JUIN
Os sait qœ , de plus , la vUle de Tours a érigé une statue sur la place de la mairie , en
tt dn pont sur la Loire.
Or. le débat est encore pendant entre le Poitou et la Touraine , revendiquant Tun et l'autre
boonear d'jivoir donné naissance à l'illustre philosophe.
Toiei, en eOet, ce que vient de publier dans ses éphémérides le Journal de la Vienne ,
unéro du 31 mars 1876 :
« 31 mars 1576. — Naissance de René Descartes à La Haye. — Il est né, sinon dans la
rQlc de ChâteilerauU. du moins dans son territoire, quoi qu'en disent Messieurs de la
Tonraioe, qui se l'adoptent, parcequ'il est né, disent-ils, à La Haye, en Touraine. Il
est né è La Haye, c'est vrai , mais dans le faubourg de la ville, lequel est en deçà de la
ririère de la Creuse, c'cst-è-dire en Poitou et du ressort de la sénéchaussée de Chdtellerault,
*- Dom Fontcnean , t. 55, p. 4d3. »
L'argument, au point de vue de la naissance, nous parait un peu subtil, car Descartes
I baptisé probablement à La Haye même, où les registres de la paroisse constituent son
at civil. II resterait à prouver que ce faubourg ne faisait pas partie de la ville appelée La
tive-Desrartes, qu'elle formait paroisse à part et que son église était celle de Saint-
lerges de La Haye.
Descartes ne fut conçu probablement ni en Touraine, où il vint accidentellement au
Mde, ni en Poitou, son pays originaire, mais en Bretagne, h Rennes, où son père exer-
lit uoe charge de conseiller au Parlement de cette province.
élait alors trés-circonscrite et ne s'allongeait pas, comme à cette heure , e dehors de son enceinte sur les différentes routes qui la traversent. On £ souvient qu'elle renfermait , en outre des bâtiments du collège , plusieui maisons religieuses , le prieuré de Saint-Thomas et son église , le présidià le grenier à sel, Thôtel de ville et l'hôpital des sœurs de Saint-Joseph, u peu plus tard. Une seule rue, proche du collège, a retenu le nom des élëvi qui s'y succédaient, celle des Lavallois.
Malgré ces conditions de désordre et de trouble, la tradition locale n nous mentionne aucuns de ces faits si fréquents dans les grands centre universitaires du moyen âge. Nous devons bien certainement en faire hoï neur à l'enseignement des Jésuites , à leur dévouement à l'ordre et au paj qu'ils savaient si bien inculquer à ces élèves de mœurs et de provenance i différentes.
Le rôle du professeur serait certainement bien amoindri , s'il n'avait qu' nous apprendre les règles et les mots qu'elles régissent. Dans les leçons le plus élémentaires, il peut toujours trouver motif de toucher l'âme et 1 cœur; ce doit être même son principal soin.
Parmi les gentilshommes confiés à l'habile direction des Pères Jésuites plusieurs, et peut-être môme la plupart, devaient entrer dans l'armée. Et i fut bien remarquable le premier spécimen qu'ils y envoyèrent.
Né en 1602, au château de Plessy-Bude, en Bretagne, cadet d'une fa mille ancienne, mais pauvre, J.-B. Bude, comte de Guébriant^ vint enfai au collège de La Flèche , et ses études faites , reçut du roi l'épée dont i devait si bien se servir. En 4632, il était capitaine au régiment de Piémont vers cette époque , il passa avec le même grade dans les gardes du roi, fo envoyé en Allemagne, où il se distingua par son intrépidité dans toutes le rencontres avec l'ennemi. Nous ne pouvons nous attarder à mentionne tous les actes de sa belle carrière. Nommé maréchal de camp en 1636, pui lieutenant-général, il battit, en 1642, les Impériaux à Ordingen. Cett journée lui valut le bâton de maréchal de France. En 1643, il assiégeai Rothweil , dans le Wurtemberg. Mais ici laissons la parole à M. de Pontis son compagnon d'armes , pour faire connaître aux cadets fléchois du vail lant maréchal comment il mourut.
