‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 191 sur 251 · An VIII {13 octobre · texte numérisé non relu

An VIII {13 octobre

Agent national de Bazouges , Bodereau , arrêté par les Chouans , passé au conseil de guerre pour avoir dévoilé la marche de l'armée de Bourmont et condamné à être fusillé.

Sauvé par les supplications de sa fille.

19 Vendémiaire an VII t fil octobre 1799).

La nuit sans événement. — Ennemi conservé ses positions. — Partie à Durtal , partie à Bazouges ; une autre partie s'est portée sur la gauche et a gagné la route de Sablé près de Crosmières ; elle a arrêté plusieurs citoyens et, entre autres, un cavalier du 6« régiment, en convalescence à Sablé et qu'ils ont emmené de force.

La colonne de Mareil et de Luché a fait un mouvement et s'est portée jusque sur la butte de Clermont dans l'intention de nous attaquer à la pointe du jour. La marche a été arrêtée par un ordre et les a fait rétrograder sur le point de départ. Nous sommes restés jusqu'à l'arrivée du courrier sans connaître le résultat de ces mouvements ; là, il nous apprit qu'ils étaient toujours à Bazouges et avait été pillé par eux à quatre heures après midi. Nous apprenons que ces scélérats se portaient sur la gauche, dans les bas de Verrou et de Saint-Germain , et qu'une autre colonne avait passé la rivière à Cré, se dirigeant sur Clefs. Celle de Luché fait aussi des mouvements, et ces différentes marches nous font croire qu'ils voudraient nous cerner.

Nous avons travaillé toute la journée à faire des retranchements et à nous mettre en état de défense.

Haillot, Commissaire par intérim près l'administration intra de La Flèche.

31 Vendémiaire an VIII (13 octobre 1799).

L'administration municipale de la commune de La Flèche aux citoyens administrateurs du département de la Sarthe.

« Citoyens, « Nous sommes dans la position la plus inquiétante et, malgré toutes « les mesures de sûreté que nous pouvons prendre , nous avons lieu de « craindre qu'elles ne soient pas suffisantes ; le nombre des brigands se « multiplie tous les jours et nous n'avons pas assez de forces pour empêcher « leur invasion. Dans nos murs, la terreur se met parmi les habitants, et « les jeunes gens désertent , parce qu'ils disent qu'il n'y a pas assez de « monde pour les soutenir. Ainsi, nous vous sollicitons, citoyens, avec les « plus vives instances , de nous faire passer des forces le plus promplem ment possible; le moindre retard serait pernicieux.

ff JucHEREAU, ad^ m^; Joubert, président; La Fosse, « ad^ m*; Haillot, commissaire par intérim. »

21 Vendémiaire an VIII (13 octobre 1799).

Situation de plus en plus alarmante. — On ne peut plus correspondre. — Les Chouans occupent toutes les routes. — Employer d'autres moyens pour communiquer. — Ayant saisi les lettres adressées au département, ils ont vu que leurs desseins étaient connus. — Cette malheureuse lettre arrêtée a causé l'arrestation du citoyen Bodereau , agent national de Bazouges , auquel j'avais écrit comme étant au centre des communes de La Flèche et de Durtal. Il est détenu par eux à Malicorne , où est le quartier général et où il doit passer devant un conseil de guerre. Je crains pour ses jours , d'autant plus que les Chouans sont outrés d'avoir échoué dans leur projet. En grand nombre , ils prennent tous les moyens pour cerner La Flèche. Ils ont beaucoup de cavalerie. Beaucoup de citoyens demandent des passeports pour s'enfuir. On refuse. Duvigneul aine; les deux frères Guillier; Bunel fils, horloger; les trois frères Chaudet; le domestique du citoyen La Bouillerie ; Chapillon , tisserand ; Lalouette , tambour de la colonne mobile» avec sa caisse ; Boucher, tisserand ; Planchard, jardinier du citoyen Devaux de La Madeleine, tous passés aux Chouans. Donner connaissance de

ces lettres au général.

Haillot,

Commissaire par intérim,

7 Brumaire an VIII (29 octobre 1799).

Reçu 45,000 cartouches d'Angers.

Cinq à six Chouans voudraient rentrer ; craignent des poursuites : instructions à ce sujet.

