LIVRE IV
PABVIB. — PBIMEtt.
SHoAtioii géographique de la Pêne. — Tradition sur l'identité des Scytlies et des Perses.— Les clironiqaes nationales des Perses n'eiistent pas. — C'est dans les croyances religieuses qu'il faut chercher des documents.— De Toufrage intitulé Dabittân. — Avant le régne du premier roi , suivant les Perses , une autre dynastie avait existé*
— Â quelle famille indone , arahe ou seythe , appartenait-elle? — La première dynastie était exactement la même que celle des lapons. — Ces trois Dimilles se sont-elles réunies dans la Perse , ou en soDiirent-elles comme d'un centre commun? — Elles sortent d'une tige commune établie sur le point le plus élevé du territoire des Perses ou de l'Iran. ^ Les Perses et les Bfèdes sentie même peuple. — L'Arménie est dans le même cas. — Arméniens, Syriens et Arabes sont de la même famille suivant Strabon. — Le Pont et la Cappadoce unis à la Perse.— L'ibérie lui appartenait également.
— La famille arabe se lie à la Perse par l'Arménie, la famille scythe par le pays des Saces. — Les Perses eux-mêmes se rattachent au mont Imatts ou au Thibet — Les populations primitives se développent en Perse. — 11 y a eu, entre l'Inde et la Perse, un ancien empire établi en Bactriane*
Au centre des vastQs contrées peuplées par les nations de familles arabe ou scythe, s'étend comme un terrain de séparation, la Perse, que les Orientaux nomment Iran. C'est sous ce der-
nier nom que les écrivains asiatiques Tont désignée dans tous les temps , et avec d'autant plus de raison, que la province dont les Perses ont reçu leur nom, n est qu'une très médiocre partie
du grand empire qu'elle déaignaît biea imparfaitement.
Les haines et les guerres continuelles qui ont séparé les Scythes, ou Touranians dans les langues orientales, des Perses, prenait^t leur source dans des divisions de famille. Du moins Tavait-on cru , ou dit ainsi , pour rendre raison d'une animosité plus grande que le voisinage et la rivalité ne devaient Tamener. Cette tradition tend à justifier l'origine commune des Perses et des Scythes , que les écrivains anciens ont souvent attestée. Les Perses sont originitùs Scythœ. ^ Elle a pour résultat , d'expliquer le nom oriental des Perses et les divisions de puissance qui régnaient entre eux et leurs voisins.
« Lorsque Féridoun distribua ses états entre c ses trois fils , il en fit trois parts. 11 donna la « partie (mentale à Tour (c'est la Scythie); la c partie occidentale à Selem (c'est F Assyrie) , et
* Amm. Marcellin, Hv. 51, ch. 2.
c celle du milieu, qui était là meilleure, et]celle < où il faisait sa résklence , à son phis jeune fiis , € nommé Jyradje dont il transporta le nom au c pays même qui depuis s'est appelé Jyràn.
€ On raconte que Tour et Selem, jaloux de c voir que Jyrâdje avait eu la meiiletire portion « c l'assassinèrent ; et cette animosité subsiste en- € core entre les trois états.* •
Il faut peut-être considérer ce passage d'un écrivain persan, comme une fable ingénieuse; mais! il ne faut pas oublier que les faUes les plus mensongères ne le sont que par la forme, et qu elles ont toujours eu pour but de rendre raison de faits oubliés, ou de présenter les vérités morales scnis l'enveloppe qui les rendait plus frap** pa&tesou moins dangereuses. Ici nous pouvons considérer cette tradition comme l'expression figurée de dea\ hits positife en eux-»mônies , savoir : Torigtne commune des Scythes et des Perses, et la haine qui les divisait.
Les chroniques nationales des Persans ont été la proie du temps.
* Langlès, note a du Disc, sur les Persans, p. 70, t. 2, Mém, de Calcutta
Les Grecs et les Juifs n'en avaient qu'une con« naissance fort superficielle. Le premier empereur persan dont ils parlent avec étendue , est le grand Cyrus, le Kaï-khosrou des Orientaux. C'est cette habitude des Grecs d'habiller les noms à leur guise qui a jeté tant de confusion dans l'histoire et rend si difficile d'établir des concordances ^atre eux et les écrivains de l'Orient. Cette confusion s'augmente par l'habitude des princes asiatiques de prendre de nouveaux noms, de nouveaux titres, à différentes époques et à l'occasion de divers événements. ^
Ces usages , si malheureux pour nous , et dont les Juifs ne sont pas exempts , puisqu'ils accom* modent les noms persans à leur prononciation , ont tout brouiUé. Les Persans eux-mêmes ont perdu leur histoire civile. Leurs prêtres avaient eu soin de conserver les livres de jurisprudence et de religion , de préférence à tous les autres. ' Il s'ensuit qu'il ne subsiste rien de l'histoire authentique des Perses , avant la dynastie des Sacany-
^ WiLL. Jones, 77, t. 2, Recherches oiiatiques, dise, êur les Persans, - « jbid,, 78.
des , excepté quelques traditions et quelques fa« blés.
Les chronologistes avaient décidé que la première monarchie établie dans la Perse, était k monarchie assyrienne; Newton ne pouvait la faire remonter au-delà de 790 ans avant Jésus- Christ, et quelques-uns plaçaient son origine au premier siècle après le déluge. WiU. Jones * ne pouvait remonter que de cent ans au-delà de. Ué? poque fixée par Newton.
U paraissait fort extraordinaire que le pays le plus délicieux de TOrient fiit demeuré inhabité ou du moins sans gouvernement régulier» quand TËgypte» conquête de la civilisation, était déjà un grand royaume, lorsque enfin les Chinois avaient déjà réuni les éléments de leur vaste d6mination.
C'était donc en dehors des documents historiques qu'il fallait chercher quelques lumières, et heureusement , les recherches n'ont pas été infructueuses. Les croyances religieuses et les langues ont fourni à la sagacité patiente des érudits. ,
* WiLL. Jones 79, t 3, Recherch. asiat., Disc, suf lesPersaii».
des indications pieines d'intérêt , et qui ont amené la solution de la question..
