‹ Histoire de la Floride françaiseChapitre 67 sur 72 · EEPEINSE DE LA FLORIDE · texte numérisé non relu

EEPEINSE DE LA FLORIDE

.paignol : le ne faicU cecy comme à Franœys mais non comme à Luthé riens, le cappitaine Gourgue Duct graver (1) en une table de sapin avec nngfer chault : le nefaiets cecy comme à Es^paignolSy n'y comme àmaratmes; maiseomme à traistres, voUeurs et meurtriers (2).

XXVI. Geste exécution étant ainsi faicte, le cappitaine Gourgue qui atoit faict (3) ce pourquoy il ayoit entrepris le voiage, délibéra de s'en retourner^ et n'aiant assez d'hommes pour laisser à la Floride qui peuissent tenir les foits, il tlélibera de les ruiner de peur que les Espaignols qui tiennent d'autre (4) terre assez près de là, survenans ne s'en emparassent de recbef, et mesme que ce ne fut une occasion pour les y attirer^ ou que les sauvages mesme ne s'y fortifiassent^ et que par ce moien (5) l'accez et l'entrée en fust plus mal-aisée au Roy quand il plairoit à Sa Maiesté y envoler de ses subiets pour y peupler, ausquels seroit plus aisé de bastir de nouveau que de prendre les forteresses qui se trouveroient basties^ bien emparées (6) et bien munies entrç eulx : mais afifin que les sauvaiges ne trouvassent mauvais que les fortz fussent ruinez, ains qu'en estant bien aise il les ruynassenteulx-mesmes, il assemble lesRoys et leur aiant remonstré du commencement il leur avoit tenu promesse, et les avoit vangez de ceulx qui les avoit tirannisez si cruellement, il vint tomber puis après sur le propos dominer les forts, emploiaut tout ce qui pouvoit servir à leur persuader que tout ce qu'il en vouloit faire estoit pour leur proffîct, et en haine de tant de meschancetez et croaultez^ , que les Espaignols y avoient commises. A quoy ils prestèrent si volontiers l'oreille, que le cappitaine Gourgue n'eust pas plus tost achevé de parler, qu'ils s'en coururent droict au fort crians et appellans leurs subiects après eulx, où ils feirent telle diligence qu'ea moings d'ung iour ils ne laissèrent pierre sur pierre.

XXVII. Après cela on part pour retourner aux deux premiers forts, lesquels furent abbatuz de pareille ardeur que le premier, et y pendit-on trente Espaignols prisonniers qu'on y avoit laissez; l'ung desquels confessa avoir pendu cinq François de samain,ets'accusoit (7) grandement, disant en son langage que Dieu estoit véritable et iustc

(1) Manuscrit SS84 : escrire

(2) Id. : le ne fay cecy comme à Espagnols, mais comme à marraus, mais comme à trdstres, Toleurs et meurtriers.

(3) Manuscrit 21A5 : lait.

(4) Id. : autres terres.

(5) Id. : moyen.

' (6) Id. : remparées.

CI) La phrase n'existe pas dans le manuscrit 3884.

PAB LE GAPPITAINE GOURGUE. 511

qui l'avoit à la parûn conduict au supplice dont il menace les inhumains et cruelz (\).

XXVIII. Ainsi, ne restant plus rien à faire^ lé cappitaine Gourgue ^ voulant retounier à ses navires^ qu'il avoit laissez à la bouche de la riyière de Tacatacourou^aultrement appelée la Seine^ à quinze lieues de là, il envoie par mer avec l'artillerie son lieutenant le cappitaine Gasenauve (2), et luy avec quatre-vingts harquebaziers et quarante mariniers portans picques, s'en va par terre, menant touîo ur sses gens en bataille à toutes adventures (3) pour les sauvaiges, desquelz il ne se vouloit fier trop. Par tout où ils passoient, ils trouvoient les chemins couverts de bonnes gens du pa^ qui luy venoient au devant de toutes parts comme à leur libérateur, portant du poisson cuyt et autres vivres pour les soldatz, et entre autres une vieille femme qui leur dist qu'elle ne se soulcioit poinct de mourir maintenant, puisqu'elle avoit veuune aultrefois les François à la Floride.