On a arrêté, il y a quelques jours, un enfant muni d'une lettre énigmatique qu'on lui a trouvée sous l'aisselle. On le traduisit devant le juge de paix. Il déclara que le nommé Barteau , de la commune de Verron , trèssuspect, l'avait chargé d'une lettre à remettre à la citoyenne Aumont, ex-noble et femme d'émigré , et que la lettre qu'on lui a trouvée était la réponse que lui avait donnée la susdite pour remettre au susdit Barteau. La citoyenne Aumont, interrogée, a été quitte pour dire que cette lettre n'avait pas été écrite par elle.

21 Bromaire an VIII (12 novembre 1799).

Dans la journée du 48, le commandant de la force armée de cette commune eut connaissance d'un rassemblement de Chouans , au nombre de 400, dans le bourg de Saint- Germain-du- Val. Il envoya un détachement de 450 à 200 hommes qui les chassèrent. Le 49, ils ont coupé la route de La Flèche au Mans par Clermont, ainsi qu'à la Fontaine-Saint-Martin. Les communications sont coupées.

Envoyé un fort détachement ; tranchées comblées. — Fouillé toutes les maisons qui avoisinent la route. —Trouvé chez Bélépaule, commune de

Mareil , le nommé Guillier, chouan depuis environ un mois. — Mis en prison. — Deux habitants de Verron pris comme otages, avec menace de les traiter comme nous traiterons Guillier. Que faire à l'égard de Guillier pour sauver les citoyens Savardau père et Bidault, de Verron, pris pour otages.

Le Noir, iid^

24 Brumaire an VIII (42 novembre 4794). —Prise du Lude par les Chouans.

55 Brumaire an VIII (43 novembre 4799). — Poursuite contre les parents des Chouans.

55 Brumaire an VIII (43 novembre 4799). — Administrations n'osant plus fonctionner de peur d'être fusillées.

55 Frim^aire an VIII (43 décembre 4799). — Assassinat à la Hoirie. Vengeance particulière. Branche-d'Or fusillé par les Chouans, auxquels il s'était réuni. Ce fut par les ordres de ses chefs , comme agent du gouvernement.

Chouans en petit nombre passant la Sarthe à Spé ou aux écluses; à une lieue au-delà de la rivière est une ferme qui servait de dépôt à Branched'Or ; la fermière le surnommait le Grand-Diable ; il avait laissé dans cette ferme un beau chien, espèce de dogue, 45 fusils, des souliers et des malles pleines de ses effets; il avait caché 42 fusils dans un fossé adhérent à la forêt du Mans. — Faire des perquisitions.

MOUSSET, O.

Bramaire an VIII (octobre ou noyembre 1799). Commissaire du Mans au Commissaire de La FUche.

€ Le ministre de la police générale m'annonce, par une lettre du 3 cou- « rant, que des administrations municipales instruites de la saisie d'une « correspondance entre les ennemis du dehors et les contre-ré volution- « naires de l'intérieur, en ont exigé communication et divulgué le contenu; « il résulte d'une telle indiscrétion qu'on a pas pu prendre à temps les « mesures commandées en pareil cas.

« D'après cet état de choses , le ministre me charge de vous recommander « de ne pas donner communication à votre administration des correspon- « dances importantes qui pourraient être saisies ou qui pourraient vous « être remises. Mais, dans le cas où, par suite de leur contenu, on de- « vrait prendre sur le champ des mesures pour prévenir, repousser et « saisir les ennemis du Gouvernement , cet objet serait de la compétence « de la direction municipale, alors seulement vous la requerrez d'agir, en « lui donnant communication des circonstances qui exigeraient qu'elle € concoure au maintien de la tranquillité publique.

^ Si cela regarde l'administration centrale, adresser de suite sous enve-

f loppe la correspondance que vous aurez pu saisir ou qui vous aurait été € confiée par des citoyens entre les mains desquels elle serait tombée. »

7 Frimaire an YIII (28 novembre 1799).

Le commandant de la place communique, le 4, une lettre du général Lame annonçant suspension d'armes avec l'armée royale. Les Chouans ne paraissent pas vouloir l'observer. Ils insultent les sentinelles par les cris de Vive le Roi ! Ils ont même fait feu , tiré des malles tous les papiers publics. Pénurie d'argent.

Le Noir, O.

19 Frimaire an VIII (10 décembre 1799).

Proclamation des lois des 48 et 49 brumaire, ainsi que de la suspension des hostilités entre les armées royales et républicaines. ^ L'esprit public est relevé et la joie est dans les cœurs.

