‹ Histoire de la Floride françaiseChapitre 16 sur 72 · LE ROY CALOS · texte numérisé non relu

LE ROY CALOS

I. Deux Indiens me vindrent un iour saluer de la part de leur Roy nommé Marracon, distant du lieu de nostre fort quelques qua* rantes lieues du costé du Sud, et me feirent entendre qu'il y avoit en la maison du Roy Onathaqua un nommé Barbu , et en celle du Roy Mathiaca, un autre homme, dont ils ne sçauroient le nom, qui n'estoient de leurnàtion : à cause de quoy ie pensAy que cepouvoient estre quelques chrestiens. Pour ce i'envoyay prier tous les Roy& Toisins^ que s'il y avoit chrestien aucun demeurant en leurs terres, qu'ils trouvassent moyen me le faire recouvrer, et que ie les recompenserois au double. Eux qui aiment les presens^ y prindrent telle peine, que les deux hommes , dont nous avions parlé , me vindrent trouver au fort. Ils estoient nuds^ portans les cheveux longs iusqu'au iarret^ ainsi que font les sauvages : et estoient Ëspa* gnols de nation, si bien neantmoins accoustumez à la façon de ce pays que de première face ils trouvèrent notre manière estrange. Apres les avoir entretenus de quelques propos^ ie les feis habiller; et coupper les cheveux, qu'ils ne voulurent perdre, ains les enveloppèrent dans du linge, disans qu'ils les voulaient reporter en leur pays pour tesmoigner le mal qu'ils avaient enduré aux Indes. Aux cheveux de l'un d'eux fut trouvé quelque peu d'or caché, iusqu*à la valieur de vingt cinq escus, dont il me feit présent.

II. Or les examinant des lieux, ausquels ils p'ouviont avoir esté, et comme ils estoient venus, ils me respondirent qu'il y avoit desia quinze ans passez que trois navires, en Tune desquelles ils estoient, se perdirent au travers d'un lieu nommé Galos, sur des basses que l'on dit les Martyres, et que le roy de Calos retira la plus grand part des richesses qui estoient dans les dites navires , faisant en sorte que la plus part du monde se sauva et plusieurs femmes : au nombre desquelles y avoit trois ou quatre damoiselles mariées , lors

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demeurantes encor, et leurs enfans aussi avec ce roy de Galos. le voulus m'informer qui estoit ce Roy, ils me feîrent responce qu'il estoit le plus beau et le plus grand Indien de la contrée , homme grand guerrier, et ayant beaucoup de subiets en sa puissance. Me dirent davantage qu'il avoit un grand nombre d'or et d'argent, iusqu'à en tenir dans un certain village un fosse toute pleine, qui n'estoit moins haute qu'un homme; et large comme un tonneau, à laquelle si ie pouvois aller avec cent harquebusiers, les Espagnols se faisoient forts de me faire recouvrer toutes ces richesses, outre ce que ie pourrois tirer du commun peuple du pays, qui en possedoit beaucoup. Ils me donnèrent aussi à entendre, que les femmes allans danser, portoient à l'entour de leurs ceintures, des platines d'or, larges comme une assiette, et en telle quantité, que la charge les empesçhoit de danser, à leur aise^ et que les hommes en avoient au semblable. La plus part de ces richesses provenoient, à leur dire, des navires espagnoUes, qui ordinairement se perdroient en ce destroit, et l'autre de la traffique que ce Roy de Calos avoit avec les . autres Roy s de la contrée. Au reste qu'il estoit fort révéré de ses subiects, et qui leur donnoit à entendre que ses sorts et charmes estoient causes des biens que la terre produisoit, et que pour leur persuader ce faict, il se retiroit une ou deux fois l'année en une certaine maison accompagné de deux ou trois de ses plus familiers, là où il foisoit quelques enchanteries, et que si quelqu'un s'ingeroit d'aller veoir ce qu'il faisoient en ce lieu, le roy le faisoit incontinent mourir. Qui plus est ils me dirent que chacun an , au temps de la moisson, ce roy barbare sacrifioit un homme qui pour ce fait estoit expressément gardé, et pris au nombre des Espagnols, qui par fortune, s'estoient perdus en ce destroit

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