‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 84 sur 251 · DE GUILHERMY · texte numérisé non relu

DE GUILHERMY

Sans preuve donc, nous ne pouvons qu'apprécier et conclure comme le fait le Révérend Père.

René de la Varenne mourut dans le mois de janvier 4656, et fut inhumé le 34, avec tous les honneurs dus à son rang, dans l'église des Récollets; il était âgé de 70 ans. Sa vie fut peu accentuée, ainsi que nous l'indiquent les deux vers suivants. — Archives du Mans, État civil de La Flèche,

Pacifizus vixit, tranquiUe in pace quiescat, oui sitque polus quod fuit in solo....

Il faisait partie de la confrérie de Saint-Sébastien.

Il avait hérité , depuis 1616 , du marquisat de la Varenne et de la seigneurie de La Flèche par l'abandon que son frère Guillaume lui fit, au moment de son mariage, de tous ses droits futurs. Il jouissait déjà de celle de Sainte-Suzanne , dont il portait le titre du vivant de son père.

De son épouse , D"« Girard , il eut deux fils et deux filles , l'aîné , Claude !•% qui lui succéda, et un cadet, dont nous ignorons le nom, très-violent de caractère, et qui fut, dit Colbert de Croissy dans son rapport, assassiné par les gardes de M"« la comtesse du Lude. Il élait né et avait été baptisé en 4634. Leur sœur aînée, Catherine-Françoise, épousa, en 4644, Hubert de Champagne- Vilaine , et la cadette, née en 4637, Marie-Thérèse-Madeleine , fut baptisée le 22 octobre , et eut pour parrain Jean Armand de

li LA FLÈCHE ET SES SEIGNEURS.

Maillé, marquis de Brézé, gouverneur de Pontoise, et pour marraine dame Marie Dupont, duchesse d'Aiguillon.

Nous avons lieu de penser que cette dame était Marie-Madeleine de Wignerod, nièce du cardinal de Richelieu. Son père, René de Wignerod, seigneur de Pont-Courtay, avait épousé Françoise Duplessîs, soeur de Richelieu. Veuve d'Antoine du Roure de Combalet, elle devint duchesse d'Aiguillon par le don qu'elle reçut de son oncle le cardinal du duché de ce nom. Si sa pupille, Marie-Thérèse-Madeleine Fouquet, s'est mariée, elle n'a pas laissé de postérité ; au moins à notre connaissance.

Claude !•', vingt-septième seigneur (engagiste) de La Flèche , petît-fik du fameux Fouquet, né au mois de février 4634, était, dit Colbert de Croissy dans son rapport , « dans la réputation de ne pas avoir beaucoup « de jugement, de bonne bonne conduite et de religion. » Aucun renseignement ne vient nous dire avec quelle femme il s'allia. De son mariage, un fils , Claude II , qui suit.

Ce fut à Claude I«% et non à son père René, comme le rapporte Burbure, que l'on dût, en 4690, l'organisation définitive de la milice bourgeoise de La Flèche. Il divisa les habitants de la ville et des faubourgs en quatre compagnies , chacune de cent hommes, commandés par quatre officiers. On nomma, en outre, un major et un aide-major, qui devaient prendre le mot d'ordre du gouverneur et en son absence du maire. Par suite de l'augmentation de la population , on porta chaque compagnie à SOO hommes, et l'on forma deux bataillons.

Héritier, en 4656, des biens, titres et seigneuries de son père René, Claude I*' mourut au mois de janvier 4697. « Les Cours souveraines , dit « Monteil , faisaient volontiers le coup de poing pour garder le pas dans « les cérémonies, et, à leur imitation, les Cours inférieures se battaient « avec beaucoup de courage pour le même motif.... »

Boileau pouvait en ce temps écrire son poème du Lutrin sans encourir un blâme ; les mœurs avaient conservé une teinte brutale entièrement effacée de nos jours. Or, le 22 janvier 4697, lor« du convoi pour Tenterremeni de Claude I«% petit-fils de Guillaume Fouquet, les sieurs Le Rover, lieutenant-général au présidial, Doisseau, lieutenant-criminel, les assesseurs, conseillers , avocats , procureur du roi , président et autres officiers de justice, tous au nombre de plus de trente « se seraient violament et avec des « emportements extraordinaires, jetés sur le nommé Darondeau, l'un des « archers de la ville , et l'ayant pris par les cheveux et fort maltraité à « coups de pieds et de poings , lui avaient armché les cheveux et pris sa « pertuisane, le jetèrent dans une cave et l'y laissèrent comme mort; en- « suite de quoy le sieur Cireuil , conseiller, porta un coup de poing dans « l'estomac du maire; un autre conseiller, le sieur Bidault de Luigné, fer- « mant le poing, le traita de gars.... etc., etc. »

