CHAPITRE TROISIEME
Xoas avons déjà dit, et nous répétons ici, qu'avant 1789, aucune institution d'éducation , de secours et de bienfaisance n'était considérée comme définitivement stable, si elle n'était dotée de biens et de revenus inaliénables en dehors de la dette publique annuelle.
Chacune d'elles s'administrait elle-même, quoiqu'elles fussent soumises quelquefois au contrôle gouvernemental ; les secousses ou événements poli* tiques ne pouvaient pas avoir d'influence sur leur existence. C'est pourquoi Henri lY, après avoir donné aux Jésuites son château patrimonial ainsi que les fonds nécessaires à la première appropriation, fonds que les bienfaits de Louis XIII vinrent compléter, attribua comme fondation inaliénable au collège des Jésuites les Abbayes de Bellebranche et du Méliiuiis, les Prieurés de Saint-Jacques, de Luché et de l'Escheneau; il y ajouta les Papegeais h-etons.
Il a été question dans notre première période des abbayes de Bellebranche et du Mélinais.
L'abbaye de Bellebranche a été bâtie dans la paroisse de Saint-Brice , située dans le voisinage de Sablé , par le seigneur de cette ville, Robert II , iSls de Lisiard et père de Robert III. Elle fut agrandie et dotée par Alard de Château-Crontier ainsi que par les seigneurs d'Ântenaise. Raoul de Beaumont, évoque d'Angers, la bénit en 4200. Cette abbaye portait pour armoiries un aigle portant un rameau dans le bec.
Comme on travaillait, dit-on, aux bâtiments, dont les fondements commençaient à s'élever au-dessus du sol, un aigle, venant du ciel, s'abattit auprès des murailles naissantes , y prit une branche verte et alla la poser à quelque distance hors de la forêt , comme pour indiquer que c'était là
qu'il fallait bâtir Tabbaye et non à Tendroit que Robert de Sablé avai choisi.
En U40, cette abbaye subit les tristes effets de la guerre. Les Anglai! dévastèrent ce monastère de fond en comble. En U51, Jean d'Hierra d'Assé, évoque du Mans, parcourant son diocèse, reçut à^Sablé la visite d< Jean Rocher, abbé de Bellebranche , qui venait lui faire hommage de soi monastère. Cet acte de soumission était motivé sur ce que cet abbé avai fait la menace au prélat de fermer les portes de Tabbaye , s'il voulait 3 venir. Jean d'Hierrai avait envoyé deux commissaires pour dresser procèsverbal de Tétat de cette maison ruinée par les Anglais \ 1 ans auparavant L'église était encore toute découverte , complètement dévastée , et les rich« tombeanx des seigneurs de Sablé et de Château-Gontier, fondateurs et bien faiteurs de l'abbaye , mis en pièces. Il ne restait que quelques chambrer pour loger les 5 ou 6 religieux demeurant encore à l'abbaye.
L'évêque engagea l'abbé à consacrer une partie de son revenu à la restauration de son monastère, à y faire refleurir l'ancienne discipline, lui promettant d'y contribuer de son côté dans tout ce qui lui serait possible:
Mais ce prélat fit cette môme année une chute mortelle en tombant d'un< terrasse du château de Touvoie où il faisait exécuter quelques travaux et ne put remplir sa promesse. (1)
A l'époque des guerres de la Ligue, Robert Vachereau, seigneur des Chesnais (terre située dans la paroisse de Bouessay), s'enferma dans l'abbaye de Bellebranche dans l'intention de la défendre. Mais il en partit, appelé probablement ailleurs. Ce fut alors qu'elle fut attaquée et prise pai René de la Rouvraye, écuyer, sieur de Bressault, homme de guerre redouté et l'un des chefs calvinistes les plus féroces.
