‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 83 sur 251 · NOBLES · texte numérisé non relu

NOBLES

« Charles Davoust, président en l'élection — Florimond Le Royer, lieu- « tenant — Francour de Cornée — Jacques Fontaine — Louis Parage — € Jules Deniau — Jacques Touzé — René Euvre — Christofle Bidault, « receveur des tailles — François MarsoUier, huissier — Ambroise Cador « — Christophe Bougler, sieur de la Fibochère — P. Bertran, procureur « syndic — Denis Le Barbier — Guillaume MarsoUier — Jacques Ribot .X — Guillaume Le Valet, procureur du roi — Florimond Havard, avocat « du roi — Pascal Paignard, greflier — Jérosme Le Royer — Jérôme « Cousin — A. Guillemin — Guillaume Bidault, conseiller du roi au siège « présidial — Artanne François -- François le Roy Goupil, sieur du « Ronceray. »

Huit archers et le messager de T Université d'Angers pour La Flèche étaient aussi exempts de la taille.

Les Pères jésuites n'avaient pas toujours vécu en bonne intelligence avec Guillaume Fouquet de la Varenne. Il y avait entre eux trop d'intérêts communs pour qu'il ne se présentât pas quelquefois des sujets de discussion.

S'appuyant sur les souvenirs du passé , celui-ci voulait peut-être un peu trop faire sentir sa domination sur les Pères, qui tenaient à rester, sous la protection royale, complètement indépendants.

Les choses s'envenimèrent du vivant du fils René, marquis de la Varenne, dont le caractère était hautain et violent. D'un autre côté, la ville était à peu près partagée entre deux partis de forces égales : les Gallicans et les Ultramontains. Les Pères avaient rencontré une certaine opposition chez les membres du présidial, un peu plus tard chez ceux du corps de ville et d'un certain nombre de bourgeois.

Cette opposition avait apparu à l'occasion de l'entrée solennelle du coeur d'Henri IV à La Flèche apporté par les jésuites et Fouquet de la Varenne. Mais elle se manifesta d'une manière tout à fait malveillante pour un droit de pèche dans les douves mêmes du collège que prétendit exercer le gouverneur en sa qualité de seigneur de la terre de la Varenne et autres et de seigneur engagiste de La Flèche, le tout formant un marquisat.

La pèche des douves ne fut qu'un prétexte choisi par René de la Varenne

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pour rompre ostensiblement avec les Pères. Leur mémoire manuscrit indique surabondamment dans quels termes ils en étaient avec ce seigneur. 4 M. de la Yarenne , contre l'exprès commandement que lui lit son père « devant sa mort, a recherché et embrassé tousles les occasions qu'il a peu € de nous tesmoigner de Taliénation et malveillance et nous rendre du « desplaisir. »

Le testament de Guillaume Fouquet ordonne à ses héritiers de verser entre les mains des jésuites la somme de douze mille livres. Son fils refusait de les payer.

€ Les titres les plus honorables qui nous donne d'ordinaire es compac gnies sont de vendeurs de papier et escritoires, pedans, gens de néant, « espagnols, tueurs de roys, auxquels nous n'avons reparty que par € patience , pour ce que nous cognalssions son humeur si portée au mespris

< et mesdisance que souvent en sa passion il n'espargne même pas les « puissances supérieures. »

Au marché, le maître d'hôtel de la Yarenne allait jusqu'à arracher le plus beau poisson que voulaient acheter les frères lais du collège. Les domestiques suivaient naturellement les errements du maître : « C'est avec eux € que les jeunes gens envoyez ici pour estudier apprennent à ivrogner, jut rer, courir les rues, chanter devant notre porte et des personnes de qua-

< lité des chansons composées contre l'honneur des plus sages.

c Messieurs de la justice et de la ville ont reçu nos plaintes, mais sans « effet, et ont dict qu'ils en souffraient eux-mesmes bien d'autres. »

La peinture de la situation de notre ville était certainement d'autant plus triste, s'il n'y a pas d'exagération dans le dire des Pères, que l'exemple venait de haut.

