‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 9 sur 251 · U FLÈCHE. - ÉPOQUE GALLO-ROMAINE. - NOMS DE LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

U FLÈCHE. - ÉPOQUE GALLO-ROMAINE. - NOMS DE LA FLÈCHE

€ Raconter l'histoire locale, dit M. Puiseux (4), double écueil! ou bien « l'auteur .s'emprisonne dans l'horizon de son clocber et n'a que ses voisins « pour lecteurs, ou bien, voulant relever son sujet de son sujet, il se noie

< dans Thistoire que d'autres cent fois ont mieux dite ; là Scylla ; ici Cha- « rybde. Celui-là aura évité les périls et conquis les suffrages , qui rencon-

< trem sur sa route un fait d'une physionomie intéres.sante et originale et qui « soit en môme temps suffisamment apparenté avec la grande histoire pour f en recevoir un relief, sans se confondre avec elle. »

Sur tous les faits concernant la ville de La Flèche avant le milieu du XI"« siècle, nulle charte, nul titre authentique ne viennent éclairer les ténèbres do passé. Seuls, quelques vestiges, de vieilles constructions, d'anciennes tombes , des médailles ne permettent pas de douter que ce lieu a servi de station romaine et qu'une voie de communication , établie entre le camp de Luché et celui de Cré (2), le traversait dans toute sa longueur. D'après les

(1} Siège da château de Caen par Louis XIII. 1620. ~ Léon Puiseux, inspecteur de rUni- Tersilé.

(i) Camp de Luché et de Crë.

Soiranl Pcsche (Département de la Sarthe) , Luché a reçu ce nom de sa situation rapprochée d*un de ces hauts lieux consacrés au cuite et que les Romains appelaient Lttcus ou bois sacré. A ce sujet, M.Talbert, professeur d'humanités au Prytanée de La Flèche, nous a fait observer que Luctis n'a jamais pu donner Luché en vieax français : c Les terminaisons lati- < nés, dit-il, quelles qu'elles soient, ou disparaissent complètement {campus-champ) ou se « changent en e muet ipopultu-peuple) en passant au roman. Luché viendrait alors de Lucia-

médailles ou monnaies que M. de Burbure assure avoir été trouvées sur le territoire de la Flèche , on peut penser que dés les premiers siècles , un centre de population romaine y était fixé. La plus ancienne médaille est de TEmpereur Claude, en Tan 41 , et la plus moderne, de Constantin-le-Grand, en l'an 307. Mais ce fait ne nous donne qu'une probabilité et non une assurance. Ces pièces en bronze peuvent avoir été perdues pendant les fréquents passages des troupes romaines , qui , depuis César, ont sillonné les Gaules ; seules donc elles n'apportent pas la preuve d'un établissement continu.

Nous aurions plus de foi dans les fragments de poterie trouvés , il y a quelques années , dans.un jardin du faubourg Saint-Jacques, et où M. Lavaissière faisait creuser un bassin , non pas parce qu'ils sont de facture romaine , mais parce qu'au milieu d'eux il s'en trouvait qu'on doit attribuer aux indigènes. Les Romains vinrent donc, à une époque que nous ne pouvons préciser, se joindre aux Gaulois, qui avaient choisi cet emplacement pour y construire leurs demeures.

Mais cette station devait être d'une importance bien secondaire , car nous n'y rencontrons aucune de ces constructions constituant d'habitude le bienêtre des conquérants du pays.

« eum et non de Luciu, qui n*eut pu donner en français que Luc, Luehe (sans accent) ou « Luque snirant les dialectes. Lueiaeum est composé du radical Lticiet delà terminaison gao- « loise latinisée ae eum, qui signifie maison de campagne, nnUa et par extension village, c hameau. Lueiaeum signifierait donc la villa ou le village de LueiuSf de même que Prieci- « niaeam, villa de Priseinius, Préeigné; Martiniaeum, Tilla de Martinius, Mar ligné; Grali" « niacum, villa de Graiianue, Glatigné on Glatigny; Sevêniacumj villa de Sévinius, Sévigné, « Sétignjf ou Savigny ; Cariniacum, villa de CarmiuSt Cherigné ou Chérigny. Dans le midi « la terminaison ac s'est conservée, car au lieu de Martigné et de Savigné ou Savigny, « on dit Martignac, Savignac, etc., etc. >

La partie nord-est de ce bols sacré est du territoire de Luché et située sur la rive gauche de la petite rivière l'Aune, à son confluent avec celle du Loir, sur lequel se trouve une ferme appelée le Camp.

