CHAPITRE CINQUIEME
CORRESPONDANCE DES COMMISSAIRES MUNICIPAUX ET DE CANTON AVEC LE COMMISSAIRE CENTRAL DU MANS. - CHOUANNERIE.
S3 germinal an IV (12 avril 1796). — Le citoyen Commeau, gardemagasin militaire de La Flèche, avait, avant la publication du 4*^ pluviôse, quatre chevaux, dont trois superbes ; il les a vendus pour échapper à la loi ; l'un, au moins, portait la marque de la République.
Ouverture des lettres à la poste :
« Je vais tous les jours de poste au bureau avec un membre de l'Admi- € nistration faire l'ouverture des paquets, et lorsque nous trouvons « quelques lettres adressées à des particuliers qui sont suspects , nous en € faisons l'ouverture.
€ 21 noréal an IV (10 mai 1796).
« Rocher. »
Mime date, — Avant-hier, notre garnison a sorti pour marcher sur les Chouans; elle les a rencontrés sur la commune du Bailleul; il y a eu un combat qui a duré peu de temps ; le résultat est que dix à douze sont restés sur le carreau ; nous avons à regretter dans cette occasion un brave volontaire qui a été tué. — Rocher,
46 prairial an IV (4 juin 1796). — Le citoyen Dubois, commandant la place de La Flèche, écrit de Sablé au sujet de la reddition de beaucoup de Chouans ; quatre chefs ont promis de venir demain à la tète de leurs compagnies pour déposer leurs armes. — Passeports imprimés demandés. — Rocher.
7 prairial an IV (S juin 1796). — Commissaire cantonnai au commissaire central :
4c Une ou deux communes sonnent les enterrements et VAiigelus trois « fois par jour. Les croix sont placées dans les cimetières.
« Davy des Piltières. »
Réponse. — < Empêcher de sonner ; ôter les croix avec prudence. »
25 prairial an IV (43 juin 4796). — Aucuns pères ni mères d'émigrés dans le canlon. — Davy des Piltières.
7 messidor an IV (25 juin 4796). — Du môme :
Serment de haine à la royauté. — Absence signalée du nommé Gautier, adjoint de Verrou. — Réclamation du sieur Giroust, prêtre insermenté détenu au Mans.
Le juge de paix du canton de Saint-Jean-de-la-Motte se plaint de la difficulté de trouver des agents municipaux ; personne ne veut à Clermont accepter d'emploi.
Le citoyen Fougère instruit le commissaire près le département que les Chouans ont brûlé chez le juge de paix de ce bourg une quantité de papiers et entre autres la collection des Lois.
29 thermidor an IV (46 août 4796). — Fréquentes et fortes réquisitions par l'autorité militaire sans payement autre qu'un reçu. Alarmes des habitants à ce sujet.
Réponse du commandant Dubois, — Ne peut faire autrement pour faire vivre ses frères d'armes.
22 frimaire an F (42 décembre 4796). — Déserteurs. — Prêtres. — On n'a pu découvrir ni déserteurs ni émigrés dans le canton. Bruits populaires indiquant que quelques-uns se réfugient dans les bois. On signale Le Gachey et Fontenelle de La Flèche. — Davy des Piltières.
40 nivàse an V (34 décembre 4796). — « Je dois vous instruire que c malheureusement depuis quelque temps l'esprit public perd dans ce « canton; presque partout les ci-devant chouans font coalition, tenant des « propos anti-républicains; disent que la Chouannerie n'est point finie, vs « bientôt reprendre, menaçant pour ce temps ceux qui ne sont pas de c leur avis ; presque tous sans armes ; ils réchauffent leurs partisans , intic mident et compriment tout le reste. »
< Davy des Piltières. »
Ordre de se concerter avec le commandant de place, de surveiller les manœuvres des ci-devant chouans et surtout de prévenir le ministre de la police.
