‹ Histoire de la fondationChapitre 108 sur 238 · VICTOIRE DES MENDIANTS · texte numérisé non relu

VICTOIRE DES MENDIANTS

contre Técrit de Maître Guillaume la même procédure qu'il avait naguère employée contre le livre de Frère Gérard. Quatre Cardinaux, dont deux : Eudes de Châteauroux et Hugues de Saint-Cher, avaient déjà examiné le Liber introductorius l'année précédente (les deux autres étaient Jean de Toledo et J. Gaëtani, le futur Nicolas III), se réunirent à Anagni pour étudier le Tractatus de periculis, Guillaume de Saint-Amour et ses collaborateurs avaient été convoqués devant la Commission cardinalice, ainsi que les représentants des Dominicains et des Franciscains. Humbert de Romans, Général des Prêcheurs, Albert-le- Grand et saint Thomas d'Aquin s'y rendirent. Pour les Franciscains il y eut le Ministre général Jean de Parme, €t peut être aussi saint Bonaventure 3i;

Avant même que les délégués de l'Université fussent arrivés à Anagni, Thomas d'Aquin avait renversé l'œuvre de Maître Guillaume dans une réfutation qu'il publia plus tard sous ce titre : Contra impugnantes Dei cultum.

Le Traité sur les périls des derniers temps fut condamné par la bulle Romanus Pontifex et jeté au feu le 5 octobre i256 32. Quelques jours après Alexandre IV approuva solennellement l'idéal de vie évangélique poursuivi par les Frères. Il affirma, avec tout le poids" de sa souveraine autorité, que les Frères a par leur renoncement pour Dieu à tous les biens du monde et en mendiant leur

31 Cf. Mortier, op. cit., p. 471, Les éditeurs de saint Bonaventure pensent au contraire qu'il ne fut pas présent à Anagni (Cf. S. Bon av., op. omn., t. V, p. VII) sans pouvoir préciser où se trouvait alors le saint Docteur (op. cit., t. X, p. 45). On peut présumer avec vraisemblance qu'il accompagna Jean de Parme à Anagni. Quant à Bertrand de Bayonne qui, d'après une tradition, aurait combattu l'ouvrage incriminé, il est plus probable que sa controverse avec Guillaume de Saint-Amour €ut lieu à Paris en 1252. Cf. Franz Peltser, S. J., Thomas von York, O. F. M.j, ah Verfasser des Traktats « Manus quae contra omnipotentem tenditur n, dans Archiv. franc, hist., t. XV, 1922, p. 5-12).

32 Bull. Franc, t. II, p. 160-162; voir aussi la bulle Parisius peritiae du 15 nov. 1256, ibid., p. 169-172.

subsistance, imitent le Christ pauvre et embrassent la perfection évangélique ; ils sont donc dans la voie du salut et la pratique de leur Règle, conforme à ses divines leçons, leur mérite les récompenses éternelles ». Tout ce qu'avait critiqué et condamné Maître Guillaume de Saint- Amour dans la vie des Mendiants : l'étude, la mendicité, le ministère de la prédication et de la confession était de nouveau autorisé et loué par le Souverain Pontife 33.

Eudes de Douai et Chrétien de Beauvais se soumirent et jurèrent de recevoir Thomas d'Aquin et Bonaventure au nombre des Maîtres de l'Université de Paris (28 octobre 1256) 34. Cette condamnation n'empêcha pas Maître Laurent l'Anglais de prendre la défense de Guillaume, et de faire son apologie. Alexandre IV n'en fut que plus sévère. Après avoir obtenu de saint Louis le bannissement de Guillaume (1 1 août 1267), il alla jusqu'à interdire toute correspondance avec l'exilé indomptable dans sa haine des religieux, et ne s'arrêta qu'après avoir exigé la soumission complète des Maîtres de l'Université de Paris à la bulle Quasi lignum vitae (27 août 1257) 35.

Les premières polémiques des Ordres Mendiants avec l'Université de Paris se terminèrent donc par l'échec de celle-ci. Les attaques du clergé séculier sont réfutées, Texistence des Frères sauvegardée, leurs principes de vie reconnus conformes à la doctrine évangélique, leurs docteurs agréés par VAlma mater.

Ce n'est pourtant que le 23 octobre 1267 que saint

33 Cum insuper iidem fratres otnnia pr opter Deutn reliquerint, exilia^ vitae subsidia mendicantes, Christum imitentur pauperem, perfectionem evangelicam amplexando, propter quod evidenter apparet, eos in statu existera salvandorum, et per suae religionis observantiam quae quidem ipsius perfectionis evangelicae tenet formant, aeterna praemia promereri (Non sine multa, 19 octobre 1256, Bull. Fr., t. II, p. 165). Voir également la bulle Parisius peritiae, du 15 nov. 1256, ibid.i p. 171 s. '^

34 Chartularium, N^^ 293, 317.

35 Ibid,, N"* 296-301, 303-321.

Page 1