CLAUDE ir, VI.^GT-IIUITIÈME SEIGNEUR. 73

Le procès-verbal relalant ces faits plus in-extenso se trouve encore dans les archives de la famille Le Royer de la Motte. La qualité des combattants indique surabondamment qu'il s'agissait d'une question de préséance entre les membres du présidial et messieurs de THOtel-de- Ville.

Claude II , vingt-huitième seigneur (engagiste), succéda donc à son père en 4697; il épousa, cette môme année, Marie-Françoise-Philiberte de Froulay*Tessé. De ce mariage naquit un fils unique qui mourut sans avoir été marié. La seigneurie de La Flèche et le marquisat de la Yarenne passèrent de droit à sa tante , la comtesse de Champagne , et par conséquent d'une manière définitive à l'illustre maison de ce nom.

Claade II était déjà mort en 4 709; safemmeJ.-P.de Froulay-Tessé continua â demeurer au titre de châtelaine dans le château de La Flèche avec son fils , ainsi que nous en avons la certitude par le récit suivant tiré des mémoires de M. le duc de Saint-Simon.

Après sa disgrâce, le ministre de Louis XIV, Chamillart, avait acheté le grand château de Courcelles, que l'un de ses descendants directs, M. le marquis Chamillart de la S uze, membre du Conseil généi*al de la Sarthe, chevalier de l'ordre de Sain t-Grégoire-le-Grand, possède encore. M. le duc de Saint-Simon était resté sincèrement attaché à cet ancien ministre et alla le visiter dans sa nouvelle résidence vers 4709. (4) La Flèche n'étant qu'à environ 3 lieues de Courcelles , M. Chamillart mena son hôte visiter cette ville et surtout son beau collège , où ils furent très-bien reçus par les jésuites et M. de Chauvelin, intendant de la province, qui s'y trouvait dans le même moment.

La veuve de Claude Fouquet habitait donc le château de la Varenne à La Flèche, et quoique le maréchal de Tessé eut contribué à la chute de Chamillart, cependant celui-ci crut devoir rendre visite à cette châtelaine, dont il devenait le voisin : « Nous y allâmes, dit le ^ duc de Saint-Simon, (4) la maison se trouva si dégarnie de dômes- « tiques et si peu en ordre, que nous demeurâmes tous deux seuls < près d'un quart d'heure, dans une antichambre. Il y avait une « grande et vieille cheminée, sur laquelle on lisait en fort grosses c lettres ces deux vers latins :

« DOMEC ERIS FEUX, MULTOS KUMERABIS AMICOS; « TEMPORA SI FUERINT NUBILA, SOLUS ERIS. »

Le sens de ces vers est : dans la prospérité, beaucoup d'amis ; dam le malheur, l'abandon.

€ Je l'aperçus , et me gardai bien d'en faire aucun semblant ; mais le i long temps que nous restâmes là, donna loisir à Chamillart de tout consi-

(I) Mémoires ie Saint-Simon, tome VU , page 427, 428 et 429. (1709)

« dérer et de tout lire. Je le vis faire et je m'écartai pour ne pa5 lai « montrer que je m'en apercevais, ni donner Heu de parler sur celle f morale. ^

Nous regrettons que le noble duc n'ait pas exercé sa critique habituelle sur la dame du lieu et tout son entourage ; nous auiûons possédé un tableau pris sur nature par un peintre qui n'émettait aucun détail.

