EPOQUE GALLO-ROMAINE
empei-eurs depuis Claude jusqu'à Constantin, de tombeauv à auges sur divers points du territoire occupé par La Flèche, nous paraisssent être un témoignage certain :
4» Qu'il a existé dans ce lieu un groupe de population gauloise devenue gallo-romaine et Texistence d'une station près de laquelle passait une voie militaire reliant les camps de Luclié et de Cré-sur-Loir.
t* Que ce centre de population gallo-romaine existait encore au X ou XI"» siècle, comme nous le prouvent, au moins pour le Xl'n^ siècle, plusieurs chartes de fondations indiquant nécessairement pour les individus contractants une possession antérieure et patrimoniale.
3» Que ce centre de population, contrairement à Tusage, était complètement indépendant du château que firent construire les premiers seigneurs de La Flèche, dont les habitants se rapprochèrent successivement de ce niôme clKiteau ; ainsi, entre Saint-Thomas et la demeure seigneuriale, lu rue Basse, et de l'autre côté les faubourgs de la Beuffrie et de la Boirie,
Sous quels dilTérents noms, tous ayant à peu près une même origine, La Flèche fut-elle connue?
La Flèche eut primitivement deux noms, dont l'un a nécessairement précédé l'autre et a fini par être complètement mis de côté.
Ces deux noms furent le nom latin et le nom ronian.
Une petite digression nous paraît nécessaire pour être mieux compris.
Au VI"* siècle, le latin était encore la langue vulgaire dans les Gaules. Or, ce qui s'était pratiqué au V*»«, VI"»* et vn™« siècles continua à se faire aa VII1"« et au IX"»«, seulement le latin qu'on parlait perdait chaque jour de sa nature, et se corrompait de plus en plus à cause du langage barbare des Francs et des Bourguignons. Cependant Dodane, duchesse de Septimanie ou Gothie, donnait au IX"^^' siècle à ses enfants, en bas âge, ses premières instructions en latin.
Le latin était donc entendu de tous les Gaulois, depuis la domination romaine jusqu'au Xir°« siècle. Anciennement, ils ne parlaient que la langue celtique, en se servant des caractères grecs (César debello-Gall.). Autant le iatin était commun sous la domination des Romains, autant il le fut depuis , et les Francs ou Bourguignons, bien loin d'imposer leur langue aux vaincus, >^'accoutumèrent insensiblement à parler plus ou moins bien celle dont ceux-ci se servaient.
Le premier code bien connu de la nation des Francs, la loi salique, fut écrit en latin; la langue liturgique ne fut pas changée.
Seulement, les efforts faits de part et d'autre par les vainq4ieurs et les vaincus, pour mieux se comprendre, firent un autre latin barbare et corrompu d'un latin passable, déjà lui-même bien inférieur à celui de César on de Cicéron^ mêlé de quelques termes grecs ou celtiques, et surtout germaniques en grande majorité. Telle fut l'origine de la langue romane.
Oq a fait remarquer très-justement que si la langue latine était restée, dès le début, une langue savante, elle n'aurait jamais été sujette à Tattéraiion, parce qu'elle eût été fixe et déterminée, n'étant employée par les auteurs qu'au titre de langue morte. Dans les monastères et les couvents, elle conserva ses formes premières, et jusqu'au XIII">« siècle, au moins, toutes les chartes écrites et composées par les moines sont en assez bon latin.
Le roman n'est donc que du latin dénaturé : « An ignoras, dit le célèbre € Jules Scaliger, linguam Gallicam, Ilalicam et Hispanicam lingua latina « abortam esse, » Et Ducange, si versé dans la connaissance des langues : « Tametsi Hispanica et Italica lingua, perinde ac Provincialis , latinaD cri- « gines suas debeat. »
Dans les chartes latines écrites soit par des hommes de loi , soit le plus ordinairement par des moines, nous trouvons La Flèche nommée Fixa, Fissaei Feda; toutes les autres modifications proviennent de la latitude que s'accordaient en général les historiens pour les noms propres et surtout ceux de lieu. Fixa et Fissa ou Fissia donnent successivement sous leur plume Fisca (Gesta Consul. Andeg.). Fissau (Anal, de Mabillon). Quant à Fisca, on peut dire que ce n'est qu'une forme populaire de Fixa. Encore (aujourd'hui le peuple dit un isque pour un ixe, du lusque pour du liixe^ le beau sesque pour le beau sexe. De même les Gallo-Romains ont fiiit de laxare lascare, d'où lascher et lasquer, de myxa misca, d'où mesche, de taxa tasca, d'où tasche et par suite de fixa Fisca, la Fiche ou la Fèche. Ce serait alors sur ce dernier nom de La Fèche qu aurait été fabriquée après coup la forme latine de Fecia.
Ce nom de Fecia, nous le trouvons employé deux fois dans une charte relative au prieuré de Luché, appartenant à l'abbaye de Saint-Aubin, et seulement dans le courant du XI"« siècle. Dérive-t-il bien de Fixa, comme nous venons de le dire? Ne serait-il pas l'indication que cette station ne se composait que de cabanes. Car, en basse latinité, Fecia ou Fecius signifie du bois apte à bâtir une maison rustique — lignum construendi rusticorum DOHIBUS APTUM (Tabula F. Sergii. Andegav.) : « Uomines vero qui eamdem « terram excoluerint, de eodem bosco faciuiit suas domos de palis et feciis « sicut homines domni Artaldi... »
Peut-être encore pourrait-on, à la rigueur, considérer Fecia comme dérivant par corruption d'un nom dérivant lui-môme de Fissa; mais nous remarquons que dans les chartes que nous avons examinées, il n'apparaît que dans celles du XI"» siècle, jamais dans les autres, et n'est pas employé par les historiens. Viendrait-il de Fecialis héraut? Nous ne soutiendrons pas cette assertion.
Fiius et Fissus n'ont pas la même signification en bonne latinité ; le premier partictpe signifie fixé, enfoncé, fiché. Virgile l'emploie même pour per-^ ce, traversé. Le second signifie fendu, séparé, ouvert.