LE COLLÈGE ET LA RÉVOLUTION
La Convention nationale avait décrété la suppression du collège de La Flèche. Ce vaste local fut transformé tantôt en caserne , tantôt en hôpital pour les troupes qu'on faisait agir dans la Vendée. La buanderie devint une usine pour le salpêtre. La terrasse du jardin servit à Télévation d'un rempart. Le plomb d'une partie des toits de la tour, du clocher et de l'église fut enlevé, fondu pour faire des balles. Les matériaux de toute espèce , approvisionnés pour les travaux entrepris par les Doctrinaires, furent vendus , pillés ou donnés aux agents les plus actifs de la Révolution. Ceux-ci ne s'arrêtèrent pas là. Les tableaux qui ornaient la grande galerie, formant à cette heure la bibliothèque du Pry tanée , furent brûlés. Les appareils et les instruments du cabinet de physique furent envoyés au chef-lieu.
La bibliothèque, riche en précieux ouvrages, fut aussi pillée et d'un autre côté on y rapporta un peu plus tard beaucoup de livres enlevés dans les communautés ou les maisons des proscrits. Mais on eut soin de mutiler de très-beaux exemplaires ornés d'armoiries. (4)
La chapelle, devenue salle de club ou de fêtes infâmes, fut dévastée;
(1) La bibliothèque des Doctrinaires contenait près de 20,000 volumes de tout genre. A cette heure, malgré tous ceux qui y furent placés, quand le Prytanée de Saint-Cyr fut transféré à La Flèche, ainsi que sa bibliothèque, malgré les nombreux achats ou dons qui ont été faits depuis cette époque, la bibliothèque du Prytanée actuel contient à peine 18,000 volumes. D'après ce chiffre , on peut calculer à peu près celui des vols commis au moment de la Révolution. Plusieurs des ouvrages apportés au moment du transfert du Prytanée de Saint-Cyr, appartenaient aux bibliothèques du château de Versailles, de TrianoD, de Montreuil, résidence de Son Altesse Royale M »« Elisabeth. L'histoire de Provence porte cette fiche : L. 5. X. Capet, qui se traduit naturellement par ceci : Louis- StanUUU'Xamer Capet (style révolutionnaire). Comte de Provence était le titre de Son Altesse Royale Monsieur, frère du Roi, et depuis Louis XVIIL — Un dictionnaire porte les armes de France auxquelles sont accolées celle du Dauphiné. Ce volume appartenait & Loais XVT, quand il était Dauphin. Ces reliques d'un autre temps demandent à être placées h part.
monuments pieux, tombeaux, ornements sacerdotaux, tableaux , épitaphes , statues, tout fut profané ou livré à la destruction et au pillage.
Le mausolée de G. Fouquet de la Varenne et celui de sa fille Catherine , comtesse de Vertus, furent mis en pièces et ces tristes débris jetés hors de la chapelle.
Les statues en cuir bouilli , très-bien modelées , qui servaient le jour de la cérémonie de la Henriade, ont figuré dans les orgies révolutionnaires, comme images des divinités du temps. Les broderies des vêtements sacerdataux ont été fondues par un orfèvre de La Flèche, chargé d'en envoyer le produit brut à Paris. (1)
La société populaire de La Flèche avait d'abord tenu ses séances dans l'église des Capucins (faubourg des Bancs), qui devint bientôt trop étroite pour contenir les exaltés et les peureux. Cette société se transporta , comme nous l'avons dit, dans la chapelle du collège. On plaça devant l'autel une statue de la Liberté et des deux côtés de la chaire les bustes de Marat et de Lepelletier, en terre cuite, à la place des figures des évangélistes.
Cependant, les cœurs de Henri lY et de Marie de Médicis étaient encore à leur place d'honneur pendant ces odieuses saturnales. Les patriotes de La Flèche les respectaient : heureusement^ nous avons le droit de penser qu'ils ne furent que les complices obligés de l'outrage fait à ces reliques, si honorées jusqu'alors.
Le représentant Thirion avait été envoyé par la Convention pour combattre l'insurrection vendéenne, qui gagnait tous les alentours de La Flèche. Le 23 septembre (3 vendémiaire an II), Thirion était parti du Mans avec un bataillon ayant à sa tète le général Fabrefond , (2) frère de Fabre-
(1) Dans ce temps de désastres journaliers, M. Rocher, homme de loi, parvint k soustraire la partie supérienre du buste de Henri IV; cette tête en marbre blanc aurait été, sans cet acte de dévouement, inévitablement perdue.
Au moment de la Restauration , il la présenta au général DuteU , commandant le Prytanée, qui ordonna la réfection de la partie inférieure, et le buste complet fut replacé avec solennité dans la niche de la porte royale, où il est encore.
Deux des grands tableaux de la chapelle ont pu aussi être sauvés ,* celui du martyr des Machabées et une descente do croix.
Le premier passe pour dtre un tableau de Técole romaine.
Le second est une copie faite par Lépicier du tableau original de Jean Jouvenet. Cette copie fat donnée à l'école royale de La Flèche par celle de Paris, lorsque ceUe-ci eut acquis Toriginal.
D*après l'opinion de M. Dandré-Bardou, auteur d'un traité de peinture, ce tableau de Jouvenet est rois au premier rang de ses œuvres.
11 a été longtemps au maître-autel du couvent des Capucins de Paris ; puis il fut transporté dans une des salles de l'Académie de peinture , et de là à l'Ecole militaire de Paris. — Note du manuscrit de M. de Sourdon.
(3) Dans la Sarthe, ce général d'aventure était surnommé Moustache, et dans TAnjoa» Fabre-Creux.
Il était de la même force que son aide-de-camp, le fameux Robert, qui ne reçut jamais de coups de l'ennemi que par derrière.