« Rothweil. — M. le maréchal de Guébriant voulant un jour aile « reconnaître un poste fort exposé pour y placer une batterie, je le conju « rai de n'y point aller de peur de ne pas en revenir. Il se rendit aux ins « tances que je lui en fis et j'y allai au lieu de lui. Après que j'eus reconni « le lieu, je jugeai qu'il était effectivement très-propre à ce dessein; mai « je découvris en même temps comme une espèce de fenêtre , sur laquelli « était pointée une couleuvrine qui me menaçait personnellement. Je nv « trouvai un peu embarrassé, craignant également d'avancer ou de recule) « de peur de trouver la mort de ce côté ou d'autre. Enfin, néanmoins
i comme ce coup était réservé à un maréchal de France et non à un simple i capitaine comme moi, je me sauvai sans recevoir aucun mal. Je fis mon 4 rapport à M. de Gnébriant, qui résolut aussitôt d'y aller lui-môme. Je i m'y opposai tant que je pus , lui représentant le péril visible où il s'ex- € posait à cause de cette pièce de canon , dont il était impossible de se
< mettre à couvert ; mais lui m'ayant répondu qu'il y allait de son honneur f de prendre la ville, n'écouta point ce que je lui disais. Il y alla, en
< effet, et il y trouva la mort que je lui avais prédite ; car, cette couleuvrine € ayant été tirée sur lui , il eut le bras gauche tout brisé : et comme on l'eut f rapporté en son logis, il me dit avec fermeté, lorsque je vins le voir :
< Mon ami, je te jure que nos jours sont comptés; il fallait que je mour-
• russe en ee lieu. Il vécut encore quelques jours. Cependant sa blessure f ayant été tenue fort secrète, les ennemis qui n'en savaient rien , vinrent « capituler dès le même jour; et lui, étant dans son lit, signa de sa main i droite, en leur présence, la capitulation, avec une assiette et une fer-
< meté d'esprit qui les empêcha de connaître qu'il était blessé, croyant
* seulement à une indisposition. Après que la ville eut été rendue, on l'y f transporta et il y mourut quelques jours après , triomphant en quelque « sorte de rAllemagne et de la France ; car tous les autres lieutenants
< généraux étaient fâchés contre lui de ce qu'il assiégeait cette ville et i étaient jaloux. »
N'y a-t-il pas entre la mort de du Guesclin et celle du premier chef d'armée que La Flèche a donné à la France une remarquable similitude? Les defs de Chàteauneuf-de-Randon furent déposées par les assiégés sur le cercueil du connétable et celles deRothweil remises dans la main deGuébriant, blessé à mort et une seconde fois vainqueur, en dissimulant l'horrible souffrance qu'il éprouvait dans ce moment solennel.
Ce fut un nommé Le Féron , sieur de Longuemézière , qui prit le marché de l'église , de la sacristie , du clocher, de la salle des actes , de la bibliothèque, du corps de logis entre la cour royale et la cour des classes, et les quatre corps de logis qui forment la cour des pensionnaires , moyennant la somme de 240,000 livres. On fil encore un nouveau marché avec cet entrepreneur pour augmenter l'épaisseur des murs, piliers, pilastres et arcs-boutants de l'église et fournir tout le plomb nécessaire aux bâtiments ; Taugfflenlation fut de 24,000 livres. Un troisième marché fut passé en 1640, avec le même au prix de 18,000 livres, pour faire les deux jubés de la croisée aîec les quatre niches et une lanterne sur la salle des actes pour une horloge.
Ces trois marchés montaient à la somme de 282,000 livres.
Les Pères avaient donc besoin de nouveaux secours et le roi paraissait l'avoir bien compris. Mais Sully était toujours là en sentinelle devant le trésor, et quand le roi avait accordé, le dernier mot n'était pas toujours dit.
Sur les derniers jours de Tan 4609, les Jésuites obtinrent de Henri IV, probablement au titre d'étrennes , une somme de 400,000 liTres poar ache^ Ter leur chapelle, qui, d'après les volontés de Sa Majesté, devait plus tard renfermer son cœur et celui de la reine. Le P. Cotton , accompagné de plusieurs de ses confrères , se rendit chez le duc de Sully pour recevoir cetti somme importante, qui était si nécessaire aux Pères. Ce fut lui qui porta h parole et annonça au duc que le roi avait bien voulu leur faire un petit don de 400,000 livres: € Appelez-vous cela un petit don, répondit-il très- € brusquement ; le roi vous en donne trop et je ne paierai pas. » Là-dessus , il éconduisit les Pères. Mais le P. Cotton lui demandant sérieusement le motif d'un pareil refus , qui paraissait dépasser son pouvoir : c Ce n'esl € point à vous, dit Sully, à qui je dois et veux rendre des comptes;
< c'est au roi auquel je dois donner mes raisons en lui faisant comprendre
< pourquoi je ne puis consentir à vous livrer ce que vous réclamez de « moi. » Les jésuites ayant fait leur plainte, le roi, pour les satisfeire, tança publiquement son ministre , en lui disant qu'il voulait que ses ordres fussent exécutés. Cette petite scène était probablement préparée entre le roi et Sully ; car celui-ci ne donna rien et n'en reçut pas moins pour étrennes 30,000 écus au lieu de 20,000 qu'il recevait habituellement. Les Jésuites furent loin d'être satisfaits. (4) Peut-être alors Sully rappela-t-il au roi que l'année précédente il avait ordonné, en date du 46 juin 4608, que la sonmie de 36,000 livres, tant en argent qu'en valeurs de meubles, laissée en mourant par lord Douglas , ambassadeur du roi d'Ecosse , pour fonder un séminaire d'écoliers écossais catholiques et déposée chez les Pères Chartreux, fut remise entre les mains du recteur des jésuites de La Flèche. (2)
Aux prédications si fougueuses de la Ligue , si attentivement écoutées , mais toutes chaudes des passions de la terre, succédaient alors d'autres prédications non moins ardentes, non moins populaires , mais tombant des livres des saints et ne s'adressant plus qu'à la consci^ence. Les esprits se calmaient sous la parole de saint François de Sales et de ces imitateurs.