Un auteur persan, Mohammed Mohhsen AU Fâny , qui mourut en lOSl de l'H^ire , a com<* posé un ouvrage extrêmement cm*ieux mtitidé Dabmân ^ que nôhs ne connaissons que par un seul extrait inséré dans le premier des deux nu^ méros» les seuls qui aient parn, du New as^iatic Miscellamf^ p. 86436, publié à Calcutta par M. Gladwin, en 1789. LeDabistân est un traité des principales sectes religieuses et philosophiques connues» Aptes beaucoup de détafls sur rorigîne des choses, détails qui décèlent les prin<eipes du sabéisme ou culte des astres, Fauteur parie d'une dynastie antérieure à celle des Pych«dàdyens,Ua plus ancienne que l'on eut connue jusqu'alors chez les Persans. Cette antique dynastie se nommait les Mahâbâdyens^ do nom de son auteur Mahâbàd* Elle subsista plusieurs imlliards d'années, dont chaque jour était composé d'une résolution de Satartie, ou de trente de nos années*
Mahâbâd divisa son peuple en quatre classes :
* Langlès^ note. 6, p. 22; Calcutta, t. 2, Disc, sur les Arabes.
Les birhmân, ou devins; les tchettry^ ou militaires; les 6«<, ou cultiyateurs, et les soùd^ ou artisans. Identité parfaite avec les castes indiennes. Cette monarchie Mahâbâdyenne fit place, en Perse» à celle des Guilchâhy ens , qui fut compulsée de quatre dynasties, les Pichdàdyens, les Kayânyens , les Achkânyens et les Sacânydes.
Mohammed-Mohlisen nous représente Zoroas* tre comme le premier qui ail osé contredire ou attaquer le livre de Maliâbâd..
Ce rôle de réformateur que prend Zoroastr^ yi$^«vis cette ancienne religion, dont les principes étaient ceux du sabéisme , et Torganisation oeiie des Indous» est un fait tellement important, qu'il, contient en lui seul le germe de toute la dassifi* cation historique de ces premiers temps..
Il en résulte, qu une puissante monarchie avait subsisté pendant plusieurs siècles dans llran, avant le règne de Kayoùmarats, premier Pych* dâdyen que les Persans veulent avoir été leur premier roi ; que la religion qui précédai de beau** coup cdUe die Zûi*oastre, avait continué d'être professée par plusieurs doctes persans, jusqu'au temps où vivait l'auteur. Quelques-uns des principaux d'entre eux, persécutés par les souverains
partisans des Guèbres, s'étai^it retirés dnûê riade» où ils avaient composé un grand nombre de livres. Mohhsen avmt lu ces ouvrages, et avai^ connu la plupart des auteurs.
Si lious pouvons ajouter foi à ces auteurs, la monarchie de llran , pourrait avoir été la plus ancienne de Tunivers.. La question est de savoir à laquelle des trois sources , isdoue , arabe ou tartare (scythe), appartenaient les premiers rois de cette contrée, ou s'ils étaient issus d*une qua* trième race distincte de celles4à.
A L'époque de la naissance de Blabomet , deux langues, le parsi et le pehlvi, paraissent avoir été dominantes dans le grand empire d'Iran; celle de la cour était le parsi , le pehlvi était la langue des savants. Indépendamment de ces deux langues»
les prêtres et les philosophes connaissaient une langue très ancienne et très difficile , appelée la langue du Zend , parce qu'elle avait servi à composer un livre de ce nom , qui traitait des obligations morales et religieuses et qu'ils regardaient comme sacré, tandis que le Pâzend, son coin* men taire, était en langue pehlvi, comme plus répandue que l'autre.
Le zend et l'ancien pehlvi sontpresque tombés
en désuétude, leparsi s'est akéré pour devenir le persan moderne , mais dans l'ouvrage de Ferdoucy on le retrouve presque sans modification et je puis avancer avec confiance (c'est Wil. Jones qui parle) que des centaines de mots par sis sont de pur sanscrit. On en peut conclure que le parsi est un des dialectes de la langue sacrée* en usage parmi les Brachmanes.
Nous aurons à parler plus longuement des langues dans le chapitre qui leur est consacré; maïs il est nécessaire d'en dire ici quelques mots, non pour discuter les témoignages qu'elles fournissent, mais pour en établir historiquement l'existence et les conditions apparentes, sauf à examiner plus tard, et nous le ferons, la question générale qu'elles font naître.
William Jones établit ensuite que le pehlvi était une langue d'origine Ghaldéenne, enfin àr^ rivant à la nature de la langue zend il rapporte cette observation capitale :
Anquetil dans le Zend-Avesta a donné deux vocabulaires, zend et pehlvi. Le vocabulaire
^ VViLL. Jones, /H'^c. sur le$J^ersans,mém. de Calcutta^ t. 2.
pehivi confirme ropinion de William Jones suv Fwîgine chaldéenne de cette langue. ^
Mais , ajoute-t-il , je reconnus avec un étonne* ment inexprimable ^ que sur dix mots zend , six ou sept étaient des mots sanscrits , et même que quelques-unes de leurs modifications étaient con* formes à la grammaire de cette langue.
On doit conclure de l'ensemble de ces faits, sui* vaut WilK Jones» que les plus anciennes langues de la Perse furent le chaldéen et le sanscrit , que le pehivi et le zend ea dérivent respectivement. Nous établissons avec Anquetil, que le pehivi dér rive du zend , ainsi que le parsi. Nous croyons enfin que le zend et le sanscrit ont été une seule et même langue, dont le chaldéen dérive luimême.
Nous ne donnons ici ces considérations que pour montrer qu'en dernière analyse, tous les auteurs en quelque ordre qu'ils rangent ces langues, les reconnaissent comme appartenant à la même famille. La filiation, si elle peut être établie, ne le sera que par des considérations de grammaire analy-
* C'est la proposition contraire que nous adoptons. ( Liv. 4^ 2* partie, consacré aux Indoûs et aux premiers Persans.)
tique et philosophique.LopiaioiideWill. Jones qui n'est pas décisive sous certains rapports , ne doit donc pas être rejetée sous celui que nous sî^a- Ions; c'est tout ce que nous avions besoin d'établir pour admettre la conclusion sans donner un assentiment complet à la doctrine.
