‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 35 sur 251 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

T MAISON DE BEADMONT. - RAOUL III. VICOMTE DE BEAUMONT. SEIGNEUR DE S*«-SUZANNE, DE FRESNAY. DU LUDE, HUITIÈME SEIGNEUR DE U FLÈCHE.

RICHARD m, VICOMTE DE BEAUMONT, etc., NEUVIÈME SEIGNEUR DE LA FLÈCHE

(De 1236 à 1349.)

Nous ayons établi, autant qu'il nous a été possible, que Raoul III, vicomte de Beanmont, reçut la seigneurie de La Flèche des mains d'Arthur de Bre<tagne, que les hauts barons de nos contrées avaient reconnu, jusqu'au mo* ment de sa fin prématurée, comme le successeur légitime de Richard Cœur de Lion.

Ce don ftit certainement confirmé par le roi Philippe Auguste. A défaut de charte ou de titre de confirmation , nous en trouvons la preuve dans ce lait que cette seigneurie ne fut pas comprise au nombre des possessions de Jean sans Terre, qu'un arrêté précité de la Cour des Pairs annexa au domaine royal, en 4203. Remarquons en même temps qu'Hélie possédait les châteaux de Luché, de Mayet, de Château-du-Loir et d'Oustillé, et que ces possessions ont suivi le même sort que les autres. La seigneurie de La Flèche est restée seule, au moins à notre connaissance, propriété particulière et n'est rentrée dans le domaine de la couronne que lorsque Henri IV, possesseur héréditaire, comme descendant au maternel des Beaumont et des d'Alençon-Valois, est monté sur le trône de France. Virtuellement , en effet, ce domaine rentrait de droit dans celui de la couronne; mais,

ni LA FLÈCHE ET SES SEIGxNElRS.

comme nous le dirons plus tard, Tédit de réunion n'est dati^ que du mois de juillet 4607.

« La maison de Beaumont, dit Odolant Desnos, v. I, p. 434, étoitune « des plus illustres de l'Europe. »

La ville de Beaumont-Ie-Vicomte dans le Maine (B^Uomontium Vicecomitis) est située sur la rivière de la Sarthe, entre le Mans et Alençon.

Le plus ancien seigneur de Beaumont bien connu est Raoul I*' du nom, vicomte du Mans , seigneur de Beaumont et de Soulesmes , fils d'un autre Raoul , vicomte du Mans et de Notre-Dame-de-Beaumont ; il donna, l'an 994, aux Religieux de Marmoutier, du consentement de Cana , sa seconde femme, l'église de Saint-Hippolyte de Yivoin, au pays du Maine, fit une seconde donation, l'an 1053, aux Religieux de Saint-Serge, de l'église de Saint-Rémy, au pays de Mangé, donna ou vendit aux moines de Saint-Aubin d'Angers l'église de Luché, et vivait encore l'an 1061, suivant le titre de Marmoutier.

Sa première femme fut Emmeline , dame de Montreveau , fille et héritière d'Etienne, seigneur de Montreveau, et d'Adelburge, héritière du Lude. Elle est nommée dans quelques titres de Marmoutier, mourut le 12 septembre 1058, et fut enterrée dans le cimetière de l'église de Saint-Sei^e avec ses père et mère. Leur fils aine et héritier, Hubert !«% vicomte du Mans et de Beaumont, fut, comme nous l'avons dit au sujet du siège de Sainte- Suzanne, l'un des plus illustres chevaliers de son temps; il épousa Ermangarde , seconde fille de Guillaume !•% comte de Nevers et d'Auxerre. Raoul II, leur fils aîné, vicomte du Mans et de Beaumont, seigneur de Suinte- Suzanne, de Montreveau et du Lude, fonda l'abbaye d'Etival, dans la forêt de Charnie, en 1109, à la sollicitation de l'ermite Alaume. U se trouva en 1118 à la bataille d'Alençon , dite mal à propos de Séez, sous les ordres de Foulques V, comte d'Anjou , qui remporta une mémorable victoire sur l'armée anglo-normande. (Jean , moine de Marmoutier. — Odolant Desnos.) Le nom de sa femme est resté inconnu.

Leur successeur fut Richard I*% vicomte du Mans et de Beaumont, seigneur de Sainte-Suzanne , de Fresnay et du Lude ; il épousa la fille du seigneur de l'Aigle et eut plusieurs enfants dont l'ainé, Richard II, vicomte de Beaumont, mourut en 1202, sans héritiers. Son frère cadet, Raoul III, lui succéda dans toutes ses seigneuries, étant déjà pourvu par Arthur, neveu de Richard Cœur de Lion, de celle de La Flèche depuis 1199. Le troisième frère s'était croisé avec Geoffroy, comte du Perche, et était parti vers 1200 pour la Terre sainte, suivant Villehardouin.