Cependant il y avait encore bien des ferments de révolte et on ne doit pas s'étonner qu'il y eut à cette époque, dominée par la vaillante épée du roi, des aflSliations particulières ou sociétés secrètes, agissant comme tou-
(1) Registres-journaux du P. de TEstoile.
(2) Manuscrit d'on jésuite. — Bibliothèque du Prytanée.
M. J. Clère dit à ce sujet (Histoire du ColUge de La Flèche) :
« La donation de 30,000 livres faite par lord Douglas, en 1608, pour créer à La Flèche « un séminaire pour les Ecossais catholiques , fut mémo détournée de sa destina tioD pri- « mitiye et resta sans résultat. »
D*apràs ce que nous avons dit plus haut, Henri IV, dont la mort inattendue mit tous les projets h néant , aurait créé à La Flèche un séminaire oit ces jeunes Ecossais auraient reçu rinstruction désirée par le donateur. Or, 30,000 livres ne suffisaient pas pour une pareille fondation.
jours dans un esprit d'insoumission. Mais qu'on pût en induire qu'elles hssent établies par les Jésuites et que la direction en fut abandonnée par eux à de jeunes têtes légères et imprudentes , c'est ce qqe Sully n'au* nit pas pu croire , s'il n'avait été aveuglé par son antipathie bien marquée pour un Corps ennemi né de l'hérésie.
Après la mort d'Henri IV, Sully, dans ses mémoires, attaque les Jésuites i ce sujet sans les nommer cependant — certaines gens qu'il n'est pas besoin de nommer ici. —
Quel profit les Jésuites pouyaient-ils tirer des suites d'un pareil attentat ? Benri lY les comblait de présents et prenait soin de les exalter d'autant plus qu'on les attaquait devant lui.
Nous aimons à nous en rapporter au témoignage d'un homme peu suspect d'aimer les Jésuites et, en général, tout ce qui tient à la Religion de près ou de loin, de Bayle, qui, par l'incrédulité régnant dans ses écrits, a frayé la Toie à Voltaire :
f J'ai eu la curiosité , dit-il, de lire ce que les Jésuites ont répondu aux € accusations de leurs ennemis, ce qu'on leur a répliqué , ce qu'ils ont ré- € piiqoé eux-mêmes ; et il m'a paru qu'en plusieurs choses, leurs accusa-
< leurs demeuraient en reste. Cela me fait croire qu'on leur impute beau-
< coup de choses dont on n'a aucunes preuves , mais que l'on croit facile-
< ment à l'instigation des préjugés. (1) »
Ravaillac était doué d'un caractère extraordinaire, d'une fermeté sans égale ; soumis aux plus affreuses tortures , il ne cessa de protester qu'il l'aïait eu ni confident ni complice.
Xi TEstoile, ni le continuateur de de Thou, ni le P. Chalons, ni même d'Aubigné et aucun des historiens de ce temps , tous ouvertement déclarés contre les Jésuites , excepté le seul Mézeray, n'ont parlé d'une conspinlion tramée à La Flèche même, en 1609. Nous en trouvons le récit dans les mémoires de Sully, (2) et nous devons le mentionner ici.
Il existe encore à La Flèche une rue portant le nom des Quatre-Vents ; elle le doit probablement à son exposition coupant du Ttord au midi la Srande-Rue exposée à Vest et à Vouest. Nous nous rappelons l'ancienne aubeif e située au milieu de cette rue et en ayant retenu le nom ; son pignon liga a été modifié et modernisé depuis quelques années seulement.
Tout près demeurait une veuve appelée Jeanne Huberson , qui logeait des Ecoliers de bonne maison, suivant, comme externes, les cours des Jésuites. Ds avaient pour surveillant le sieur Médor d'Avranches. Une nièce de cette reave» Rachel Renaud, âgée de 26 ans, habitait avec sa tante et son couun Huberson; elle entra par hasard dans la chambre d'étude de Médor et
(Ij Bayle, Lettres choisies, t. I, 1. 230.
