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EGLISE DB SAINT-THOMAS

quan^ ils les rencontraient, les prêtres qui avaient survécu à la persécution. D'un autre côté , les prêtres assermentés se refusaient à reconnaître Tinstitution légitime de M. Hersent et de ses trois vicaires , et continuaient î exercer leur culte hétérodoxe malgré les prières et injonctions de l'évêque du Mans.

L'autorité civile restait en dehors de ces débats. Une autre fraction de chrétiens de la ville et même des paroisses environnantes, égarés par les illusions d'une piété plus fervente que raisonnée, parurent ne pas comprendre la nécessité qui avait obligé le Pape à opérer des modifications dans le culte extérieur. Ils se trouvaient soutenus par quelques prêtres, qui, se croyant plus catholiques que le Saint Père luimême, ne voulurent pas se soumettre aux décrets qu'il avait rendus dans sa haute sagesse. Ainsi, en élevant autel contre autel, ils avaient fini par former ce qu'on a appelé la Petite-Eglise. Sans mission aucune, ils continuèrent à administrer les sacrements et à perpétuer un schisme tout particulier, qui eut vie dans l'Ouest tant qu'il y eut un évêque pour leur conférer des pouvoirs et tant qu'il resta un prêtre pour en user. Telle était la situation de l'Eglise de La Flèche en 1801. Le Maire était alors M. Rocher-Desperrés , ayant pour adjoints MM. Haillot et Perrinelle.

L'arrondissement était administré par M. Hardouin-Pichardiëre. Les procès-verbaux du bureau de la Fabrique nous prouvent que ses membres faisaient, avec le curé Hersent, d'énergiques efforts, afin de pourvoir à tous les besoins si urgents de leur église, où tout manquait. Ces procès-verbaux témoignent de leur inquiétude sur le peu de rendement des chaises et des quêtes devant servir les honoraires des prêtres et des autres ofiiciers de l'église.

Sans être désespérée , la position de M. Hersent était fort critique. Malgré sa vertu et ses qualités personnelles , les schismatiques ne lui pardonnaient pas d'avoir, par sa nomination aux fonctions de desservant la paroisse, frappé d'illégitimité la mission que s'était donnée leur pasteur assermenté. Pour assoupir ces funestes divisions , les supérieurs du diocèse du Mans jugèrent que le premier moyen à employer était d'éloigner M. l'abbé Hersent d'un poste, où, malgré son zèle et sa bonne volonté, il ne pouvait plus faire aucun bien. Leur choix tomba sur un prêtre qui, déporté en Espagne, venait de rentrer en Finance et était resté toujours étranger aux troubles qui , si longtemps , l'avaient agitée.

Ce digne prêtre était fils d'un notaire du bourg de Mansigné et avait prandi sous l'autorité de parents très>pieux. Aussi , sur les dix enfants de H. et de M'"^ de La Roche, on compte cinq prêtres et trois religieuses.

Après avoir fait de brillantes études chez les Jésuites de La Flèche, M. de La Roche voulut entrer dans leur institut. Admis au noviciat dans la

maison professe de l'Ordre, il allait prononcer ses vœux, quand leslPères se virent obligés de prendre la route de l'exil. Il rentra donc sous la juridiction de son évéque diocésain , continua ses études théologiques chez les Sulpiciens d'Angers, et, ayant reçu la prêtrise, commença sa carrière ecclésiastique en qualité de vicaire à Sablé. Il fut ensuite pourvu du doyennécure de Mézeray.

M. l'abbé de La Roche exerçait son ministère depuis quelques années dans cette paroisse, lorsque la Révolution le força à quitter ses chères ouailles. Dès 1790, quelques habitants, ennemis du clergé, portèrent contre leur curé et leur vicaire, M. Texier, une calomnieuse accusation. M. de La Roche fut mandé au Mans et emprisonné à la Mission. Il fut transféré, quelque temps après, dans les prisons d'Angers avec plusieurs de ses collègues , puis en Espagne. Il y séjourna pendant dix années dans un couvent de Bernardins et y compléta ses études par le travail le plus assidu.

