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CHAPITRE PREMIER

G"** MAISON; ALENÇON. - HARIB CHAHAILLARD VANTRNAISE, FEMME DE PIERRE II, COMTE D'ALENÇON, DIT LE BON ET LE NOBLE, SEIZIÈME SEIGNEUR DE LA FLÈCHE.

(De 1391 à 1404.)

Nous avons dit que Marie de Chamaillard d*Antenaise avait épousé, le 20 octobre 4374, Pierre II du nom, du sang royal de France , comte d'Alençon- Valois et du Perche, seigneur de Porhoet, de Verneuil, de Domfront, de Fougères et d*Argentan , pair de France. Pierre II ne devint comte d'Alençonque lorsque son frère Charles III prit Thabit de Saint-Dominique. Son autre frère, archevêque de Tours, fit en 1367 abandon de toute sa part dans la succession de ses père et mère. De ce mariage naquirent un fils qui fut Jean, comte d'Alençon , et quatre filles, Marie , Catherine, Jeanne et Marguerite.

Marie fut mariée à Jean IV, comte d'Harcourt, Catherine à Pierre de Navarre, comte d'Evreux et de Mortain, et en secondes noces à Louis de Bavière, frère d'Elisabeth , reine de France. Jeanne et Marguerite ne se marièrent pas ; la première vécut religieusement dans le château d'Argentan où elle mourut en U18 et fut inhumée à THôtel-Dieu de cette ville où Mai^erite, qui s'y était probablement cloîtrée, soignait les pauvres avec le plus grand dévouement. Elle y mourut en U32. Toutes deux passaient pour saintes, et la tradition veut que l'une d'elles portant des viandes destinées, après avoir été présentées à la table de son père, à nourrir les pauvres , un maître d'hôtel , étant venu pour les prendre des mains de la comtesse , souleva la serviette et ne trouva que des fleurs (4).

(1) Du comté d'Alençont par Mannoury, avocat du roy au baillage d*Alençonpotir la tieomii d'Argentan et d'Exmes, publié par AI. Gravelle Dcsulis, archiviste du département do rOme, d'après le manuscrit déposé dans les archives de la préfecture.

En 1350, Pierre d'Alençon, encore mineur et sous la garde de Marie d'Espagne sa mère, fut conduit au sacre du roi Jean et fait chevalier par ce prince en môme temps que plusieurs seigneurs. En 4360, il fut donné en otage aux Anglais par le roi, qui, d'après l'article 15 du traité de Bréligny, recouvrait sa liberté en laissant prisonniers Philippe de France, les comtes d'Eu, de Longueville et autres. Ils devaient, suivant l'engagement de Jean, être rejoints par Louis, comte d'Anjou, Jean, comte de Poitiers, fils du roi, Philippe d'Orléans son frère, le duc de Bourbon, les comtes de Blois, d'Alençon ou leurs frères.

Une contestation élevée au sujet de la terre de Belleville servit de prétexte au monarque anglais pour retenir Pierre d'Alençon prisonnier après la libération des autres otages. Il ne put revenir en France qu'en 4366, avant que l'accord fut fait entre les commissaires des deux royaumes ; mais il promit de retourner en Angleterre, si, avant Pâques 1368, l'affaire n'était pas terminée. Par ses lettres de janvier 1 366 , ce fut la première fois qu'il se qualifia comte d'Alençon, en raison de la démission de son frère ; qui prit l'habit de Saint-Dominique.

En 1363, le roi Jean, cherchant à dédommager le comte d'Alençon de son éloignement de France , autorisa la comtesse douairière et ses enfants à faire des échanges avantageux avec les terres confisquées par lui après la mort de Jean Mallet, seigneur de Graville, exécuté à Rouen en 1355 pour cause de trahison en même temps que le comte d'Harcourt, Maubué de Mainemars et Olivier Doublet , écuyer, tous complices du roi de Navarre. En contre-échange , ils donnèrent une maison appelée Saint-Ouen. Cette maison était anciennement appelée Hôtel de Clichy, près de Saint- Denis, et fut établie pour le principal siège de l'Ordre des chevaliers de la Vièrge-Marie , autrement appelés de l'Étoile, institué parle roi Jean en 1351 pour s'attacher les seigneurs de la Cour. Cette décoration avait pour dévise : Monstrant regibus astra viam. (Mannoury.)

La prodigalité avec laquelle on l'octroya, en amena la suppression sous Charles VIII.

