XIII«« SIÈCLE
DE Fixa. 1202 ConGrraation par Henri il, roi d'Angleterre, des
dons faits par son père aax lépreux de Fixa.
Di FiiA. 1309 Letlre de Guillaume de Beaamont à son frère Raoul
de Beaamont, seigneur de La Flèche, pour rengager à reconnaître les dons faits par le roi Richard à l'Abbaye du Mélinais : on y lit — porte de Fixa.
Fixi. 1217 Àpud Toreiatn (Tborëe). Charte de Raoul, vicomte
Bellimontis (de Beaumont) et seigneur Fixe h Saint-Jean^de-Mélinais de tous les droits qu'il possédait sur la rivière Lidi (du Loir), depuis le mouUn de Polers jusqu'au port Ckevaekc.
DE FissA. 1223 Charte de confirmation do Raoul, vicomte de Beau-
mont, de tous les dons faits à l'Abbaye du Mé- Unais par Richard -Cœur -de -Lion, d'après le témoignage de proborum hominum dr Fissa.
DE Fixa. 1216 Charte de Michel , archidiacre Transligeris conte-
nant un accord entre le prieur de La Flèche et l'abbé de Saint- Aubin pour leur prieuré de Fixa.
DE Fixa. 1276 Abonnement baillé par Etienne, archiprdlro de
Fixa.
DE Fixa. 127d Bulle du pape Nicolas II I en faveur du prieur et
frères de la Maison des lépreux (Saint-Jacques) de Fixa, qui leur permet do succéder à leurs parents.
Au XI"« siècle. — 2 Fixa, 1 FUsa, 2 Fecia. Au XIIiM siècle. — 5 Fixa, 5 Fista, 1 Fissia. Au Xni"« siècle. — 6 Fixa, 1 Fissa,
Toutes les chartes dont roriginc n'est pas mentionnée sont conservées aux archives départementales du Mans. Elles ont été classées et analysées par M. Ed. Bilard, archiviste de
son entier, mais autre part sait le premier, soit le second, ont été éliminés; ainsi Fangeaux est l'ancien Fanum lovis, les deux amalgamés dans un seul; Fano était autrefois Fanum Fortunm, le premier conservé; Monaco, Portus Herculi$ Monœcis, le dernier survivant aux deux autres.
Comme l'observe très- judicieusement M. Talbert, le noïn de Petra Fixa se prête aux mêmes modifications :
V Ou les deux noms s'amalgameront en un seul et Petra Fixa deviendra Fierrefite; Pétri Fons, Pierrefont; Petra Fortusa, Pierrefort;
20 Ou le dernier disparaîtra, et on aura Petra ou La Pierre, village de Saône-et-Loire ;
3» Ou le dernier demeurera et on aura Fixa et ses dérivés.
Maintenant nous avons à chercher en vertu de quelle règle de Fixa, JFissa, Fissia, Fisca, Fissœa, on est passé à Fecia, et de Fecia à Fleca et à Flechia.
Tout en nous appuyant de l'argumentation de M. Talbert, nous ne la suivons pas cependant d'une manière absolue.
Nous avons établi deux catégories de noms, les notns latins conservés jusqu'à la fin à peu près intacts dans les chartes et les noms romans provenant de la nouvelle langue issue par corruption de celle des Romains. Nous avons dit qu'au nombre des chartes les plus anciennes que nous connnaissions, il en est deux où nous trouvions inscrit le nom de Fecia — Le même
OlLLERIUS PROMIT A JOUANM DE FeCIA.... FiRMATUS RePULSUS DONNE UN
BDRDAGE AUX MOINES DE Saint-Aubin ÉTABLIS ad Feciam. Or, d'après l'exeraplo que nous avons cité, le mot Fecia, de très-basse latinité, est employé pour indiquer des bois ou branches coupées pour bâtir des cabanes. De ce mol, devenu un des premiers noms de La Flèche, il est facile d'arriver à Fleca ou Flecia et Flecchia par l'habitude des angevins, constatée par Ménage, d'intercaler où ils le peuvent la lettre l ; ainsi ils disent (léger, fliger au lieu de figer. Remarquons que dés le commencement du XII"» siècle Orderic Vital se sert du nom Flechia ou Flecchia — Johanni domino Castri quod Flecchia dicitwr. Benoist de Sainte-More écrivant peu de temps après, vers 4183, son po( me roman intitulé Chronique des ducs d? Norm^indie et qui a suivi pas-à-p.is Orderic Vital, se sert du nom de La Flèche tel que nous l'écrivons enrore à cettte heure — Joan de la Flèche ert sis père — il y manque l'accent grave, mais il ne le met pas à 'pere ni à mère dans le vers suivant — S'aneit mult sage dame à mère.
D'après ce que nous venons de dire, nous prenons donc le premier nom roman de La Flèche dès sa naissance Fecia pour en arriver tout naturellement à celui-ci, déjà employé au X 11""^ siècle y et certainement auparavant Car pourquoi Oràeric Vital , le moine de SaintrEvroult, qui du fond de son monastère écrivait son histoire en langue latine, ne s'est-il pas servi du
NOMS DE LA FLÈCHE. il
nom Fira ou Fissa employé par les moines de Saint-Aubin et concordant mieux avec la langue pure de Cicéron ou de César. C'est qu'il traduisait dans ses pages tous les récits oraux qui pouvaient lui être utiles, qu'il questionnait tous les chevaliers, hommes d'armes ou autres témoins des événements dont il voulait connaître toutes les circonstances, et que tous alors, ne parlant plus que la langue romane, se sont servi devant lui du nom roman déjà avancé dans sa corruption, de celui plus ou moins mal prononcé de Fleechia.