(2) Mémoires de Sully. 1609. Livre 26, pages 273, 274, 275, 276, 277, 278. — Edition do 1745. Londres.
y aperçut un livre qui attira son attention. Il était doré sur la couverture relié avec des rubans bleus et incarnats et épais d'un pied. Curiease comm< beaucoup de ses semblables, elle l'ouvrit et vit que. ce livre, écrit jusqu'i moitié partie avec du sang, partie avec de Tencre, était plein de signatures parmi lesquelles elle reconnut celle de Médor, d'un nommé du Noyer, des environs de Paris, non loin de Villeroy, et d'un sieur de Cros, natif d'Auvergne, prés de Billon,qui avait appartenu à M. de Mercœur. Elle connais sait ces deux hommes, parce qu'ils venaient souvent voir Médor.
Médor rentrant subitement chez lui , y surprit la jeune fille , lui arrachi violemment le livre des mains , lui demandant ce qu'elle comptait en faire. Elle lui répondit simplement qu'elle l'avait trouvé si beau qu'elle avait voulu le montrer k sa tante, et le questionna pour savoir ce que signiflaieni ces signatures de sang qu'elle avait vues au dessous de l'écrit. Quoiqu'elle parut ne pas y attacher d'importance, Médor craignant qu'elle n'eût k l'écrit, l'assura que ce n'était qu'un serment de rester à jamais fidèles ac Pape , prêté par les signataires et scellé de leur sang.
Cette fille ne crut pas devoir s'en taire; bientôt sa tante et son cousin qui était protestant, eurent connaissance de ce fait. Pendant ce temps , le livre avait été porté chez de Cros , qui demeurait chez le sieur Dreuillet , près de la porte Saint-Germain; celui-ci avait en pension chez lui plusieurs jeunes gentilshommes bretons , ayant appartenu lui-même comme de Cros à M. de Mercœur. Ce Dreuillet faisait partie de la Congrégation des Jésuites. (Sully ne dit pas à quel titre) et y fait , ajoute le duc , bien souvent le sermon, C'était lui qui aurait sollicité les allants et venants de signer sur ce livre, et c'était ainsi que Médor et du Noyer avaient été entraînés à le faire.
« C'est Tadvis , dit Sully, simplement tel qu'il a esté reçeu de la propre « bouche de cette Rachel. Si l'on estime que la chose mérite d'y voir plus « avant, j'y donnerai les adresses nécessaires; moindres choses en affaires € d'Estat ne sont point à négliger, et bien souvent font pénétrer en de plus « grandes. »
Sully fît partir, le 49 octobre 4609, une personne sûre chargée d'approfondir ce fait : « mais, ajoute-il, le crédit et l'adresse de ceux que celle « accusation intéressait, furent assez forts pour livrer au silence une affaire « qui devait assurément être poursuivie. »
Comme lieux, les renseignements sont précis, exacts; il doit en être de même pour les noms. Mais rien ne vient dire que les Jésuites furent complices. D'ailleurs, le contenu de l'écrit est resté inconnu; s'il en eut été autrement et qu'il fût de nature à compromettre les Pères, Sully aurait donné dans ses mémoires des détails circonstanciés.
Ce chapitre étant spécialement consacré aux différents détails de l'installation des Jésuites à La Flèche , nous allons inscrire successivement tous ceux que nous fournit le manuscrit déjà cité d'un P. jésuite.
En juin 4607, les Pères reçurent de Tévôché d'Angers une commission en Utio aatorisant l'archiprêtre de La Flèche , ou à son défaut le curé de la Chapelle-d'Aligné, à bénir la première pierre du bâtiment de leur église. Pour la pose de cette pierre, le roi se fit représenter par le maréchal de Lavardin, qui présida cette cérémonie le 8 juin. Une seconde commission autorisait le P. Charles , recteur du collège , à bénir la terre de cette même église pour pouvoir y enterrer les morts, à charge de la faire consacrer aussitôt qu'elle serait achevée.
£n 4640 , on fit encore un marché avec le sieur Le Féron , moyennant la somme de 48,000 livres, pour faire les deux jubés de la croisée avec les quatre niches et une lanterne sur la salle des Actes pour Thorloge.
Cette même année, renseignement fut complété par deux nouvelles chaires, celle d'hébreu et celle de mathématiques.
Cette même année encore , le collège est signalé comme étant devenu pour tout le pays environnant un centre de catéchismes et de missions. Beaucoup de professeurs employaient alors le temps des vacances de leurs élèves à ce genre de travaux apostoliques.
En 4 64 2 , le Frère Martellange fut envoyé à La Flèche par le roi Louis XIII pour achever Téglise et ce qui restait à faire au collège , et cette même année Sa Majesté donna commission à M. de Fourcy, intendant des bâtiments , pour faire achever le collège et payer par son trésorier ce qu'il faudrait pour cela. On fit alors marché avec le plombier pour tout le plomb de Tèglise et les deux lanternes de cette même église et de la salle des Actes , l'ardoise comprise, le tout montant à 4,095 livres.