En 1369, le comte Pierre accompagnait Charles V au Parlement, quand ce prince reçut les interpellations interjetées par le comte d'Armagnac, de Poix etd'Albret et autres barons contre Edouard, prince de Galles, duc de Guienne, qui les appelait traîtres, parce qu'ils pensaient être tenus à fidélité envers le roi de France , leur souverain seigneur.

Après son retour d'Angleterre, Jean alla faire la guerre en Bretagne et fut blessé au siège d'Hennebon. La vicomte de Domfront fut alors unie en sa faveur au comté d'Alençon par lettres patentes du 13 septembre 1397. Trois ans après, le 16 mars 1370, il fut nommé lieutenant pour le roi en Normandie en de(}à de la Seine.

Nous retrouvons le comte d'Alençon et son frère le comte du Perche aux

Côtés da duc de Berry, qui, en 4370, souniettait le Limousin à la tête d'une armée plus considérable par la qualité des combattants que par leurnombre. Le duc de Bourbon, Guy de Blois, les comtes d'Alençon et du Perche, Jean d'Armagnac, Hugues Dauphin d'Auvergne et l'élite de la noblesse française, encourageaient par leur présence ces trmipes formidables. Limoges fut reprise, mais bientôt mise à sac par le prince de Galles, qui réussit à l'emporter de noureau.

Du Guesdin venait d'être élevé à la dignité de connétable après la démis-* sion de Fiennes. Il ne tarda pas à ouvrir la campagne. Le peu de troupes qu'il avait à sa disposition ne lui permettait pas d'entreprendre rien de considérable. Il employa son argent, ses meubles , sa vaisselle et jusqu'aux joyaux de sa femme pour lever des gens de guerre et se trouva bientôt à la tête de 4,000 hommes d'armes.

Le comte d'Alençon et son frère avaient été rejoindre le connétable à Caen^ Nous les retrouvons au nombre de ses hôtes les plus distingués. Dans plusieurs ouvrages , nous y voyons nommés Alain et Jean de Beaumont , qui appartenaient probablement à une autre famille que celle des vicomtes du Maine alors éteinte.

Pontvallatn se Uroavant dans l'aiTondissement et faisant partie autrefois de l'archidiaconé de Château-du-Loir, nous nous empressons d'entrer dans quelques détails sur la bataille qui porte son nom.

De Caea, dit Jamison et autres , du Gnesclin se rendit à Vire; on a écrit aussi à Vitré.

Or Vire en Nonnandie est à près de trente-huit lieues de poste en ligne droite de Pontvallain, et Vitré en Bretagne à peu prés à trente-deux. Hay du Chastelet nomme Viré , mais il ajoute un commentaire , qui fait voir combien il est embarrassé pour déterminer la position.de ce lieu.

Est-ce à Viré que fut assigné le rendez-vous? Ce serait plus probable, ce bourg n'étant qu'à douze lieues de Pontvallain ou du théâtre du combat.

On comprend néanmoins difficilement comment cette troupe put effectuer en une nuit une pareille course par une pluie battante et par des chemins en général peu praticables.

De Viré il fallut venir passer la Végre à Asniéres et la Sarthe à Parce, od existait alors un pont ; puis gagner Malicome et Saint-Jean-de-la-Motte, en laissant La Flèche sur la droite, pour arriver à Pontvallain à travers de» terrains bas et marécageux sur quelques points.

Pontvallain, Pontvallin, Pons Valons, Pons Valenum, improprement appelé Pont- Voilant et Pont-Boulair par Froissart, est actuellement un joli et gros bourg, chef-lieu de canton du département de la Sarthe, située comme son nom l'indique, dans un vallon, sur le bord d'une petite rivière appelée l'Aune ou vulgairement Lone, qu'on y passe sur un pont.... Entre Pontvallain et Mayet , autre bourg situé à une lieue et demie à l'Est (6 kilo-

mètres), se trouve la lande de Rigalet et la pelouse de Gandelain , citées par les chroniqueurs comme ayant été le théâtre du combat. Un petit bois entre les fermes de Rigalet et de Broussin est peut-être celui dont ils font aussi mention, à moins qu'ils n'aient voulu parler plutôt du bois de Fautereau, qui se trouve à 4 kilomètre 4/2 au Sud un peu vers TEst du bourg de Ponlvallain et qui serait plus dans la direction de la retraite des Anglais.

Quoi qu'il en soit, les Français furent obligés, pour atteindre les Anglais, de passer r Aune au gué, près duquel était une planche servant de pont pour les gens de pied, remplacée depuis par un pont de pierre, qui se trouve derrière le bourg. Ou bien doit-on supposer que les Français passèrent l'Aune plus bas que le bourg, un peu au-dessus du confluent du ruisseau du Gandelin et de l'Aune, sur un pont qui est d'une haute antiquité? Cela semblerait assez probable, si ce n'est pour le corps qui attaqua le premier les Anglais , celui du connétable, du moins pour l'arrière-garde commandée par Clisson.

