CLASSIFICATION PROPOSÉE PAR M. LESSON
(manuel de mammalogie. — 1837.)
Race blanche oa Caucasienne.
i^ RAlItlËAU. Araméen AsBTriens, Chald^în», Arabes,
Phéniciens, Juifs, Abjssins, etc.
2"* RAMEAU ^^^*^**> Germain et Pelas-
ffi^UÔ Celte», CanlabrcR, Perses, etc.
5™« RAMEAU. Scythe tartna-e fcvibe.. panhes, Tu,cs,Fiii-
landais, Hongrois. ^
I^'Vàriétiî. Hameau matais, a«»« VARrfTié. Rameau océanien,
Baœ jaune on MoagoUeue.
1*' RAMEAU. Man^hau.
2"« RAMEAU. Sinique.
5"« RAMEAU. Hyperhoréen ou EskimaU. Lapons, EsWmaux du Labra-
dor, habitants des Kouriles et des Iles aleutîennes.
4'"« RAMEAU. Américain péruvien et Mexicain, Arau-
can, Patagon.
S*-*' RAMEAU. Mongol Pélasgien ou Car-
rolin
Bace noire on Mélanienne.
l*"^ RAMEAU. ^fMopim-
a™» RAMEAU. Caff^e.
5«« RAMEAU. Hottentot.
4™« RAMEAU. Papou.
S"» RAMEAU. Tasmanien.
6*" RAMEAU. Alfourous , Endamène.
r"»e RAMEAU. Alfourous^ Australien.
Ce tableau ne doit pas être reçu sans quelques observations, qui fassent bien connaître la portée que nous lui assignons.
Ce que nous prétendons adopter , c est la division générale en trois races. L*ordre d'après lequel sont distribués les rameaux n'est point applicable à notre travail. L'auteur ne s'est attaché qu'à la constitution physiologique pour rapprocher ses groupes , et n'a point eu égard aux considérations de priorité historique. Sa classification n'a donc qu'une valeur scientifique et ne préjuge rien sur les questions réservées à l'histoire. Elle est tout-à-fait arbitraire sous tout autre rapport que celui du rameau à la tige et n'intéresse en rien la classification des peuples. Elle nous présente , par exemple , le rameau araméen placé avant le rameau indien et le rameau scythe. Cela ne veut pas dire que l'un soit antérieur à l'autre, mais seulement que tous les trois appartiennent à la race blanche ou caucasienne » sans qu'il y ait de premier entre eux. C'est une grande question historique, que les procédés scientifiques tranche* raient arbitrairement , si l'intention de l'auteur avait pu être de constituer un titre de priorité en faveur de l'un plutôt qu'en faveur de l'autre.
Quelie qu'ait pu être cette intention» sur laquelle nous n'avons point à nous expliquer , on conjc^yra que, phy siologiquement » rien ne peut assigner de priorité entre des hommes déclarés être dsns des conditiona assez identiques pour n'eu laire qu'une race.Dans cette incertitude, et uniquement parce qu'il allait bien commencer par l'un ou par l'autre , sans molif de préférence » le témoignage de l'Ëcriture a pu faire mettre en première ligne le rameau auquel se rattache le peupla hébreu. ^ C'est un témoignage assurément respectable , même hjstorîquemeiiàt* Mais nous n'entendons rien {nréjuger sur la question, car c'est mv cette question même que porte tout notre travail^
n en eat de même du rameau $imfU0.{m chin^ de la vaee mongolîenne. Nul doute que le&Chi* ttoîs»80i»lerap|ioft {Wrement physiquei^nesoftent ai^ourd'huî Mongols de race; mais il ne sTei^uit pas.» histariquemeiit > que les GUnoîa ft'appartien* oent P9S, comme civilisatMm »à une auti^ raee «et que le m^bnge d'uA moysiu civilisateur avee uaia mnkîtiide coaquéraiHe , n'ait pu finir par la fuaion complète du petit nombre dans te grand après tant de siècles.
Cette considération domine aujourd'hui toutes
les questions de race. Le mélange des peuples a tellement modifié, sur un grand nombre de points, Fespèce humaine , que les ty p^ restés (listtneta ne sont plus que des points de reconnaisaanco» 0» les retrouve intacts aux lieux où se fit le pronier développement; mais certaines nations peuvent être ramenées à lun ou à l'autre : ainsi, les Égyptiens placés sur la lisière des races blanche et éthiopienne, ainsi les Tar tares usbeks, plaoés dans la même situation par rapport aux races blanche et mongolienne.
