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LE SYNODE DE REIMS

cette coûteuse procédure chaque évêque s'imposait du vingtième de ses revenus annuels, les abbés, prieurs,, doyens, curés du centième 27. Et des procureurs prirent le chemin de Rome. C'était pendant la vacance du Saint Siège. Le Cardinal protecteur de l'Ordre, lorsqu'il eut appris leur arrivée, écrivit au principal meneur de tout ce mouvement, Guillaume de Mâcon, pour le détourner de ses attaques et de sa propagande obstinée contreles Frères. En le blâmant sévèrement d'oublier la condamnation encourue autrefois par Guillaume de Saint- Amour et d'avoir osé députer auprès du Saint Siègele propre neveu de cet adversaire des Mendiants, il lui dit : « Même s'ils n'avaient aucun privilège, voiis devriez les appeler à votre aide et leur accorder gracieusement la permission de travailler au salut des âmes que l'ignorance et la négligence de tant de prêtres mettent en péril. En tout cas il ne vous est pas permis, il ne convient pas d'imposer des collectes et des tailles pour persécuter les pauvres qui vous aident à supporter vos charges et suppléent à votre insuffisance. » 28

Ce langage si énergique, pas plus que l'avènement d'un Frère Mineur, le Cardinal Jérôme d'Ascoli (Nicolas IV, 1288-1292) sur la chaire de saint Pierre, n'intimidèrent ni l'archevêque de Bourges ni le fougueux évêque d'Amiens 29. Vers la fin de 1288 des représentants des

27 Hardouin, Acta conciliorum, Paris, 1714, t. VII, col. iijo ; Hefele-Leclercq, op. cit., VI, P. I, p. 319.

28 Ce dernier trait permet de placer la date de cette lettre peu après le concile de Reims, 1^' octobre 1287. Elle a été publiée pour la première fois par le P. F. M. Delorme, O. M., dans VArch. franc, hist., t. VII (1914), p. 64. — Le neveu de Guillaume de Saint-Amour s'appelait Pierre Bellisson, il fut chanoine de Mâcon et Recteur de l'Université de Paris en 1281 ; il mourut en 1295. Cf. M. Perrod, Etudes sur la vie et les œuvres de Guillaume de Saint- Amour , Lons-le-Saunier, 1902, p. 167; et, du même auteur, Pierre de Saint- Amour , Recteur de l'Université de Paris, Besançon, s. d.

29 Nicolas IV confirma explicitement l'exemption de toute juridiction

prélats français sont auprès de Nicolas IV pour lui répéter les griefs du clergé contre les privilèges des Mendiants. Ils s'efforcent d'obtenir des restrictions à leurs droits de prêcher et de confesser ; ils redemandent •que les fidèles qui auraient reçu d'eux l'absolution soient tenus de réitérer l'aveu de leurs fautes à leur propre pasteur j enfin ils protestent contre toutes les exemptions -et contre les offices d'inquisiteurs dont ils sont chargés, comme s'il n'y avait pas parmi les prélats séculiers des hommes capables et dignes de remplir ces fonctions. Leur réquisitoire 3° ne reçut sans doute pas du pape franciscain un accueil encourageant, car ils passèrent bientôt de leurs violentes déclarations à des concessions prudentes. Ils rédigèrent une sorte de projet de concordat qui ne fut pas réalisé. Ils s'en retournèrent donc sans avoir gagné leur cause. L'examen du litige et sa conclusion furent remis entre les mains de deux légats : Gérard de Parme, évêque de Sabine, et Benoît Gaëtani qui cinq ans plus tard sera pape.

Gérard de Parme et Benoît Gaëtani vinrent à Paris en 1290 chargés par Nicolas IV de faire la paix entre le roi de France et ceux d'Angleterre et d'Aragon, puis de mettre un terme aux vexations dont le clergé français -était l'objet de la part des officiers royaux. Du 11 au 29 novembre, les légats présidèrent à Sainte-Geneviève une assemblée où cette grave affaire fut discutée. Il fut aussi permis aux prélats de dire ce qui, à leur avis, mettait le plus de trouble dans leurs diocèses. Guillaume de Mâcon saisit aussitôt l'occasion de ramener sur le tapis le débat avec les Mendiants. « Ce qui trouble toutes nos églises,

épîscopale pour les Frères Mineurs, le 30 avril 1288, et pour les Frères Prêcheurs, le 28 juillet (Bull, fr., t. IV, p. 17 ; Mortier, op. cit., t. II, p. 203).

30 Majores rationes prelatorum, Ms cit., fol. 74-91. Cf. P. Glorieux, Joe. cit., p. 488-490.

l'assemblée de paris (i2go) 353

s'écria-t-il, c'est le privilège accordé aux Frères d'entendre les confessions, malgré l'avis des principaux Maîtres en théologie », et il en donna les raisons. Après avoir écouté son discours et celui d'un autre évêque en faveur des religieux, les légats levèrent la séance sans dire un mot. Ge silence inquiéta les religieux. Mais à la dernière réunion, voyant que le Concile allait se clore sans que rien ne fût décidé, l'évêque d'Amiens revint à la charge et somma Benoît Gaëtani de révoquer le fâcheux privilège. La réponse du légat fut cinglante et dure. Benoît Gaëtani fait ici prévoir ce que sera Boniface VIII. Il railla les fatigues et les dépenses que Guillaume de Mâcon avait supportées pour atteindre son but et il ajouta : « iSachez donc que nous n'avons pas le pouvoir de révoquer le privilège des religieux mais de le confirmer. Nous ne trouvons dans l'Eglise qu'un membre sain : les Frères. Il ne nous appartient pas de les troubler, mais de les favoriser. Nous voulons que le privilège demeure dans toute sa force. Je voudrais voir ici tous les Maîtres de Paris qui dans leur fatuité ont cru pouvoir interpréter à leur manière un privilège papal. Pensent-ils que la Cour romaine l'a donné sans réflexion ? Qu'ils sachent qu'elle n'a pas des pieds de plumes, mais de plomb. En vertu de l'autorité qui nous a été déléguée spécialement pour cela, nous révoquons et nous déclarons nulles toutes les interprétations des Maîtres sur ce privilège. Ils en arriveraient par leurs arguties à invalider tous les privilèges concédés par le Siège apostolique. » Ceci dit on passa à la lecture des actes du Concile. Henri de Gand qui avait le plus discuté sur la question dans ses leçons publiques et dans ses écrits essaya de fomenter la résistance dans le corps universitaire. Benoît Gaëtani l'ayant appris enjoignit aux Maîtres Jean Minio de Morrovalle, Frère Mineur, et Gilles de Rome de suspendre les cours d'Henri de Gand. Les autres Maîtres

protestèrent : « Je connais vos raisons, "leur répondit le légat, et voici la solution des difficultés que vous soulevez :• en vertu de l'obéissance, nous ordonnons, sous peine de privation d'office et de bénéfice, que nul Maître, à l'avenir ne prêche et ne dispute sur le privilège des Frères, ni publiquement ni secrètement. Que celui qui est dans le doute demande au Souverain Pontife des éclaircissements. Mais je vous affirme que la Cour romaine préférerait dissoudre l'Université de Paris plutôt que d'abroger ce privilège. Nous n'avons pas été appelés pour acquérir la science, mais pour sauver les âmes. Et comme les Frères par leur vie et leur doctrine sauvent beaucoup d'âmes, sauf sera aussi toujours leur privilège » ^K

Guillaurne de Mâcon se retira couvert de confusion sous les huées de la foule. Encore quelques années et il aura sa revanche. Elle lui viendra de Benoît Gaëtani lui-même..

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