EBPRINSE DE LA FLORIDE
estoit le second fort Parmy les prisonniers qu'il tenoit il y avoit ung sergent de bande Tieux soldat duquel il sceut la haultcur des remparts du grand fort, et le lieu par où il luy seroit plus aisé de le prandre (i).
XXII. Ces deux premiers forts furent pris la yeille de Quasimodo i568. Le capjpitaine Gourgue séiouma le dimanche et le lundy : et cependant (aict faire huict eschelles delà haulteur qui luy avoii esté monstrée (2) et ung pour traict (3) de tout le fort^ en quoy ce vieux soldat s'entendoit bien. Au reste il avoit si bien pourveu à son cas que tout le païs estoit levé en armes contre les Espalgnolz, de sorte que ceulx du grand fort n'avoyent moien de sortir pour rien descouvrir ; touteffoies (4) ils desguisèrent (5) un Espaignol en sauvage, et l'envoiërent le lundy pour recongnoistre quelles gens c'estoient et combien. Le cappitaine Gourgue estant à l'entour dudict fort avec Olotoraca qui tousiours le suivoit, ces! Espaignol est re. congneu (6) par Olotoraca, et quant et quant empoigné, il voulut faire le fin du commencement, disant que il estoit ung (7) de ces soldats qui gardoient le premier fort qui ne s'estant peu retirer au grand fort pour la multitude des sauvages, s'estoit ainsi déguisé de peur d*estre tué par eulx, et ayoyt mieux aymé se venir rendre à la mercy des François, que se mettre en danger d'estre massacré par les sauvaiges,mais quand le sergent de la bande (8) qu'on feit venir tout incontinant luy eut maintenu qu'il estoit de la garde du grand fort, et espion, il confessa qu'il estoit envoie par le gouverneur du grand fort, poursscavoîr qui estoit ce nouveau venu et quelles gens il avoit. Le cappitaine Gourgue luy demanda ce qu'on estimoit de luy au grand fort; il respond que l'on avoit donné à entendre au gouverneur qu'il avoit deux mil François, dont le gouvemeuOr et ses gens en nombre de deux cens soixante estoient si estonnez qu'ilz ne savoient ce qu'ils faisoient (9).
XXIIL Le cappitaine Gourgue est bien aise de ces nouvelles et se délibère de les aller ass^ir le lendemain en cest effroy, et de
(t) Dans le manuscrit 2liib, la phrase suivante appartient i Talinéa XV.
(2) Id. : montrée.
(S) Id. : un pourtrait. •
(4) Id. : toutesfois.
(5) Id. : déguisèrent.
(6) Id. : reconneu.
(7) Id. : un.
<8) Id. : sergent de bande.
<9) L*alinéa n'existe pas dans le manuscrit 2145.
faiptce iour là mesme il faict tousses préparatifz^ ordonne de ceulx qu'il devoit laisser pour la garde de la bouche de la rivière et du fort, de quoy il donne la charge au cappitaine Mesmesson enseigne avec quinze harquebouziers. Et la nuîct ensuyvant il faict partir les «auvaigespours'allers'embuscher(l)dans le bois partie deçà partie de là la rivière. Et le lendemain au matin il part avec ses gens menant avec soy le sergent de bande et Tespion attachez ensemble pour luy monstrer à l'œilce qu'ils luy avoient 'dict (2) de parole, et faict yeoir en paincture. En allant, Olotoraca, nepveu du Roy Satiroua, celuy qui avoit tué le canonnier au premier fort, homme courageux et vaillant à merveilles dist au cappitaine Gourgue duquel il ne s'esloignoit iamais, qu'il l'avait bien servi iusques là, et qu'il avoit faict tout ce qu'il luy avoit promis, qu'il scavoit bien qu'il mourroit à la prinse du grand fort, mais pour la vie il ne vouldroict faillir à s'y trouver, et vous prie, dist-iJ, de donner à ma femme ce que vous me donneriez à moy si ie vivois, affin qu'elle l'enterre avec moy et que i'en sois mieux venu quand i'arriveray au yillage des «sprits. Le cappitaine Gourgue dist qu'il aymoit mieux le récompenser et honorer vif que mort, etesperoitle ramener vivant et victorieux.
XXIV. Cependant ils des couvrent le fort, et tout aussi-tost que les Espaignols les voient, ilz commencent à tirer sur eulx de deux doubles couUevrines qui estoient sur ung boulevert, qui commandoit le long de la rivière. Le cappitaine Gourgue gaigne vistement une montagne couverte de bois et forets; au pied de laquelle estoit le fort, et qui s'estendoit depuis le lieu où il avoit esté apperçeu iusques de là le fort bien loing. Et au moien des arbres qui le couvroient il s'approcha du fort aussi près qu'il voulut sans pouvoir «streoffensé,n'y veu. ,11 s'arrestaen ung (3) lieu d'où il pouvoit veoir (4) à son aise dans le Jori, et n'avoit intention de l'assaillir dece iour là :mais de leur donner l'escalade le lendemain au matin du costémesmes de lamontaigne, où le fossé n' estoit flancqué; et dont partie de ses gens pourroient battre ceulx qui vouldroient deffendre le rempart pendant que les autres monteroient. Mais il advint que lesEspaignolz feirent une saillie de soixante harquebouziers pour re-
<1) Manuscrit 2145 : embuscher.
(2) Id. : dit.
(S) Id. : un.