En résultat , nous reconnaissons tout-à-^it la justesse du tableau précédent comme œuvre de science; nous adoptonsles divisionsgénérales^les mêmes divisions en rameaux ; mais nous pensons qu'il y aurait lieu d'en modifier l'ordre , sî lanteur avait eu Tintention d"^ attacher quelque impor* tance historique. Ainsi, il n'y a poLdt 4 opposition entre la classification des raoea Qt celle que nous cherchons à établir pour les peuples ; no« tre travail n'y doit apporter aucun changement , car races et rameaux comprendront toujours les mêmes peuples. Notre observation est plutôt uu scrupule dont nous rendons com[4e, qu'un véritable obstacle qu'il soit nécessaire de combattre*
Les trois races que nous avous signalées , paraissent inégalement perfectibles. Partout où se trouve la race nègre , elle offre un caractère d'infériorité relative qui i la nature. Partout où race blanche , elle occi et devient un objet d't ticulièrement sensibl du moins ces besoins j principal de son exîsti aux actes physiques [ férences d'organisatio; L'exemple de cette ra aptitudes physiques s naître par elles seules 1< Un peu avancée. En efl exigences de son exis plus rien à désirer c Privé du mobile qui V leur , il s'arrête dans son existence,dont rie la misère; au lieu d( matière , il la laisse d
mande point à une inuumrw uiuiua jjn»»Biv ^ i aisance ou les secours qu'il en pourrait recevoir, et
sa vie se renferme dans le cercle étroit des habi'* tudes dont des besoins nouveaux n accusent pas rinsufBsance.
Onpeut, nous le savons, nousopposer rexemple de nègres actuellenient en possession d'une organisation sociale asse^^puissanteen apparence; mais nous ne prétendons pas que les nè^es ne puissent pas agir dans les linutes de Vaction sociale. Ce que Ton a recueilli de l'exemple tiré de leur état , à l'époque 6ù on les a ti^ouvés ; de la situation dans laquelle (Ml les trouve toujours, quand ils sont restés livrés à eux-mêmes , c'est qu'ils n'arrivent point , par leur propre impulsion, à une organisa-* tion supérieure à celle de peuplades sans liens civils ou politiques autres que quelques usages traditionnels. On ne peut pas faire d'exception d'après l'exemple des nègres établis et constitués maintenant à Saint-Domingue , et par beaucoup de raisons.
La population d'Haïti est , à la vérité , composée en majorité de purs nègres , mais elle renferme beaucoup dlionunes de race mêlée. Ces hommes, issus du croisement des races pendant la domina^ tion des blabcs, doivent à cette amélioration physique ^ un certain ascendant sur les autres. Par
l'expulsion des blancs , ces métis ne peuvent plus que rentrer dans la ma^se générale, et leur infériorité numérique ne leur donne qu^une action que le reste paralyse. Cependant cette action a existé, elle existe encore. Les Haïtiens, d'ailleurs, ne peuvent pas être considérés comme abandonnés à eux-mêmes. Ils ont été témoins et instruments d'une existence supérieure à celle qu'ils mènent. 11 ne serait donc pas rationnel de les imiter comme .exemple. Parmi les nègres , les Ashantées., 'encore, présentent le phénomène d'une industrie plus perfectionnée que celle des autres. Mais cette industrie même , qu'est-elle , si on la compare à la plus mesquine des nôtres ? Cette industrie bornée les condamne peut-être plus encpre qu'une incapacité absolue; car s'ils ont pu parvenir où ils sont , qui les arrête aujourd'hui ?
Pour reprendre l'exemple d'Haïti , il y aurait unfaitplus concluant encore. Nous avons entendu soutenir que le temps , au lieu dq produire des améliorations dans l'état social des habitants, semble amener^ au contraire, une dégénérescence et un retour vers leurs habitudes natives. Si le fait est vrai , il est à craindre que les Haïtiens ne
donnent une démonstration plus complète et saûâ réplique du fait expérimental , dont on a souhaité recevoir d eux le démenti.Gela ne justifierait pas le droit barbare d'exploitation qu'on s'était arrogé sur eux ; constater leur infériorité relative^ n'est pas les réduire à une condition pire que celle des bétes de somme; c'est bien plutôt, tels sont du moins notre vœu et notre intention , appeler sur eux l'intérêt et la protection qui peuvent améliorer leur sort et peut-être perfectionner, par la constance de l'exemple , leur être moral et intelligent.
L'intelligence humaine se développe plus ou moins vite , suivant les circonstances dont l'homme est environné. Les animaux dont il peut emprunter le secours , soit pour sa nourriture , soit pour ses exercices et ses travaux, ont sur le genre de j&ib^2|j||l^embrassera , une influence immense. Les animaux dangereux dont il doit se garantir , les animaux utiles, qu'il doit soumettre, modifient son existence au plus haut degré.
