‹ Histoire de la fondationChapitre 107 sur 238 · GUILLAUME DE SAINT-AMOUR · texte numérisé non relu

GUILLAUME DE SAINT-AMOUR

de ces familles religieuses, qui prétendent revenir à la vie du Christ et des Apôtres. Ces Mendiants n'ont qu'une apparence de piété, et ils affectent plus de zèle que les pasteurs ordinaires. Or ils n'ont pas le droit de s'immiscer dans le service des âmes, parce que d'après la discipline ecclésiastique en vigueur, il n'y a dans la hiérarchie quedeux catégories de personnes : i° celle des clercs, prélatsou curés, à qui appartiennent l'enseignement et la cm^a animarum ; 2° celle des moines et des laïcs qui doivent s'abstenir de l'étude et vivre du travail de leurs mains. Le Pape lui-même n'a aucune autorité pour déléguer dans l'Eglise universelle, sans l'assentiment de l'évêque et du curé, desprêcheurs qui passent leurs faux dans la moisson d'autrui. L'activité de ces nouveaux apôtres est un péril, car elle trouble l'ordre établi de toute antiquité dans l'Eglise, détourne les fidèles de leurs propres pasteurs, avilit la prédication par la multiplicité des prédicateurs et enlèvetoute efficacité au sacrement de Pénitence.

N'ayant pas le droit de prêcher l'Evangile,, ces usurpateurs des fonctions sacrées n'ont pas non plus le droit, d'en vivre, c'est-à-dire de recevoir des aumônes, ni d'en mendier. La mendicité est aussi un péril des derniers temps, car elle fait de ceux qui s'y livrent des adulateurs, des détracteurs, des menteurs et des voleurs. Le renoncement aux richesses n'est-il pas cependant un acte deperfection ? Oui, répond le docteur, mais pourvu qu'on imite le Christ en faisant de bonnes œuvres, et non pas en mendiant. Quand on a renoncé à toute propriété, il ne reste plus qu'à s'enfermer dans un monastère pour y trouver sa subsistance, ou à se livrer au travail, mais uniquement au travail manuel. Il y a pourtant des pau-^ vres robustes à qui l'Eglise permet depuis longtemps de mendier. Ceci est inadmissible, déclare Saint-Amour. Le temps ne saurait rendre légitime cette permission accordée

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par erreur et que TEglise doit révoquer, car cette vie de mendicité est en contradiction avec les enseignements de :saint Paul. Ni le Christ ni les Apôtres ne l'ont pratiquée. A tant de maux le remède est très simple : que les^ pasteurs veillent sur leurs troupeaux, discernent ces faux apôtres, les dénoncent aux fidèles comme des hommes -dangereux, leur interdisent d'enseigner et de prêcher, enfin qu'ils leur coupent les vivres en leur défendant de mendier ■et de recevoir des aumônes, et bientôt tout danger aura disparu.

Dès ce premier ouvrage. Maître Guillaume de Saint- Amour soulève toutes les objections, et oppose tous les arguments fallacieux qui se pouvaient dresser contre cette nouveauté introduite dans l'Eglise par saint François : une vie de renoncement à toute propriété collective et individuelle, séparée du monde comme celle des moines, et consacrée cependant à une activité spirituelle et apostolique. Ces objections et ces arguments serviront désormais d'aliment à toutes les controverses entre séculiers et réguliers. On ne remuera plus d'autres idées ; Guillaume de Saint-Amour les ressassera lui-même dans ses Collectiones et dans son De Antichristo.

A peine paru, le Traité des périls des derniers temps fut réfuté par un jeune docteur franciscain, que l'Université, à cause de sa querelle avec les réguliers, tardait à reconnaître. C'était saint Bonaventure. Ses leçons avaient alors pour objet la perfection évangélique. Il trouva ainsi l'occasion, en abordant la question de la pauvreté, de répondre devant les étudiants de Paris, à l'ouvrage de Maître 'Guillaume qui fut bientôt déféré au jugement du Souverain Pontife.

La Commission d'Anagni. — Alexandre IV employa

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