Hais les Chouans continuent à mettre à contribution les acquéreurs des biens nationaux , d'enlever des communes hommes et chevaux et d'empêcher l'arrivage des denrées en ville, — se renforcent de jour en jour, — sont plus actifs que jamais. — Beaufils, de la colonne mobile, a déserté et a enlevé 60 cartouches pour passer aux Chouans. Trois élèves du collège , deux ci-devant seigneurs et le petit-fils du médecin La Tour sont aussi partis. Trois autres jeunes gens sont encore passés cette nuit aux Chouans.

— Plus la suspension d'armes durera , plus on perdra d'hommes. ^ Réquisition à faire pour l'approvisionnement en grains du magasin militaire.

— Celle ordonnée ne s'est pas effectuée, les Chouans s'y opposent. — Incarcéré le nommé Desvignes, soupçonné d'embauchage.

Le Noir, Commissaire.

21 Frimaire an VIII (13 décembre 1799).

Le nommé Dupré , père de trois enfants et officier dans la garde nationale , étant de garde hier et revenant chez lui pour souper, sur les sept heures et demie du soir^ trois scélérats , apostés près de sa maison , lui ont tiré un coup de fusil dans le flanc ; il est mort à dix heures.

Deux hommes de la garde mobile ont déserté cette nuit pour se joindre

aux Chouans.

Le Noir.

Réponse du Mans, — écrire au général pour lui donner connaissance de ces faits et lui demander quelles mesures prendre.

La Flèche, /« nivôse (22 décembre 4799). — Consulat : froideur du peuple à la proclamation de la constitution et de l'arrêté des consuls.

5 nivôse an VIII (26 décembre 4799). — Grande pénurie de subsistances;

— envoyé 450 hommes de troupes dans les communes pour les faire subsister; — les boulangers tenus de fournir à la garnison de La Flèche un

certain nombre de pains par jour, ne le peuvent, les Chouans arrêtant tous les arrivages; — la foire d'hier était déserte; — la réquisition de graines et de fourrages ne peut s'effectuer ; Il faut que La Flèche seule y satisfasse. Le Noir, Commissaire.

9 nivôse an VIII (30 décembre 4799). — Chefs royalistes rendus à Angers ; -- le général en chef de l'armée i' Angleterre est en conférence avec eux ; — des mesures ont été prises pour faire cesser le soulèvement des hommes et la levée par eux de contributions forcées.

47 nivôse an VIII (28 décembre 4799). — Le 5 de ce mois, te sieur Jouye , de la commune , sortant de souper chez son père , qui demeure dans un faubourg , pour aller en ville , fut saisi par les Chouans , qui le firent monter sur un cheval préparé à cet effet et l'ont entraîné sans qu'on ait pu savoir ce qu'il était devenu.

2fl nivôse an F/// (4 5 janvier 4800). — Subsistances militaires : dernier délai accordé par les commissaires des guerres ; — impossible d'y pourvoir. Le Noir, Commissaire.

29 nivôse. — Réponse du Mans : — L'état de désordre où se trouve la partie des subsistances militaires est vraiment effrayant, et nous n'avons aucun moyen de prévenir les choses fâcheuses qu'il peut avoir. L'administration centrale est aussi embarrassée que la vôtre ; elle est sans fonds et ne peut réclamer auprès du gouvernement , afin qu'il prenne les mesures nécessaires et indispensables pour faire cesser une pareille désorganisation. Je viens d'instruire de nouveau les commissaires des guerres des plaintes que vous m'adressez en l'invitant aussi à s'entendre avec le général et faire ce qu'il sera possible.

9 pluviôse an VIII (29 janvier 4800). — Mesures prises pour les grains : aucun ne doit enlever les grains et les porter ailleurs sans permission. Le Noir , Commissaire.

9 pluviôse an VIII (29 janvier 4800). — Mêmes mesures prises pour les grains et les porter ailleurs sans permission.

S/ pluviôse an VIII (40 février 4800). — Réunion au temple décadaire pour promettre fidélité à la Constitution. — Les institutrices primaires et particulières ne s'y sont pas rendues.

Les gouvernantes de l'hospice civil de cette commune n'ont point été invitées à s'y rendre, ayant cependant requis l'administration de faire cette démarche, considérant ces gouvernantes comme des institutrices, puisqu'elles sont chargées de l'éducation des enfants abandonnés. M. le Président de l'administration ne les considère point comme des fonctionnaires, mais comme des- domestiques. Je crois devoir vous prévenir que ces gouvernantes sont des ex-religieuses qui ont prêté le serment exigé par la loi , puisqu'elles s'en sont retirées et n'ont jamais cessé leurs fonctions depuis cette époque.