Ainsi, les peuples chasseurs de l'Amérique, sont agiles, rusés, infatigables, parce que leur vie matérielle est le prix de la force , de la ruse , de l'adresse; ainsi , le Groenlandais , qui vit de la pêche, comme de la chasse, manie la rame et les
flèches. Dans un autre ordre , les peuples sont modifiés par le contact des animaux qui les entourent; TArabe, le Mongol , avec leurs chevaux , le Lapon avec ses rennes , le Péruvien avec ses lamas 9 ont vécu et dû vivre <l*une manière diflFérénte. Si la nature avail placé près d'eux tous également ces éléments si divers , leurs habitudes s'en seraient certainement ressenties, et une seule observaition, surabondante pour des faits évidents par eux-mêmes , vient le confirmer. Les chevaux amenés en Amérique par les premiers conquérants espagnols, se sont multipliés prodigieusement dans le sud ^ , et déjà les peuplades éparses dans Tintérieur de ce vaste continent , prennent les habitudes nomades analogues à celles des Arabes et des Mongols de r4l^ centrale. Cette vie errante et dure a totalement changé leur docilité si favorable à la conquête. Elle sauvera peutrétre les descel&dants peu nombreux des paisibles habitants , que leur douceur ne put pro*^ téger, et qui n auraient pas offert une proie si facile, si la nature leur avait accordé une seule chose: le cheval. Si leur nombre augmente, ils
* Hëbder, t. 2, p 07.
pourront reprendre un rang et une nationalité dans ces contrées, où jadis ils furent chassés comme des bètes sauvages » ou écrasés comme des bêtes de somaie.
La nature et les animamt ont donné à Thomme la plupart des arts qu'il possède ; le diasseur se nourrit et s'hatbille de sâ chasse , il bâtit sa hutte en forme de nid; le pêcheur creuse son cinot et hâ dcmiie la forme du pcôsson ; le smpent ensdgne Fvt d'empoidonner les armes; l'oiseau séduit par ïéAégxncb db son plumage aui mille nuanees et fiât saitre lusage dfb«e teindre le corps de différentes couleurs.
L'agriculture est , de tous les arts, celui qui a exercé le plus d'influence sur la société civile ; c'est à lui surtout que Ton doit la propriété qui est le fondement de toute notre organisation sociale. Cependant, cet art lui-même, ne conduit pas directement à cette vie de propriété exclusive et transmissible. Il y a plus, il ne confère pas même partout le droit de propriété personnelle sur la terre, mais seulement sur les fruits. Beaucoup de petites nations nègres cultivent le sol, sans concevoir pour cela qu'il leur appartienne.Ghaque année elles le oartasfent, le cultivent bien ou
mal, et la moisson faite , il retourne au domaitie eommun '.
Ainsi , le nègre réalise par indolence, la chimère soi-disant naturelle et philosophique qui s'oppose le plus aux progrès. Sous le climat de l'équateur, règne , sans code, cette loi agraire cause de tant de troubles à Rome, et dont on fait un épouvantail de nos jours. Pure spéculation de TinteUigenoe , qui a propagé la peur et nui . plus que tout le reste auprès des fanatiques du tien et du mien » qui ne savent pas et ne veulent pas se laisser dire que, posséder ou amortir par^Ji^possession, sont choses fort différentes.
Nulle part , le oègre ne s'offre à nous à l'état de civilisation active, et je m'explique : par nègre^ j'entends bien , la race pure des nègres non^seu-, lement de peau , mais de conformation ostéologique ; une partie des Indous aussi est noire , quoique d'une teinte différente, mais sans appartenir pour cela à la race nègre.
Des trois divisions que nous avons vues,Ia moins élevée est donc la race nègre ; au-dessus d'elle et à une grande distance dans l'ordre de la civilisation»
*fllRDER, t.' 2, p. iOl.
