‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 97 sur 251 · PRIEURÉ DE SAINT-JACQUES · texte numérisé non relu

PRIEURÉ DE SAINT-JACQUES

Nous avons dit que le prieuré de Saint-Jacques de La Flèche; de l'Ordre le Saint-Augustin , situé à Textrémité de Tun des faubourgs de la ville auluel il a donné son nom, fut fondé par Geoffroy-Plantagenet, comte d'Anjou et seigneur du lieu, sur le conseil de son sénéchal et maitre-d'hôtel fdapifer), Geoffroy de Cleers, vers Tan 4 430 ou 4440.

Les plus anciens titres disent que ce n'était pas au début un bénéfice, Biais un hôpital pour les lépreux dirigé par 2 prêtres, qui en étaient les thapelains et même les administrateurs. (2) A ceux-ci succédèrent dans la suite des chanoines réguliers de l'Ordre de Saint-Augustin peu de temps après la fondation. La chapelle de cet hôpital fut fondée par l'abbé et le couvent de Saint- Aubin auxquels les héritiers des premiers fondateurs de cette Maladrerie donnèrent un pré en récompense, ainsi que le demi-moulio de Cré. Le prieur de Saint-Thomas, des moines de Saint-Aubin dont la juridiction s'en trouvait amoindrie, en eut naturellement la jouissance. Les revenus de ce prieuré furent successivement augmentés par des legs et des donations. Aux archives du Mans on trouve une charte du pape Nicolas III (1279), qui permit aux religieux de Saint-Jacques d'hériter de leurs parents. Antoine de Navarre leur donna la terre de Perrichet dans la paroisse de aefs.

Le prieur de Saint-Jacques ne rendait compte à personne de sa gestion e pouvait disposer des fonds et de ceux du chapitre, composé de six religieux, avec le seul consentement de l'évéque d'Angers. Ces religieux possédaient le droit de pêche dans la rivière du Loir, depuis les moulins de La Flèche jusqu'au moulin des Pins; le duc d'Anjou seul pouvait y faire pêcher, quand il passait à La Flèche. Cette concession fut faite par Henri , roi d'Angleterre , fils du fondateur.

(1) Borbore. — Clerc. •- Archives do Mans. — Manuscrit d'un jésuite. Bibliothèque du ^taaée.

(3) Un bref da pape Lucias III (1181-1185) qualifie encore cette fondation de léproterie, 11 accorde aux lépreux des exemptions de dîmes, en considération de l'affreuse maladie doot ils sont atteints.

Le droit du four banal de La Flèche et celui de foire du jour de SainI Simon et Saint-Jades avaient été octroyés par le même prince, mais se per dirent par prescription.

Le prieuré Saint-Jacques fut uni au collège de La Flèche , pour faire par tie de la fondation, par le pape Clément YIII, le 15 juillet 4694, peut-étr dans le but d*y établir le collège lui-même.

Par un édit du mois de décembre \ 672 , Louis XIV attribua à l'Ordre à Saint-Lazare et du Mont-Carmel , ruinés , la possession et jouissance per pétuelle des Maladreries, Léproseries ou hôpitaux, dans lesquels on n'observait plus les charges de leur première fondation. En conséquence , h grand-maitre de rOrdre tenta, en 1673, de se mettre en possession di prieuré de Saint-Jacques. De là un procès avec les Pères Jésuites , procè qui dura jusqu'en 4690, époque à laquelle il fut rendu un arrêt en leoj faveur.

Le bénéfice de Saint-Jacques ne fut annexé au collège de La Flèche qa< par parties. Clément VIII supprima, en 4604, le prieuré claustral (4) e éteignit la conventualité. (i) Il remit aux Jésuites les biens du prieuré et h mense conventuelle et transféra au Mélinais les trois religieux qui ètaieni encore à Saint-Jacques.

La sacristie , (3) office claustral de Saint-Jacques , ne fut unie au collège qu'en 462S. (4)

Pendant longtemps les bâtiments et jardins du prieuré servirent de maison de convalescence et de retraite pour les Jésuites malades ou devenus âgés. On agrandit les bâtiments du temps de l'École militaire, de 4764 i 4776, et on en fit une infirmerie où les jeunes élèves, soumis à l'inoculation , suivaient pendant un certain temps un régime particulier. Nous avons vu aux archives de l'État les plans d'après lesquels ces modifications ont été opérées.