(4) Id. : voir.
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congDoistre (0 ses forces, il les veoit aiasi qu*ils sortoient, alloieat courbez le long du fossé, et tout aussi-tost commanda à son lieutenant d'aller (avec vingt harquebouziers) de l'autre costé se mettre entre le fort et eulx, et quand il veit son lieutenant en lieu d*où il poVirroit les empescher de rentrer, il va droit à eulx, et commanda à ses gens de ne tirer qu'ils ne fussent fort près pour incontinent après avoir tiré mettre la main l'espée. Quand les Ëspaignols furent hors du fossé prestz à entrer en la montaigne, le cappitaine Gourgue avec ses harquebouziers se trouvent au pied, qui les choisirent de si près qu'il n'y eut pas ung coup de perdu, dont plusieurs furent portez parterre, et quand et quant mettans la main à Tespée commencèrent à chamailler ceulx qui restoient debout, et comme ils tournoient le dos pour (2) retourner au fort, voicj le lieutenant qui charge sur eulx de l'autre costé, de sorte qu'il n'y eut pas ung d'entré eulx qui eust moien de r'entrer dans le fort, et furent tous là tuez : ceulx de de dans voians qu'ils avoient en ung moment perdu le plus beau et le meilleur de leurs gens, et pensans que ceulx qui avoient faict ceste deffaictc ne feussent qu'une petite partie d'ung (3) plus grand nombre, désespèrent de pouvoir résister : et d'ailleurs lie pouvans espérer aucune composition de ceulx qu'ils avoient iniuriez si oultrageusement, abandonnent le fort, et sortent pour s'aller sauver dans les bois, qui estoient de l'autre costé du fort, où le cappitaine Gourgue avoit faict(4) mettre une grande multitude de sauvaiges, qui tout aussitost descochèrent leurs flesches sur eulx, et entre autres il y en eut ung qui d'un coup traversa la rondelle d'un cappitaine espaignol, etluy -entra la flesche bien avant dans le corps par le téton gauche , et l'abattit mort par terre. Le "cappitaine Gourgue qui les avoit veuz sortir, et estoit accouru après eulx, les arresta entre les bois et le fort ainsi qu'ils fuyoient les traicts des sauvaiges, et là ils furent tous tuez et taillez en pièces , sinon ceulx qu'à grand difficulté il peust réserver pour les faire mourir en volleurs.
XXV. Dans ce grand fort furent trouvées cinq doubles couleuvrines (B), quatre moyennes et d'aultres petites pièces de fer et de fonte, avec dix-huict grosses cacques de pouldre , on y trouva aussy
(1) Manuscrit 2145 : reconnoistrc.
(2) Id. : se retirer.
(S) Id. : un.
(4) Id. : fait.
(5) Id. : couUevrines.
force armes comme harquebouzies, corcelets, rondelles, picques et autres. Le lendemain le cappitaine Gourgue aiant f!(dct charger l'arttilerie.en deux vaisseaulx, ung (i) sauvaige faisant cuire du poisson meit le feu à une traînée de pouldre que les Espaignols avoient faicte dont personne ne s'estoit encores apperceu. Le feu se print aux pouidres qui renyersa les magasins defonsen comble, et brusla entièrement les maisons qui estoient de bois de sappin, les hommes n'eurent poinct de mal pour ce qu'ilr estoient tous dehors ça et là; mais tout ce qui estoît dedans fût bruslé et perdu, en sorte que le cappitaine Gourgue n'en raporta rien sinon l'artillerie qu'il avoit ia faicte (2) charfrer.
Les Espaignols qui avoient esté prinsen vie en ce dernier fort, furent menez au lieu où ils avoient pendus les François (3), après que le cappitaine Gourgue leur eust remonstré Tiniure qu'ils avoient faicte au Roy, luy massacrans ses subiects (4), et luy vollans la terre que Sa Maiesté avoit conquise, et le fort qu'il y avoict faict bastir : et qu'ils dévoient avoir pensé qu'une si lasche trahison, et une si détestable cruauté excercée contre ung sL puissant Roy et contre une nation. si généreuse, ne demeureroit impunie, que luy, qui estoit ung (5) des moindres gentilshommes que le Roy eust en -son royaume en avoit entrepris la vengeance à ses propres cousts et despens. Quand les Roys très chrestien et catholique eussent esté ennemis et en guerre mortelles, encore ne se pourroient-ils excuser de trahison et cruauté extrême. Maintenant que Leurs Maiestez estoient amis et alliez si estroictement, leur faict ne pouvoit trouver nom assez abominable, et moins encore peine qui luy fust correspondante, mais encores que vous ne puisssiez (dist-il) endurer la peine que vous avez méritée, il est besoin que vous enduriez celle que Tennemy vous peult donner faonnestement : affin que par votre exemple les autres appreignent à garder la paix et alliance que si meschamment et malheureuse-» ment vous avez violée. Cela dit, ils sont branchez aux mesmes arbres où ils avoient pendus les François, et au lieu d'un escriteau que Pierre Malendes (6) y avoit faict mettre, contenant ces mots en langage es-
(1) Manusait 21115 s un« ^
(2) Id. I fàiu
(S) Le manuscrit 9884 i)|oate : après qu'on les eut gardé trois tours, comme Us aircrfent gardé, les François.
(4) N annscrit 21U z subiets.
(5) Id. : un.
(6) Blanuscrit 9884 : Halande.