Il ajoute encore que toutes ces langues cx>nte* naient quelque mélange» et que ce mélange était tartare. En effet , les meilleurs lexicographes as^ surent que beaucoup de mots de l'ancien per^p sont pris de la langue des Gimmériens, Tartares qui faisaient partie du grand empire de Qapt- Ghaq/ Ainsi, les Indiens, les Arabes, les Tartares, ont laissé des preuves évidentes de leur pas^ge ou de leur séjour dans l'Iran long-temps avant les invasions historiquement connues de ces mêmes Arabes et Tartares. Donc, ils en étaient probablement originaires, ainsi que les pacifiques Indous. Ceux-ci, émigrés à une époque plus ancienne^ avaient reçu de leurs législateurs l'injonction de n'y jamais retourner.
Ainsi, d'une part, Will. Jones ^ accorde, ou plu-
^ LAN6LÈs,note 6, p. 91, t. 2, Calcutta, mém. sur les Persam, - Will. Jones» ïbid., 95.
tôt il affirme qu'une nation d'Indous a possédé et gouverné le pays d'Irati.
La religion primitive d'Iran, selon Mohhsen-al- Fâny annonçait un Dieu suprême, auteur du monde, que sa providence gouvernait , elle consacrait la fraternité humaine, et prescrivait une tendresse compatissante envers les animaux eux-mêmes. ^ Mais cette religion pure s'altéra bientôt, et le culte des Iraniens ne fut plus que le sabéisme, ou Fadoration des asires. Le culte rendu aux planètes , dans la Perse, semble avoir fait partie de cette religion qui subsiste encore de nos jours dans certaines provinces de l'Inde. Mohhsen assure, suivant l'opinion des Persans les plus instruits , que le premier monarque de l'Iran et de toute la terre fut Mahâbad , (nom évidemment sanscrit) qui divisa le peuple en quatre classes, qui sont les mêmes» comme nous l'avons dit, que chez les Indous. Mahâbâd reçut un livre sacré du Créateur, et te promulgua parmi les hommes. Quatorze Mahâbâds devaient paraître sur la terre, revêtus de Ja fornre humaine , afin de gouverner le monde. Les Indous avaient quatorze menons chargés de fonc-
* WiLL. Jones, ibid., 99.
lions semblables. Le premier de ces menoos a , comme le premier des M ahâbâds » laissé un livre de règlements ou d'ordonnances divines : il est bien difficile de supposer, d'après cela» que la pre* mière modification apportée à ce culte si pur, rendu à TËtre suprême, fut le système des brames , qui domine aujourd'hui dans les pays oiile livre de Mahâbâd ou menou est la règledes obligations religieuses et morales.
Kayoùmarats, que les écrivains persans donnent comme leur premier roi et le premier homme, n'arriva donc au pouvoir qu'après la chute des Mahabâdyens. Mais la chute d'une dynastie , à la fois politique et religieuse, n'est pas une simple révolution politique, c'est aussi une modification de croyances ; aussi voyons-nous la croyance nationale prendre alors le nom de religion de Hoùchenk, et porter encore l'empreinte des lois de Mahâbâd. Zoroastre fut le réformateur de cette ancienne religion, et sa réforme dura^]usqu*à la conquête des Musulmans. Saady , dans son onvrsigemtitxilé Baustân, ne sépare pas la religion des Guébres de celle des Indoùs. Il ne se contente
*■ BousTAN DE Sâadt, ch. 8, cité par Langlès, p. 103 du discours sur les Persans.
pas de donner aux Brahmanes le nom de liiflogh (mages); il les appelle enoore leccenrs du zend et du pazend.
Cette confQsion était-elle réelle ou feinte , je ne aurais le déterminer dit le président de la société de Calcutta ; mais il me paraît certain que la religion des Brahmanes, avec qui nous conversions tous les jours, était dominante dans la Perse, avant le règne de Kayoùmarats.
Ainsi , la croyance des Iraniens se rattache au culte, plus pur, des Indous; ainsi une dynastie puissante fut établie dans Tlran avant les Pychdâdyens, et cette dynastie fut commune aux Indous et aux Iraniens. Son histoire a été greffée sur celle des Indous qui fondèrent les monarchies d'Ayodhyâ et d'Indrapresthâ.
Nous découvrons donc dans la Perse à la première origine de l'histoire , les trois races distinctes auxquelles nous assignons Tlnde^ l'Arabie , la Tartarie.
Une question toute naturelle résulta de q&l aperçu général que le reate de cet ouvrage est destiné à confirmer : ces races ou plutôt ces trois familles venaient-elles de pays éloignés , se ras-
fiembler dans l'Iran , ou en sortirent-elles comme d un centre commun ?
U serait oxitraire à tous les résultats obtenus jusqu'ici, de supposer qu elles fussent venues de pays éloignés. Dans la série ascendante , depuis les Égyptiens jusqu'aux Arabes, nous avons toujours été conduits vers les montagnes de TÂsie centrale, pour y retrouver l'origine de la famille asiatique occidentale. Dans nos recherches sur les familles scylhiques nous sommes arrivés au même résultat , il n'y a donc pas lieu d'admettre la première partie de la question. La seconde partie est directement liée à l'objet dont nous nous occupons, et ce sera avoir avancé beaucoup la soluticm du problème général qui a pour but la recherche du point de départ de tous les peuples, que d'avoir établi que l'Iran est le centre commun sur lequel ils se sont tous appuyés. Nous établirons ensuite , et par des rapprochements successifs, à quelle contrée de l'Iran nous devrons définitivement le fixer.
Nous continuerons, à cet effet, nos recherches sur la discussion établie par Will. Jones , sauf à l'éclairer et à la compléter plus tard par d'autres documents.
< * Observons la position centrale de ilraa qui est borné par TÂrabie, par Flnde et par la Tartarie , tandis que FÂrabie n est contiguë qu a riran , et qu'elle est éloignée de la Tartarie et séparée de la lisière de llnde par un golfe considérable. Il n y a donc que la Perse qui sem* ble avoir été dans le.cas d'envoyer des colonies dans tous les royaumes de l'Asie. Les Brahma* nés n'auraient jamais pu se rendre de llnde dans riran , attendu que leurs plus anciennes lois existantes leur défendent expressément de quitter la région qu'ils habitent maintenant . c La tradition n'a pas même conservé parmi les Arabes le souvenir d'une émigration de leurs aïeux dans la Perse avant Mahomet.
Quand aux Tartares , l'histoire ne nous laisse pas même entrevoiir qu'ils aient abandonné leurs plaines et lejirs forêts antérieurement à l'invasion des Mèdes , et alors même ils &rent conduits par des princes d'une famille assyrienne. Les trois races dont nous avons parlé (et nous n'en avons trouvé que trois) sont donc
1 WiLL. Jones, Disc, sur les Persans^ p. 110, t. 2, asiat. rech.
< sorties de l'Iran comme de leur patrie corn- « mune.»