se présente la race mongole , qui ne serait paâ distinguée de la caucasienne, si un caractère singulier ne lui paraissait propre. Avant tous les peuples occidentaux» mais après les Indous caucasiens» la race mongole possédait à la Chine les arts et les sciences qui ne devaient être trouvés que bien tard en Europe. Malgré tous ces moyens que les Mongols avaient trouvés avant nous» nous les avons dépassés dans les routes de la civilisation » partout leurs arts et leurs sciences sont en arrière des nôtres» ils ne nous égalent qu'en un point peut-être, la morale. Dès une époque fort reculée, ils connaissaient l'astronomie, et leurs calculs cependant ne jouissent pas d'une grande estime parmi les savants; ils connaissaient les propriétés de l'aiguille aimantée , et leurs navigations sont circonscrites ; ils possédaient la poudre à canon , et ils on t été conquis plusieurs fois; Timprimerie, et leur système alphabétaire la paralyse. Enfin, tous les voyageurs s'accordent à les reconnaître comme stationnaires , ou peu soucieux d'aucune augmentation de puissance sociale, au moins relativement aux autres peuples. L'intérieur du pays est sillonné de ponts , de routes, de canaux , le commerce intérieur est actif et florissant, ragricullure est
considérée comme la colonne de Télat , la puissance paternelle y sert de modèle et de fondement à la puissance civile; ce qui n'est sage que dans certaines limites. Ainsi tout justifie Fobseryation qui a été faite par les Chinois; ils ont trouvé ce qui était nécessaire à leur existence et à leurs plaisirs comme peuple , mais ils n'ont pas été au-delà dans l'intérêt humanitaire. Il paraît donc» comme le dit HerderSque si la nature ne le^r a pas refusé Vesprit d'invention , elle Ta borné du mqûis; car ils n'ont rien porté à la perfection , ni utiUsé tout ce qu'ils connaissaient. La multitude de leurs caractères et les nuances nombreuses de son»
qu'ils expriment d'une manière variée, peuvent bien prouver la délicatesse des sens, mais, Vobli-* galion où ils sont d'avoir recours à cette multitude de sons, élève moins la délicatesse de leurs sens qu'elle ne rapetisse leur génie et fe don des coinbinaisons philosophiqi^^fs qui rendent à la fois plus claires et plus ^Eiciles Içs langues eur^ péennes.
La forme de leur gouvernement, qui n'a pas varié depuis des siècles , n'accuse pas mains ceUe
\ Herder, t. 2, {). "isySf.
immobilité de la pensée. Si c'est un avantage pour l'individu d'être soustrait aux diocs sociaux qui déplacent tant d'existences, c'est un malhetir pour lesipeiqpjes que de rester enfermés dans des combînaisonâ invariaUes, qui ne peuvent pas s'approprier à tous les temps ; à moins qu'on ne suppose les hommes constamment soumis aux m^es besoins, et incapables de s'élever i l'idée et à l'espoir d'un mieux possible et réalisable, * Les Gliiaois en ont-ils été plus tranquifies dans leur vie politique, on peut le nier; car leur apa^ thie oondanmaUe, si etteest raisonnée, les livrait cQBune une proie facile, à leurs voi^ns plus guerriers. S'il leur fallait subir quelques convulsions politiques, encore valait-il mieux les endurer comme transition à un état meilleur , que comme nécessité i laquelle il n'y a plus qu'à se soumettre sous la main d'un conquérant barbare. Ënfare toutes les naticMis du globe, le Chinois seul, I eprésentant la race mongote civilisée^ se retrouve le même qu'il fut dans l'antiquité la plus reoilée , ce caractère unique, entre toutes les nations du gk>be, ne peut ôtre qu'une condition de race. Des {peuples caucasiens mixtes , les égyptiens , ont eu une organisation politique analogue snr quel-
ques points, elle n'a pas duré ; et si elle a été renversée par d'autres peuples plus nombreux et plue puissants, ces peuples ne sont arrivés à cette puissance, que pour n'avoir pas accueilli cette loi d'immobilitéfLes Égyptiens sont tombés devant le progrès de l'humanité, devant les Grecs d'Alexandre qui,instruits d'abord par eux,avaient marché et les renversèrent au détriment sans doute de certaines parties, mais, à l'avantage de l'ensemble social , considéré dans ses rapports avec l'humanilé.