La muraille de la fausse-braye (4) fut faite, en 4644, à raison de 46 livres la toise.
Le 3 juillet 4645, le serrurier donna quittance de la somme de 9,595 liv. 4 sol 6 deniers pour les ferrures de l'église et des grilles que l'on fit mettre au logts du roi sur la fausse-braye.
En 4649, le roi Louis XIII donna aux Pères Jésuites la somme de 48,000 livres pour les aider à achever l'église et les autres bâtiments du collège. L'église ne le fut cependant qu'en 4628, à la réserve du dedans.
Depuis longtemps , les Pères Jésuites sentaient la nécessité d'enclore le parc de murailles; non-seulement ils avaient à craindre les déprédations du dehors longtemps autorisées, pour ainsi dire, par l'absence des princes propriétaires , mais aussi les escapades de leurs écoliers. Ils en obtinrent la permission du lieutenant général de La Flèche , en date du 42 avril 4649, et ils se mirent de suite à l'œuvre. II leur permit en même temps , pour fa-
il) Fauue-Braye y vieux mot {propugnaculum mur o prœteœtum), esptice qu'on laisse ^vl pied da rempart ou de la mnraUle. ... — Dictionnaire de Riehelet.
voriser le commerce de la librairie et se faire un certain revenu, de faire bâtir des boutiques le long de Téglise. Le procureur du roi vint, à cet effets planter lui-même les piquets. (0
(1) Ces boutiques furent louées à des libraires, qui payaient à beaux deniers le droit de débiter aux écoliers les livres classiques dont ils avaient besoin. Mais, en outre, les maisons de Taneienne rue de la Cure étaient occupées par d'autres librairies plus considérables on des ateliers d'imprimerie. La maison de M. Chicoisne , récemment abattue et faisant le coin de celte rue avec celle de la Juivcrie , en face le portail du collège, était occupée par Griveau. Rezé demeurait dans Ja rue Neuve. Ces deux éditeurs , si connus du public leltrë de U locaUté, ne dédaignaient pas d'avoir, comme leurs confrères, une ou plusieurs échoppes è portée des élèves externes.
Les Pères jésuites atteignaient deux buts en construisant ces boutiques , de se faire on certain revenu d'abord , puis d'empêcher de déposer dans les angles nombreux formés par les bâtiments des ordures et des immondices.
8 mart 1622. — Louage pour 5 ans de la première bohtique à main droite, près de la porte des pensionnaires , moyennant 17 livres à Georges Griveau , libraire.
39 février 1624. — Lou.ige à un vitrier de deux boutiques le long du logis des pensionnaires, moyennant 15 livres par an.
8 novembre. — Bail par lequel Guillaume Guiot, libraire, reprend à louage, pour 5 ans, la boutique qu'il occupait auparavant, le long de Téglise du collège, moyennant 18 livres par an.
8 novembre. — Bail par lequel Jean Picart, libraire, a repris pour 5 ans la boniique qu'il occupait, proche la grande porte du collège, moyenant 21 livres par an.
27 mai 1626. — Bail par lequel Martin Guiot, Ubraire, prend pour 7 ans deux boutiques le long de l'église, moyennant 34 livres par an.
29 juillet. — Bail par lequel Le Roy, libraire, prend à louage pour 5 ans une boatiqoe le long do l'église, pour la somme de 16 livres par an.
5 décembre 1628. — Julien ftlauboussin, libraire , loue une boutique le long de réglisc, moyennant 18 livres par an.
13 février 1629. — Souchard, libraire, loue une boutique le long de l'église, moyennant 12 livres par an.
39 mars. — Georges Griveau et Madeleine Rézé, sa femme, louent la boutique le long de l'église, près de la porte charretière , moyennant 18 livres par an.
10 décembre 1633. — Charles Piron, libraire, loue la boutique le long de l'ëgUse, moyennant Tlivres par an.
8 août 1645. — Georges Griveau , imprimeur, loue les deux premières boutiques en venant du pilori, lesqueUes sont au droit de la maison dudit Griveau , moyennant 18 livres par an.
8 janvier 1646. — Martin et Bernard Guiot, libraires, et Adrien Chapelet louent la boutique entre la porte de l'église et la porte du vestibule, moyennant 20 livres par an.
19 août 1654. — Sébastienne Rezé, veuve de Georges Griveau, loue cinq boutiques devant sa maison, moyennant 35 livres par an.
13 février 1658. — Pierre Garnier, libraire, loue la boutique, proche lo grand portail do collège, moyennant 15 livres par an.
11 novembre 1670. — Etienne Berte, libraire, loue une boutique moyennant 13 livres par an.
9 janvier 1673. René Esnault, père et fils, libraires, louent la boutique joignant celle de Berte , moyennant 7 livres.