Nous pouvons réunir à ce passage une autre observation du même auteur, et qui tend à confirmer lopinion qu'il vient d'émettre.
La fable de Souradèvi , * déesse indienne du vin , dans un pays où il est défendu aux Brahmanes d'user des liqueurs fermentées^ est une indication nouvelle que les Indiens venaient originairement d'un pays où l'on faisait du vin.
Après avoir présenté , comme probable, Topinion qui fait sortir les Goths ou Scythes de la Perse , les Irlandais et les anciens Bretons de la mer Caspienne , opinion conforme à ce que nous avons consigné dans le livre précédent sur les races scythiques, Will. Jones conclut ainsi :
c Nous pouvons donc regarder comme hors % de doute que l'Iran ou la Perse , dans son ac- 4L ception la plus étendue, fut le véritable centre € de la population , du savoir , des langues et des € arts. Qu'au lieu de se propager seuleu^etit vers € l'Ouest, comme on Ta follement supposé, ou ^( v^s l'Est , comme on aurait pu le supposer
* Calcutta, t. i,p. 189.
« avec autant de raison, ils se sont répandue dans c toutes les directions/ >
Nous avons achevé de rapporter Topinion de Will. Jones. Nops avons besoin, pour en tirer une conclusion , de la resserrer et d'en présenter la
substance.
Cette opinion se fonde sur trois confiidéFatiQa&, qu'il est nécessaire d'examiner successivement :
l** L'ancienne langue zend offre une telle anar logie avec le sanscrit; les croyances des premiers habitans delà Perse , suivant Mohhsen, sont tellement identiques à celles des Brahmanes, qu'il y a grande probabilité que les Indous viennent
de la Perse.
2* La disposition géographique de la Perse, ou Iran , feit naître l'opinion <iue les Indous viennent de la Perse, et non qu'ils soient venus de l'Inde pour peupler cet empire; opinion corroborée par la défense faite aux Indous de quitter leurs pays
natal.
3' L'abstinence devin, à laquelle sont soumis
les Indous , quoiqu'ils honorent une déesse qax préside à la vigne, annonce que cette interdiction
* Disc, sur les Persans, 114, t. *2.
na pas toujours existé^ ^t que ie culte k pris naissance dans un pays où lusage du Vin était permisw
Gepeildânt WilL Jones faû trcMS moeis dÂtinc* tes des Arabes, des Tartares et des ludoui»
Sur k prenifôre rmson, nous fei^ons observer t}ue la double analogie qu'elle présente prouve Ti-* dentîté, et non lantériorité, et qu'elle n'est riêii sans la seconde qui se fonde sur k disposition géographique de la Perse , pour en faire sortir les Indousi Nous les examinerons cbnc simultanément.
Il est vrai que la disposition géogra{^i(|ue de l'Iran favorise l'opinion de la triple làigration indienne, arabe ettartare (àcythe). Cette dispo^ sitionjointe aux trois considérations précédentes tend à y placer leur origine ; et l'on a peine à con« cevoir, dès -lors, l'assertion d'une distinction aussi positive que celle qu'exprime le savant ptésident de l'Académie de Calcutta*
U fûttt supposer qu'il n'a pA^ eu d'autre intention que de faire ressortir les différences depuis long-temps existantes entre les trois familles ; mais c'eut été plaider à la fois deux causes, que de soutenir , d'une part , la distinction des races , et, de
Tautre , Tidentité des croyances , des langues et du territoire.
Il n'est donc pas exact de dire , et ce serait aller au*delà de sa pensée réelle que d'admettre , aussi absolument que Will. Jones, que les trois familles soient distinctes malgré leur séjour commun sur le même territoire. Il en doit résulter , et nous le croyons ainsi , que les Indous viennent de la Peri^. L'exposition, et la discussion de ses idées , établit que Perses et Indous ont habité simultanément la Perse, que les Tartares (Scythes) y ont laissé également la preuve de leur séjour ; mais bien loin qu'ils puissent être considérés commodes races distinctes, ils retracent, au contraire, tous les caractères d'une identité primitive. Nous étions déjà arrivés à ce résultat , lorsque nous avons énoncé l'opinion de Guvier ^ sur la race caucasienne.
L'analogie, moins grande, qui existe entre le chaldéen , l'arabe et le sanscrit , qu'entre cette dernière langue et le persan actuel, pourrait faire nattre l'idée que les Arabes n'ont occupé la Perse qu'après la retraite des Indous , et qu'ils ne l'ont
pas occupée tout entière ; cela peut prouver aussi qu'ils ont parcouru , pour s'éloigner du point de départ commun, un trajet plus difficile, et dans des circonstances qui ont modifié d'une autre manière leurs habitudes et leur langage. L'examen que nous en ferons justifiera cet aperçu^
En résumé, on se prête difficilement à ce séjour simultané de trois races distinctes sur le même soL II semble plus naturel de <;roire que le temps y a fait pénétrer les différences qu'on y remarque. Que la tige originelle aura occupé le point le plus élevé du territoire de l'Iran, c'est-àdiro les versants de l'Imaûs , et que de^là elle aura peuplé l'Inde, la Perse et la Tartarie ou Scythîe. Nous avons vu que les habitants de ces pays sont de même race , malgré la distinction exagérée de Will. Jones , et nous verrons bientôt que l'examen des. langues mène à la même conclusion.
Nou$ pensons qu'après la grande catastrophe dont le souvenir s'est conservé chez presque tous les peuples, ceux. qui survécurent descendirent des plus grandes hauteurs du globe, qui sont les chaînes du Thibet et de l'Inde , et se répandirent dans la Perse ou suivirent la chaine des montagnes pour se répandre , de là , commet
l& dit Willt^ni Jopea. Les modîficatk>Q& auront
été plus Qii moins seasîbles suW ast le temps^, les
/ rapports et les oircoDs^ances. Msà& tous remon-
I lent à cette source, p»ce qu'ils sont Hnis comme race, comme langue , eomme croyance. Ces deux dernières faces de la question n'ont pas encore ^ il est vrai, été suflBsamment examinées, mais nous en avons assez dit pour être autorisés à émettre notre opinion sur cette onité que nous aclièTe- Fons de mettre en lumière.