2i nivôse an F (43 janvier 4797). — Le citoyen Davy des Piltières prévient que quatre individus masqués, armés de sabres, de pistolets et de fusils, ont envahi nuitamment cinq à six fermes, ont enfoncé les portes qu'on refusait de leur ouvrir, et ont maltraité les habitants en volant toot ce qui s'est trouvé à leur convenance , se disant chouans. Ordre de les rechercher par les notables.
Le citoyen Giroust , prêtre renvoyé du Mans , est interné à Verron sous b surveillance des autorités de La Flèche. 20 pluviôse an V (8 février 4797). — Le môme commissaire écrit i
celui du département que depuis six jours les cantonnements sont levés, gue les colonnes mobiles non ou mal armées sont sans force contre les Chouans , que Tarbre de la Liberté a été abattu à Crosmiéres aux cris de Vive le Roi , que ceux-ci profitent de l'absence des troupes. Il demande avec instance des forces suffisantes.
Le commissaire du département répond , en date du S4 pluviôse , qu'il a écrit au général Quesnel , et charge le chef de cantonnement de La Flèche de faire d'activés recherches.
24 pluviôse an F (12 février 1797), 6 ventôse an V (24 février 1797). — Lettres du citoyen Savardan , fils , administrateur municipal , écrit au commissaire près le département au sujet des Chouans soumis, qu'on voit toujours saisir l'occasion de fomenter des troubles et surtout d'entretenir une certaine agitation dans le pays. Il parle de fusils cachés dans des réduits, etc., etc..
/* germinal an V (7 avril 1797). — Note sur M. de la Barbée, ancien chef de brigade, commandant le 11*°* régiment de dragons — a servi avec distinction dans ce même corps depuis 1790.
28 flùréai an F (17 mai 1797). — Dans la nuit du 26 au 27, deux coups de fusil tirés sur l'arbre de la Liberté — une balle a percé le volet de l'ancien agent national ; — on ne connaît pas le coupable ; — royalistes soupçonnés.
Un riche fermier a fait célébrer chez lui une messe par un prêtre insermenté.
8 messidor an V (27 juin 4797). — Le sieur Giroust, prêtre insermenté, renvoyé du Mans à cause de son âge, est chez sa sœur à Verrou, — a dit publiquement la messe aux grandes fêtes. Que faire? — Le Maignan, président extra muros.
Réponse. — Ne rien dire pour le moment — volonté d'abroger la loi du 7 vendémiaire contre l'exercice du culte.
46 brumaire an VI (6 novembre 1797). — Le citoyen Coisnon est installé dans les fonctions de commissaire du Directoire exécutif de La Flèche, demande que le presbytère non-vendu soit employé pour y installer une école.
/7 brumaire an VI (7 novembre 1797). — Le même commissaire annonce au commissaire du Mans qu'un marchand forain, se rendant à la foire d'Angers, a été assassiné, et que la gendarmerie fait des recherches pour découvrir les auteurs de ce crime.
43 frim^aire an VI (3 décembre 1797). — Plaintes de l'administration municipale contre le citoyen Fayet, prêtre assermenté, se permettant : i<^ de faire une quête pour son compte; 2'' de permettre que dans les enterrements le cercueil soit couvert d'uu drap mortuaire ; 3° de tenir un registre des baptêmes , mariages , morts et sépultures , ainsi que cela se
pratiquait avant les lois sur la prohibition de tout signe extérieur du culte. — Signé : Hamon, Savardan fils, Liberge, Rocher, commissaire.
La réponse du Mans renferme le reproche de consulter sur ces différents points et de ne pas avoir agi par eux-mêmes. Avertir le prévenu pour une première fois avant d'en référer aux tribunaux.
SO frimaire an VI (40 décembre 4797). — Nomination du citoyen Coisnon , commissaire exécutif extra mv/ro$.
ii nir>6%e an VI (4" janvier 4798).
TABLEAU POLITIQUE des communes du canton rural de La Flècke
par le citoyen Coisnon.
Bazouges. — 8 lieues 4/2; 4548 habitants; une partie des habitants de celte commune, patriotisme ardent ; l'autre partie, fanatisme outré.
