CHATEAU DE LA FLECHE
Il est à croire raisonnablement qu'aucune forterese n'avait encore été établie sur ce lieu si propice à la défense, et que Jean , le premier seigneur connu résidant à La Flèche, ne rencontra pas d'abord d'opposition pour la construire ou du moins la rendre formidable par de grands travaux de la part des comtes d'Anjou, qui l'attaquèrent plusieurs fois, la considérant, plus tard, comme une perpétuelle menace ainsi formulée par les comtes du Maine qui leur devaient hommage.
Foulques- Xerra avait parfaitement délimité les frontières de l'Anjou restées telles jusqu'à nos jours :
A TEsl par Saumur, au Sud par les fondements qu'il jeta des villes de Maulévrier, de Passavant, de Montreuil, à l'Ouest par la construction d'une forteresse à Florent-le-Viel, au Nord et au Nord-Est par la fondation des villes de Châleau-Gontier, de Durtal et de Baugé.
Comment, dans ce projet de défense si bien indiqué, n'est-il pas question de Là Flèche, située à l'extrême limite et qui, dans ce môme siècle, aurait déjà possédé ce château érigé daùs la profonde rivière du Loir, différant d'une manière si essentielle des autres castra féodaux, jeté sur des pilotis liés ensemble par des arches hardiment établies, flanqué de deux îles coupées par des canaux exécutés de main d'homme.
Ces arches solidement construites étaient reliées entre elles de manière à ce qu'on pût construire dessus un édifice tel que cette forteresse à plusieurs étages et d'une grande étendue.
La construction de ces arches était de beaucoup antérieure à celles de l'ancien pont, dit des Carmes, et à quelques pieds plus en amont de la rivière. A l'une d'elles se trouvait une issue appelée le Troti^rÉvêque par suite d'une tradition dont nous prouverons bientôt la complète invraisemblance.
L'une des deux îles, baignée d'un côté par les eaux du Loir, de l'autre défendue par des fossés larges et profonds, remplis des eaux de la même rivière, formait un avant-poste difficile à forcer; la seconde, également entourée par les eaux du Loir, communiquait au château par un pont-levis et renfermait une partie de la rue Basse actuelle. Aucun bateau ne pouvait passer .sur la rivière sans payer au seigneur un droit de péage. De l'autre côté du Loir se trouvait une autre île, défendant encore au besoin les abords du château. C'est à présent le premier (ïiubourg nommé la Beuffrie ou Beufferie.
Nous devons donc croire que du temps de Foulques-Nerra, mort en 1040, le château n'étiiît pas encore bâti. Ou du moins (car ici l'historien ne peut |>as se permettre d'affirmer), la station simplement fortifiée ne pouvait avoir qu'une importance minime, s'il y en avait une.
Mais, dès 4067, il est question de l'armée de La Flèche — Exercitusde Fixe. (Chronique dp Sailli' Aubin.) — Donc il y avait à cette époque un
château, lequel a été pris et brûlé par Foulques-Réchin en 4084 — FiUco Rechinm eastrum Fixa capit et incendit 4084. (Chronique de Saint-Aubin^ Ménage). — Ce château devait abriter au besoin les principaux hommes (l'armes du seigneur. D'ailleurs, si, comme nous le pensons, et comme nous porte à le croire l'alliance de Jean de Beaugency avec le comte du Maine, la seigneurie de La Flèche appartenait à celui-ci, sauf l'hommage au comte d'Anjou , rien n'aurait porté Foulques-Réchin à bâtir un pareil château pour un vassal plus souvent l'ennemi que l'allié de son suzerain. Tout ^st donc un peu conjectural en ce qui concerne La Flèche avant Jean , seigneur de cette ville et fils de Lancelin I«s premier seigneur héréditaire du comté de Beaugency (4).
(1) Beaugency (en latin Balgmtiaeum et Dugentiaeum), ville de TOrléanais, sitaée snr la Loire, avait anciennement un chflleao qai passait pour être l'oavrage des Gaulois; il n'en reste plus qu'une tour. Lancelin, dit aussi Landais !«", ftit, suivant une ancienne généalogie des sires de Beaugency fapud Etiennot, Fragm, T. XHI, p. 86^, le premier seigneur héréditaire de ce grand fief. Il était, selon Bernier (hit. de Blois), fils de Landry-Sore, qui avait rhonneur d*étre allié h la famille de France et vivait vers l'an 1000. L'an 1033, au mois d'août, sous le règne d'Henri I*', il fit expédier une charte par laquelle U donnait à l'église de Salnt-Euverte d'Orléans le village do Vescl , villam de Veselo. L'acte est signé à la manière du temps par trois de ses chevaliers et cinq autres témoins ; il fut confirmé plus tard par ses petits-fils : Hane autem donationem confirmavere Simon et Lancelinus de Balgentiaeo fralres, filii Ranulphi, sicut et avus eorum Laneelitim concesserat {Etiennot, ibid. p. 38).
Raoul de Beaugency est cité parmi les premiers seigneurs français qui se croisèrent et se signalèrent au siège d'Antioche. Simon II, sire de Beaugency, suivit en 1248 Saint* Louis en Terre sainte.
Lancelin signa, l'an 1040, sous le nom de Landry, l'acte do la dédicace de Téglise de la Trinité de Vendôme, et vendit, la même année, à Agnès de Bourgogne, comtesse de Vendôme et femme de Geoffroy-Martel, comte d'Anjou, le droit de patronage de l'église de Bienhcuré, située dans le faubourg supérieur de cette ville dépendant du sirede Beaugency. La même année, il signa sous le nom de Lancelin une charte par laquelle le comte Geoffroy-Martel fait un don à l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers, fondée eu 1030 par Foulques-Néra et possédée à cette heure par TOrdre du Bon-Pastcur ; comme témoins ont signé : Herbertus cornes anomagnis et Hugo nepos ejus; Lancelinus Balgenciaco. Nous retrouvons encore son nom dans la charte de fondation de l'abbaye deLesvière. fondée à Angers par Geoffroy- Martel et Agnès de Bourgogne, son épouse, comtesse de Poitiers : Landriciis de Balgenciaco. L'ao 10.50, Robert, abbé de Vendôme, étant à Beaugency, Lancelin lui permit d'établir une foire le jour de Saint-Bienheuré. L'acte de concession porte qu'elle fut faite — Domnoabbatiin palefrido suo sedente, Lancelino verô in pedibus suis coram eo stante {Cart. Vindocin^ 1 folio 79).
Lancelin avait épousé Paule, fille d'Herbert-EveîUe-Chien , comte du Maine et soeur d'Hildegarde , première femme de Foulques-Réchin, comte d'Anjou. Il en eût trois fils ; Lancelin ou Landry, deuxième du nom , qui lui succéda comme seigneur de Beaugency ; Jean, qui devint seigneur de La Flèche ; Ancelin ou Anselme de Beaumont, mentionné dans le cartuiaire de Vendôme {charte 288}.
Lancelin I«r vivait encore en 1051 et était mort en 1060.
S'il faut en croire la chanson do geste d'Uugues Capet, le père du chef de la dynastie des capétiens eut été sire de Beaugency :
Car ly vrayc cronicque, ou ly fait furent mis Que s'ensicvent au livre que j'ay a dire en pris Temoingne que ly perez Hicon que je vous dis,