XXIX. Quand le cappitaine Gourgue est arrivé à la rivière de Tacatacourou oii estoient ses navires, il trouve que le maistre avoit recalfeutré ses navires, changé les eaûes, et appresté toutes choses, si bien qu'il ne falloitque s'embarquer. Icy donc il print congé desRoys, les admoneste de persister en la dévotion qu'ilz ont touiours eue au Roy de France, qui les deffendra contre les Espaignolz et contre tous autres. Et attendant que Sa Maiesté y envoie ung bon nombre d'hommes pour leur protection etdeffense (4), qu'ilz se tiennent bien sur leurs gardes, etadvisent de n'estre point surprins. Ges bonnes gens sont les plus marriz du monde, et se mettent à pleurer quand ils veoient que le cappitaine Gourgue les veult laisser, et mesmes Olotoraca qui avoit mieulx combattu que pronostiqué de soy. Mais furent remis tout aussi tost quand il leur eust dit qu'il reviendroit à douze lunes de là (car c'est • ainsi qu'ilz content) et leur porteroit force miroirs, haches et cousteaulx, qui sont les choses qu'ils ayment le mieux, et dirent qu'ilz s'en alloient faire danser leurs femmes, qui est le plus grand signe, de réiouissance dont Hz usent entre euz.

XXX. Après que le cappitaine Gourgue eut prins congé desRoys, il feit appeler ses gens pour rendre grâces à Dieu tous ensemble de la victoire qu'il leur avoit donnée, et pour le prier de leur estre guide

(1) Pas d'alinéa dans le manuscrit 2145.

(2) Manuscrit 2145 : Gazenauve.

(S) Id. : advantures.

(ù) Id. : deffence.

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et conducteur à leur retour en France. Quand ils furent assemblez : Mes amys (dit-il), rendons grâce à Dieu du bon succès qu'il a donné à nostre entreprise, c'est lui qui nous a préservez du danger de la tempeste au cap de Finibus Terrœ, à l'isle EspaignoUe, à Tisle de Goube et à la rifièrede Halmacani (i); c'est luy qui a ployé te cueur des sauvaiges à s'associer avec nous^ c'est luy quia aveuglé l'entendementdesEspaignolz, en sorte qu'ilz n'ont iamais pu descouvrir nos forces, ny cognoistre et emploierles leurs. Ils estoient quatre pour ungen places fortes bien remparées et bien pourreues d'artillerie, de munitionsy d'armes et de vivres. Nous, pour toutes choses, n'avions que le bon droict; et touteffois nous les avons vaincuz en moins d'un rien (2).

XXXI.Par ainsi ce n'est ànos forces, mais à Dieu seul que nous devons la victoire. Remercions-le donc, mes amys, et cognoissons toute nostre vie le grand bien qu'il nous a faict, et le prions de continuer tousiourssa faveurenvers nous, nous guidantà nostre retour, et nous préservant de tous dangers. Prions-le aussy qu'il lui plaise disposer le cueur des hommes, en sorte que tant de dangers où nous nous sommes mis, et tant de travaulx que nous avons endurez trouvent grâce et faveur devant nostre Roy et devant toute la France. Comme aussi nous ne nous sonmies proposez autre chose qu^ le service du Rojr et l'honneur de nostre pays.

XXXII. Après avoir remercié et prié Dieu, ung (3) lundi , troisième iour de may, le rendez*vous fut donné comme l'on a aecoustumé de aire sur mer, et les ancreslevées firent voille et eurent le vent si propre (4) qu'en dix-sept iours ils feirent unze cens lieues de mer, et depuis continuantz leur navigation arrivèrent à la Rochelle le lundy sixième iour de iuing, qui estoit le propre iour de Penthecouste. Ainsi ils ne meirent au revenir que trente quatre iours touteffois (5) une si grande navigation ne fut sans quelques traverses ; car la patache avec huict hommes dedans fut perdue; comme aussi à la prinse des forts, et à la deCTaicte des Espaignols en la Floride, estoient demeurez quelques gentilshommes de bon lieu et de bonne part, hardis etvaillans au possible : comme Lantonie de Limosin,

(1) Manuscrit 21^5 : Halimacany.