Clermont. — 4 lieue 3/i ; 4 ,249 habitants ; jamais justifié d'amour pour la République ; — apathie ; — se soumet cependant aux lois.
Cr^. — 4 lieue 4/2; 884 habitants; impossible de leur incalquer le patriotisme; influence des prêtres insoumis qu'on soupçonne au miUea d'eux; obéissant par crainte.
CRifANS. — 4 lieue 3/4; 245 habitants; zèle infatigable pour la République.
Croshièrbs. — 2 lieues; 206 habitants; opinions partagées; de là troubles; demande l'ordre.
Sainte-Colombe. — Fanatisme ; prêtres réfractaires y résident.
Verron. — Principes républicains longtemps méconnus ; y réside d^ prêtres insoumis, entre autres l'ancien curé de Villaines; se laissent actuellement guider par un prêtre constitutionnel , qui a chez lui un chef de chouans nommé Saint-Louis depuis la reddition.
Instruction publique. — Réactionnaire; sur cinq instituteurs, trois sont prêtres constitutionnels ; presbytères tombent en ruines. Instituteurs sans élèves.
Administration. — ■ Un président, huit agents, un greffier; nécessité de visiter les registres de TEtat civil.
Garde nationale. — Ni armes , ni munitions.
RÉCOLTES et Subsistances. — Récoltes insuffisantes; viennent du pays Chartrain ou du Vendêmois.
Gardes champêtres. — Sept pour le canton ; point payés ; pas de zèle.
Culte. — Aucun signe public.
Biens nationaux. — Tous de première et de deuxième catégorie vendus.
Grandes routes. — Dégradées.
A la même date du 40 frimaire , le citoyen Rocher veut donner sa démis-
sion ; fonctions trop délicates pour un honnête homme. Cette démission n'est pas acceptée, le citoyen Mandroux s'étant refusé à le remplacer.
34 messidor an VI (18 juillet 1798). — Le commissaire Rocher rend compte d'une battue contre les Chouans , de l'arrestation du nommé Touchais, prêtre, ci-devant curé du Bailleul.
15 thermidor an VI (M août 1798). — Le même commissaire rend compte des visites domiciliaires dans des maisons de La Flèche , d'après l'avis des membres de l'administration militaire. Aucun résultat. (Nous savons que l'estimable M. Rocher prévenait, quand il le pouvait, les personnes inculpées).
Dénoncé pour nonchalance dans ses fonctions, il se rejette sur le travail incessant pour la répartition juste de l'impôt. Il rend compte de désordres commis par la 30">« demi-brigade et de son insubordination.
Il annonce qu'une diligence partant de La Flèche sur les 41 heures du matin a été arrêtée entre Clermont et Ch&teau-Sénéchal par dix-sept hommes armés de fusils à deux coups avec baïonnette, pistolets à la ceinture, quinze d'entre eux paraissant décidés et militaires; les deux autres, gens de la campagne. Ils ont fouillé la diligence et pris 20,000 francs. Nécessité de garnison plus nombreuse.
Dans la commune de Cré , demeure le sieur Louis Pléteau ; dans sa maison se trouve une chambre où était un autel monté pour y célébrer les cérémonies du culte catholique, 14 chandeliers garnis de cierges, plusieurs boQteilles de moutarde servant de pots de fleurs, un christ en bois peint couleur de chair, un christ en ivoire , un autre petit christ en plomb sur bois, sept petits reliquaires, trois taupettes remplies de fleurs , deux vierges en faïence, un petit exposoir où était renfermé un soleil en plomb, plusieurs images servant de tapisserie; sur cet autel, un petit tiroir rempli de chandelles pour dire des évangiles, une sonnette en métal pesant une livre, que ledit Pléteau a dit appartenir à l'église de la commune, une bouteille en verre et un petit pot rempli d'eau bénite. (Scel apposé sur la porte de la chambre par l'agent de la commmune, Fontenai.)