A cette époque , les chemins étaient loin d'être ce qu'ils sont à présent el encore de notre temps , avant la loi de 4836 , l'un des meilleurs actes royaux du régne de Louis-Philippe; on pouvait rarement faire le dimanche un second trajet du château à l'église paroissiale, pour aller aux vêpres. Aussi les habitants et commensaux de Courcelles, y compris M. le duc de Saint- Simon , résolurent d'aller le jour de la Toussaint entendre l'office du soir à l'abbaye de la Fontaine-Saint-Martin. Ce projet avait été connu par l'abbesse et Mgr l'évéque du Mans, qui avait engagé les jésuites de La Flèche à envoyer à ce couvent l'un de leurs meilleurs prédicateurs. « Dès les pre- « mières périodes je frémis, dit M. le duc de Saint-Simon. » Et, en effet, le sermon du Père, fort éloquent, du reste, roula entièrement sur le vide des grandeurs du monde et visa en pleine poitrine le ministre disgracié. 4c S'il avait adressé la parole à Chamillart, dit encore le duc, il n'aurait pas « été plus manifeste qu'il avait entrepris de le prêcher tout seul ; rien de « tout son discours n'était propre qu'à lui. Il n'y eut personne qui n'en « sortit confondu. »

Mais Chamillart n'en parut nullement embarrassé, et quand le prédicateur vint saluer les nobles hôtes du couvent, l'ancien ministre le félicita de son sermon : « heureusement, ajoute Saint-Simon, une collation vint fort à « propos pour donner lieu de parler d'autre chose. » (1)

Madame Marie-Françoise-Philiberte de Froulay-Tessé avait épousé, comme nous venons de le dire, en 4697, Claude II Fouquet, marquis de la Varenne, qui mourut entre cette même année et 4709, puisque lorsque Cha-

(1) D'après Expilly, dit Pesche, la terre et seigneurie de Coarcelles était une ancienne baronie que Jeanne de PoiUé aarait apporté en mariage, en 1480, à Etienne de Cbamplais. Plus tard, cette baronie, par lettres-patentes de mai 1667, fut érigée en marquisat en faveur de Louis de Champlais: Camille de Cbamplais, commandeur de Piéton, fait lieutenant-général en 1706, aurait hérité de Courcelles par la mort de son frère atoë Charles. La construction du château commencée en 1640 ne fut terminée qu*en 1660 el ruina M. Louis de Cbamplais k ce point que sa veuve et ses enfants renoncèrent è la succession et livrèrent ses biens h ses créanciers. Il n'est donc pas probable que son frère ait hérité de Courcelles. Ce fut en 1706 que M. Chamillart Tacheta et y vécut loin de la Cour.

Pendant le cours de la Révolution, le régisseur, M. Cintrât, de Courcelles, parvint à sauver tous les biens des Chamillart et les leur rendit fidèlement « quand ils rentrèrent eo France après l'émigration.

Tous ces biens réunis , se composant de la terre de Courcelles , des baronics et chAlellenies de La Suzc, Loupelande, Coulans, Brouassin, Pirmil, ChAtcau-Sénéchal , Longaunay formèrent le comté de La Snze, érigé par lettres patentes du mois de mai 1720.

CLAUDE II, VINGT-HUITJÈME SEIGPÎEUR. 75

millart et le duc de Saint-Simon la visitèrent à cette dernière époque, elle était veuve. Elle épousa en secondes noces Jeun-François de Briqueville, chevalier, comte de la Luzerne, comme nous l'indique Tinscriplion suivante. Il était probablement fils de raessire Henri de Briqueville et de Gabrielle-Marguerite de Cliervy, qui, en 1697, habitaient Fresnay. Celleci y mourut veuve, en 1745, âgée de 83 ans. — Chronique de Fresnay, etc. Â. Leguicheux.

Sur la place du Marché-au-Blé , au centre de la ville, lisons-nous dans Touvrage de Pesche , on voyait jadis des halles en bois , à côté desquelles étaient les boucheries, qui longeaient la rue du Mouton, dont il ne reste plus qu'une parcelle. Pesche nous dit que pour se conformer aux intentions de feu son mari , la comtesse de la Luzerne, marquise de la Varenne, proposa à la mairie de contribuer h la construction de nouvelles halles et d'un hôtel de ville en pierre. Mais dans sa nomenclature des seigneurs successifs de La Flèche, il ne cite pas, avec raison, ce second mari, qui portait les titres de Urbis piuefectus et de Urbis PRiSTOa.

L'entreprise, acceptée de suite par l'Hôtel-de-Ville , fut confiée à René Lépine , et la première pierre fut posée le 29 juin 1737 par la marquise de de la Varenne, comtesse de la Luzerne, avec cette inscription :

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