CORR£SPOriDANCE OFFICIELLE. 8S7

C*est vouloir perpétuer le fanatisme dans cette maison, qui est cependant un établissement républicain. Le Noir, Commissaire.

30 pluviôse an VIH (19 février 1800). — Difficultés par les habitants de La Flèche de payer leurs contributions , tant ils ont de charges à supporter. La ville a contracté une dette d'un millier de francs. Le canton devra contribuer pour le bureau du Commandant de place.

6 Ventôse an VIII (^ férrier 1800).

J'ai requis l'administration d'inviter les gouvernantes de l'hospice civil de cette commune de se présenter à cette même administration pour y faire la déclaraiion que prescrit la loi du 21 nivôse dernier. Cette invitation leur a été faite, et elles ne se sont pas présentées pour y satisfaire.

Le Président de cette administration étant venu hier 5 courant pour affaires particulières, j'eus occasion de lui demander, en présence de la municipalité, quelles mesures ils avaient prises pour remplacer les gouvernantes qui avaient refusé d'obéir à l'invitation qui leur avait été faite.

Il me répondit, du ton le plus impertinent, qu'il savait de bonne part que j'avais mendié votre lettre, que si on persistait à vouloir leur faire faire cette déclaration, elles préféreraient sortir plutôt que de s'y soumettre et que j'allais être l'auteur de la perte de cette maison , que d'ailleurs elles n'y étaient point tenues , n'étant que domestiques dans cet hôpital. Il ajouta qu'on voyait clairement que je n'agissais que par vengeance, et que, du reste , il avait la douce espérance que dans quinze jours ils seraient débarrassés de moi.

Enfin, il se répandit en mille autres invectives contre moi. Mais, avant de terminer cette lettre , je dois vous rappeler que ces gouvernantes sont des ex-religieuses qui , d'abord , ont prêté le serment exigé par la loi , puis elles se sont rétractées, et ont constamment exercé les mômes fonctions.

Voilà , citoyen collègue , la conversation que j'ai eue avec cet homme que je puis dire dangereux et qui se montre le soutien de non-conformité et sur le compte duquel vous aurez à vous prononcer.

Le Noir, Commissaire.

22 ventôse an VIH (13 mars 1800). — Arrestation , près de Clermont, de trois étrangers se disant Allemands et Chouans et ne voulant pas se rendre.

A l'administration , beaucoup de fer et de cuivre provenant des maisons d'émigrés et des dépouilles des églises.

Quelques Membres de l'administration se sont permis d'en disposer pour payer quelques dettes contractées par cette même administration pendant les

47 germinal an VIII (7 avril 1800). — Nouvelles plaintes de Lenoir : — Dans les campagnes on sonne l'Angélus trois fois le jour. On sonne les messes et même les enterrements. — La croix est relevée dans les cime-

tiéres. — Il existe dans notre commune une chapelle sous la dénomination de Notre-Dame-des-Vertus ; — il s'y est fait hier des rassemblements ; je crains bien que cela ne nous conduise à quelque chose de funeste. — La loi défend tout culte extérieur. — Conduite à tenir. Le Noir , Commissaire,

49 germinal an VIII (9 avril 4800. — Réponse du Mans : Approbation du Commissaire central ; — écrit à ce sujet au Ministre de la police.

5 Floréal an YIII (7 avril 1800).

Le Commissaire extra muros au Commissaire central de la Sarthe,

Je viens d'apprendre que vers une heure après midi , du 3 au 4 , trois brigands armés se sont présentés à la porte d'un cultivateur de Clennont et ont voulu l'enfoncer. Les cris de ce cultivateur les a fait y renoncer ; ils ont tiré un coup de fusil dans cette môme porte ; un domestique a failli être blessé.

Du 29 au 30 germinal, quatre voleurs armés se sont introduits chez un acquéreur de domaines nationaux, à Jaunay, commune de Vilaines, canton de Malicorne, ont demandé à manger et l'ont fait contribuer au nom de l'armée royale; ils se sont fait remettre MO francs et ont emporté du linge. — Arrestation de voitures publiques , — se cachant la figure , sont du pays, n'ont pas rendu leurs fusils ; l'un d'eux soupçonné.