La troisième division, enfin, ou plutôt la première, dans l'échelle de l'intelligence^ est la caucasienne; c'est à celle-ci qu'appartiennent tous les peuples qui, descendus des hauteurs de l'Asie, pour couvrir Toccident, ont porté de là sur le monde, le tribut de leurs arts etde leur puissance, c'est cette race qu'il faut interroger sur l'histoire des révolutions qui marquent le passage des empires sur la terre. C'est à elle qu'il faut demàn-^ der les monuments des phases de la civilisation ; c'est à elle seule que l'humanité doit de pouvoir inscrire sur le frontispice de son temple : progrès^
La race noire exploitée jusqu'ici par les. deux autres , se courbe , en tremblant , sous le fouet de ses maîtres; elle ne sait ni les combattre , ni les
fuir; elle attend. C'est la passivité. La race mongolienne , douée de mouvement jusqu'à la satisfaction des besoins en rapport avec l'organisation physique , s arrête quand elle est parvenue à ce terme ; c'est l'immobilité : la race caucasienne a pour bannière l'activité; devant elle, la passion du mieux anéantit l'idée du bien ; à elle l'avenir ; mais ce n'est pas un don gratuit et obtenu sans combats , c'est le prix de la lutte de l'homme contre une nature rebelle ; chacune de ses conquêtes a coûté du sang ou des veilles. L'homme s'use ou meurt au profit de rhumanité.Toutes les connaissances que le Mongol semble oublier dans son orgueil indolent, le blanc caucasien les utilise \j;SStm relâche. peine la boussole esti-elle inventée, qu'elle lui révèle un monde, l'imprimerie lui fait conquérir un autre monde plus beau, plus vaste eQCore,c'est celui de la pensée,désormais devenue accessible par elle à l'humanité tout entière. Mais avant ces leviers immenses qui ont ouvert aux modernes le champ sans bornes de l'avenir ; avec des moyens moins puissants , nos aînés ne s'étaient pas abandonnés au sommeil des Chinois apathiques. Les arts élégants de la Grèce et de l'Italie avaient substitué la grâce aux construc-
lions colossales de l'Egypte , et le moyen-^e devait les surpasser encore en répandant le charme de k pensée rdigieose sur les arceaux délicats de ses pieux monuments. La Phénicie avait franchi ses étrmtes limites et porté dans le monde ses colonies, et le produit de ses manufactures et de son commerce. La Hollande , cette Phénicie moderne , a enchéri sur son atnée et parcouru le monde entier jusqu*à ce que T Angleterre la surpassât encore, en réunissant au commerce qui répand les trésors de la civilisation , Tindustrie qui les augmenle, la science qui les féomde.
Athènes et Rome avaient surpassé , dans les travaux de Tesprit, par la liberté de l'examen philosophique,les prêtres de Biemphisetde Bahyione. La France et l'Angleterre ont vaittcu la Grèce M Rome ea créant Descartes et Newton. Après Âristoplumes et Menandre, après Plswte et Tér€»ice , la nature accomplit soa œuvre en nous donnant Molière; elle acheva de briser les lisières de l'humanité par Voltaire et Rousseau; au 19" siècle , elle grava sur le front de rhomme la pensée libre, et la pensée s'est remise à l'œuvre de l'avenir. Tels sont les caractères tranchés qui nons paraissent établir une ligne de démarcation entre
les trois grandes variétés humaines ; mais en dépit de ces variétés , il n'y a sur la terre qu'une seule espèce d'hommes; tous sont aussi différents entre eux que les feuilles des arbres, mais partout dans la nature , la variété individnelle est confondue dans l'unité de l'espèce ; si quelques familles se rapprochent plus exclusivement , par un caractère particulier , toutes se rattachent à un type principal qui constitue propremesit l'humanité. Au milieu de cette multiplicité si abondante^ le caractère de l'unité se retrouve toujours , et nous l'avons traduit par le mot hommes , que la nature plus forte que les systèmes , accorde également à toutes les variétés dont nous avons parlé jusqu'ici.
C'est donc à Torigine de la race caucasienne , comme source de là civilisation qu'elle représente dans toutes les phases, qu'il nous &ut remonter.
La création de l'homme se perd dans la nuit du passé, nous ignorons et nous ignorerons très probablement toujours la cause de la différence des races que le temps et les influences des climats sont tout-à-fait insuffisants à expliquer. Nous les trouvons toutes gravitant smx
époques les plus reculées, autour des sommets les plus élevés du globe. L'une autour des hau« teurs de l'Afrique, comme il y a tout lieu de le croire, du moins, car iei les documents nous manquent; l'autre, la race mongole sur les pentes deè monts Altaï; la troisième, autour des hautes montagnes du Thibet.Nousla nommons caucasienne, par la double raison que les chaînes du Thibet sont liées au système du Caucase, et que cest par le Caucase, entre la mer Caspienne et le pont Euxin , que les migrations se sont faites. C'est là qu'il nous faut remonter, comme vers la porte qui ouvrit passage à ce monde de peuples qui inonda l'Occident.