Âpi'ès avoir àittsi exprimé notre opini<m sur ridentité des trois grandes ^milles, nous av^Mis à exaipiqer la question des peuples qui ont vécu wr le territoire d'Iraa ou de Perse , selon les désignaticHis grecque et moderne.
Autrefois les Mèdes étaient généralement connus sous le nom d'Ariens, c'est à dire peuples de Flran/ Chez les Orientaux ce que Ton nomme les Perses et les Mèdes est coo^pris sous le nom d'Iranieas, c'est un seul enif^re dont la Mécfie et la Perside étoî^t de simfll^s proviuces. lies deux empires,^ quî sont clairement distingués dans les Uvrei; desXMentaux, sont llran et le Touran,c'est-
^ HiRODOTjs, liv. 7y ],, ^9. £dit. Wessel.
à^lire la Perse et la Scy lliie.'N0iis a^ons expli^é, an commencemeiit de ce livre, ki tradition qtti se rap(K»rte à cette séparation, ce qui là fait remôtitér à un partage entre deux frère» ^ et sitppose Mte union ancienne entre Tiran et le Touran.
Le» gouvemeors partiddiers des provinees de Perse, portaient le titre de rois , comme on le vo>^ dans les écrivains grecs, et àaas» cefuiï de l'Orient. Us avaient souvent desgn0fi?es eni^<ef ettx.
Il estcertaîny cpie chez le» Grrëci^ et- les Orié#' tsHix , il est cpieation des mêmes pay s> lortsqué le^ preHiiers parlent de la Perse et de k Sc^thie, leâ autres de l'Iran et du Tovâ:*an^ Loi^sq^e léis évéll^ ments se sont passés dâffirs le tùètaë téttrps^ il faut drâcque ces éeAvains désignent lëS^tfHéiÉréspi^hi-* ces, ou leurs généraux ,• qiK)iqiCte sou^ dëé' lioWr^ dilffiérentls. '
Si Ton prend' l'empire' éés Mèdesf et eettfi cfes' Perses pour tm seul etiiièm^ éiafe , ^w veura tiët état renfermer JMn^ a Cy»S^ k Médi», FAssyriie; la Perside et les provinces voisines. La même ob^
* Anquetil DuperHon, JdaU^s fn8cript.,p. 480, t. 40 ^ rbid.,\y 481, t, 40
servalion se rapporte à llran jusqu'à Ke Khosro^ (Cyrus). Depuis ces deux princes, (c'est le méme^ nous venons de le dire) les bornes de cet étal sont reculées considérablement vers l'Ouest et le Nord. (La Scythie ou le Touraa).. Enfin, depuis Darius, les conquêtes des Perses (Iranians) ne paraissent s'étend(re que vers l'Ouest. Elles comprennent l'Asie mineure, la Grèce, TÉgypte.'
Dans Moïse de Chorène , les Arméniens s'unissent aux Mèdes , et le même fait se retrouve chez tous les- Orientaux. Minotcher , issu de Féridoun, roi de Perse, qui avait fixé le siège de son empire en Médie, tue Salem, roi d'Assyrie, issu paiement de Féridoun, et Tour, roi de Touran, issu, ccnnme les autres , de Féridoun; et établit l'empire des Iranians.'
Ce Minotcher , que nous voyons établi en Mé* die , est le seul roi de Perse qui ait soumis les rois de riemen. Roi de Perse ou de Médie sont ici synonimes. Sous Astibar, les Parthes renoncent à
^ WiLL. JoNEi, Disc, sur les Persans^ Calcultayi, ^ ^ Amquetil, Acfid. des Inscript,, p. 483^ t. 40. » nnd., 485.
la domination mède , et se livrent aux Saces , dont le pays répond exactement au Touran.
Entre les ch^B des Scythes et ceux des Perses il existait une querelle de famille , fondée sur les droits de succession blessés , c'était l'empire de riran, donné à Irets/ par Féridoun.
G y rus , roi des Perses et des Mèdes y a pris Ba*« bylone; c'est là^chez lesrGrecsJa monarchie perse la plus étendue , ils la d<Hment comnie un nouvel empire , tandis que chez les Orientaux c'est toujours l'empire d'Iran.
On doit penser , d'après ce mémoire d'ÂnqGfê^ til , ^ que les Perses et les Mèdes sont le même peuple. Ajoutons que les hommes que Djemschîd employa pour défricher et peupler , sortaient de riranvedj, au nord de la Parthie. Ce sont les Scythes, maîtres du Nord de l'Asie avant Ninus, ce qui s'accorde encore avec l'opinion d'Ammien Marcellin. '
Ainsi, tous les peuples convergent vers un point
*■ Ireti, le même que Langlès appelle Irddje au commencement de ce livre.
^ Anquetil, Acad. des Inscript., p. 446, t 40. ' Liv. 51, ch. 2.
central. Les peij^ies du nord, d'origine scylhe^ aboutissent à la Verm^ dan& les écrîvâiifts anciens et modernes « orientaux on œcidentaifx , et nous avons va les peufiiesde l'^Assyrte et de laGhakiée toucher de même cette terre centrale de l'Iran.
Nous devons à l'occasion de la Persfe, que noua présentons comme le centre d'élaboratkm des populations» parier de ces royaume» ou pnmnces, ^e leur posititm centrale rapf>rocIie aussi de cet empire, et qui ont élé peuplés par les mêmes nations. Là aussi se sont trouvées des peuplades qui €Mit émigré dauiB 1» temps anciens. Ilnous importe, pour ne pas donner une esquisse incomplète des princîpam peuples, de lier ceux-ci aux grandes fuBiiklesdont ils sont une véritable clescéndance.
An premier rang se présence FÂrméuie.