(2) Pas «faUnéa dans le manuscrit 21tô.

(3) Id. : un.

(ft) Id. : propice.

(5) Id. : toutesfoiSL

PAR LE CAPPITAIXE GOURGUË. 513

Bière (1)^ Gàrrau, Gachie^ gascons; Pons deXaintonge^ et quelques soldats; tous lesquels moururent combattans vaillamment^ après avoir faict des plus beaux exploitz et actes de prouesse que Ton eust peu attendre d'ung cœur noble et généreux dédié au service de son prince et à l'honneur de sa patrie.

XXXIII. Au retour^ oultre la patache qui se perdit^ la roberge où estoit ung cappitaine nommé Deux s'esgara à la haulteur d'une isle qu'on appelle la Yermude , et ne vînt d'un mois après que le cappitaine Gourgue fust arrivé. Peu s'en fallut que ceulx qui estoient en ceste navire ne périssent de la tempeste premièrement et puis de la faim. Car lors mesmes que le cappitaine Gourgue partit^ ils n'avoient tous ensemble à manger que pour vingt iours à raison d'un biscuit le iour de quatre en quatre. Mais Dieu voulut que le cappitaine Gourgue estant à cinq cents lieues de France rencontra ung (2) navire d'un Basque sien amy, qui luy donna dix quintaulx de biscuits, qui leur fit ung bien el plaisir incroiable ; et ce d'autant plus qu'ils ne demeurèrent guères moins à faire ces cinq centz lieîies qu'ils avoient faict en tout le reste. Or après que le cappitaine Gourgue eut séiourné quelques iours à la Rochelle, où il reçeut tout honneur^ toute courtoisie^ et tout bon traictement des citoyens^ il feit voiiie vers Bordeaux ^ où il print la poste pour aller vers M. de Montluc (3) luy rendre compte de son volage. Il ha sceu depuis^ que les Espaignolz advertiz par quelqu'un g de ceulx qui l'avoient veu arriver à la Rochelle de ce qui avoit esté faict (4) à la Floride avoient envoyé dix-huit pataches avec une roberge de deux cents thonneaulx pour le surprendre^ et estoient arrivez à la radde de la Rochelle le iour mesmes qu'il en estoit parti. Et entendans qu'il avoit faict voille l'avoient suivy iusques à Blaye. S'il en eust esté adverti à temps, il n'eust pour rien du monde refusé de parler à eulx : et selon leur demande il leur eust faict la responce telle, qu'ilz eussent eu grand occasion de s'en contenter (5).

XXXIV. Voilà en somme quel a esté le volage du cappitaine Gour-

(1) Dans le manuscrit 612{i on trouve, mais d'une autre main, le préfixe Lou devant Bière.

(2) Manuscrit 2105 : un.

(3) Id. : Monluc.

4) Id. : fait.

(5) Le manuscrit 1886, que nous avons constamment suivi, s*arr£te là, mais nous avons cru nécessaire d*y joindre les alinéas XXXIV et XXXV, donnés par les manuscrits 2145, S88(^ et 612ft, qui complètent la narration.

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bik EEPEIHSE OS LA FLOAIDE

gue à la Floride, où l'on peult remarquer on lele mer?eilleox an service da Roy et à l'honneur de la France, et i^asiears antres dioses notables. Premièrement, pour venger l'iniure publique qui ne luy altoucfaoit non plus qu'à un chacun desFrançoisi, il Ymd son bien et s'endebte, et fait une despence incroiable, et s'expose à une infinité de dangers, tant par mer que par terre. Quand il est prest à partir, il est arresté par les vents contraires, l'espace «fenviron trois sepmaines, et cependant consomme beaucoup de ses pvoTÎsions. Et, estant party, il cuyde estre abismé par quatre divas «nages et tempestes; etàl'une fois il y perdit la moitié de son biscuyt, et luy fallut retrancher les vivres de moitié ; et toutesfois, pour tous ces empeschements, il- n'est empesché, ny pour aucun danger estonné. Quand il est arrivé à la Floride, il pratique finement les sauvages, et s'en scayt bien servir, et suppléer par ce moîen an pca de gens qu'il avoit, et quant et quant exécute son entreprise avec une extrême diligence, ne cessant iamais, qu'il n'ayt esté la Floride et la vie à ceux qui l'avoient ostée aux François.