Cette ferme, qui est actuellement de la commune de Mansigné, est placée absolument comme tous les lieux où les Romains avaient Tusage d'asseoir leurs stations. Un bois assez considérable se trouve à côté en(re cette ferme du Camp et le chfltean de Venevelle,qui doit avoir été jadis un castellum destiné à défendre le passage de l'Aune et l'entrée du camp de ce côté. On a trouvé des morceaux de grandes briques romaines à rebords et è entailles en arrachant les fondations d'anciens murs bâtis dans un pré, au pied du coteau où a dû être placé le camp, au nord de la ferme.

Il existait sur le territoire de Cré, Crovium ou Creium (crément, terrain d'allnvion), un large fossé dont les traces visibles ont plus de 3 kilomètres de longueur. Les gens du pays l'appellent Rivière du Diable. M. Talbert pense que Cré vient do Quiriacum ou Curiacum (maison de Quirius ou Curius).

M. Deslandes, de Bazouges, et M. Pesche pensent que ce fossé défendait l'un des côtés d'un triangle dont le Loir et le fossé de Verdu formaient les deux autres, de quatre à cinq kilomètres chacun. Cet emplacement devait former un camp romain permanent. On remarque qu'une voie, dont on rencontre encore de légères traces, passe sur la commune de Gré et parait appartenir à l'une de celles qui servaient de communication entre TAnjou et le Maine par Marcé, Cré, Luehé.

(Pesche, JHcHonnaire hittorique et topographique de la SartheJ.

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Les fragments de poterie trouvés à La Flèche sont on de couleur rouge foncée, ou d'un jaune sale, ou noirs. Ils doivent dater de l'époque de la domination romaine dans les Gaules. Avec les plus beaux, M. Talbert, professeur au Prytanée Militaire, a pu reformer presque entièrement un espèce de vase en terre rouge que les Romains appelaient terra eampana et qui est connue parmi les archéologues sous le nom de terre sigillée. La forme et les ornements, ainsi que la matière, les assimilent complètement à tous les vases que l'on a trouvés à différentes époques en France et particulièrement au Mans. Il en est de même pour les fragments en terre jaune.

Les débris en terre noire ne sont ornés d'aucun dessin. Ils paraissent, dit encore M. Talbert, avoir été recouverts d'un vernis de plomb. Ces sortes de poteries, dépourvues d'ornements, sont généralement attribuées aujourd'hui aux indigènes. Il a été trouvé également un fragment très-épais, trèsgrossièrement façonné, très-peu cuit et dans la terre duquel on remarque une grande quantité de cailloux, comme dans la poterie celtique.

Ces poteries en terre rouge et richement ornées indiquent assurément l'établissement plus ou moins prolongé de quelques familles romaines distinguées , comme les poteries en terre commune de fabrique gauloise ou celte la présence antérieure des indigènes.

On a trouvé dans le cimetière de Notre-Dame-des-Vertus, dans le prieuré de St-Jacques (1) et dans l'ancien couvent des Récollets, des tombeaux à auges en pierre coquillière renfermant de petites urnes en terre cuite placées à côté des squelettes. De l'autre côté de la rivière du Loir, correspondant au gué appelé de Verrou et sur un terrain appartenant à l'habitation de Guéroncin, on a rencontré vingt tombeaux pareils, et, comme l'usage des Romains était de placer ces monuments sur les routes, nous pouvons dire avec une certaine assurance que la voie romaine reliant le camp de Lâché avec celui de Cré devait suivre la direction de l'axe principal de la ville, aboutir au gué de Verroh, se continuer sur Guéroncin et gagner Cré par le bas du coteau du Doussay qui limite la route actuelle de Fougère, pour reprendre à droite en face de la Poissonnière (2). Des cercueils en pierre coquillière ont été également trouvés, il y a une dizaine d'années, au sud de

(1) La découyerte de vieux tombeaux dans la chapelle du prieuré do Saint- Jacques, en arril 1774, quand on en a exhumé tous les corps, ne nous apporte rien de bien concluant INMir la question que noua traitons, puisque ce prieuré n'a été fondé qu'en 1135, par Geoffroy Plantagenet, seigneur de La Flèche. Néanmoins, il n'est pas impossible qu'avant cette fondation, le lieu sur lequel elle a été établie ait servi dans des temps beaucoup plus anciens pour champ de repos.