La maison de Beaumont portait dans ses armoiries d'azur semé de fleurs de lys d'or au lion de même. Ses différents membres se signalèrent par de nombreuses fondations depuis le temps le plus reculé. Dieu récompensa cette famille si généreuse par une grande prospérité, puisqu'elle

posséd.i bientôt dans le Maine Beaumont-le-Vicomte, Fresnay, Sainte- Suzanne, Vivoin et une partie du Sonnois; dansTAnjou, La Flèche, Le Lude, Château-Gontier et Pouancé. Une petite-fille de Raoul !«'' monta sur le trône d'Ecosse; d'autres prirent alliance dans les familles royales d'Angleterre, de Naples et de France. Geoffroy-le- Vieux , frère de Raoul I«' seigneur de Beaumont; avait Sablé.

Cette Tille, si voisine de la nôtre, est d'origine toute féodale. Avant le !■• siècle , le lieu qu'elle occupe faisait partie de la paroisse de Solesmes et dépendait de l'église cathédrale (Diplômes de 802 à 832 , 2«« vol. Dom Piolin). Pendant les troubles du IX"» siècle , ce domaine passa dans des mains laïques ; en 957 Foulques le Bon, comte d'Anjou, le légua à son fils Humbert, dit le Veneur (Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 44). Peu de temps après, Sablé appartenait à la maison de Beaumont-le-Vicomte, et Geoffroy, frère de Raoul de Beaumont, y avait fixé sa demeure (Ménage, Histoire de Sablé).

Pendant sa longue carrière , Geoffroy de Sablé se signala par beaucoup d'œuvres de piété. Il fit rétablir les deux églises paroissiales de Sablé , Notre-Dame et Saint-Martin , et les fit consacrer par l'évoque Avesgaud (Ménage, p. 29). Il était secondé par sa femme Adélaïde (Dom Piolin).

Dans les dernières années de sa longue carrière , voulant laisser après lui une fondation de prières pour le rachat de son âme et de celle de ses parents , il songea à bâtir un monastère : « Cum Goffridus de Sablolio senuis- « set, monasterium in villa quœ Solemis vocatur, œdificere voluit, duobus € ferè à Sablolio disparata millibus (Ménage , Histoire de Sablé.) »

Les vicomtes de Beaumont furent aussi les bienfaiteurs de l'abbaye d'Evron. Aussitôt qu'en 994 les moines envoyés de Saint-Père-en- Vallée furent entrés en possession de l'abbaye d'Evron, le sanctuaire reprit son ancienne célébrité par l'affluence des pèlerins qui y venaient implorer le seconrs de Dieu. De nombreux bienfaiteurs secondèrent les efforts des cénobites. En 994 , à la prière de l'abbé Thedbert , le comte du Maine accorda le privilège d'établir un marché le jeudi de chaque semaine, et une foire fixée au jour de la Nativité de la Sainte-Vierge. Ce privilège exemptait le bourg de l'abbaye et toutes ses dépendances des droits de coutume que levaient les officiers du comte sur les autres marchés ou foires. Ces concessions furent faites par l'intervention de l'évéque du Mans Sigefroid et du consentement de Raoul et de son fils. Sous l'épiscopat du mèmeévéque, Raoul, vicomte de Beaumont, rendit à l'abbaye de la Couture la terre de Joué-l'Abbé , près de Ballon (Dom Piolin).

Raoul III, comme nous l'avons dit, était donc le second fils de Richard I». Son frère aîné, Richard II, mourut en 1202 et fut enterré à l'abbaye de Marmoutier. Ainsi quand Raoul III reçut d'Arthur de Bretagne la seigneurie de La Flèche , il n'était pas encore pourvu.

Raoul de Beaumont devait naturellement apparaître au milieu de ce conflit causé par la mort de Richard Cœur de Lion. Il avait, comme tous les grands du Maine et de l'Anjou , reconnu les droits d'Arthur de Bretagne à la couronne d'Angleterre ; tous avaient été comblés de dons par ce jeune prétendant. Rymer (tome I.) prétend que Guillaume de Beaumont avait reçu à cette occasion la seigneurie de Domfront dont il ne put jamais jouir et qui fut donnée, en 4204, à Raimond , comte de Boulogne. Mais Philippe Auguste s'étant rapproché de Jean sans Terre, ces mêmes seigneurs saivii*ent l'exemple du roi et un traité entre ces deux princes fut signé par Guillaume des Roches, le vicomte de Beaumont, le comte d'Alençon, Etienne du Perche, Hugues de Châtellerault, le 44 octobre 4204. Le vicomte de Beaumont traita personnellement avec le roi Jean , qui lui donna des lettres particulières, par lesquelles il déclarait que le vicomte, son cher parent, avait cru mal à propos que sa fidélité lui était devenue suspecte. (Rimer, t. I, p. 40 et 44.)