Moifse cb Gkofrène * fait v^r fer nom d'Arménie d* Aram ^ Ms de Sem , ou d^Aram un des souverains de ce royaume. Nous avons déjà en occadm de' dire' te que* nous pensions db cette filiation de la famille de Noé. Ce ne sont pas les peuples qui en sont descendus , mais la famille (çUemême, qui a été composée d'autant de membres
* Hist. arm,, p. 49.
qu'on a trouvé de peuples auxquels^ il fallait assigner dcis ascendantsu Ge n^est. pas , d*aillears , une erreur à reprocher à TÉcriture. Nous ma Tentendons pas ainsi- UËcrîture n'est pas ua enseigneraient de géographie politique; elle a doofié i^s dîvi^icms soQS la forme la plus hirève^ Appeler homme ce qui £iit peuple, n est qiu^une manièpe d établir les mêmes rapports sous une forme différente. Bochart ^ donne une autre origine à ce nom, et le fait dériver de Aar , montagne, et de Mmi , province du royaume. Ge mot de Mini qui signifie métal, en hébreu, s'accorde d'ailleurs, avec la constitution physique de l'Arméme , abon* dante en métaux, au rapport de Procof^e. ^
L'Arménie est bornée à rOrlexU par les deia& Médies; au Nord, par l'Lbérie et l'Albanie > ou cette partie du Gaucase dont elles sont entourées; par les monta Paryadres et l'Ëupbrate, à l'Orient ; au Midi , par le Taurus.
U e3t peu de pays qui comptent autCant de fleuves que TArméme^ ce qu'expliquent ses hautes montagnes. Ces fleuves appartiennent aussi à
* Phaleg., liv. 1*% ch. 5.
' Liv. 1-^, De Bello Penico. cap. Vô
d autres états. Leur source seule et une petite partie de leur cours sont situés en Arménie.
Leurs eaux vont se perdre dans le Pont-Euxin , la mer Caspienne et le golfe Persique. Ainsi, l'Arménie est le centre du mouvement des eaux de ces trois grands lacs. C'est aussi là qu'on avait cherché le paradis terrestre et les quatre fleuves qui en sortaient. Mais cette opinion s'accorde peu avec le froid excessif des montagnes et la végétation très peu méridionale de ce pays. *
On parait en général adopter, à l'égard des Arméniens et de leur origine , le sentiment de Strabon, qui ne fait qu'un peuple, partagé en deux tribus , des Arméniens et des Syriens. La grande conformité entre les deux peuples, les divers traits qui les caractérisent également dans les mœurs et dans le langage , prêtent à cette opinion une force supérieure, et Bochart*la croit la mieux fondée.
Strabon dit positivement que les Arméniens, les Syriens, et les Arabes', parlaient le même lan-
* TouRNEPORT, lettre 7.
* BoGHART, Phaleg. yliv. l*%c. 5.
3 Strab. liv. 1", p. 41.
gage et appartenaient à la même famille. Nous voyons, dans Polyen/ qu'ils employaient le caractère syriaque.
D'un autre côté , le langage des Parthes et celui des Arméniens, est le même, suivant Bayer.^ Nous sommes donc portés à croire qu'un langage général antérieur, a dminé naissance aux dialectes répandus de Tun et de l'autre côté de llmaûs.
Si l'on veut se rappeler ce que nous avons dit à la fin du deuxième livre, consacré aux Arabes , nous sommes arrivés précisément à la même conclusion , en remontant l'histoire des peuples dits araméens. Sur le témoignage de Xénophon, nous avons admis les Ghaldéens comme originaires d'Arménie, et nous avions dqà montré que les Arabes et les Ghaldéens sont le même peuple.
Les mêmes faits se représentent sous d'autres noms. Les Ghaldéens Arméniens, et les Syriaques , nous amènent à la même tige arménienne, avec Xénophon, Strabon , Polyen et l'Ëcriture. Moïse, dans sa classification, a dû suivre natu- Tellement la tradition arabe , et c'est aussi dans
* PoLYŒNUi, liv. 4, chap. 8.
^ Bàybr^ HUt, regni Bactriani, p. 21.
rArménie qu*il place la source de cette famille, puisque c'est là qu'il fait arrêter Tarche» Ne dissimulons pas cependant que ce sont les Arméniens que Strabon fait descendre des Syriens» ce qui est impossiUe à notre avis. Nous avons fait con-* naître ailleurs/ que nous considérions, avec tous les écrivains, les montagnes comme peuplées avant les plaines.
Nous n'avons que très peu de notions sur les lois de l'Arménie, La religion a été l'objet de quelques observations. Strabon dit que les mêmes divinités étaient honorées du même culte chez les Arméniens , les Perses et les Mèdes. D'autres écrivains assurent qu'ils ensanglantaient les autels de leurs divinités, par le sacrifice de victimes humaines.'
Les royaumes du Pont et de Gappadoce ont formé quatre satrapies sous l'autorité des rois de
Perse.
Le nom de Pont venait du Pont^Euxin et ce nom s'étendait à toute la côte de cette mer« Les habitants de ce royaume avalent la même langue
* Liv. 1", à la fin.
* HUt. univ.^ t. 15, p. 20.
et la même religion que les Gappadociens. Us étaient renommée par iafir habileté à travailler le fer. On les a (ait descendre de Tubal , un des frè* res de Gomer.
Les anciens connaissaient la Gappadoce sous le nom de Syrie ou d'Assyrie, et les habitants étaient appelés Leuco^Syriens ou Syriens blancs/ Ëile était située entre le mont Taurus et le Pont-Euxin, On rattache les Gappadociens au dernier fils de Gomer, et par conséquent à la famille celtique. Dès le temps de Gyrus , un grand de Perse fut roi de la Gappadoce > après avoir épousé la sœur de son maître. Nous voyons toujours ces petits royaumes limitrophes de la Perse, sous la domination directe ou sous Tiofluence du grand empire. Il n'y avait presque point de différence en-^ tre la religion des anciens Gappadociens et celle des Persœ; ^ remarque qui s'applique aussi, comme nous venons de le voir, aux habitants du Pont.
n y a, dit Strabon , ' une grande multitude de
* HiROD., liv. 1", p. 55; liv. 7, p. 542.
* HUt, univers.y t. 15, p. 240.
? Strabon, liv. 15, p. 755.
Mages dans la Cappadoce, et les temples des dieux des Perses y sont très multipliés.
Moïse de Chorène ^ assure que la langue cappadocieune était la même que celle de TÀrménie; Eudoxe disait que la langue arménienifô était nn dialecte de celle des Phrygiens. Hérodote avait (lit , avant Eudoxe , que les Arméniens étaient une colonie de Phrygiens.^ On peut condure de là que, dans leur origine^ les peuples de Tune et l'autre Phrygie , ceux de la Capadoce et ceux de TÂrménie , avaient composé une seule nation qui. parlait la même langue.'
Maintenant, il s'agit d'examiner où peut être la source de tous ces dialectes.