Certifié par le capitaine de la force armée , Caïjat.
Depuis le 1 0 messidor an VI (28 juin 1798), le citoyen Rocher avait été nommé commissaire extra muros, et le citoyen Monnier aux mêmes fonctions intra muros.
Inquiétudes formulées au sujet du mauvais service des gardes nationales, — fusils de tout calibre , — - manque de poudre.
Chouans tenant la campagne plus ou moins ostensiblement. Diligence arrêtée entre Guécélard et Foulletourte.
26 nivôse an VII (15 janvier 1799). — On se rassemblait les dimanches ou jours de fêtes à Notre-Dame-des-Vertus. Ordre de fermer cette chapelle.
6 plutiôse an VII (26 janvier 1799). — Tremblement de terre trèsviolent ressenti à La Flèche ; aucun accident.
40 pluviôse an VII (30 janvier 1799). — Eaux débordées ; bateau portant de la farine submergé; de même pour deux bateaux allant au secours. Un homme s'est noyé.
Rapport à la même date des visites faites par les colonnes mobiles dans les cantons de La Flèche et de Malicorne, dans la forêt de Malepaire. Depuis Tannée précédente , Tranquille et Potiron tenaient la campagne dans les environs de Saint-Jean-de-la-Molte ; on dénonçait une cache dans la forêt de Chausse-Paille. Tout se préparait donc pour une levée d'autant plus dangereuse que les armes et la poudre manquaient.
La présence de M. de la Motte-Mervé était signalée dans le pays ; c'était un fait très-signiflcatif et motivant les graves inquiétudes des administrateurs et le peu de zèle des colonnes mobiles craignant de se rencontrer avec ces hardis guérillas.
Les mesures les plus actives sont ordonnées pour arrêter ce chef, qu'on avait dit se réfugier de temps à autre à Clermont, chez le nommé Toutain. Il y a deux Toutain à Clermont, répond le commissaire; l'un tonnelier, qui demeure dans un bordage , l'autre est un notaire public demeurant dans le bourg même. Cet homme pourrait bien receler ledit La Hotte ; il a antant d'amis dans le bourg qu'il s'y trouve d'habitants.... Aussi il nous faudra bien des précautions pour réussir dans notre entreprise.... Ce rapport est signé Mousset.
Ce commissaire conseille d'employer l'espionnage pour découTrir les Chouans.
/7 messidor an VII (5 juin 1799). -— Ordre d'arrêter toutes les correspondances.
Position alarmante de la commune de Durtal ; munitions à envoyer à La Flèche en cas de besoin; 30 hommes de la colonne mobile installés à Bazouges pour fréquentes patrouilles dans le canton de Durtal ; demande de secours et de mettre en permanence , en la payant , toute la colonne mobile.
Lettre très-alarmante du commissaire de Durtal, qui annonce quelfô campagnes sont remplies de Chouans, qu'on entend la fusillade du c6téde Morannes....
« Nous craignons les surprises ; nous sommes menacés pour demain on « après demain ; faites mouvoir votre colonne mobile jusqu'à la fiarbée.... € à Châteauneuf, 30,000 livres, ainsi qu'un bateau d'eitets pris..,.
« Signé : Gaudin. »
Tous ces mouvements sont relatifs à la prise d'armes de M. de Bourmont dont nous avons parlé dans les précédents chapitres.
37 messidor an VII (15 juin 1799). — Le citoyen Rocher prévient au
Mans que le commissaire prés la municipalité de Malicorne s'est retiré à La Flèche, parce que la force armée en est partie; il lui a donné 50 hommes ponr retourner chez lui et faire rentrer les autorités constituées.
S9 messidor an Vil (17 juin 4799). — Le commandant Vaidie demande des munitions et des armes pour trois ou quatre cents hommes, en cas d'événements.