Tristes tergiversations , tristes surtout en ce que l'exemple venait d'en haut et que l'intérêt personnel primait la foi jurée I

En 4205, le comte d'Alençon maria son fils, Jean III, avec Alix de Roye, fille d'un Chambrier de France. Les cautions des clauses de ce mariage furent Raoul, vicomte de Beaumont, Guillaume de Préaux, Robert Dumesnil et autres. (Odolant-Desnos, p. 323, 324, 326.)

En 4244, Raoul de Beaumont se rendait caution avec Robert, comte d'Alençon, Gervais de Pruillé, Robert de Parnay, Guy Turpin et Bernard de La Ferté pour Amaury de Craon, qui promet de tenir à la disposition de Philippe Auguste sa forteresse de Chantocé (Dom Martëne, charte d'Amaury datée du Mans , 1. 1», p. 4 099. — Léopold Charles , Histoire de La FerU p. 47).

Raoul de Beaumont, au moment de partir pour la Terre sainte, demanda la caution de Bernard de La Ferté , de Guillaume de Sillé et de Rotrou de Montfort pour l'engagement qu'il avait pris de remettre son fils aine à la garde du roi et de Guillaume des Roches , sénéchal d'Anjou. Tous ceux qui tenaient pour Raoul ses forteresses de la vicomte de Beaumont ne devaient se rendre qu'au roi et à son commandement. (4) Ceci eut lieu en 4246.

(1) La charte qai suit indiquerait que Raoal ne serait parti qa*en 1218, h moins qae la date n*ait été mise qae plus tard, comme cela arrivait souvent :

« Donation faite par Raoul , vicomto de Beaumont (qui avait pris la croix et était sur le « point d'aller en Terre sainte), à Tabbaye de Notre-Dame-de-Charnie, de 10 livres 10 sous ^ mansais de rente annuelle et perpétuelle, savoir : 30 sous sur son propre domaine de « Sainte-Suzanne, à la Saint-Jean, et 9 livres sur sa prévôté et seigneurie de Beaumont, « le tout sous peine de payer 12 deniers chaque jour, après le terme passé ; ladite donation « faite pour les anniversaires ou obits solennels de ses père et mère et de sa femroc, de « laquelle somme les trois chapelains devaient avoir 60 sous mansais. Passé sous son sceau, <i l'an 1218. >

(Securitates n»50, j. 394. Archives nationales. — Léopold Charles , Histoire d'La FerU, p. 48). Ce tilre Securitatts indique qu'il vise les prétentions du roi d'Angleterre ou de ses successeurs.

Louis VIII avait conservé dans sa main le comté d'Alençon et les châlellenies de Moulins et de Bonmoulins , dont son père s'était mis en possession, avant 4247» avec promesse de les rendre au comte du Perche, supposé qu'elles se trouvassent lui appartenir; c'était Guillaume , évéque de Ch&- Ions, qui avait succédé à son neveu Thomas du Perche. Ce prince l'appela à l'ordonnance qu'il fit , en 4223 , au sujet des juifs. Il y fut réglé que toutes les sommes dues aux juifs seraient payées en trois années et en trois termes à leurs seigneurs , que le roi ne pourrait retenir dans ses domaines les juifs de ses barons, et chaque baron ceux du roi ou des autres barons , soit qu'ils eussent jurés d'observer cette ordonnance ou non. Le comte du Perche, le vicomte de Beaumont , le seigneur de Sillé souscrivirent cette ordonnance ainsi que beaucoup d'autres seigneurs ; on y voit leurs sceaux (Recueil des Ordonnances de la 5»« race, t. V'y p. 47).

Raoul, à la mort de son frère, avait donné cent sols de rente aux Religieux de Narmoutier, pour qu'ils priassent Dieu en faveur de celui-ci enterré dans leur abbaye , et confirma l'exemption que son père avait donnée dans ses terres, en 4490, aux Religieux delà Couture du Mans. Il fonda, en outre, le prieuré de Loué , qu'il donna à la même abbaye.

Il reçut, en 4226, une lettre de convocation pour le couronnement de saint Louis en même temps que le vicomte de Thouars, le comte de Vendôme, Bernard de La Ferté , Geoffroy du Pont , Marguerite de Sablé , veuve du sénéchal d'Anjou, Dreux de Mello et Thibaut de Blazon. Il assista donc à l'assemblée où la reine Blanche fut déclarée régente, suivant la volonté du feu roi.