Les droits du marquis de la Yarenne paraissent à première vue parfaitement établis, si on s'en rapporte simplement à la lettre de la patente d'Henri lY datée du 31 janvier 4604; elle est ainsi conçue : « Aujourd'huy, * dernier janvier XYIC quatre, le roy estant à Paris, désirant gratifier et « favorablement traiter le sieur de la Yarenne, conseiller d'Estat.... en

< considération de.... et mesme de ce qu'il a fait faire et approfondir les € fossez de la ville de La Flesche, et que la plupart desdits fossez sont faits « dans ses terres , Sa Majesté lui a libéralement accordé et fait don du « droit de pesche ès-dits fossez à quelque prix qu'il puisse monter et « revenir »

Il n'y a pas d'acte qui , à la rigueur, ne puisse être discuté; mais cela était assez difficile vis-à-vis de celui qui, au litre de gouverneur des ville et château de La Flèche, unisssait celui de seigneur du lieu. Mais il est à remarquer que de ces douves , formant autrefois l'enceinte de la ville , une partie avait été enclose par Françoise d'Alençon , dont elle bordait le chàteaa à 4 ou 5 mètres de distance , comme nous le voyons encore , et que les

jésuites , dont la prise de possession de ce même château et de ses dépen* dances remontait au 4^ janvier de la même année, avaient lieu de croire à de rester convaincus que la patente du roi , qui ne pouvait pas concéder le même objet à deux personnes différentes , ne concernait raisonnablement que la partie extérieure au collège, qui , autrement, pouvait rester constamment ouvert à la volonté du marquis de la Yarenne et des siens. Ils ne doutaient pas de leurs droits , quoiqu'ils eussent certainement connaissanc4^ de cette patente. Mais le droit féodal avait tant d'obscurités !

Nous suivons ici presque ligne à ligne la conférence faite à l'hôtel de ville de La Flèche, le 47 février 1872, par M, Sémery, bibliothécaire aa Prytanée. Les moindres détails sont précieux ; car ils datent .parfaitement l'époque.

La guerre devait éclater; le théâtre en était restreint, mais l'amourpropre de chacune des parties se trouvait singulièrement engagé.

Le marquis envoie donc ses gens pécher dans les douves, et même saisir le poisson déjà pris par les domestiques du collège.

Le Père Pasquier, procureur, va trouver le marquis , et, après « quelque « plaintes douces et modestes » de cette violence, lui fait offre de toute la maison « pourvu que ce fernt sans prestention d'aucun droit de sa pari ni « préjudice du nôtre. »

« Ce bon seigneur le renvoie fort brusquement, lui commande de sortir « de son logis pour conclusion et dict que s'il n'avoit la justice, il aurait la « force , et de faict à quelques jours de là envoie trois de ses hommes pé- « cher en nos fossez. Un de nos frères lais, cuisinier, prenant la chose « trop chaudement, jette deux ou trois pierres dont quelqu'une atteint l'un « des pécheurs, sans blessure, grâces à Dieu. » Des Pères, étant survenus là-dessus, reprirent fort sévèrement ce frère, le désavouèrent et lui infligèrent une punition. Mais en ce moment le Père procureur, montant en bateau, cria au domestique du marquis qu'il aura toutes les satisfactions raisonnables ; mais, au nom du roi, il s'opposa à leur entreprise en coupant quelques mailles de leur filet < comm3 hs gens de justice aroient « conseillé, »

« Voilà le premier choc où leur avant-garde se retira et nous quitta le « champ de bataille sans toustefois avoir été battus. »

A la première nouvelle de ce qui venait de se passer, le marquis rassembla ses gentilshommes, dont nous avons donné les noms ci-dessus, arma plus de deux cents personnes de la populace « de bastons à feu, piques, « pertuisanes, etc. » Le procureur du roi voulut s'y opposer, défendant en vain dans les rues et carrefours , de prendre les armes contre le service du roi. Il ne fut pas assisté par le lieutenant-général. Les jésuites alors fermèrent le collège et sonnèrent le tocsin.