é3 thermidor an VIT (30 juillet 1799). — Les Chouans prennent une consistance eitrayante, — parcourent les communes, — sont venus sur les haateurs de Saint-Germain, — patrouilles de jour et de nuit , — poste^e 40 hommes à toutes les avenues de la commune. Plusieurs habitants de La Flèche ont rejoint les Chouans, Bourdin, menuisier, Bondonneau, sellier.
4 thermidor an VII (22 juillet 1799). — L'administration prend des mesures pour le dépôt des armes qui se trouvent dans le canton.
Les administrateurs du canton extra muros : Leroy, président; Jottu; Freslon ; Allory ; Bellépaule ; Bodereau ; Taffary ; Martin , administrateurs ; Mousset, commissaire du Directoire exécutif.
43 thermidar an VII (31 juillet 1799). — Chouans à Crosmières ; réunion dans la lande du Bailleul ; — gendarmerie conduisant six déserteurs à Angers a été attaquée par les Chouans dans le bourg de Suette ; deux gendarmes ont été tués et huit à neuf chevaux pris ; — prévenir le général que la diligence est menacée; — escorte de 10 hommes insuffisante et court risque d'être massacrée.
47 thermidor an VII (4 août 1799). — Huit barrières établies à La Flèche pour la sûreté de la ville; — dépense couverte par une souscription.
27 thermidor an VII (14 août 1799). — Les frères Douay s'exemptant de la garde nationale; — les y faire rentrer. (Ils passèrent aux Chouans).
29 thermidor an VII (16 août 1799). — Détachement de Loué remplacé ; — par le travers de Noyen à Malicorne, le chef a envoyé 7 hommes, sur les 14 qu'il avait à sa disposition, en tirailleurs; — ils sont arrêtés par les Chouans , au nombre de 1 50 , à un quart de lieue de Malicorne.
Les Chouans les ont entourés, mis en joue, en prenant leurs fusils et leurs gibernes.
Ils ont détaché 50 des leurs pour attendre le reste du détachement, qui a pu échapper. Les Chouans ont remis un procès-verbal à leurs prisonniers , auxquels ils ont donné vie sauve et liberté. Nous l'avons copié aux archives d uMans sur l'original lui-même.
PROCÈS-VERBAL du capitaine Charles, chef de Chouans.
« Le 1 5 du mois d'août 1799 , étant instruit du passage d'une garde mobile, « sans savoir d'où ils étaient et ayant une grande défiance d'eux, j'ai pris une
€ embuscade très-avantageuse, et les ayant tus en si petit nombre, je n'ai « pu être assez dépourvu de bon sens pour faire feu sur eux. J'ai préféré « les serrer de toutes parts avec mes \bO hommes. Je leur ai crié : — « Rendez les armes, sans quoy tous périrez sous les bayonnHtes d' c^tU « cinquante hommes. — De suite j'ay commandé ; j'ai couru sur eux. Ce « qui a été effectué avec rapidité; eux effrayés, m'ont rendu leurs armes. « En conséquence, je leur délivre le présent reçu de sept hommes, cy- € après dénommés — La Douceur, La Marche, Tourangeau, Gilot, B^in, € Allory, Nantais, ainsi que leurs cartouches et gibernes.
€ Signé : Charles, capitaine. »
5 fructidor an Vil (22 août 1799). — Brigands; levée considérable; ^ doivent fondre sur La Flèche au moment de la fête de Saint-Louis ; — sommes disposés à forte résistance; ^ demande de munitions; — on bat la générale pour connaître l'effectif de nos forces. — Rocker.
7 fructidor an VU (24 août 1799). — Réponse du comminaire dit Mans. — Se calmer sur l'attaque prétendue du 8. — Les Chouans se vantent d'entrer le même jour dans toutes les communes. — Défense venant de l'armée de disposer de la poudre pour la garde nationale.
En général, situation très-tendue; envahissement presque général des communes par les Chouans, tous du pays même; ils s'informent des acquéreurs des biens nationaux ; ils leur écrivent pour les faire contribuer. Lettre, à ce sujet, au citoyen Douasne, ancien membre du district de La Flèche , écrite par le capitaine Charles et remise par le commis de la poste.