Cette intrépide princesse , quoiqu'étrangère avec cinq fils encore enfants, ne recula pas devant la charge d'une fonction aussi délicate dans un royaume ou l'on regardait les femmes comme incapables de régner, c En aucun

< temps , dit M. L. Charles (Histoire de La Ferté, p. 49), les régences de

< femmes n'ont été populaires en France » C'est ce qui encouragea

Thibaut de Blazon , dont nous avons parlé à l'occasion des obsèques de Guillaume des Roches, à composer plusieurs chansons satiriques ou sirventes contre Blanche de Castille pendant la minorité de son fils , quoiqu'il eut reçu l'insigne honneur d'être appelé par cette princesse à assister au couronnement du jeune roi (Layettes du Trésor des Chartes ^ n® 4827. — Léopold Charles).

Dans ces temps , le comté du Perche était entre les mains d'un ecclésiastique, Guillaume, évéque de Châlons, dernier membre de la famille des Rotrou. Hugues de La Ferté , successeur de Bernard , avait des droits & la succession du prélat qui, ayant entrepris le dangereux pèlerinage de Terre

sainte, y mourut. Le partage de sa fortune eut lieu le 2. mars 42.30, et Ton y voit flgurer parmi les témoins l'évoque d'Angers, Guillaume de Beaumont, et Raoul, vicomte de Beaumont. (Léopold Charles, Histoire de La Ferté , p. 49-50.) Guillaume de Beaumont se distinguait par la noblesse de ses manières. Saint Dominique s'étant arrêté à Angers en traversant son diocèse, remarqua tant de sainteté dans tous les actes de ce prélat, qu'il lui permit de bâtir un couvent de son ordre dans sa ville épiscopale. I( moarot en 4240 et fut enterré dans le chœur de la cathédrale d'Angers, où, dit le Gallia Christia)ia, on voyait sa représentation et son épitaphe. L'un de ses ascendants , Raoul de Beaumont , troisième fils de Roscelin , qui avait époosé Constance , fille naturelle de Henri l^ Plantagenet , aïeul maternel de Henri II , avait aussi occupé le siège d'Angers.

Raoul III fut un des seigneurs qui écrivirent au pape Grégoire IX, an mois de septembre 4235, contre les prélats du royaume et leur juridiction; cette lettre porte plus de quarante suscriptions et est scellée de vingt-huit sceaux. (Preuves des Libertés de l'Eglise Gallicane, 4654~473L)

La même année, il donna, avec le consentement de ses deux enfants Richard et Guillaume, à Marguerite, comtesse de Fif, sa nièce, son parc d'Orques, ou elle fonda, au mois de juin 4236, une chartreuse; le roi Saint-Louis confirma cette donation à la sollicitation de Raoul III , qui mourut cette même année et fut enterré dans l'abbaye d'Etival, auprès de Raoul II son aïeul. Il avait épousé Lucie , dont le nom de famille n'est pas connu.

Burbure dit qu'elle était héritière de la maison de Sainte-Suzanne et avait apporté cette terre en dot au vicomte de Beaumont. C'est une erreur. Car ces seigneurs possédaient déjà la seigneurie et le château de Sainte- Suzanne, comme le témoigne suffisamment le mémorable siège qu'Hubert de Beaumont , ancêtre de RaouU y soutint contre les anglais. Lucie fit une donation à l'abbaye de la Trappe, en 4208, et mourut avant 4227, d'après un titre du prieuré de ViToin. Elle donna (rois enfants à Raoul III : 4» Raoul, mort jeune ; 2« Richard III, vicomte de Beaumont; 3® Guillaume.

Après la mort de Lucie, Raoul épousa Agnès, dont il eut une fille, à laquelle fut donné le même nom. Il fut donc seigneur de La Flèche de 4 499 à 4236 et vécut sous les rois Philippe Auguste, Louis YIII et Louis IX. Nous ne pouvons dire quelle part il prit aux guerres qui eurent lieu pendant ces trois règnes et quels furent ses actes dans les commotions politiques de cette époque.

Ce fut du vivant de ce seigneur de La Flèche que saint Louis se rendit» en 4230, dans cette ville à la tête d'une redoutable armée. Toute la France admirait l'habileté et le courage de la reine régente. Le comte de Bretagne seul , Pierre Mauclerc , malgré qu'il fut prince du sang, était entré dans toutes les ligues qui troublèrent la minorité de Louis IX , restait indomp-

Page 1