« Les maire et eschevins nous viennent dire qu'il n'ont point de puis-

« sance contre monsieur le marquis et nous exhortent à céder à la force, c Nous y estions bien contraints. En mesme temps paraissent bien cent ou « six vingts arquebusiers et mousquetaires conduits par le sieur de la c Lisardiëre. » Le marquis marchait en avant, l'épée au poing, avec ses gentilshommes.

c Les autres gens d'armes furent mis dans le faubourg ; nous ne savons c pourquoy, sinon que des amis de monsieur le marquis , honteux de celte € équipée contre des religieux qui n'avoient pour armes offensives et def- € fensives que leurs bréviaires et chapelets , avoient retiré partie des sol- « dats pour les empescher de paroître. Les clôtures sont rompues , les sol- € dats pénétrent dans le parc et la populace à leur suite. Ainsy ils vont

< pescher iusques dans le vivier des pensionnaires et prennent en trois « coups pour environ dix sous de petits poissons et une vieille pan- « toufle. »

Un nommé Bourgalet crie : tue, tue, assomme, contre un écolier qu'il vil avec un petit bâton. Les pensionnaires avaient été prudemment renfermés, quoique le procureur du roi eût voulu qu'on les fit sortir contre les gens du marquis : « Ainsy donc, plus chargés de honte que de poisson et « fascbez de ce que tout notre monde avoit esté plus sage qu'ils ne dési-

< roient, ils s'en retournèrent à la grâce de Dieu. »

Le collège resta fermé pendant trois jours ; c'était un véritable événement pour la ville en raison des nombreux externes qui y séjournaient. Le maire et les échevins vinrent supplier les Pères de le rouvrir et leur délivrèrent un acte par lequel ils contractaient, au nom du roi, l'engagement de les prendre en protection jusqu'à ce que Sa Majesté pourvût à ce qu'ils pussent, sans péril et sans outrages semblables , le servir, ainsi que ses sujets, dans sa royale maison.

De là le procès. En tout état de cause, il aurait mieux valu, pour les uns comme les autres, qu'on en finit par un arrangement à l'amiable. Les Pères se trouvaient dans une position très-embarrassante. Ils ne pouvaient même pas compter sur les amis qu'ils avaient su conserver tant au présidial qu'à la maison de ville : « Nous aurions trop de tesmoings, dit le mémoire, si c la puissance dudict sieur marquis, ses menaces et de ses domestiques et

< affidez ne fermoient la bouche à la plus grande partie. »

Sur une liste de treize magistrats , de ceux c qui peuvent plus sincèret ment informer, » on trouve, à côté de six noms, des notes marginales aiosi conçues : « absent; n'a voulu rien dire; ne le faut ouïr; ne savent « rien; » et en forme de conclusion : < Vray est que la plupart ne pour- * ront parler du fait de la pesche que par ouy dire; car ils se renfermèrent t dans leurs maisons, ou s'en allèrent aux champs. »

Le conseiller Deniau, qui deux ans après devait figurer parmi les juges d'Urbain Grandier, était resté fidèle aux jésuites.

Quoique Richelieu fut depuis onze ans le principal arbitre des destinées de TEtat, les institutions féodales avalent en province conservé toute leur vigueur.

Si le temps ne lui avait pas manqué , il est probable , qu*après avoir fait plier les plus puissants , il aurait réduit ceux qui n'apparaissaient qu'en seconde ligne. Il ressort donc de ces faits que la magistrature de province n'avait pas encore la dose d'indépendance nécessaire pour rendre libéralement la justice.

Après enquêtes, arrêts du conseil, épuisement de toutes les fonnalilés judiciaires, entremise de M. de Montbazon et de M. le Prince (pèreda grand Condé), qui prononça lui-môme un jugement auquel la Varenne ne voulut pas se soumettre, les choses au bout de quatre ans (1634) n'en étaient pas plus avancées.

Pendant que Louis XIII était à Troy es, après la guerre contre le duc de Lorraine , les Pères avaient envoyé auprès de lui le Père Séguiran , qui vit le roi. Il fut reçu, dit-il, « sitôt que j'eusse quitté la botte, i et, seul à seul dans la ruelle du lit, déduisit à Sa Majesté tout ce qui s'était passé dans cette affaire « de quoi le roi demeura estonné que rien plus. » Le Père en obtint une lettre pour le marquis, fort raide, une autre à M. d'Effiat, ministre d'Etat, à la môme adresse, plus cent écus *< qu'il n'avoit pas c demandés. »

Il faut y ajouter une ample provision de bons mots que MM. les courtisans, se réglant sur leur maître, n'épargnèrent pas à l'endroit du marquis de la Varenne tirant son épée dans une si piètre rencontre.