« Citoyen,
« Vous n'ignorez pas l'existence des Royalistes et aussi le droit qui lear € appartient.... Je crois que vous ne serez point refusant des droits que « vous devez justement. Il y a longtemps que vous devez sentir vous- € même que vous y êtes redevable de rente que vous avez reçue jusqu'à ce < jour de la ferme nommée la Braudière. J'ai été chez celle qni en est « sortie et je lui ai demandé ses reçus, qui montrent qu'elle vous est rede- « vable de quelque chose de la ferme qu'elle a occupée et que vous aves € retenu sur la récolte qui va être sous peu. Je vous préviens que je suis € chargé par le Roy de commander dans le pays et d'y faire des fonds sur « les biens des émigrés, et que, en conséquence, je vais prendre la part de « ladite veuve. Je vous ordonne que vous ayez à satisfaire pour ce qne « vous avez reçu du bien que vous tenez aux émigrés ; ce sera un moyea « d'éviter tous les malheurs qui pourraient vous arriver en cas de refus; « sur ce, j'espère de vous dans le plus bref délai.
« Le 19 août 1799.
« Je suis votre très-respectueux ,
« Signé : Charles, capitaine. »
La Braudière est une ferme en Gourcelles, canton de Malicorne.
Le citoyen Douasne prévient le commissaire du département que 40 chouans se sont présentés jusqu'à quatre fois à la métairie des Palis (Saint- Jean-du-Bois, canton de Malicorne) pour emmener un garçon laboureur, qui a été forcé de tout quitter sous peine d'être fusillé.
45 fructidor, an Vil (4» septembre 4799). — Trois ou quatre cents chouans (scélérats) bien armés se sont présentés dans les communes de Clermont, Pringé et autres communes; ce sont une partie de ceux qui habitent les communes de Crosmiéres, du Bailleul et de la Chapelled'Aligné ; — écrire au général pour avoir des munitions.
On répond du Mans qu'on enverra des munitions aussitôt qu'on aura des troapes pour les escorter.
Le lendemain, 46 fructidor (S septembre 4799), avait lieu sur la route du Mans , entre La Flèche et Clermont , l'engagement avec les Chouans commandés par La Motte-Mervé et Tranquille , engagement dont nous avons parlé dans le chapitre précédent.
U parait , au reste , qu'à leurs risques et périls les patriotes de La Flèche voulurent faire du zèle en attaquant, dit le commissaire Rocher, des hommes qai n'attaquaient pas. La Flèche , nous le savons , se trouvait en dehors de la ligne d'opérations de Bourmont.
On rappelle la loi sur les Otages : grande inquiétude à ce sujet des personnes tenant par des liens quelconques soit aux Chouans soit aux émigrés. Nous trouvons dans nos notes une enquête faite sur M. de La Bouillerie rainé , de nos jours Comte et Pair de France.
Sablé, 17 yendémiaire aD VIII (9 octobre 1799).
< Citoyens , nous sommes assurés par voie certaine que 2,000 brigands , € ayant à leur tète Bourmont, Purallwisky, GauUier, Beauregard et € Lowinsky, ont séjourné hier dans la commune de Précigné et que ce « matin ils sont partis. Les renseignements les plus exacts que nous ayons « pu nous procurer nous apprennent que les projets de Bourmont sont « d'aller attaquer le Lude, Mazé, Marson, Baugé et autres communes « situées entre La Flèche et Angers »
19 Vendémiaire an VIII (U octobre 1799).
Danger de plus en plus pressant. — Tous les habitants restent cette nuit sous les armes. — Trois jeunes gens de la ville passés hier au soir à l'ennemi, qui s'étend depuis une demi-lieue de La Flèche jusqu'à Durtal. Les déserteurs sont: Duvigneul fils, Chaudet fils, Bunel , fils d'un horloger. Sévir contre les pères et mères aussi coupables que leurs enfants.
Fougère , Commissaire près le Tribunal correctionneL