À cet effet , nous chercherons en quel temps et en quelle partie èe l'Asie la langue zend était en usage.
Les noms que les écrivains de l'antiquité nous ont conservés, sont, la plupart, zends, et plu* sieurs ont encore la dureté qui caractérise cette langue.*
* * Livre 1«, ch. 15,
* HiSRODOTEjliv. 7, p. 542.
» Freret, Tnscript., t. 19, p. 55,
* Livre 9. Voir le 2« vol.
Ànquetil * rapporte plusieurs exemples concluants de ce fait , et il résulte , de ses citations , que les noms mèdes son( aussi persans et zends. Ce qu'il dit pour les noms d'hommes n'est pas moins vrai des noms de provinces , et il en rapporte également des exemples dans le mémoire que nous citons. Des noms de province , son investigation s'étend aux noms de fleuves , et il trouve la même identité dans les noms donnés aux fleuves Araxe, Gyras et du Phase, les plus célèbres entre ceux qui arrosent TÂrménie , 11ran proi»*ement dit, et la Géorgie.
Ainsi , les mots des langues anciennes usitées aux environs de la mer Caspienne, rapprochent le zend de ces contrées.
Le rapport du zend avec le géorgien est une autre preuve qui fixe la première langue dans les lieux que nous venons de lui assigner.
€ * Anciennement , IThérie, gouvernée par un « seul roi, étendait ses limites à l'Orient, jusqu'à < Ecbatane , métropole de la grande M édie ; à « l'Occident et au Midi, jusqu'à Trapesunt et
^ Âcad., t. 51, p. 565.
« Ibid., 568.
c Arzerom, et au Nord jusqu'aux Afaasfues. De-
< puis,boniéeàcmqprovmoes,dle&*estvueres-
< serrée entre la mer Noire et la mer Caspienne, c Quatre de ces provinces (llmérète, le Garduel, € Rakhète et Guriel) formait la Géorgie, propre-
< meut dite; la cinquième est la Golchide, qui
« dîSRre des quatre autres par les moeurs, la
< langue et la température de Tair» quoiqu'elle € leur soit limitrophe. »
L'ancienne Ibérie , ou la Géorgie aetudle , nous apparaît donc comme un pays ou la langue soend était parlée , et par conséquent Tancienne langue de riran*
Il résulte de l'ensemble de ces faits que les populations de la Perse appartenaient à une race commune ^ puisque leur langue était la même , ainsi que les objets de leur cuite : quelles que soient donc les migrations qui aient pu avoir lieu parmi elles , elles se rattachent toujours au centre commun des anci^is Iraniens , dont le zend élait la langue; et nous verrons à l'article de ï analogie dès langues » les conséquences que nous devrons tirer de ce fait. D nous suffit maintenant d'établir qu'aucune catégorie particulière ne peut être invoquée pour y rattacher Tune ou l'autre des pro-
vÎDices de llran. L'exemfJe contraire dd la Col* 4:hide demande pourtant im mot d'explîcatkm.
Hérodote » Diodore de Sicile , Depia Pertegetès ^ Ammien MaresUin, prétendit que (es CtAdiiens étaient originaires d'ÉgyjMe, et placée là par S&soatris/
Lamherti , * dans sa Relation de la Colehide , toat en admettant léa ressemblances par tosquel* les on cherche à fonder cette origine, ne peut «ependaat admettre le fàk cotntte» véritable , et k raison qu'il en donne est celle-ci : Avant Tarrîyée de Sésostrîs/ la €olcbide avait unréi, qcd triompha même du monarque égyptien; ce qui prouve que le^uple qui habitait cette contrée était déjà nomlnreux. Gependant cet échee n'ar^- Hta pas le conquérant égyptien, qui s^avança Jusqu'au Tanais. L'invasion de Sésostris et les sol* dats qu'il put laisser effectivement dai)s te pays , iUA pu produire o^te différence de mœurs et de langage qui existe en^e la Colehide et les antres provinces de la G»é<Mrgie.
* * HiiROD., liv. s, p. 180; DiOD., liv. 1", p. 80; Dbnm Periec, orbU deseHptio vers 689; Ahmibn, chap. 8 ^ Lamberti, p. 5.
» Plin. HUt, N., liv. 55, c. 5,
Si ce fait leat vrai, 6t les anciens historiens sont d accord pour le reproduire » il y a donc possi^ bîlité d^expliquer l'anomalie apparente de la Col* chide, Nous ne quittercms pas ces provinces de la Perse sans indiquer un dernier rapport qui con^ firme tout ce que nous avons avancé, et rattache plus spécialement encore l'Ibérie à llran, et llratt à l'Inde, conformément à l'opinion exprimée dans le livre de Mohssen al-Fany,
Selon Strabon,Mes Ibériens étaient divisés en quatre classes, d'après les mêmes bases, à-peiih près, qjiea Egypte et aux Indes i fait qui peut servir à la fois de confirmation à notre opinion sur l'unité des provinces de l'Iran, et à diminuer l'étonnement produit par la ressemblance des Golches et des Égyptiens , puisqu'alors une origine primitive pareille aurait dû nécessairement amener, quoique par des chemins différents, des conséqu^ces au moins analogues. La marche de l'armée de Sésostris^ en augmentant ces analogies, aurait donné à cette province une physionomie plus prononcée et plus rapprochée de celle des
* Stbiboh, liv. XI, p. 501.
Égyptiens. Ainsi s'expliquent, du moins autant que nous le pouvons, les faits qu'il seinble au premier coup-d'œil bien dii&cile d'admettre comme possî- Mes ou probables.