Cependant on avait écrit à La Flèche; on y disait que l'envoyé des jésuites avait été fort mal reçu; les plus minces seigneurs avaient aussi leurs flatteurs.

Mais le Père Séguiran jouait la contre-partie; il ne se fit pas faute de mander au Père recteur ce qui s'était passé entre lui, le roi et son ministre; il ajoute :

« Quelqu'un en ma présence a dit à Sa Majesté que le sieur de la Varenne € n'avoit pas eu le cœur de se trouver au siège de La Rochelle , mais avoil € bien eu le courage d'assiéger le collège de La Flèche, et que pendant que « la plupart de la noblesse de France alloit pour servir Sa Majesté en la « guerre d'Italie, lui alloit à la guerre des Grenouilles. »

C'est, en effet, le seul nom qui convienne à une aussi ridicule aventure.

Pour en finir et obtenir la paix , les jésuites consentirent à désintéresser le marquis par une somme de mille écus ; c'était là probablement où en voulait venir ce seigneur, qui n'avait pas acquitté le legs de son père et aurait bien voulu par ce moyen recevoir pleine et entière quittance sans avoir rien à débourser.

Ce legs était d'autant plus sacré que son père, Guillaume de la Varenne,

dit dans le testament que nous avons transcrit en entier, qu'en raison de la faveur qu*il sollicite que son corps soit enterré dans Téglise parachevée des jésuites au pied des urnes renfermant les cœurs du roi et de la reine et par d'autres comidératiom qu'il n'a pas toulu exprimer, il lègue aux Pères la somme de douze mille livres, chargeant son fils, Guillaume de la Varenne, évéque d'Angers, de faire exécuter toutes les clauses de son testament.

Ces autres considérations n'auraient-elles pas trait au maniement des fonds accordés par Henri IV aux jésuites, qui paraissaient, par certaines plaintes , penser qu'une part avait servi à la construction de son propre château?

Le transfert du cœur de Marie de Médicis à La Flèche vint causer une certaine agitation dans la ville.

Dans redit de fondation du collège, Henri IV disait :

« Promettons de leur faire bâtir l'église et le collège selon le dessin

€ et projet que nous en avons fait faire, laquelle église nous awns choisie « pour être le domicile de notre cœur et de celui de notre chère épouse après « nos décès »

Marie de Médicis, reine de France, survécut à son époux. Malheureuse et agitée du vivant du roi , elle le fut plus encore après sa mort.

Elle termina sa triste vie à Cologne, en 1642, précédant seulement d'une année son fils dans la tombe , et dans un état comparativement voisin de l'indigence.

Aussitôt que le décès de la reine mère fut connu en France, les Pères jésuites remontrèrent respectueusement au roi Louis XIII qu'Henri-le- Grand avait déclaré dans l'édit de fondation du collège de La Flèche, qu'il choisissait l'église dudit collège pour estre le domicile de son cœur et celuy de sa très chère épouse, après Imr décès, (1) Ils supplièrent donc Sa Majesté de leur faire remettre le cœur de la reine , suivant les volontés de leur royal fondateur. Le roi ayant pris connaissance de la présente déclaration , acquiesça immédiatement au vœu des Pères, en leur promettant, en outre, de leur donner la garde de son propre cœur dans leur église de Saint-Louis qu'il avait fondée.

Par ordre du roi, M. de Chavigny enjoignit aux religieux de l'abbaye de Saint-Denis, de livrer le cœur de la reine mère, qui, de Cologne, y avait été transportée , à Mgr l'évéque de Meaux , des mains duquel les Pères jésuites le recevraient avec mission de le transporter jusqu'à La Flèche. M. le marquis de la Varenne, gouverneur de La Flèche, en séjour alors à Paris , s'empressa de prévenir M. le maire de la ville de la mission que les

(1; Récit véritable de ce qui s'est passé en la ville et collège de La Flèche à la réception du ccmr de la défuncte reine Marie de Médicis, mère du roy. MDCXLIII, — Imprimé du sieur Riboulet, libraire & La Flèche.

jésuites avaient reçue du roi lui-ittôme, afin qu'il sût de qui il devait attendre les ordres pour la réception du cœur royal.

