement à la souche asiatique septentrionale.

Nous avons parlé des Hongrois comme d'un peuple que Ton confond, principalement sous le rapport de la langue , avec la race finnoise. Nous ferons d'abord observer que c'est à tort qu'on lui donné ce nom de Hongrois; il se donne à lui* même le nom de Madjars ou Madgiares. C'est sous ce nom qne le connaissent les Tares, les Tartares et les peuples asiatiques; celui de Hon* grois vient des Allemands, qui en Saisaiect des Huns.

Le grand nombre de mots finnois qui se trouvent dans la langue des Hongrois semblerait faire croire qu'ils appartiennent effectivement a la racé finnoise ou tchoude. Il est difficile pourtant de se prêter à une communauté de race , et surtout de famille, entre une nation remarquable par la beauté de la taille et des traits, et les peuples les plus informes de la terre. Cette langue d'ailleurs

renferme un grand nombre de mots slavons, turcs» germaniques, même persauif^ et arabes/

Si les Mâdgiares sont des Finnois , ce sont les seuls peuples de cette race qui aient pris place parmi lés conquérants» ^ Il parait qu ils s'établirent d'abord sur le territoire des Baskirs, entre le Volga et le Jaik. Les Petchénègues les dispersèrent comme ils fondaient le royaume des Madf giareâ sur les frontières de la Perse. Us secoururent l'empereur Ârnolpbe contre les M oraves. La Pannonie« la Moravie» la Bavière, la baute Italie» soufiGrirent de leurs ravages; mais ils furent repoussés à leur tour» et tellement affaiblis» qu'on n'eût plus rien à craindre d'eux. Aujourd'hui, mêlés aux Slaves, aux Germains» aux Yalaques» ils sont réduits à un petit nombre » et leur langue sera probablement éteinte dans peu de siècles.

Il n'y a rien là qui rappelle le caractère finnois» constamment soumis » et auquel on demanderait vainement, au moins dans les documents transmis par l'histoire» des traces de cette humeur er* rante et belliqueuse.

* SCMŒLL, Tableau des peuples, p. 98.

* Heroer, t. 5. 175.

Le territoire hongrois fut occupé successive-^ meut par les Wendes ou Vandales / à la fin du quatrième siècle, ensuite par lesGoths, par les Huns d'Attila. Mais ces Huns furent vaincus par les Goths et les Gépides et repoussés du pays. Ce ne furent donc pas les Huns qui le peuplèrent. *

Une autre nation scy the, les Avares ou Abares, qui prennent aussi le nom d'Ogors, dans quelques historiens byzantins, prennent la place des Huns.* Le prince qui commandait à cette nation est appelé Cagan par les historiens* du Bas-Empire. Ce nom ne peut être considéré que comme une transposition à la personne du titre consacré au rang. Nous le retrouvons dans les peuplades tartares. Ce titre de souveraineté, qui n'est autre que notre mot khan, venait donc de la Scythie, comme celui qui le portait, comme ceux qu'il guidait.

Dans l'histoire généalogique des Tartares, composée par Abulgasi - Bahadur , les Madsars ou Madgiares sont nommés comme conligus aux Urusses, Bashkirs, Ulaques, nations établies sur

* Mentelle et Maltebrun, t. 4, p. 104.

* D'ANviLLE, Acad. des Insc.^ t. 50, p. 240.

^ lMd,v 241.

les rivières de Tin (Don) , d'Atel (le Volga) et de Jaigik (le Jaïk).

Les Avares ou Âbares venus de Scy thie comme les Huns, combattus par les Goths et les Gépides, ont été connus sous le nom de Huns-Avares , et ont pu donner au pays le nom de Hunawaria ou Hungaria. ^ Toutes les distinctions que les auteurs hongrois s'efforcent d'établir entre les Hongrois et les Huns-Avares, n'aboutissent qu'à en faire deux différentes races de Scythes.*

A côté de cette simiUtude de langue, nous trouvons donc d'autres caractères qui rattachent les Hongrois ou Madgiares à la grande famille scy the. Le territoire d'abord; leur conformation, qui les

élève au-des»is des Finnois; leurs mœurs, qui sont celles des peuplades beUiqueuses de l'Asie septentrionale. Au reste , ces Finnois ne sont pas partout égalemesit dégénérés; ils sont les intermédiaires du commerce entre la mer Caspienne et la mer Glaciale; ce commerce se faisait par le Volga, où nous venons de voir l'établissement des Hongrois. D est assez vraisemblable que les deux

' MiivT. et Maltbbrun, t. â, p. 104.

' tm, p. iO».

peuples ont eu de nombreux rapporte; mais ^ par ces rapports mêmes, ils se lient aux autres peuples Scythes. Ainsi ^ nous maintenons que les trois familles principaies, celtique, esclavonne, germani(^ue*scandinave , ont leur point de départ, par rapport à TËurc^, à Toocident de la mer Caspienne ; qu'elles n'avaient pu venir ii œ point que de l'autre côté de cette mer, et qu'elles appartenaient ainsi à la souche asiatique, que nous rattacherons bientôt au plateau central de l'Asie, ou plutôt au versant septentrional de ce plateau, dont la partie la plus élevée est, suivant nous, le point de départ de toutes les populations

dites caucasiennes.

La marche de ces populations, dans leurs ramifications nombreuses, c^e moins de certitude que oelle de la race arabe ; mais cette mcertîtude, qui empêche de les suivre pas à pas dans leurs étabKsseraents, au milieu des forêts et des marécages du nord, n'empêche pas de les retrouver toutes à leur berceau. Séparées par des barr^res plus marquées du lieu de leur origine , les traditions durent s'y obscurcir avec plus de promptitude et de facilité; aussi est-ce dans oette branche septentrionale que la barbarie lit des ravages plus

ûC7

rapides. Ne la condamnons pas trop promptement toutefois. C'est aussi là que se formèrent ces populations vigoureuses, qui rendirent à Thumanité, épuisée par les Romains, Ténergie qui a présidé à une civilisation plus puissante. C'est à elle que nous devons cette république européenne où s^unit aux arts des peuples civilisés la force redoutable des barbares. Union féconde, qui a préparé à l'humanité une ère de progrès et d'avenir, dont rien ne peut marquer le terme , que la mesure même des facultés humaines. Nul ne saurait 1 assigner; car la route parcourue dans le passé ouvre un champ sans bornes à l'avenir.

Page 1