Ajoutons à ces détails que Raoul de Diceto dit Helias^ filius Johanni de Fleca (abbretationes chronicum), et qu'il se sert de ce nom vers la lin du XII"« siècle, après qu'Orderic a écrit Flecchia.
Donc pour nous, d'après ce point de départ, le nom latin, subissant de la part des écrivains, qui s'en sont servi, quelques altérations : le nom roman issu d'un mot latin que nous ne trouvons pas dans nos dictionnaires et devenant ce qu'il est aujourd'hui, moins l'accent grave, dès le XII™« siècle.
Pour tout dire sur cette question, notons qu'en basse latinité Flechia à Gallico veut traduit par flèche, sagitta — Mira. M" Urbani-Miles Navarrus inguerra, que vertitur in Albania, percusstis cum quadam flechia vensnosa — et que Flecchia était un lieu couvert d'eau stagnante — locus aquis $tagnantibt^ opplelus — e^tains grands fossés ou douves appelez Douves, (In. ch. an. U06.)
Le point très-faible de cette dernière argumentation serait , nous devons le dire, que le nom latin et le nom roman de notre ville n'auraient ni la même origine ni la même signification. Les lettrés et les seigneurs l'auraient nommée Fixa en raison des traditions druidiques, le peuple Fecia d'après les misérables cabanes qu'il y habitait dès le début.
Revenons à l'opinion émise par M. Talbert : les deux noms Fecia et Fixa sont authentiques, ceux de Flechia et La Flèche le sont aussi et tous sont contemporains.
M. Talbert prend Fixa pour point de départ et demande comment de ce nom el de ses dérivés, on est passé à Fecia et de Feda à Fleca ou Flechia.
La substitution de Ve à Vi n'est pas rare dans les mots français dérivés du latin; de circulus on a fait cercle, de philtrum on faisait indifféremment au moyen-âge feltrum.
Donc de Fissa, on a pu faire Fessia ou Fecia.
De Fecia, les angevins seraient vite arrivés à Fleda, Fleca, Flecchia, Flechia, La Flèche; il faut néanmoins que ces altérations aient été promptement effectuées, puisque Flechia, Fleca et La Flèche sont déjà du XII"»« siècle.
Ménage pense (et M. Talbert avec lui) que si l'on eût conservé des titres romans du IX'"^ ou X"* siècle sur notre ville, on la trouverait certainement
appelée la Fiche et La Fliche, et alors serait pleinement justifiée Tassertion que Fixa vient de Petra Fixa. De Fixa f\\é, La Fiche, La FUche, La Flèche.
A défaut de ces titres, nous avons donc cherché autre part, et, comme il arrive toujours en pareil cas, le doute reste.
M. Clére, dans une notice sur les noms de La Flèche, émet l'opinion que cette ville doit peut-être son nom aux peuples du Nord, qui, à différentes fois, saccagèrent le Maine et TAnjou, et qui l'auraient appelée FUck ou Flechem, vieux mot allemand, qui signifie lieu, bourg ou village. Mais heureusement ces barbares ne faisaient que passer, et les populations n'auraient pas adopté ce nom étranger au lieu de celui qu'elles avaient donné elles-mêmes.
Le nom français du XII™* siècle a été altéré depuis.
Dans Alain Chartier (Hist, de Ch, VII), nous lisons la Fleische; vers le milieu du XVIII"® siècle la Flesche ; et enfin nous sommes revenus à l'ortographe du XII"® siècle avec l'accent grave.
Les Jésuites ont formé le nom de Flexia d'un dactyle plus élégant, tout en usant aussi du nom primitif latin Fixa.
Quelques écrivains ont pensé, et parmi eux Adrien de Valois, que le nom de La Flèche dérivait de Flechia, mot barbare du moyen-âge, qui signifie flèche, à cause de la flèche magnifique dont Hélie, le deuxième seigneur, a doté l'église de Saint-Thomas et qu'un orage a renversé en 1722, ou parce que cette ville bâtie en longueur peut être considérée comme ayant la forme d'une flèche ; cette opinion ne peut être défendue qu'au cas où on ne considérerait pas le nom de Fixa comme celui dont doivent dériver tous les noms latins et romans dont on a fait emploi.
Telles sont les origines et les différentes transformations du nom de La Flèche.
Quant au passé de cette ville, avant le milieu du XI"« siècle, il reste parfaitement incertain : on ne peut dissiper les ténèbres qui le couvrent. Située sur les marches angevines et mancelles, trop éloignée du centre des deux comtés, possédée par un seigneur qui résidait au loin, et, avant lui, suivant toute probabilité, par le comte du Maine, La Flèche ne suivait pas la marche ascendante des villes qui l'avoisinaient. De 1087 à 1040, Foulques-Nerra, comte d'Anjou, les avait fortifiées comme il l'avait fait en Touraine pour Sainte-Maure, Lahaye, Montrésor, Montbazon, etc. « In Andegavo edifi' cavii Baugiaciim (Baugé), Castrum Gi^?i^erH (Chàteau-Gonthier) , Ditristallum (Durtal), et multa alia quœ enumerare inora est, » (Foulques Réchin, fragmentum Historia Andegavensis )
Pouvons-nous compter La Flèche parmi celles que Foulques Réchin ne nomme pas dans son écrit — et multa allia? — Nous ne le pensons pas ; son nom n'aurait pas été passé sous silence en raison de son importance comme point défensif.