Après les grands cataclysmes, dont la géologie nous offre , non l'histoire, mais les monuments et les résultats, nous ne trouvons rien qui puisse faire supposer une création humaine antérieure ; aucun fossile humain * ne se mêle aux débris des générations animales antédiluviennes, et Ton peut prononcer,, après tous les naturalistes et les géologues, que la formation organique la plus récente est celle de l'homme. Qu'il ait survécu au
CcYiLR, Disc.prél., Ossem. fo$$.
déluge des livres saints, c'est une autre question. Il ne parait pas que ce déluge puisse être confondu avec les immenses catastrophes qui ont bouleversé le monde et balayé ■- toute création. Ce que nous pourrions penser seulement : c'est que le déluge dont parle Moïse suivit de près la rénovation des continents ; il le place après dix générations. )1 ne fut;peut-^tre, qu'une tradition confuse de letat du globe après le premier, écoulement des eaux. Les hommes primitifs ont vu la terre encore à demi ensevelie. Leur premier ennemi fut la mer ; l'exhaussement des terrains des montagnes fut le double résultat du travail souterrain des volcans et de l'abaissement du niveau des eaux. Le travail d'écoulement ou d'absorption, de quelque nature qu'il fût , reculait les limites du monde habitable. En même temps, les générations s'aggloméraient; elles éprouvaient le besoin de s'étendre , ainsi les points les plus élevés du globe durent être les premiers peuplés, et c'est en descendant vers les terrains successivement découverts que les nations ont dû se répandre sur la terre.
Blaintenant , ne pourrait-on pas être fondé à dire que les hautes montagnes du globe ont été , partout où nous les avons reconnues , le berceau
de la race qui les âvoisine; si les montagnes de la {une ont donné naissance aux nègres , les Andes peuvent être \i. patrie des Américains , les Alpes celle des Européens; n'y aurait-il point autant de variétés de l'espèce huâmitte , qu'il y a de hautes chaînes que Ton peut supposer leur asile? Nous avons prévenu cette que^tioi^ en réunissant , sous trois races principales , les variétés de l'espèce humaine. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans la partie du débat qui appartient plus particulièrement aux naturalistes et aux géologues. Nous ne préjugeons rien à leur égard; mais fondés sur le& séries historiques dont nous allons esquisser le taUean, et sur les données générales les plus probables selon nous, nous adoptons les trois pottits^ principaux que nous venons de signaler. Le travail que nous entreprenons justifiera l'opinion qœ nous avons émise.
Linnée^ se représentait un point isdé et s'agrandissanl successivement, comme le lien primitif et )e sommet de la création ; la terre nous offre certains plateaux plus élevés que tout le. reste du globe , et c'est en Asie qu'ils sont situés ; ces pla-
* LiifN^., amenittUes. — JcadenUeœ, t. 7, p. 440. De tHlare hixbitàbili.
içaux pont peiipl^f d ttpgr^M>96^r^ctiVÛmra^ : or^le» ai4aMUx49^e$tiq|tte6 soal originalireis d» la haute Asie, oùODéles; trouYdieBdore^àliétai'satU vage, suivant Pailas/
L' Asiô « ^Qb général » : ei^t Qoa^'seiiittmèiit là contrée la p^usffrtUe, oi^lsi plus €fe?ée du glojïe.^ Ainsi., ea admette ViiypcithèBe de la lietraite de& eaux,«^9 dotfâh^e la (>reaâère découTerte:; l'Asie, est auçjsi le lieu où 1q$< forces iTtvîfiàntés de k na^ ture {fissent ayeç le plus; d'intensité. La raisoir est donc d açcovd av€ie Teq^aérienoe p6ur en' foire ie séjour d^es prea^ièiles pi^ubticws fainhaînes* , Uapouprd'çeiil sur J^saMbres pavtî^ de ;mfmde rendra, .oeUe vérité ptlus aensii^^iiiptoîmdé^ montre^que l'Occident a tiré de l'Asie JèsiMymtdies et, les animaux qui Topt peu|^;, et /qu'il était; ei^^paçtift, pfl«yfir< d'eau, ^fo^ètséb de HoràisV qu^d iç sol le.pUis ^eyi^ ê0 l'Asitélnt dlèiàfoiiltivé; A des épines , c)oi|i|^atiyânei^ çhées(]|e nos jop:s> nous. voy^QBâkeç^ore laGtermajaie et la Gaula dans cet état* Gé^r etj Tacite spnt.d'i|^.çoFfl e^ pe ywfi. l^ «ei^ede TAfn^^
^ Pàllàs. -* Sur la form, des montagnes,. Mém*^ de PUtts^bourg , 177T, l « partie .
ils
ne Doos est poiût^M>nnu , mais les géographes et les géologues s'aecordèikt à pefiser qne ce plateau n'égale» ni en hauteur ^ ni en largeur, ceux du continent asiatique.
Enfin, si nous considérons les monlagnés escarpées de FAntérique^ ses vallées basses et humides, l'absence d^animavx utOes; partout les gouvememens, même les plus avancés, annoncer cependant Teiifance des peuples , on sera porté à croire que ce contînent est de formatidn plus récente que le monde anaèimemënt connu. IVous sommes loin , cependant, de vouloir <)onnor ici un simple apevça comme ime opinion. Nous ne sommes pas compétens , et nous Favouons , sûr oette quésCiooi. .