Les trois vicaires dont nous avons parlé étaient bien dignes de lui servir de collaborateurs dans la diflicile mission qui venait de lui être donnée. L'abbé Dorveau, que, sous la Restauration, nous avons eu pour aumônier à l'Ecole royale militaire préparatoire, était issu d'une vieille famille bourgeoise de La Flèche; il avait été ordonné prêtre, en 1790, par Mgr de Lorry, évéque d'Angers , et avait passé , comme son curé , dix années d'exil en Espagne. L'abbé Camus , originaire de Franche-Comté et ancien gardien des Récollets de La Flèche , s'était retiré dans un couvent de son ordre, aussi en Espagne; et malgré le rang supérieur qui lui avait été conféré ,- il voulut revenir en France pour venir en aide aux débris du clergé catholique , si déplorablement décimé par la Révolution. Quant à M. l'abbé Louis Gournay, vicaire dans le diocèse du Mans, il avait exercé pendant dix ans son périlleux ministère auprès des catholiques de La Flèche.

M. l'abbé de La Roche n'hésita pas une minute à se conformer aux ordres de son évéque , ne se dissimulant pas cependant tout ce que cette mission renfermait de difficultés de toute nature. La première était de quitter ses paroissiens de Mézeray, qui , à son retour, l'avaient accueilli avec un véritable enthousiasme, et auraient cherché à le retenir par tous les moyens possibles. Cette circonstance n'était pas ignorée à La Flèche. Aussi, H. Tabbé Dorveau et deux membres de la Fabrique furent délégués par le Bureau pour se rendre à Mézeray, comme simples visiteurs, auprès de M. de La Roche , et là prendre les mesures les plus prudentes commandées par les dispositions de ses paroissiens. Et, en effet, ayant feint de se diriger sur le Mans, ils reprirent bientôt le chemin de La Flèche, où ils airivèrent, avec leur précieuse conquête, le 18 thermidor an X (6 août 1802).

Le 7 août, les membres du bureau de la Fabrique se rendirent chei M. de La Roche (quinzième curé), pour l'accompagner à la mairie et ensuite

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à la cérémonie de son installation à Saint-Thomas. Une heure avant, toutes les cloches sonnaient pour prévenir tous les paroissiens. M. le Sous-Prefet se trouva à la grande porte pour remettre les clés de Téglise au curé , qui se dirigea aussitôt vers le chœur pour y occuper la stalle pastorale. Il venait de s'y asseoir, quand, tout-à-coup, Tabbé Fayet s'approcha de lui, le saisit par les bras et Tobligea à quitter sa place. Sans s'émouvoir des propos insultants des chantres , bedeaux ou femmes voulant soutenir les prétentions de l'abbé Fayet, M. de La Roche se rendit paisiblement dans la sacristie et se revêtit des ornements sacerdotaux pour dire sa messe d'installation.

L'autorité diocésaine obligea bientôt l'abbé Fayet à quitter La Flèche et l'envoya desservir la paroisse de la Chapelle-aux-Choux , où il mourut de chagrin quelque temps après.

Dès son arrivée , M. l'abbé de La Roche pria les membres de la Fabrique, établis depuis un an , de l'aider dans sa nouvelle et pénible mission ; et cette assemblée chargea M. Bodin, ancien échevin et receveur des tailles, de soutenir les intérêts de la Fabrique et de recueillir les débris de ses anciennes ressources. Il s'en occupa avec zèle et fit rentrer tout ce qu'il fut possible de recouvrer.

Par son conseil, la Fabrique acheta , au prix de 240 fr., les stalles de l'ancienne abbaye de la Boissière, qui avait été occupée par les Bernardins.

En germinal an XI (mars 1803), le grand cimetière était encore complètement dépouillé de ses insignes religieux. La croix stationnale qu'on y voit encore fut rétablie au prix de 80 francs , et le 30 floréal (20 mai suivant) le conseil de Fabrique se trouvant sans moyens de pourvoir à l'existence des desservants, qui ne recevaient aucune allocation du Gouvernement, leur abandonna le produit des offrandes volontaires des Bdèles.

Le 9 vendémiaire an XII (2 octobre de la même année) , on reçut Tannonce de la première visite de Mgr de PidoU. On prit les mesures nécessaires pour la réception à faire au Prélat. Peu de temps après , vers le \^ nivôse an XII (23 décembre 4803), la bannière du patron de l'église fut coupée par le bas, d'environ six pouces de velours cramoisi garni de fleurs brodées en or et d'un point d'Espagne. Ce délit était d'autant plus afiligeant, qu'il était irréparable, au moins pour le moment, en raison du dénûment où se trouvait la Fabrique.