(i) M. Talbert, dont noua suivons toujours volontiers l'opinion, pense que la voie romaine, qui certainement passait au gué de Verron, ne se dirigeait pas sur Guéroncin pour revenir nr Cré : s C'eût été allonger la route inutilement, dit-il, et les Romains étaient plus éco- < nomes de leur temps. Il y a lieu de croire qu'elle allait directement & travers champs se « relier à la voie qui conduisait à Cré. >

la roule de Tours, dans un champ qui longe la propriété de M. Gaullier, sur Sainte-Colombe. Les tombeaux découverts aux Champs (propriété de Bl. Lelong), commune de Cré, sont d'une époque postérieure, Tan renfermait une plaque de ceinturon de Tépoque mérovingienne ou carlovingienne, ornée de dessins en creux. La ville a dû successivement se bâtir à droite et à gauche de cet axe, et pour répondre aux besoins religieux de la population croissant en nombre d'année en année^ l'église de Saint-Thomas et la chapelle de Saint-Barthélémy (Notre-Dame-des- Vertus) furent construites ; la première au moins, devenant prieuré-paroisse sous la direction de l'abbaye de Saint- Aubin. Nous savons que c'est ainsi que se sont formés tous les centres chrétiens. De l'autre côté de la rivière et en amont s'était établi, à peu de distance de la voie romaine, un autre groupe qui, au XI"»® siècle, avait déjà son église de Saint-Odon ou Sainte-Colombe. Les faubourgs de la Hoirie et de la Beuffrie ne se peuplèrent qu'un peu plus tard, comme nous aurons à l'expliquer. L'église de Notre-Dame-du-Chef-du-Pont, chapelle du château, n'a dû qu'en 4087 seulement devenir paroissiale : c'est à cette époque, en effet, que Jean de Beaugency l'a donnée aux moines de Saint-Aubin.

De ces données, nous pouvons donc conclure encore que le vieux château féodal n'a pas été le centre sous la protection duquel une ville a été successivement bâtie. L'établissement des Gaulois, des Romains, puis des Gallo-Romains, s'est eiïectué successivement, ainsi que nous l'avons indiqué, et Jean de Beaugency, le premier qui nous paraît avoir vécu sur sa seigneurie, trouvant un point facileà fortifier et à défendre, y a construit le formidable château dont nous avons encore vu les imposantes ruines à peine aperçues à cette heure. Jean a donc trouvé, à proximité de la demeure qu'il choisissait, une ville à peu près bâtie, mais qui devait rester stationnaire pendant plusieurs siècles encore et n'être connue que par les faits et gestes de ses seigneurs.

On a émis l'idée que la chapelle de Notre-Dame-des-Vertus avait été bâtie sur l'emplacement d'un ancien temple romain en raison de ce nom des Vertus — Virtute, courage. — L'érection d'un temple serait une indication certaine de l'existence d'une population assez nombreuse. Nous ne partageons pas cette opinion, sans la repousser cependant d'une manière absolue : nous savons avec quel soin le clergé remplaçait les divinités du paganisme par des saints du même nom ou de mômes attributs. St-Mars ou Médard et St-Marc l'évangéliste succédèrent au Dieu Mars comme St'-Denys et ses compagnons Bacch et Eleuthère avaient remplacé Bacchus sous trois de ces noms, Bacchus, Dyonisim et Liber, dit encore M. Talbert. Mais nous ferons obseiTer qu'au moyen-âge Vertus signifiait aussi Miracles, Ainsi, le pèlerinage de Notre-Dame-des- Vertus à Aubervilliers doit son origine à une image miraculeuse de la Sainte-Vierge, qui y attira un concours extraordinaire dès 4338.

La découverte de poteries gallo-romaines, de médailles de différents

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