Thomas Granson , capitaine anglais, campait alors à Pontvallain avec un détachement.

Ce fut de là qu'il envoya un cartel en forme de lettre à du Guesclin par un héraut , qui, sa mission remplie , reçut du connétable treize marcs d'argent et fut si bien traité par les gens de sa maison qu'il s'enivra, s'endormit et passa la nuit entière dans leur tente.

Du Guesclin l'ayant appris déclara qu'il porterait lui-même la réponse et donna immédiatement l'ordre du départ. Sans attendre qu'il fut complètement exécuté , il monta à cheval et suivi seulement de 500 hommes d'armes, il piqua sur Pontvallain, distançant de beaucoup les autres chefs, qui ne purent suivre de près leur impétueux connétable. Il avait marché si rapidement que lorsqu'il approcha de l'ennemi, il n'avait plus autour de lui que 200 cavaliers. Il avait usé deux chevaux dans cette course rapide et répondait à ceux qui se plaignaient de fatiguer leurs montures qu'ils en retrouveraient chez l'ennemi.

Après un moment de repos tous étaient de nouveauàcheval, ayantrecouvert leurs armures avec du drap pour ne pas être aperçus de loin. Arrivés en vue de l'ennemi , ils mirent pied à terre , donnant leurs chevaux en garde aux écuyers, puis le connétable, les ayant rangés en bataille, donna le signal de la charge.

Cette vaillante troupe, oubliant ses fatigues à la vue de l'ennemi et répondant à la voix de son chef, s'élança sur les Anglais, enseignes déployées en poussant leurs différents cris de guerre — Montjoie Saint-Denis! Notre Dame! Le Roi I Du Guesclin, le brave des braves! Mort aux Anglais!

Sir Thomas Granson était loin de s'attendre à une attaque si prompte. Son héraut n'était pas revenu ; il ne pouvait donc pas savoir encore si le connétable répondrait à son cartel. Contre toute prévision, du Guesclin

éUiit devant lui, le surprenant au moment où il n'avait auprès de lui que 7 ou 800 hommes , reposés il est vrai , mais nullement prêts à combattre.

Le connétable venait de se précipiter au milieu des tentes et des logements, tuant beaucoup d'Anglais au premier choc et en en mettant beaucoup d'autres en fuite. Cependant leur chef, brave et habile soldat, ne perdit pas la tête, et ralliant ses troupes, aidé par David Holgrave et Geoffroy Worsley, opposa une résistance opiniâtre et combattit vaillamment.

La lutte durait et l'avantage se maintenait égal de part et d'autre, quand Clisson et les siens guidés par les bruits de la bataille tombèrent sur Tennemi, qui dut alors céder au nombre. Sir Thomas Granson continuait cependant à lutter avec acharnement et il ne céda que sur la menace du connétable de le faire mettre immédiatement à mort.

On a dit que du Guesclin se dirigea sur le Mans après la bataille; il y fit seulement porter son butin et conduire les prisonniers qui auraient embarrassé sa marche. Il suivit les fuyards qui cherchaient probablement un refuge à Vaas. D'ailleurs ceci serait prouvé, à défaut d'autres témoignages, par le seul monument rappelant dans le pays la bataille de Pontvallain. Ce monument consiste en un obélisque surmonté d'une croix, élevé sur le bord de la roule de Pontvallain au Lude, au lieu dit de l'Ormeau, à peu de distance du village de Coulongé et des Aiguesbelles , ancien couvent dépendant de l'église du Mans. La tradition dit que du Guesclin s'y arrêta avec ses blessés en se portant sur le château de Vaas , qu'il emporta. Une croix avait été plantée sur la vaste hécatombe où furent inhumés les fidèles Bretons ou autres gens d'armes de du Guesclin. L'histoire ne faisant mention que du connétable et de ses fidèles Bretons , J.-R. Pesche croit pouvoir affirmer que du Guesclin fut rejoint par des gens de guerre du Maine envahi par les Anglais depuis les bords du Loir jusqu'aux environs du Mans. La croix de rOrmeau ou croix Brette (bretonne) avait toujours été entretenue par les habitants de la localité. En 1828, elle fut remplacée par le propriétaire du château deCherbon , M. Dubignon , sur le terrain duquel elle avait été élevée de temps immémorial, par un obélisque en pierre sur lequel on lit l'inscription suivante :

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