Ce fut le 28 mars 1643, que le cercueil qui contenait le corps de la reine fut ouvert et que le cœur, en ayant été extrait , fut rerais au R.-P. Louis Le Mairat, supérieur de la maison professe de Saint-Louis. Ce Père le transporta immédiatement dans la sacristie de leur église.

Peu de temps après , le Père Le Mairat donna avis au Père recteur du collège de La Flèche, qu'il avait fixé le 1â avril , dimanche de Quasimodo, pour arriver dans cette ville avec son précieux dépôt.

Le recteur en avertit de suite les membres du présidial et de la maison de ville, qui, disent les jésuites, — coopérèrent à l'honneur du cont-oi avec beaucoup de soin et d'affection, — Mais , comme toujours , la première difficulté qui se présenta fut le règlement du rang que chacun devait occnper dans cette procession. Or, Messieurs de la maison de ville voulaient marcher de pair avec les membres du présidial, qui n'admirent pas cette prétention. Le Père recteur avait eu le projet de faire porter le poêle qu'il avait préparé par ceux de ses élèves qui appartenaient aux plus illustres maisons de France; mais pour couper court à ce premier différent, on le pria de laisser cet honneur à MM. les maire et échevins : ce à quoi il consentit volontiers.

D'un autre côté, M. Hamelin, curé de. Saint-Thomas, émit la prétention, bien naturelle d'ailleurs, de recevoir dans son église le cœur de la reine avant qu'il fût définitivement déposé dans celle du collège. Le recteur ne put qu'inviter le curé de permettre qu'on attendit pour statuer à ce sujet que les Pères de Paris fussent arrivés , parcequ'il se pouvait que les ordres qu'ils avaient reçus fussent en opposition avec son désir; il était connu, en effet, que le roi n'avait pas permis que de Cologne à Saint-Denis, le corps de sa mère reposât dans les églises du parcours. Néanmoins , le curé et les gens de la ville disposèrent l'église de la paroisse pour recevoir ce premier honneur, « résolus qu'ils estoient de l'emporter ou par prière ou au- « trement. »

Le troisième point à régler fut le rang que les jésuites tiendraient dans le convoi. Les membres du présidial jugèrent avec raison qu'ils devaient en composer le principal corps , précéder immédiatement le cœur et marcher conjointement avec le Père Le Mairat et ceux de sa compagnie , ainsi qu'on en avait agi lors de la réception du cœur d'Henri-le-Grand.

Le curé et les gens de la paroisse ne paraissaient pas vouloir s'accorder avec les Pères ; ceux-ci se décidèrent à attendre le convoi dans leur église pour éviter de se trouver mêlés aux conflits qu'ils prévoyaient ; et il (ut convenu que le Père recteur du collège recevrait à l'entrée de son église le cœur de la reine des mains du Père Le Mairat et le porterait dans la chapelle ardente qui y serait préparée.

Un conseiller du siège devait , en qucalité de capitaine de ville, commander une des compagnies de gens de pied ; il conseilla aux jésuites de tenir leurs portes fermées pour empêcher le désordre que pourrait occasionner la foule, qui se presserait pour entrer et s'emparerait de toutes les places réservées. Ce conseiller se chargeait, en outre, de donner le signal par dehors, lorsqu'il serait temps d'ouvrir les portes.

Le président du siège présidial fit publier une ordonnance par laquelle il enjoignait aux habitants de la ville et des faubourgs de se trouver dans un lieu désigné, le jour de la cérémonie , chacun une torche à la main. II conviait en même temps les ordres religieux de la ville et les curés des paroisses voisines de se rendre avec leur clergé en l'église de Saint-Thomas pour aller processionnellement à la rencontre du cœur de la reine. Il s'y trouva une vingtaine de curés avec un grand nombre de prêtres , outre les religieux et les autres ecclésiastiques de la ville.