MoussET , f> extra muros.

7 ventôse an VIII (26 février 4800. — Tranquillité et ordre se rétablissent. — Trois coquins signalés courent encore la campagne. — Tous n'ont pas encore réclamé leurs cartes de sûreté. Mousset, O* extra muros.

49 ventôse an VIII (40 mars 4800). — Plaintes contre les Chouans : non rattachés au Gouvernement; insolents, audacieux; — désarmement complet à effectuer ; -^ marchent encore en certain nombre ; — effraient les compagnes. Mousset, C^ extra muros.

Nous avons, dans les chapitres précédents, exposé la suite de tous les événements révolutionnaires depuis 4790 jusqu'à 4799, en suivant d'abord presque mot à mot le récit d'un témoin oculaire et contemporain, qui a tout vu, tout entendu et tout apprécié en raison môme de son état qui le rendait utile et nécessaire à tous. Puis nous avons appuyé ce môme récit de toutes les pièces officielles et de toutes les correspondances des agents divers de la Convention nationale, du Directoire et du Consulat, établissant un débat contradictoire avec les souvenirs du docteur Boucher, prenant les choses sur le vif, donnant ainsi le moyen le plus sûr de faire la part du zèle excessif de ces hommes dont presque tous agissaient sous l'influence de la peur, et les autres sous l'impulsion de leurs passions et de leurs féroces instincts. A côté de ces derniers siégeaient dans les divers conseils du canton de respectables citoyens, dont la mémoire restera toujours honorée, MM. Rocher-Desperrés, Perrinelle, Desvignes, Salmon, Savardan et autres,

qui, lorsqu'ils ne pouvaient, sous la pression des comités, révolutionnaires et du club , empêcher Tédiction de mesures acerbes et tyranniques , en amoindrissaient les effets en prévenant sous main ceux qui devaient en être les victimes. La présence de ces hommes honnêtes et respectés par le peuple intimidait quelquefois ces terroristes, qui savaient d'ailleurs que dans les campagnes environnantes, si peu soumises, chaque haie, chaque boisson cachait un ennemi, menaçant continuellement La Flèche et tout ce qui tenait de près ou de loin au système républicain, système qu'il ne comprenait pas plus que la félicité qu'on lui promettait avec les impôts forcés , les réquisitions, les enrôlements et la misère. Sans cette crainte salutaire, sait-on à quels excès ne se seraient pas portés ces hommes pour lesquels rien n'était sacré?

Les correspondances officielles sont pleines de détails sur les agissements des Chouans, sortant la plupart des communes voisines de La Flèche et de celte ville même. Nous avons été surpris du peu d'accusations de violences sanglantes portées contre ces insoumis, qui, après la défaite des Vendéens, au Mans, avaient levé dans la Sarthe le drapeau de la guerre civile. Les agents révolutionnaires infligent le nom d'assassinats à quelques faits de représailles. Quel est donc celui qui appartient à ces massacres en masse, à ces noyades, à ces supplices bien des mille fois répétés et précédés souvent par des traitements inénarrables?

Tous ceux qui voudront bien lire avec attention les correspondances officielles extraites des archives du Mans, partageront notre avis, et penseront comme nous que, sans l'existence de la Chouannerie, à laquelle se sont associés les hommes les plus honorables, notre ville de La Flèche eût été livrée, pendant plusieurs années, aux mains d'hommes qui n'auraient rien respecté.

La guillotine ne s'est dressée qu'une seule fois à La Flèche pour punir le crime de fausse monnaie. Les Révolutionnaires de notre ville, le Comité et le Club n'ont pas osé s'en servir sur place contre ceux dont ils voulaient la mort; ils ont eu soin de les envoyer soit à Angers , soit à Nantes, soit même à Paris.

Le rôle de pourvoyeurs leur convenait mieux que celui de juges assassins; pour eux, c'était moins dangereux, mais le résultat était aussi certain. Carrier, Francastel et autres ne lâchaient jamais leurs victimes, qu'ils déshonoraient souvent avant de les livrer au bourreau. .

La révolution de 4789 et ses suites ne seront parfaitement connues que lorsque chaque département aura son histoire sur ce sujet. On ne l'étudié que d'après les débats de la Convention , dont la grandeur, souvent funeste, éblouit et empêche de juger de l'effet produit dans les provinces en se modiliant de bien des manières suivant le caractère, les mœurs ou les tendances de leurs habitants.

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