Le couvent des Capucins avait été acheté nationalement par le sieur Lespine. Le i** floréal an XII (21 avril 4804), on décida que les Capucins qui étaient inhumés dans l'église de ce couvent seraient exhumés et transportés au cimetière.

M. le curé proposa au bureau de la Fabrique de faire confectionner une bière pour servir momentanément à la sépulture des pauvres qui n'avaient ni leurs parents ni les moyens de faire les frais d'un cercueil, et donner en même temps une marque de respect pour les restes des défunts. Il lui

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demanda , en outre , de faire établir une espèce de coffre où le sonneur chargé d'aller chercher dans les maisons les cadavres des enfants que le clergé n'allait pas lever pour les porter à Téglise, put les renfermer en attendant Theure de l'inhumation , sans les laisser sur une table exposés à des accidents qui blesseraient également l'humanité et la religion.

La première procession publique du Saint-Sacrement eut lieu le 42 prairial an XI (4*' juin 4803). On peut se rendre compte de la joie des vrais catholiques 9 quand ils virent le corps du Sauveur parcourir leurs rues, ce corps qui , depuis bien des années, n'avait pour refuge que des greniers ou les lieux les plus retirés.

Pendant que M. Bodin , au moyen de quêtes , faisait faire à Saint-Thomas les réparations les plus urgentes, M. de La Roche s'occupait du soin des âmes. Il encouragea les anciennes religieuses et particulièrement celles de de l'ordre de Notre-Dame, à s'occuper de l'éducation si négligée des jeunes filles. Il fit rétablir les sœurs de Saint-Joseph à l'hôpital, qu'on avait transféré à l'ancien couvent de la Visitation. La Providence était fondée en 4804 par W^ Jamin , et le règlement provisoire était dressé par H. de La Roche et M. Lanceleur, curé de Cré.

Ce fut alors que M. Bodin se fit remplacer, comme marguillier comptable de la Fabrique ^ par M. Mouette La Motte , ancien- armurier et propriétaire aisé de La Flèche , qui, ayant d'abord cédé à la fâcheuse influence de l'abbé Fayet, s'était promptement rendu aux douces exhortations de M. de La Roche , auquel il s'attacha tellement qu'il s'occupa pendant quarante ans et jusqu'à sa mort des intérêts de la Fabrique.

La Fabrique n'avait plus d'archives : elles avaient été renfermées dans un coffre et portées à l'hôtel de ville.

A leur passage, les Vendéens avaient brûlé tous les papiers qu'ils avaient trouvés. Il fut fait un acte de notoriété signé par huit paroissiens connus et très-recommandables, qui avaient été témoins de cet embrasement

Le 8 vendémiaire an XIII (30 septembre 4804) , l'évéque du Mans nomma cinq fabriciens : M. Etienne J. Bodin, M. de Vives, M. Mouette La Motte, H. Fontaine et M. Rocher.

Pour la somme de 25 francs par an , M. Brossier fut chargé de remonter l'horloge ; il succédait à son père et à son aïeul , qui l'avaient fait pendant plus d'un siècle.

M. de Vives et sa femme, née Davoust, donnèrent deux burettes et ua plateau d'argent.

Le 3 germinal an XIII (25 mars 4805) fut décidée l'acquisition de Tautel de la chapelle Saint-Jacques avec ses marches en marbre noir. Aux quatre angles, il y avait autrefois quatre fleurs de lis en marbre blanc. Le tout fat payé 480 francs à M. Frin , possesseur de la maison de Saint-Jacques depuis la vente des biens de main-morte.

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Les Stalles du chœur furent achetées de l'acquéreur de Tabbaye des Bernardins de la Boissière.

En Tan XIV ( 4806), par les soins de M. Mouette La Motte, la Fabrique acheta un vieil autel , qui existait dans l'ancienne salle des Procureurs au palais de La Flèche , abandonné depuis plusieurs années. Il était placé dans l'encoignure donnant sur la Grande-Rue, du côté du château, et était en- Yironné d'une balustrade. Il servait à célébrer la messe le jour de rentrée des magistrats de la Sénéchaussée et Présidial.

Cet autel était celui de saint Nicolas dans l'église de Saint-Thomas.