Par les ordres du maire, le premier reposoir fut placé hors de la ville, à l'entrée du Mail, correspondant à cette heure au terrain acquis par M. Saurin. On y dressa une table couverte d'un riche drap mortuaire avec un poêle , qui avaient été empruntés à M. du Puy-du-Fou , marquis de Commeronde ; la porte de la ville par laquelle le cœur devait entrer, placée sur le pont de la douve et fermant la rue du Château, que terminent à cette heure de droite et de gauche les hôtels de M"*" Latouche et Couchot, fut, ainsi que l'église paroissiale, tendue de noir.

Les mêmes dispositions furent prises pour l'église du collège , une chapelle ardente fut dressée à l'entrée du chœur, et une grande quantité de cierges furent disposés sur la balustrade des deux côtés de ce même chœur.

Vers midi du jour fixé pour l'arrivée du cœur, une compagnie de cavaliers de la ville se porta à sa rencontre; mais les mauvais chemins avaient mis les Pères de Paris en retard et cette troupe fut obligée de s'avancer d'environ trois lieues pour les rejoindre.

La cérémonie se trouvait ainsi retardée et le peuple commença à murmurer contre les jésuites de La Flèche, comme s'ils pouvaient être responsables de ce contre-temps. On commença même à les accuser de s'être entendus avec leurs confrères de Paris pour faire détourner le carrosse à une demi-lieue de la ville et le faire passer par le chemin appelé du Renard , tendant à la porte Saint-Germain , afin de tromper l'attente de tous les corps de la ville. On oubliait que ce carrosse était escorté par une troupe de jeunes cavaliers, qui n'auraient pas permis un pareil oubli des convenances.

Le Père Le Mairat, accompagné de plusieurs de ses confrères, arriva au reposoir du Mail et se refusa d'abord à descendre pour n'être pas contraint de porter le cœur à la paroisse , ayant reçu avis qu'on avait le dessein de

l'y retenir au moins 24 heures. Mais Tun des principaux magistrats ayant voulu user de violence, le juge de police, tout en blâmant vivement ce magistrat, parvint à obtenir du Père Le Mairat qu'il portât d'abord le cœur à la paroisse, en lui promettant qu'il n'y resterait que quelques instants. Ce conflit était à peine apaisé, que le curé réclama le rang, l'étole et l'honnear de porter le cœur jusqu'à la paroisse, prétendant que le tout lui appart»*nail de droit. Mais le Père répondit avec fermeté : « Puisque le roi fait Thon- « neur à notre compagnie de la députer en chef pour porter le cœur de la « reine , ainsi je le porterai jusque dans l'église du collège royal , suivant « le commandement que j'en ai reçu. »

Déjà des cris de révolte se faisaient entendre parmi la foule ; on en appelait à la violence. Enfin le curé Hamelin désespérant de l'emporter, M. l'abbé du Loroux, jadis abbé de Foix, personnage très-respecté , qui était venu de son abbaye pour rendre les derniers honneurs à la reine , dont il avait été l'aumônier, proposa, en celte qualité, de prendre l'étole, le curé et les autres ecclésiastiques demeurant en chappe , et que les Pères venant de Paris se tiendraient près du Père Le Mairat, une partie sous le poêle, l'autre partie au devant, représentant en cet ordre les Pères du collège, qu'on n'avait pas le temps de prévenir.

Ainsi le cœur fut porté au reposoir. Le maire fit sa harangue à genoux, et , après que l'abbé du Loroux eut fait les prières ordnaires , le convoi se dirigea vers la ville : en tète, quatre compagnies d'infimterie et une compagnie de cavalerie, la reine ayant été gouvernante de l'Anjou, puis les bourgeois et habitants de la ville. Ils devaient être suivis par les seize cents écoliers du collège le cierge en main , si l'heure trop avancée Teùt permis.

Puis venaient les ordres religieux. Récollets, Carmes et Capucins, les ecclésiastiques précédés par l'abbé du Loroux, les Pères jésuites de Paris et enfin le cœur porté par le Père Le Mairat revêtu du surplis et de l'étole , étant sous le poêle porté par les maire et échevins de la ville , escortés dn prévôt de la maréchaussée et de ses archers.