C'est lui qui, dans le Theatrum crudelitatis hœreticorum, (2) est représenté avec un baudrier composé d'oreilles de prêtres et de moines. Il ne connut pas de repos durant les trois premières guerres de religion , et fut enfin décapité au pilori d'Angers, le \0 septembre <572. Dans ces déplorables événements, les protestants pendirent une partie des moines de Bellebranche (3) dans l'église même de leur monastère avant de le livrer au pillage.
Après tant de désastres, les religieux de Bellebranche sentirent la nécessité de mettre leur abbaye à l'abri de ces funestes attaques. Ils la réparèrent et l'entourèrent de murs et de douves larges et profondes, de manière à ce qu'étant transformée pour ainsi dire en citadelle, les habitants des environs pussent venir s'y mettre à l'abri eux et leurs familles.
(1) Le Corvaisier. — Histoire des évéques du Mans, (3) Anvers. 1588. In-l», page 53.
(8) Dom Piolin. V»» yolume.
Ils pensaient pouvoir être désormais tranquilles ; mais le 5 juillet 1592, Us Tirent tout à coup Tabbaye envahie par des paysans, qui s'étaient empalés d*un bateau et n'étaient autres que le capitaine d'Andigné et ses soldats Bguears. Ils ne s'éloignèrent qu'après avoir mis tout à sac et au pillage et i^^z à temps pour ne pas être surpris par la garnison de Sablé, qui vint au secours, croyant y trouver encore les Ligueurs. Lavardin de Beaumanoir y envoya ensuite un poste suffisant, qui, bientôt attaqué par l'intrépide partisan d'Andigné, fut fait prisonnier et envoyé à Château-Gontier, place tenant pour la Ligue. Le gouverneur de Sablé alla y attaquer d'Andigné , qui s'y défendit et finit par rester maître de cette espèce de forteresse. Il ne l'abandonna qu'après avoir chargé plus de cent voitures d'effets précieux; cependant il consentit moyennant 160 écus à laisser l'argenterie de l'église, somme que les religieux durent emprunter à la dame de l'Hermale. (<)
Ce fat le pape Paul V, qui unit cette abbaye au collège de La Flèche, à la charge de faire réparer la mense conventuelle dont la jouissance devait appartenir aux religieux.
Mais après la guerre et les dévastations qui en sont le dernier résultat, il eurent à supporter d'autres tribulations.
Quand l'union de la mense abbatiale au collège de La Flèche fut prononcée par le pape Paul V, en 1607, ce monastère était possédé, comme bénéfice, par François de Donadieu, évêque d'Auxerre , que le roi Henri IV dédommagea amplement. Mais par suite des réclamations de l'abbé de Citeaux et autres intéressés le débat dura 78 ans : « La bulle de 1609, « écrit un jésuite, fut enfin fulminée en 1687, et le Révérend Père de La € Flèche, alors recteur du collège, prit possession de la mense convenf luelle par le baiser de l'autel, le son des cloches, l'entrée de la sacristie, « la tradition des vases sacrés et des titres, etc., comme il se pratique or- • dinairement dans de pareilles rencontres. » (2)
Les Jésuites se soumirent facilement à toutes les conditions d'un contrat, qni mettant à leur charge les dettes de la communauté et autres obligations direrses, les rendait maîtres d'une fortune de 40,000 livres de rente, d'une forêt magnifique et de droits seigneuriaux étendus.
Ces revenus consistaient :
l"" En usage dans les bois et landes des Agets;
2* En seigneuries et droits seigneuriaux ;
3<» En dîmes sur six communes.
4» En prés, vignes, bois, etc., etc..
^ En 40 métairies et 22 closeries ;
(i; Burbare. — Histoire de La Flèche.
(}) Mense conventaeUe. — Revenu. — On distinguait plusieurs raenscs. La roenso abbatiale, le revenu de rabbé ; la mense conventuelle , le revenu des religieux ; la mense cornr, le revenu dont l'abbé et les religieux jouissaient en commun.
6« En 8 OU 9 moulins ;
1^ En plusieurs maisons à Sablé et ailleurs ;
8<> En étangs, droit de poche, de chasse et une forêt superbe.