Ainsi , d'une part , la famille arabe se rattache à la Perse par TArménie et les sources de FEuphrate. La famille scy the se rattache à la Perse par le pays des Saces, et plus immédiatement Picore par les liens plus étroits d'une identité réelle comme peuple. LesPerses,eux-mèmes, considérés comme fraction séparée, rementent yers les points lespluséleyés de leur territoire actuel, et se rapprochent du verssmt occidental de Flmaûs ; les Scythes, ou Saces, occupent le versant septentrional. Plus nous étudions l'origine de ces deux peuples, plus nous les voyons se rapprocher d'un centre commun , et ce centre commun c'est la partie la plus élevée de la chaîne de l'Imaiis ou des montagnes du Thibet. La tradition historique qui met les trds empires de l'Iran , du Touran et d'Assyrie, entre les maiosdes enfants de Féridoun, nous atteste encore l'unité primitive des trois branches pour n'en faire qu'une seule souche. Ainsi, les deux rapports de géographie historique , et d'origine traditionnelle , sont entière-
ment d'accord. Sur ce terràm commun de la Perse, se défdoppe le noyau des populations primitives qui se rattaciient an nord et à l'Occi^ dent. Suivant toutes les règles des prdMitMlités et les analonfies d'un autre ordh» que nous âYons «gnalées leur séjour fut établi sur les pins Imu* tes montagnes» ce ne fiil que timidement qu'elles s'aventuràreit et probablement sans quitter le flanc des montagnes; elles durent aimû suitre ta cbatne qui se termine entre la mer Caspienne et le Pont^Euxin» La terre inculte et couverte d'eau ou de forêts ne ta% desséchée et travail^ qu'après de longues années d'une vie nomade ou de tuasse; c'est la rie des Scythes et des bordes des montagnes d'Arménie. Mais les eaux se retirent, les peuples deviennent plus nombreux ; attirés par la beauté des rives des fleuves, ils y établissent leurs demeures. La jeunesse aventureuse, là partie de la naticm aocoutmnée 6 la vie vagabonde }usque4à consacrée, conserve la possession de ses montiignes et siien jsxlstence féroce et sauvage, ou poussant plus avant, rencontre dans les terres qu'elle découvre,rempIacement le plus approprié à ses habitudes errantes ; c'est la race qu'on appela Arabe qui, sortie des mon*
tagnesoù TEuphrate prend sa source , laisse sur les rires délicieuses du fleuve » et dans les fertiles plaines de la Ghaldée » ses enfants les plus paisi* Mes, et parvient aux déserts , où elle a conservé ses moeurs. D'autres s'aventurent sur un autre vwsant des m<mtagnes, peuplent les vastes plaines de la Tar tarie indépendante, mais rencontrant sur leur route un ciel moins favorable et une terre moins ridbie, ils conservent les habitudes d'un peuple chasseur et nomade » ce sont les Scythes. Au centre, séduit par le riche as* popt des campagnes de riran, le germe de cespopulati<ms reste au berceau qui les abrita toutes, se développe, défrichant devant lui cette terre qui devait, sous la main du travailleur, devenir le plus déliciem territoire » oe sont les Iranians ; toutes les peuplades féroces ou adoucies par la civilisation naissante qui les avoisine leur ressemblent par les traits , la langue , les mœurs, la religion. 0£i trouver aHleurs le eentre possible des po{mlations primitives. Aussi e'est vers ce point que rhistoire, d*accord avec la tradition, d'accord avec les cosmogonîes , d'accord avec les probabilités qui peuvent naître de la catastrophe diluvienne , les place toutes, ou du moins celles qui
appartiennent à la même race, dite Caucasienne , et qu'on aurait appelée avec autant de raison Imalayenneou Thibetaine.
Un savant moderne Schlosser/ dans son histoire universelle de Tantiquité , envisage la question Verso sous un point de vue très analogue au nôtre, et qui s'accorde avec la doctrine de Mohssen Al-Fany, et la dynastie Blahâbâdyenne.
Nous avons, dit-il, des autorités dont le poids n'est pas contesté, qui prouvent qu'il existait, dès les temps les plus reculés, un système sacerdotal dans l'orient de la Perse. Les traces de ce système se retrouvent dans la Bactriane, chez les Mèdes et chez les Persans. Nous reconnaissons les restes de sa civilisation et de ses institutions dans celles de la Perse et de Ilnde. Les écrivains orientaux et les grecs qpui <mt puisé aux sources persanes confirment cette opinion ; et sans faire trop de fond sur ce qu'iU» disent, il est cependant digne de remarque que chez les uns et chez les autres, on retrouve la trace d'une tradition générale. La ville de Balk est le théâtre des premiers événements de l'histoire de Perse, et le premier
* Tom. 1", di. 5, p. IW".
roi à qui les Persans attribuent la domination, Kayoumarats en est , suivant eux , le fondateur. C'est aussi vers la Bactriane que se dirigent tou* tes les opérations des Assyriens à la première époque assyrienne ou babylonienne. Lé témoignage d'Anquetil est ici fortifié par celui de Bayer/
Le même Bayer,' dans un passage remarquable, confond les Bactriens, les Indous et les Seo^ tateurs de Zoroastre, et il appuie sa conjecture d'autorités respectaUes. Cette conjecture de Bayer, si savant dans ces questions, acquiert un plus grand poids encore de l'opinion de M. de Sacy , qui déclare que la ressemblance du zend et du sanscrit le conduit à penser que ce sont deux dialectes de la même langue. Cette opinion de M. de Sacy avait été , sous certains rapports, celle de William Jones, Nous revenons sur cette question au livre que nous avons consacré à l'analogie des langues.
U y a donc eu, entre l'Inde et la Perse, un ancien empire auquel toutes deux ont emprunté
* Hist reg. Bactr., par. 2, p. 5.
^ Ih., part. 9, p. 21.
Zl
leur langue et leur religicMi; cet empire était situé dans la Bactriane, d^où viennent également les quatorze mahabads et les quatt^e menons.
Ainsi nwis pouvons dcmner le nom d'Indo-Perses aux habitans de la Baotriane. Nous avons vu que le zend s'étendait sur la Perse, et que ses dérivés font aujourd'hui la langue persane. Nous pouvons donc établir que des frontières de FArméuie à rittde s'étendait la branche Indo-Persique, la Immche Scy thique s etaUissait pendant ce temps sur les bords de la mer Caspienne et dans la Tartarie; nous avons dit déjà sur quelles raisons nous nous étions fondés pour la rattacher à la Perse* Nous trouvons donc, avec Sdilosser, que les deux races scythique et persane se lient à la Bactriane ou à Fanoien royaume de Perse. Nous avons rattaché à la Perse la femflle Arabe. Notre conchision est , que tous les peuples dont nous nous sommes jusqu'ici occupés ont en leur point central dans la Bactriane. Les bidous s'y mttaehent également ; nous avons parlé plusieurs fois de ce grand peuple, l'histoire des autres nations nous y conduisait nécessairement. Nous sommes amenés maintenant à nous en occuper d'uQO manière plus spéciale pour le lier au système que nous
voyons se développer successivement sous nos yeux.
Ce sera Fobjet de la seconde partie de ce livre.