Les corps de justice , les procureurs , avocats et grelTiers portant un ciei^ allumé , fermaient la marche du cortège.

Le cœur ayant été porté à l'église de Saint-Thomas , et les prières ayant été dites, on continua à marcher dans le môme ordre vers l'église du collège, dont la porte était fermée, ainsi que les autorités de la ville en avaient été averties.

Malheureusement, le conseiller commandant une compagnie de gens de pied, qui s'était chargé de prévenir les Pères du moment le plus opportun pour l'ouverture de la porte, ne parut point, soit qu'il n'ait pu aborder et fendre la foule du peuple soit pour toute autre cause ; il s'ensuivit que le convoi eut à attendre longtemps. D'un côté , on donnait de vives marques

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d'impatience , de Taulre , dans rinlérieur de l'église du collège, les Pères jésuites rangés des deux côtés de la nef, en surplis et le cierge en main , étaient inquiets de ne pas voir arriver le cœur de la reine.

Enfin la porté fut ouverte ; lorsque le P. Le Mairat mit le pied dans l'église , le P. recteur du collège s'avança avec la croix et Teau bénite, ayant à ses côtés deux de ses confrères. Le P. Le Mairat venait de prier Messieurs de la ville de ne pas faire entrer le poêle dans la nef. Ceux-ci s'offensèrent de cette injonction , et , déjà aigris par la longue attente qu'ils avaient subie à la porte, n'en tinrent pas compte; mais n'ayant pas suffisamment abaissé ce poêle , ils l'embarrassèrent dans le haut de la porte. L'un des Pères porta la main sur l'une des pentes du poêle pour le faire baisser. Par suite de ces moavements contraires, la pente se décousit et quelques rubans furent rompus. De là une vive querelle; le peuple mal disposé déjà voulut y prendre part, et il y aurait eu certainement du sang versé , si un capitaine n'eut mis sa pique au travers de la porte.

Pendant ce tumulte, le cœur était arrivé auprès de la chapelle ardente. Le curé de Saint-Thomas, qui avait repris l'étoledans la rue, voulut donner le premier l'eau bénite, quoiqu'il n'eut le droit de remplir aucune fonction dans cette église de tout temps exempte et privilégiée. Le recteur, pour couper court à de nouvelles contestations , y consentit cependant et le laissa faire.

Alors le P. le Mairat présenta, de la part de Sa Majesté, au collège royal et à son église le cœur qu'il tenait entre ses mains , assurant qu'il l'avait vu Ini-méme extraire du corps de la reine transporté l'année précédente de Cologne à l'abbaye de Saint-Denis. Il porta le cœur dans la chapelle ardente après avoir prononcé ces paroles et le couvrit d'une couronne royale pendant que Ton chantait le De Profundis et les autres prières habituelles.

Le lendemain , tous les Pères du collège se rendirent à l'église. L'office des morts fut suivi de la messe solennelle chantée par M. l'abbé du Loroux et l'oraison funèbre fut prononcée par le P. Le Mercier.

Aucun membre du corps de la ville n'assista à cette cérémonie , quoiqu'ils en eussent fait antérieurement la promesse ; ils se rendirent à Saint- Thomas où le curé célébra une grand'messe pour le repos de l'àme de la défunte reine. Après midi, on distribua du pain ou de l'argent à tous les pauvres qui se présentèrent à la porte de la basse-cour des pensionnaires.

La semaine fut consacrée à rendre les derniers honneurs scholastiques d la glorieuse mémoire des deux cœurs réunis de Henri-le-Grand et de Marie de Médicis. Les élèves les plus distingués représentèrent sur le théâtre du collège trais actions funèbres.

