XIV
Catherine de Médicis a Forquevaulx.
Par ma dernière (3) despesche ie m'estois réservée à vous faire entendre ce que i'apprendrois de l'ambassadeur d'Espaigne sur l'occasion de celle qu'apporte icy dernièrement, de vous, le gentilhomme qu*envoyaste
Ce que m'a dit l'ambassadeur a esté que son maistre désire sçavoir si le Roy monsieur mon fils a commandé à ceux qui sont allés à la Floride faire ceste entrepnse, et aussi commerce et trafic par delà. S'il ne leur a commandé, demande s'il les advoue, d'autant que ce seroit contre nostre amitié commune et la bonne paix qui est entre nous. Ma response a esté que son maistre et luy eut assez peu connoistre par noz actions combien nous avons tousiours désiré l'entretennement de ceste paix et amitié, et la désirons singulièrement, estimants qu'elle est réciproquement utille à tous deux^ pour leur particulier repos, et le bien universel de la chrestienté. Chose qui luy doibt bien faire croire que si quelqu'un des nostres est allé, ou a faict entreprise en lieu qui soit dudict seigneur Roy son maistre, ce n'a pas esté du sceu ny commandement du Roy mon fils ny de moy.
(juant au commerce , nous avons estimé qu'il est libre entre les subiects des amis, et que la mer n'est fermée à personne qui va et trafique de bonne foy. Bien scavois-ie qu'aucuns des nostres estoint allez en une terre qui s'appelle la Terre aux Bretons, pièça descouverte par subiects de ceste couronne, enquoy faisant n'ont pensé entreprendre chose preiudiciable à la dicte paix et amitié, ne nous (4) semble aussi qu'ils eussent aucunement failly, pour estre terre que nous estimons nostre, mais que s'ils avaient en cest endroit mespris,
(1) 11 se nommait Perrico. Cf., lettre XV f.
(2) Id. fol. 162. Cf. du Prat, p. 412. (5) Voir lettre X.
{k) Ce mot manque dans le manuscrit.
DE FORQUEVAULX. 419
et touché à chose qui appartint au Roy GathoUque, ils avoient piéça esté admonestez et commandez d'y bien adviser, et si ainsin estoient s*en despartir, avec asseurance que le Roy mon fils leur feroit sentir combien ils l'ont ofïensé en ce faisant qui a esté l'intention que tousiours nous avons portée en cest endroit. Aussi s'ils estoient sur le nostre estimons-nous que le Roy son maistre ne voudroit les molester, ny empescher le commerce, et aussi peu que les siens troublassent les nostres, qu'il peust penser le semblable de nous.
L'ambassadeur se monstrant estre peu satisfait de toutes ces raisons, bien qu'elles soient et véritables et iustes, est entré à me dire que son maistre ne pouvoit tolérer telles façons de faire sans s'en respentir, avec quelques paroles que i'ay prise pour menaces.
le luy ay dit qu'estant mère de ces deux Roys, il estoit croyable que ie seroys trop marrie qu'il auroint-occasion qui alterast l'amitié que ie veux de tout mon pouvoir faire durer entre eux, et me sembloit qu'il se debvoit contenter de la vérité que ie luy disois, et sincérité de noz actions en cest endroit, et tout autre, où son maistre ne luy ne trouveroient rien iamais à redire. Qu'il souvint aussi que les Roys de France n'ont pas accoustumé à se laisser menasser. Que le mien estoit bien ieune mais non pas si peu connoissant ce qu'il est qu'il n'y ait tousiours plus affaire à le retenir qu'à le provoquer. A qùoy i'estime que son maistre ne gaigneroit rien : duquel ie voulois croire aussi que ceste menace ne venoit pas.
Geste response qui (est d'une mère qui connoit bien son fils, et qui ne voudroit pour rien qu'il eust moins de cœur ni d'honneur que ses prédécesseurs) a ramené ledict ambassadeur à plus douces paroUes, d'sant que ce qu'il en faisoit estait pour le désir qu'il a de voir que les affaires d'entre nous aillent tousiours de bien en mieux, et que son maistre n'a pas autre opinion de bonne volonté en son endroit, que nous nous devons asseurer de la sienne mais qu'il avoit entendu qu'aucuns pari oient du faict de. la Floride autrement. Si est ce qu'à la fin il s'est contenté desdictes raisons, et est aprez venu à parler d'aucunes déprédations faictes sur les subiects du Roy son maistre , dont il poursuit icy la iustice , qui sont choses particulières. En quoy ie i'ay bien asseuré qu'elle sera faicte si bonne que iene la demande pas meilleure pour les nostres quand ils auront affaire par délia. Et voudrois que ceux dont le mal vient en telles choses fussent aussi loyaux observateurs des ordonnances et de la bonne volonté que le Roy mon fils et moy
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portons en cest endroit qu'il seroit requis. Mais tant y a que vous pouvez dire et asseurer partout que ie tiendray teusiours la main à faire chastier ceux qui seront trouvez coupables, si roide^ que Texemple y donnera Tordre^ ainsi que ie désire qu'il se fasse de
l'autre costé
Moulins, 20 janvier 1566.