. U restepa toujours cpie» dans le grand procès de Tiirténoiilé ide9'cotaiitôii&, ééliii qiie noiis ap* pelons k vfdiix coiltîÀent se ^i^ési^tite at0c âfk titrqs; plue poBÎtffeqae te âouveau.
C'est donc; comme nous l'avôfti dît , sur Tan* cien continent qu'if feut chercher les sources dé là civilisation, et sti* cette partie du globe, c'est à l'Asie que nous sommes invinciblement conduits. Le point de départ dé toute civilisation est la supérjiQ^ rite de l'homme sur les animaAix,. l'eoMrcîce de
i^eiie dupériorîtéi c'est la sonTsmneté, et qoog Fa voyons établie en Asie; c'est là« coniflie le dit ]^^ lat» , qae qoua trofiivoAs tous les flnimacut dkmdes* tiques» ou sqscsefdiUeb de le àereoin c'est là ^u^ ont éAé siMiàda à nos faeminis; |illi8' (^ Vi^igtië da ces plateaàx de l'Asie , plus les animaux do^ mestiques devieanent raras , non pas en iiombre' de têtes , mais en espèces. Nous pourriofis dire à qttefie époque plusieurs d'entre elles ont étéim* portées. > D'a»lres enfin ne s'acclimatent point cètez nous et ne se trouirei^t que daus l'Asie. et l'Afrique. L'Amèriqne^ ncfis. l'avons déjà ofas^rté; en était prasque dépouv^ue. Nos animaux d'Eu* rope viennent presque tous de F Asie^
il en est d» mâlne denos plantes et denM ar-^ hMB* Bans la ]^w geande paMié de l'Asie , leUe esl indigène, et. l'agfttulture a devamié prodigieux semeitl lan^Ara ] les aqieîtteurs friits , noue lee Itt» ddirons également. Si nous aireas emfMruMé quek ques végéÊiux à rAmérique, nous en savons l'biMoire, far tradition seule nous apprend que uobsen^ dirons le pkfe graad nombl-é ai' Asie. CTest fm^iaît • iaeoidesié, car nous ii'ai^efis paé^ entendu disputer la vigne à Noé ni les cerises à LucuUus.
Les plus anciens mcmaments portent également Tempreinfe asiatique* Rien, dans les autres partie» du monde, ne peut leur être cooocipaTé; rien:sur^' to^t ne. peut leur disputer leur antiquité; Bn on mpt, sous tous.les rapporté commerciaux, indus* trîels^ scientifiques /littéraires,^ il faut toujours nous jrepcNPter vers l'Asie si nous voulons jeter' les yeu^ sur Içs plus anciens monuments du p^sé.. C'est à l'Inde, au Thibet,.à la vieflle Chair dée qu'il faut demander ces systèmes co£»nbgo^ niques, auprès desquels les récits des au^ très peuples, ne sont que des fables sans lidison^ et latins suite. Ces systèmes sont la voix du passé qui cherche à se dévoiler à nous^ mais qni ne se révèle pas d'une manière explicite y avec toute rexactitttdê d'une, lustmte afithefatique* Eaut-di pour oela r^etw de qu'il nous asihcmoe? Un en-" but, dit Herdèr^* 4Mr rappelle -quebliies drcon*^ stances de ses premières années; si pliisieurs en» £smts élevés ensemble, et égarés depuis, ra-* content la même chose, ou des&its qui ont ^fitrè eux iitie extrême rèssembiasice ,^ pourquoi neleâ crpirio]ftS'«M>ii$ |>asi?'Poiirquoir6{useriôbs«oris dé
* Hbrder. t. % p. 243.
Infléchir sur ce qu'ils disent» surtout si nous ne pouvons obtaiir aucun autre renseignement.
, Or, ces. traditions pwtent partout une em*preinte qui feît reconnaître leur homogénéité • Au Thibet, f la.tradition veut que latwre soit fjflacée aulo,ur d'une montagne gardée par des monstres etdes géants; son somitaet^t babrté par Xe^Lahsy les parties inférienresi, par des êtres moins dis*' iûiguési.!
Le Gange est consacré dans tout llndoustaan-, et il descend immédiatement des montagnes
saintes; la terre ét»t couverte d'eau , à rexoepdon des monte des Gate^. ^
Le système de Zoroastre n a point d'autre bas^ que les croyances du TJûbet et dé Tlnde; ilnous mpntre la grande montagne :Alb(»*dy, * placée au centre de la terre» d'autres. montagnes s'étendent à l'entour. Près d'elle le soleil fait sa révolution , les rivières sortent de son sein , et sur le sommet Q^t situé Iç paradis» .