Pendant le courant de cette même année , la Fabrique fit , au prix de 5,000 francs, l'acquisition d'un orgue qui venait de la Collégiale d'Amboise et avait été transporté dans l'église paroissiale de cette ville. Celui de Saint- Thomas avait été détruit pendant la Révolution. M. Mallard , curé de Pringé, fut nommé par la Fabrique pour aller à Amboise suivre et terminer cette affaire.

En 1807, M. Collet devint organiste au prix de 200 francs par an.

Beaucoup de marbres, apportés de différents endroits, avaient été déposés au Prytanée; ils furent réclamés parla Fabrique pour servir, en cas de besoin , aux différents travaux de réparation à Saint-Thomas.

En 1808, on acheta encore à l'acquéreur de la Boissière un autel en bois sculpté avec talent; il fut payé 120 francs et fut mis à la place de celui du Sacré-Cœur et celui-ci fut transporté à Sainte-Chantal. Le rétable était sculpté, style renaissance, avec quatre colonnes à torsade, enlacées de ceps de vigne, soutenant un riche entablement. Cet autel fut alors accompagné de deux statues, l'une de saint René, l'autre de sainte Catherine, patrons de M. René de La Varenne et de sa sœur Catherine. Elles étaient auparavant placées dans la chapelle du château.

En 1810 , le grand autel de Saint-Thomas fut exécuté, sur les dessins de M. de La Bellangerie, par un marbrier de Sablé; il coûta 1,200 francs et fut placé le 4 novembre, ainsi que peu de temps après, la balustrade en fer au prix de 1 ,000 francs.

Dans le courant de décembre de cette même année , il survint un orage qai fit beaucoup de dégâts soit à Saint-Thomas, soit dans la ville.

La Fabrique fit exhausser les murs du cimetière, en fit achever la clôture , et vit ses anciennes charges de fondations ou autres modifiées par une ordonnance du 10 décembre 1812.

Les religieuses de Notre-Dame , qui s'étaient réunies après la tempête révolutionnaire dans une maison du Quai, portant le numéro 10, où elles tenaient une école pour les petites filles indigentes, s'étaient transportées dans la maison de M"« Davoust, leur supérieure. En 1817, elles s'installèrent définitivement dans les bâtiments de l'ancienne Madeleine.

Ce fut alors que le presbytère fut acheté; jusque-là, le curé et ses colla-

borateurs demeuraient dans la maison dite le Petit-ColIége , donnée à la Fabrique, en 4663, par M. l'abbé Gallard.-

Le 10 août 1819, Mgr de Montault, évéque d'Angers, fit une ordination et donna la confirmation pour remplacer Mgr de PidoU.

Ce fut cette même année que M. de La Roche pensa à établir une école de Frères dans la maison du Petit-ColIége pour remplir les conditions de la donation faite de cette même maison à la Fabrique.

En 1822, il y eut à Saint-Thomas une longue et fructueuse mission , dont purent jouir les élèves de TEcole militaire préparatoire. Quand elle fut terminée, la croix de mission fut élevée à Téndroit où nous la voyons encore. Elle y fut accompagnée par toute la population et toute TEcole militaire oi^anisées en procession. Six cents hommes , divisés en six détachements commandés chacun soit par un chevalier de Saint-Louis, soit par un chevalier de la Légion d'honneur, entouraient la croix. Douze prêtres portaient le Christ escorté par quatre chevaliers de Saint-Louis portant des bannières; la principale le fut par un vieillard âgé de 75 ans , le comte de Lagondie, lieutenant-général , commandeur de Saint-Louis et ancien lieutenant-colonel du régiment de Chartres-Dragons, sous les ordres du jeune duc de Chartres, depuis Louis-Philippe. La croix, mal assujettie, tomba pendant la cérémonie , mais, bien heureusement, ne causa aucun accident.

Les Frères des écoles chrétiennes ne purent être installés qu'en 4825.

En 1826, premières fêtes à Notre-Dame-des-Vertus.

En 1828, érection en paroisse, sous le vocable de Saint-Louis, de la chapelle de l'Ecole militaire.

Le 16 octobre, il y eut à Saint-Thomas une cérémonie pour les Dames de la Providence ; à partir de ce jour, la Providence fit légalement et religieusement partie des Instituts religieux de France.

En 1829, Mgr de La Myre, successeur de Mgr de PidoH , fut remplacé par Mgr Philippe-Marie-Thérèse Caron, né à Rennes le 13 décembre 1788. Il fut sacré le 29 octobre, et fit sa première visite à La Flèche le l*' mai.

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