14 mart 1686. — Pierre Piron loue une petite boutique près de l'église, moyennant la somme de 8 livres par an.
Les échoppiers, libraires, ayant tous probablement magasin en ville, étaient donc à La
Flèche an XVU*"« siècle GuiUaume, Martin et Bernard Guiot; Jean Picart; Pierre Leroy;
Julien Maubotuein; Souchard t Magdeleine Rexé; Sébastienne Rexé; Charles Piron; Phi-
Le collège avait attiré beaucoup de libraires et d'éditeurs, ainsi qu'une population flottante composée de familles, qui, comme de nos jours, Tenaient s'établir auprès de leurs enfants. Il fallait suffire à tous les besoins de l'instruction , les arrivages de Paris étant rares et presque impossibles.
Guillaume de la Varenne ne s'était pas trompé en jugeant que rétablissement des Jésuites dans sa ville natale lui donnerait une vie nouvelle et une animation singulière.
Qu'on se Ggure, en effet, tout ce monde de régents, d'hommes de justice, de religieux, de nobles, de bourgeois, ce millier de jeunes gens, dont beaucoup gentilshommes , étaient accompagnés de leurs domestiques. L'harmonie entre tant d'éléments hétérogènes ne devait pas toujours être parfaite. Les notes [manuscrites des Pères sont pleines de doléances à ce sujet.
Le 47 juillet 4620 fut fait le marché du vitrage de l'église, y compris l'achat du verre, le tout montant à 4689 livres 6 sols.
Du 30 juillet 4620 est daté un brevet de la reine Marie de Médicis, mère durot et gouvernante du pays d'Anjou, par lequel elle ordonne et commande aux Pères jésuites de La Flèche , de faire construire un pont-levis dans leur parc pour le passage des pensionnaires.
La date de ce brevet coïncide avec celle de sa venue à La Flèche au moment de ses discussions avec son fils, le roi Louis XIII, et dont nous aurons à parler plus tard.
Les Pères rencontrèrent de l'opposition , nous ne savons de quelle part , pour la confection de ce pont-levis, car le Père jésuite , auteur du manuscrit, ajoute : « On eut besoin de l'autorité de la reine mère pour cela; elle c y envoya même de ses gardes. » Cette opposition vint probablement des gens de justice ; car, suivant la Jurisprudence française attestée par l'Hommeau (4^ partie, chapitre 37) « les seigneurs qui n'ont haute, moyenne ou c basse justice ne peuvent, sans permission du seigneur duquel ils relèvent, f laire en leurs maisons pont-levis , fossés et forteresses. » — Richelet , fons levis, pons versatibilis.
Au 49 août 4620, nous trouvons un compte pour la sacristie et ailleurs de 4370 livres dues au menuisier.
Cette même année, M. François de Cornetz, sieur du Plessis, élu à La Flèche, et sa femme , demoiselle Blanche Jouy e , donnèrent par contrat 1200 livres pour faire la chapelle de Saint-Ignace, à la charge qu'ils y seraient inhumés eux et leurs enfants, et par le même contrat ils créèrent sur tous leurs biens 80 livres de rente pour l'entretien d'un écolier en phi-
lippe Marie; Adrien Chapelet; Pierre Gamier; EUenne Berte; René Esnauli; Pierre «irofi.
losophie que le Père recteur devait choisir. Après la mort du sieur de Cornetz et de sa femme, leurs héritiers intentèrent plusieurs procès aux Pérei pour la nomination de Técolier qu'ils prétendaient leur appartenir ; mai! ils les perdirent.
Au mois de mai \ 620 , les Pères avaient envoyé au greffe de la Cour d« Comptes Tétat des dépenses de la fondation de la maison de La Flèche tant pour l'emplacement que pour les bâtiments , moïitant à la somme dl 351 ,000 livres.
En 4621, on acheta au prix de 212 livres la cloche des classes. C'est probablement toujours celle dont le son nous est si connu.
Le 6 juin 1621, il fut passé un marché par lequel Jean Martinet, sculpteur, s'obligeait à faire l'autel de Saint-Ignace et deux colonnes de marbn de 3 pieds 1/2 avec leur arrière-corps encroustés avec la corniche et autres ornements « où il y aura 25 tables de marbre et une table de marbre noii pour épitaphe, moyennant la somme de 400 livres. »
Le 24 novembre 1 623 , les demoiselles Anne et Françoise Corbin donnèrenl au collège de La Flèche une somme de 1500 livres pour être employée à la voûte , clôture , vitrages et ornements de la chapelle de Saint-François- Xavier.
Le 24 novembre 1633 , les Pères passèrent un marché avec Pierre Corbineau, architecte de Laval , par lequel il s'obligeait à faire le grand autel de l'église et à fournir le tout, à la réserve de la pierre à maçonner, de la chaux, du sable, moyennant la somme de 7,000 livres, trois septiers de bled et trois pipes de vin.