Partout cett^ tradition unanime des montagnes
' GeorgiiUp. tibetanui% p. 181 et suivantes.
* SoNfiKRAT.
* Zend Avesta.
primitives, se retrouve dans TAsie; elle est recon* naissaUe dans Tiafluence des mythes des con* trées les plus élevées sur ceux des terpes basses. Daus là Piiéiiicîe,,&6us verrons figurer dans le iK«BÈre dea géaératîoiis , Gassius et Libanus, noQdsde nu^tagneà ; DésigiiÉtîof» allégorôfiies, aus^^uelles se nittscheiit desîdéoe^tdes^fsûtsap^ parteobut à rhistoâl^ des hooines.
A la Chine , Yao règne de concert avec les mon^ tagnes^ et les CHiinoU célèbrent ime giMidb ait)ntagne située au centre de la terré \-
Dans les tractitiOms égyptîeMies, cous peovons reconnaître un système relîgimit eix baroMme avee celui des Phéniciens; h ftuk rëgnimt seule sur la matière GOnÇoudue ^ fargile où sont déposés les germes des dtoses âttemlant l'ordre et le m«euvemeAt que doîtiiii imprimer Tesprit; te Créateur du mtmàe^
Une autre idée eesmi^tiiqué eM égaîem^t accueillie par tous les peuples, c'est ceBe du <4iaM et de T^teirflfeondé , que nous toyons aussi bien éclore en Phénicie et en Egypte que sur les bords du Gange. Orphée semble avoir été le pre-
* Chou-Kuig-
mier quiaitiQtro<ii|it, parmiles Grecs» ladodrÎM de tim^f du monde. \\ layaii. pn^)abti^e«t fmw cfaœ |e$ ^yptiçq^» ^Le^ Phépi$iKQ8 donnaîenf 9UV ifotffs çélctff es ia. forpid. d*^ cBuf , ^ a^o^ raiej^t dana^ei» orgies daBapchuB.uB canfconme §yiiib9Le 4» qnqiMi^. ^: Le même ^ymJM^ a été employa p^r Içs Çbf(l4é^««, Icâ P^r&sias^ les'lnr diens et les Chinois , et cela, non seuleoMnAi cause de la figure extérieure de Fœuf » maïs à cause. de j^çop)j[)6pitio9 interne; la ooqiiiUe rçr présentait le firmament, le blanc Tair , ^ Iç Jaune la terre. *
Mais n'anticipons pas sur les détails dan^ lesquels nous entrerons quand nous arriverons aiM^ croyances Religieuses. Certes, ce n'est pasi à Vaide de traditions aussi confiises , et que nous n'indi- ^o^s ici qu en passant ^ qi)e nous espérons arriver à la connaissance du moçde primitif, mais il est perniis de conclure de ce |>remier coup* d'o^, de Tensemble qu'il nows/ai(; saisir et des laits .attestés dont nous ayons parlé somPU^fe-
5 HUt. nmv. Ae$ Anglais, t. i, p. 56.
méat, que c'est aux contrées où ils ont pris naissance que doit être attribuée Forigtne du dévetoppemeiit di^li^tenr de rèspèce humame. L'Asie est cette contrée, et Tàhalogie de ces traditions ne nous conduit pas séulem^it à cf'oire à là comiJiUAàutéa'origine, mais elle en circonsàrit la reoberche et la limite aux pins hauts plateaux de
Une question plus difficile apparaît maintenant, toutes les autres viennent s'y résumer et s'y confondiez L'Asie étant te éentre dés populations humaines, le berceau de la civilisation, à quel peuple , à laquelle des grandes familles asiatiques fàut-il attribuer rhonnéur des premiers pas faits sur cette terre' nouvellement livrée à Tactiviié de l'homme ? qui lé premier commença Toeuvre civilisatrice? Il serait peu digne dîi philosophe de décider éatté'de vaines et inutiles rivalités; mais il n'est' pas sans intérêt de connaître à^ qui le monde est redevable des premiers effort i^ dans cette carrière liùmensé, dont linè partie est parcourue. Des considérations d'un autre ordre, ren* dent cette recherche plus importante aicore; à chaque pas nous lieurtods atrtaïit de prétentions qu'il y a de nations diverses, toutes se rattachent.
comme nous l'avons vu et comme nous le prouverons plus amplement, à une tradition unique; toutes réclament également la priorité. Essayons de saisir le fil qui devra nous guider dans ces obscurités historiques, c'est l'objet qui va nous occuper désormais.