XXXV. Que si l'Espaignol ha estimé Pierre Maleudes digne d'estre fait marquis et adelentado, pour avoir, aux dépens du publicq et avec nombre infiny d'hommes, massacré en trahison une peignée de François contre la foy par luy promise, et contre la paix et alliance des deux Roys, c'est-àrdire, pour avoir violé tout droit divin et humain , et pour avoir engravé au firont de l'Espaigoe une perpétuelle marque de desloyaulté et de trahison; qu'estimerons-noos de ce François qui, à ses propres coustz et despens, avec cent hommes de guerre et quatre-vingts mariniers, reconquestant la Floride, et tuant les trahistres, volleurs et meurtriers, ha vangé l'oultrage foit à son prince et à son pays? et par ce moien ha osté la tache et macule qui enlaidissoit et deshonnoroit le nom firançois, pour avoir si 1 ongtemps laissé une telle iniure impunye ? La conséquence en estoit grande, pour infimes autres raisons, mais particulièrement pour ce nouveau monde, qui est assez large et qndeux pour suffire à tous les princes de l'Europe, et où Sa Maiesté a belle matière pour exercer sa puissance, et les grands moiens de bien foire que Diea luy a donnez. S'il veult agrandir son domaine et estendre sa domination, il n'y a endroit au monde ny plus riche, ny plus ample, ny plus aisé à conquérir et à tenir que cestuy-là. S'il veult à l'exemple et imitation de ses ancestres convertir les idolastres à la foy chrestienne, il y a un million de millions d'hommes qui ne connoissent lesus Christ, et qui pour leur àmplicité seroient plus aisez à con-

sertir que ne furent anciennement, par nos François , ceux de la Terre Saincte. Entreprise plus royale, ny plus auguste ne pourroit Sa Maiesté faire, que de faire planter la religion chrestienne en ces pays, apprendre la civilité et les lettres à ces pauvres sauvages ignorantz, leur donner loix, et y establir une bonne police. La dixième partie des hommes qui sont morts en la moindre de nos guerres civiles eust esté trop plus que suffisante pour y conquester Testendue de plusieurs tels royaumes que cestui-cy. Il y a tant de pauvres gens •en un royaulme tel que le nostre, n'ayans ne maison ne buron, que f)ar de là possederoient plusieurs lieues de bonne terre, et percevroient le fruict ^ tant de singularitez que nature y produyt largement. Ce royaulme n'en seroii de rien diminué mais deschargé, et eulx ne changeroient de foy mais de fortune , et où maintenant, pour leur dissette, ils sont subiets inutiles, ils devîendroient subiectz utiles et profïitables ; envoyans par deçà de grandes richesses et «hoses exquises et pretieuses de par delà, au soulagement de tout le peuple François, et grand plaisir et contentement de Sa Maiesté, laquelle Dieu veuille maintenir et accroistre en toute grandeur et prospérité (1).

(1) Le manuscrit S88A, plus explicite, se termine ainsi : ■ Encore que ce n*est le premier service que le cappitaine de Goui^e a fait à son prince, aussi ne sera-ce le dernier, Dieu aidant, s'il plait à Sa Maiesté de remployer ; que Sa Maiesté commande «étalement, il s'en trouvera assez qui y courront; et si en cela le service du cappitaine ' •de Gourgue lui est agréable, il ne désire rien tant que là, et partout ailleurs, exécuter ses commandemens; car il a dédié sa vie et tout ce qu'il pourroit avoir en ce monde au service de Sa Maiesté, laquelle Dieu veuille maintenir et accroistre en toute grandeur et prospérité, a

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