Suivant la coutume, le roi Louis XIII délivra, en date du 22 mai 4634 , des lettres patentes par lesquelles il loue , agrée et ratifie la fondation du collège de La Flèche.
Le 20 juin 1 635 , Meaugendre , menuisier au Mans , passa un marché avec les Pères par suite duquel il s'obligeait à faire le lambris de la chapelle de Notre-Dame dans l'église du collège et à y sculpter les armes de noble homme Pierre Jouye des Roches , pareilles à celles qui étaient à l'autel et à la cloison de ladite chapelle, moyennant la somme de 300 livres.
Le 25 novembre 1637, le sieur Jacques Nadreau, tailleur de pierres, s'engagea, au prix de 1050 livres, tout lui étant fourni, à faire le jubé des orgues.
Le 17 novembre 1646, il fut passé un contrat entre M. de la Varenne, fils de Guillaume Fouquet , comme fondé de pouvoirs de sa sœur, Ja comtesse de Vertus , et noble homme Pierre Jouye des Roches , par lequel celui-ci a cédé au sieur René de la Varenne tous les droits qu'il avait en la chapelle de Notre-Dame de l'église du collège, dans laquelle il avait fait faire l'autel et les balustrades servant de clôture , le lambris , plusieurs autres ornements et placé une lampe d'argent. Cette concession fut faite
moyennant la somme de 1200 livres pour être, ladite chapelle, le Heu de sépulture du défunt marquis de la Varenne, père de la comtesse de Vertus et de ceux de la famille portant le nom. A ce contrat est jointe une lettre du lieutenant général par laquelle il accorde que la comtesse de Vertus soit mhumée dans cette chapelle.
An mois d'août 4648, les Pères jésuites avaient fait venir à Paris des blocs de marbre du prix de 48,000 livres pour faire les urnes devant contenir les cœurs du roi et de la reine. On les avait portés à la marbrière du Louvre pour y être travaillés par les ouvriers du roi ; mais ces marbres furent pris et employés à d'autres ouvrages sans que les Pères aient pu obtenir raison de ce fait. Cette somme de 48,000 livres avait été payée par M. René de la Varenne sur l'argent des Papegaux.
Tels sont, au sujet de l'installation des Pères Jésuites, les détails divers venus à notre connaissance et inscrits dans les notes d'un Père, déposées à la bibliothèque du Prytanée militaire dans le courant du siècle dernier.
Ce même manuscrit en mentionne d'autres que nous consignons ici pour ne pas avoir à y revenir.
En 4634 , le roi accorda aux Pères Jésuites le droit de faire porter des armes à tous les gardes de leurs forêts et bois. Il les exempta du logement des gens de guerre dans toutes leurs dépendances avec défense à tous allants ou venants de n'y rien enlever en fourrages ou autres denrées. Ces prescriptions furent confirmées en autant de lettres patentes , en 4635, 4652 et 4677.
Ce même prince leur accorda l'exemption de franc-salé (4) et d'impôts. Les fondations royales étaient exemptes de droit, et cependant le collège De jouissait d'aucun privilège de ce genre. L'octroi de 4642 de franc-salé pour 46 minots de sel resta sans effet à cause de la mort du roi, survenue cette même année.
En 4673, il fut mis un impôt de 60 sols pour chaque pipe de vin. Les Jésuites reçurent une décharge annuelle pour cent pipes , décharge qui fut maintenue malgré l'opposition du maire , des échevins et des créanciers de la Tille.
Parcontrat du 3 janvier 4655, leP. Milquin, recteur du collège, et le P. Quentin, procureur, accordèrent à messire Sébastien de Broc , chevalier, Ticomte de Foulletourte , pour lui et sa famille , à perpétuité , la chapelle de Saint-Joseph dans l'église du collège , tant pour leur sépulture que pour y entendre la messe , le sermon et autres offices divins , et à cet effet les Pères tear en livrèrent les clefs et y firent mettre leurs armes. M. de Broc paya la somme de 5,500 livres.
Au mois de février de la môme année , ils passèrent avec le sieur Fran-
(!) Franc-talé, prorision de sel gratuite.
cois Lecomte , marbrier à Laval , un marché par lequel celui*ci leur fourni seize colonnes de marbre à raison de 4 8 livres la pièce , rendues à SabU Il s'obligea à graver, moyennant la somme de 25 livres , Tépitaphe de 11 de la Varenne.
Le 15 juillet 1685, le P. vice-recteur et le P. Magnan , procureur da coi lége, passèrent un acte avec M"* Marsollier de Saint-Germain, par lequc lesdits Pères s'engageaient, eux et leurs successeurs , à perpétuité, à entre tenir dans la chapelle de la Passion une lampe allumée et à faire renon vêler les indulgences de cette même chapelle en raison de toutes les dé penses que cette demoiselle avait faites pour la décoration de cette cha pelle.
