‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 222 sur 251 · LE COLLÈGE ET LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE ET LA RÉVOLUTION

d'Eglanline, l'un de ces ineptes chefs, qui surgissent toujours en France, plus qu'ailleurs, à la faveur des troubles révolutionnaires.

Le 24 , Thirion était à La Flèche et y présida le club dans la chapelle du collège; il aperçut bientôt les deux cœurs, qui paraissaient dominer l'assemblée et lui demander ce que de tels personnages pouvaient faire et dire dans le lieu qu'un roi et une reine de France avaient choisi pour y renfermer le dépôt précieux de leurs cœurs.

Nous avons dit dans le courant du sixième chapitre du premier livre comment ces reliques , sacrées pour tout français, avaient été indignement profanées et conservées dans une minime partie par l'honnête et courageux praticien dont la postérité, fiëre d'un tel aïeul, vit encore dans la contrée. Heureusement, en examinant soigneusement les dates, nous avons pu prouver que la population de La Flèche était restée étrangère à un acte si odieux.

Dans notre premier livre , nous avons dit aussi quel emploi la Révolution avait fait des bâtiments du collège, et dans le compte-rendu des actes municipaux , comment ce magnifique établissement , d'abord palais de Françoise d'Âlençon , avait été défendu par des hommes respectés de tous et qui voulaient , bon gré mal gré , le rendre à sa destination première. Honneur donc à eux ! Car la mutilation et la vente de ces bâtiments auraient à jamais perdu notre ville.

Le maire et le sous-préfet eurent enfin connaissance de ces faits et, quand le sénateur Lemercier fut envoyé, en 4805, dans les départements de l'Ouest, il s'arrêta à La Flèche et voulut que M. Boucher lui remit un petit mémoire sur la conservation des cendres du prince en l'honneur duquel Bonaparte venait d'ordonner la construction d'une pyramide sur le champ de bataille d'Ivry. (1)

Ce mémoire avait pour but principal d'attirer l'atteation de l'Empereur sur la maison de La Flèche; il ne produisit son effet que plus tard. Déjà le représentant Garnier de Saintes , des actes duquel on eut généralement à se louer à La Flèche , avait promis de s'employer auprès de la Convention pour le rétablissement du pensionnat. (2)

Il fallait pourtant que ces vastes et beaux bâtiments fussent rendus à leur première destination sous un nom et sous une forme quelconque.

Au terme de l'article VI du titre XI de la loi du 3 brumaire an X (25 octobre 4795), sur l'intruction publique, les communes qui possédaient

(1) Noas devons faire observer que M. Boucher ne fait menlion dans sa relatioD que des cendres dn cœur de Henri IV et que dans son mémorial il indique que les deux cœurs da Roi et de la Reine ont subi le même sort.

(2) Il 7 a peu d*années, une personne de La Flèche, voyageant aux Etats-Unis, rencontra dans un district de population anglaise an vieux maître d'école ; c'était Q^rnier de Sainiei.

des établissements connus sous le nom de collèges et dans lesquels il n'avait pas été placé d'écoles centrales, pouvaient en organiser de supplémentaires à leurs frais.

Les autorités de La Flèche , comme celles qui les avaient précédées au moment de la suppression des Jésuites , en 4762, ne faillirent pas à leur mandat et, sur leur réclamation, elles furent autorisées par un arrêté du 27 ventôse an V, émanant de l'administration de la Sarthe, à disposer de la partie du collège ci-devant désignée sous le nom de pensionnat.

Cet arrêté arriva juste au moment où un homme influent, l'un des administrateurs du district, Péan, cherchait à faire vendre les bâtiments de l'Ëcole.

Le procureur-syndic, M. Rocher-Desperrés , depuis président du tribunal de première instance, mort en 4828, et M. Savardan s'opposèrent énergiquement au projet de destruction définitive d'un établissement dont l'existence comptait près de deux siècles, et, forts de l'assentiment et de la décision de l'administration centrale, ils réunirent de suite quelques enfants, qu'ils mirent sous la direction de MM. Maurin et Heyer, ex-doctrinaires et anciens professeurs du collège. On ne peut trop louer Tactivité et le dévouement que montra encore dans cette occasion M. Rocher-Desperrés, bisaïeul de MM. Gouin-d'Ambrières, pour procurer à cette nouvelle création tout le matériel qui lui était si nécessaire. La municipalité, du reste, seconda ses efforts. Dans les chapitres traitant de la vie municipale de La Flèche, on retrouvera toutes les décisions qu'elle prit au sujet du collège.

Les cours furent bientôt ouverts, et les écoliers externes purent les suivre gratuitement d'après un droit consacré plutôt que bien régulièrement établi en faveur des habitants de La Flèche.

Au bout de deux ans, l'école municipale comptait plus de 200 élèves tant internes qu'externes, et, sous l'habile direction de MM. Maurin et Meyer, qui avaient soigneusement conservé toutes les traditions des Doctrinaires, cette maison n'eut bientôt rien à envier à ces deux aînées.

Le 4 août 1800 (46 thermidor an VIII), il fut pris possession au nom du Prytanée français, d'après un arrêté des consuls, des biens de l'ancien collège, sans qu'il fut rien changé à l'institution secondaire de La Flèche, dont les succès furent démontrés dans un examen général et public desélèves.

Qu'était le Prytanée français?

Lucien Bonaparte, ministre de l'intérieur, avait, le \^ germinal an VIII (22 mars 4800), adressé aux consuls un remarquable i*apport par suite duquel un arrêté du même jour avait statué que sous une même administration et sous le nom de Prytanée français, (4) il serait établi quatre collèges où l'on admettrait les enfants des militaires morts sur le champ de

(1) Un seul établissement d'instraction publique s'était maintenu pendant le cours de la Révolution, Tancien collège Louis-le- Grand, qui, bien consolidé sons le ministère de François de NeufchAteau , prit le nom de Prytanée français.

Page 1