Pendant ce temps, on verbalisait en ville contre la conduite des jésuites,

qui n'avaient fait que cherclier à se rapproclier autant que possible des intentions du roi et de son Conseil. Les jésuites répondirent par un mémoire dont nous avons accepté tous les termes, parce qu'il nous a semblé qu'ils étaient restés constamment dans la limite de leurs droits. En cela nous n'avons pas partagé l'avis de M. Clére, qui déverse tous les torts sur les Pères. Cet historien n'a pas remarqué la différence des deux modes de translation des cœurs du. roi et de la reine. On a lu plus haut le récit de celle du cœur du roi , des honneurs rendus d ce précieux reste sur tout le parcours de Paris à La Flèche; il fut constamment escorté par le duc de Montbazon , qui remit le cœur dans la chapelle au héraut d'armes; celui-ei montant sur l'estrade et le présentant à l'assistance, cria à haute voix : c Iri git le cœur de Henri quatrième , très-haut, très-puissant et très-chrétien roi (le France H de Navarre, » Pour le transport du cœur de Marie de Médicis, le contraste est frappant. Il est confié à un simple jésuite accompagné de quelques confrères, qui le transporte dans un carrosse passant inaperçu dans toutes les villes et localités qui se rencontrent sur la route de Paris à La Flèche. M. le marquis René de la Varenne se contente de prévenir de Paris, où il se trouvait alors, les autorités de La Flèche, et ne croit pas de son devoir d'accompagner le cœur de la reine, épouse du bienfaiteur de sa famille.

Le sentiment du roi Louis XIII , bien connu par les précédents , rendait la tâche des jésuites délicate, et par les détails que nous venons de donner, il semble qu'ils ont fait tout leur possible pour faire accorder leur devoir avec les susceptibilités locales.

A la réception du cœur de Henri IV, nous avons dit que le recteur da collège , blessé d'être placé dans le cortège sur la même ligne que le curé de Saint-Thomas, n'aurait pu s'empêcher de l'apostropher par ces paroles : bos non arat cum asino, et que celui-ci lui aurait fait une réponse qui , en tout état de cause, aurait été fort inconvenante dans le moment si solennel où la Compagnie recevait du feu roi une marque si éclatante de bienveillance.

L'écrivain contemporain que nous avons cité , qui entre dans des détails si minutieux sur cette cérémonie, et désigne la place de chacun d'une manière très-précise, ne dit pas un mot d'un incident qui alors devait avoir fait grand bruit et dont, du reste, les circonstances ne cadrent nullement avec ce que nous savons du P. Charlet, recteur, et des curés qui ont administré l'église de Saint-Thomas au XVII"* siècle.

Nous pensons donc que ce fait est apocryphe et que ce racontar n'a pris naissance qu'après le transfert à La Flèche du cœur de Marie de Médicis, par suite de la prétention du curé de tenir rang près de ce même cœur et de partager avec les jésuites un côté de la procession.

On lit dans le mémoire défensif que les Pères publièrent à ce sujet

CLAUDE l«^ VINGT-SEPTIÈME SEIGNEUR. 74

— comme d eust le droict d'entrer dans leur corps, qui eust été arare vs BOVK ET ASiNO. — Ces Hiots ne sont pas nouveaux et se lisent dans le Deutéronome sans acception injurieuse et servant à marquer des difTérences.

Nous n'avons rien trouvé qui put faire preuve de ce qu'à écrit en 4802 M. de Burbure, et ce qu'a répété M. Clère en 4852; nous nous rallions donc dans son entier à l'opinion émise sans parti pris par un savant jésuite, opinion qu'il a bien voulu nous formuler ainsi :

.... t Je me permettrai, monsieur, de vous demander, si vous avez une € preuve quelconque qu'avant 4 643 le racontar sur 4640 courût déjà à La « Flèche. Sauf un texte antérieur, j'inclinerais à croire que le mot emprunté € au mémoire apologétique de nos Pères a tout simplement été exploité « par l'imagination d'un faiseur d'anecdotes. Le texte du Deutéronome — « non arabis in bove et asino — a plus d'une fois servi à marquer des « différences qui n'avaient rien d'injurieux. Mais dans la circonstance si-

< gnalée , il eut été d'une extrême inconvenance; et si l'on suppose un € Religieux capable de s'oublier à ce point, ne sera-t-il pas encore plus « surprenant que, de sang-froid et au bout de trente ans, un autre ait le

< manque de tact et la maladresse de rappeler l'outrage et de le défendre « surtout dans une pièce dont le ton vous semble, d'ailleurs modéré ?

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