Le tout fut vendu nationalement en 4793. Des anciens bâtiments de la fondation primitive , il ne reste plus qu'une auberge dont l'enseigne rappelle un des plus anciens souvenirs de La Flèche. L'église est devenue une écurie; seule, une porte cintrée accostée de pilastres et surmontée d'une petite niche, la fait reconnaître. Elle devait servir autrefois d'entrée aux fldèles.

En 4774, à l'époque où l'on s'occupait à transformer cette maison, oa

(1) Prieuré Claustral. — Maison religieuse dont les membres sont astreints à la clôture.

(2) Conventualité. — (Religiosa societas.J Société de Moines qui rirent ensemble ; le bénéfice conrentuel est celui qui ne peut être possédé que par un moine de TOrdre dont ce même bénéfice dépend.

(3) La sacristie, office claustral, bénéfice auquel sont attachés certains rerenas.

(4) Archires du Mans; manuscrit d'un jésuite; Burbure; Jules Clëre.

rencontra des tombes si anciennes qu'on ne pat y déchiffrer que peu de nots. On cite particulièrement un sarcophage d'une seule pierre des Rairies, creuse de 6 pieds 3 pouces en long, de 45 pouces de profondeur, de 48 poQces de largeur à la tête et de 8 aux pieds où est ajusté un bouc en tuffeau ; cette auge était couterte de 5 quartiers de rairie qui supportaient une grande pierre de la même espèce, taillée en panneau , arrondie sur les côtés et en lits, moins large à cette eitrémité. Tous les caractères sont effacés. Le squelette, à la réserve de la télé qui était en quelque sorte dissoute et dont les débris et quelques cheveux courts , châtains clairs , restaient sur un cbeTel de grès roussart brut , paraissait s'être conservé. Il était de couleur de fumée et tenait presque toute la longueur de la tombe dans laquelle il a été placé sans cercueil. Quand on a voulu le lever, il s'est réduit en poussière à l'exception de quelques parcelles d'os. Dans cette opération , on trouva beaucoup de corps dans la nef de Saint- Jacques. Ils avaient à côté de la tête une petite urne à une seule anse remplie de charbon. On n'a pu retirer entière qu'une seule de ces urnes. Elle était trouée au ventre en trois endroits, probablement pour donner de l'air au feu. Un vieillard, presque nonagénaire, dit alors (4774) que son père lui avait raconté que pendant one contagion qui avait désolé le pays , on avait pratiqué l'usage de mettre et de brûler de l'encens dans des pots de terre que l'on enterrait ensuite avec les cadavres.

Vers le petit autel de la nef, du côté de l'épitre , on découvrit deux fours dont les parois étaient de tuffeau et la couverture en moellons maçonnés sor des planches qu'on a trouvées pourries. Chacun d'eux renfermait un squelette couché les pieds vers l'autel. Celui qui touchait presque au mur avait la face contre terre. On n'a pas rencontré le moindre vestige de cercueil, soit en planche, soit en pierre.

Les dernières fouilles pratiquées quelques jours après le 28 avril 4774 ne donnèrent pas plus de résultats. On trouva des ossements , quelques pots brisés et deux cercueils en pierre ; la pierre était composée de débris de petits coquillages de peu de consistance , une espèce de falun pétridé. Tous ces restes humains furent transportés par les soins du curé de Saint-Thomas le soir même au cimetière de la ville. Quatre sacs contenant ces tristes débris, portés sur des civières, furent vidés dans une fosse, en présence du pasteur de Saint-Simon , des porteurs , des choristes et de l'inspecteur du collège. € Le temps était à l'orage, dit cet inspecteur, le ciel sillonné par < les éclairs. M. Young (4) aurait ici un tableau d'un beau sombre à « placer. » (2)

(1) TouDg f aateur des If aits.

(t) Mémoires manuscrits de M. Dupont 4o ^ Motte, inspecteur du coUége de La Flèche de 1764 à 1T76.

A la même époque , on céda au curé de Courcelles , pour une fourniture de cent tuffeaux , le haut des deux petits autels de Saint-Jacques.

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