Pour nous résumer, nous rappellerons donc que les sieurs Bideau , Pies sis , Estourneaux et Le Féron de Longuemézière furent les principaux entre preneurs pour les grands travaux opérés pour l'établissement du collège d< La Flèche. Mathurin Jousse, ingénieur-architecte, fut l'un des artistes d< la chapelle. Ces hommes unissaient le sentiment de l'art à la connaissance du métier, ainsi que nous pouvons en juger par le bel ensemble que nom avons sous les yeux , mais qui ne fut complet qu'au commencement d< notre siècle.
En 1630, fut construit le réfectoire des Pères (salle actuelle des visites). Il s'ouvrait sur un péristyle d'où part le principal escalier. Là était une fontaine monumentale en marbre , transportée d'abord au milieu de la coui Royale où elle est restée pendant longues années , et placée à cette heure au milieu du grand bassin du Parc.
En 1 634 , on établit le moulin du pensionnat sur la partie de la douve adjacente aux bâtiments affectés au 3™« bataillon des élèves du Pry tanée ; il a disparu en 1 81 5.
En 1653, on flt le corps de logis où se trouve le grand réfectoire, le long de la rue du Collège , la galerie en arcade du vestibule d'entrée , supportani une galerie de même longueur (aujourd'hui bibliothèque) destinée à une collection de tableaux dont nous donnons plus bas la nomenclature , puis enfin le grand portail au fronton duquel on pratiqua une niche ovale, où fut placé le buste en marbre blanc d'Henri IV, et au-dessous la première inscription qu'a eue notre école sous les Jésuites :
REGIUM UETiRICl MAGNI COLLEGIUM.
Ces dernières constructions régularisèrent la cour Royale que déparaient de petits bâtiments.
En 1660, on fit le grand pavillon de la cuisine actuelle.
A partir de 1764, l'administration du collège de La Flèche fut jointe, jus* qu'en 1 776, à celle de l'école militaire de Paris, par suite du renvoi des Jésuites.
Ce furent ces nouveaux administrateurs qui firent , d'après les ordres du
tac de Choiseul , arriver et distribuer dans toutes les parties de la maison les eaux de la source des Sars.
La façade monumentale du balcon du général avec ses colonnes, ses basreliefs et son fronton armorié fut commencée en 1784 par les Pères de la Doctrine chrétienne devenus, en 1776, les héritiers des Jésuites. On leur joit rinfirmerie actuelle , carré incomplet de bâtiments à deux étages.
II n*est pas sans intérêt de donner ici la nomenclature de la galerie de peinture du collège de La Flèche; tous les tableaux ont disparu dans la tempête révolutionnaire :
\^ Laudunum fortitudine Henrid magni féliciter expugnatum. (Laon.)
Anno i594.
f^ Prœlium Arcense Henrico victori faustum. (Arques.)
3* Carmitum virtute Henrid magni expugn^tum fortiter. (Chartres.)
4<» Henrid inagni insigni benefido data patribibs Sodetatis Jesu domus
regia Flexiensis» — Anno 1603.
5^ Sokmnis inauguratio Mariœ Mediceœ in Basiliâ San. Dyonisianâ,
6* Cor Henrid magni sodet, traditum et in templo huj. col, depo$itvm,
Anno 1616.
7« Conflictus ad Fontanam Francensem //». M^, fortwnatu$. (Fontaine- Française.) — Anno 1595.
8» Pugna Ibrœaca (Ivry) felix Henrico triomphanti. — Anno 1590.
^ Ambictcum armis Henrid magni ereptum hosti. (Amiens.) —
Anno 1597.
Ces tableaux représentaient donc :
1» Le siège de Laon. — 2» Le combat d'Arqués. — 3^ Le siège de Chartres. — 4° Le don par Henri IV de son palais aux Jésuites. — 5® Le Bouronnement de Marie de Médicis dans l'église de Saint-Denis. — 6® Le transfert du cœur du roi dans la chapelle. — 7<> Le combat de Fontainehançaise. — 8° La bataille dlvry. — 9» La prise d'Amiens.
Ils occupaient tout un côté de la galerie, parquetée à compartiments et àmbrissée en forme de voûte. Lalongueur est de 176 pas.
Le côté opposé est garni de douze croisées donnant encore sur la cour loyale; les intervalles étaient occupés par les portraits en pied dont loas allons donner la nomenclature. Tous étaient de taille gigantesque :
<• Henri IV, en pied avec le costume royal, une main sur le côté, l'autre ippayée sur sa couronne, qui reposait sur un coussinet à glands d'or placé wr une crédence revêtue d'un tapis rouge enrichi de broderies en or et le Técusson de France et de Navarre.