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LE CONCILE DE PARIS

les prélats étaient disposés à partager avec eux les travaux du ministère pastoral 21. Affirmations plus habiles que sincères ; le passé en fournissait la preuve.

Honorius IV termina l'audience par ces paroles : « Nous avons écouté avec bonté ce que vous avez dit et nous vous avons compris. C'est là une très grave affaire. Nous en délibérerons avec nos frères les Cardinaux et nous y pourvoirons, Dieu aidant, par une déclaration qui contribuera à sa louange et au bien de l'Eglise. »

Les députés de l'évêque d'Amiens s'empressèrent de lui communiquer cette promesse. Plusieurs évêques, sans attendre que le Souverain Pontife se ffit prononcé, suivant en cela l'exemple de Guillaume de Flavacourt à Rouen, interdirent aux religieux de se servir de la bulle de Martin IV et s'efforcèrent de dresser contre eux l'opinion publique en obligeant tous les prêtres ayant charge d'âmes à expliquer aux fidèles dans un sens contraire à celui des Mendiants, la bulle Adfructus uberes 22.

En décembre 1 286 un concile national réunit à Paris un grand nombre de prélats =3. Simon de Beaulieu, évêque de Bourges, y fît un rapport sur les privilèges des Mendiants, question qui préoccupait par dessus tout le dergé séculier et ses chefs. Après une longue délibération, ils décidèrent d'intéresser l'Université à leur cause.

A son de trompe. Maîtres, bacheliers, écoliers sont invités à une grande réunion qui se tint le 7 décembre dans la grande salle de Févêché de Paris. Quatre ar-

-^ Mémoires de Pierre de Rodez et de Thomas de Pontoise. Ce. dernier •est daté de Rome 24 septembre (1286). Cf. BibL Nat. Ms. lat. 3120, i. 47-50.

-2 Synode de Bourges, 19 sept. 1286. Cf. Hefele-Leclercq, op. cit., t. VI, P. I, p. 303 s., can. 6, 13, 14.

-3 Ce concile a été placé par différents auteurs en 1281, 1282, ou 1283. Le P. Ehrle, S, J., a démontré qu'il ne pouvait avoir eu lieu qu'en décembre 1286. Cf. Zur Biographie Heînrichs von Gent, dans Arch. f. ■litt. M. Kirch., t. I, p. 391, n. i.

chevêques, vingt évêques et une multitude de grands clercs sont là. Simon de Beaulieu préside et ouvre la séance. Il essaie d'entraîner l'Université dans la lutte en lui montrant que la cause des prélats est aussi la sienne. On donne lecture de la bulle de Martin IV et du canon Omnis utriusque sexus ; puis Guillaume de Mâcon déploie toutes les ressources de sa science du Droit pour établir qu'aucun privilège ne peut déroger à ce canon du Concile de Latran et que les Frères n'ont pas le droit de prêcher ni de confesser sans l'autorisation des évêques ou des curés. Il pousse même la vaillance jusqu'à déclarer que tous sont prêts à verser leur sang pour triompher de cette injustice.

Le lendemain et le surlendemain les Prêcheurs et les Mineurs s'adressèrent à leur tour à l'Université^ mais pour la prier de ne pas se mêler de cette affaire.

Le 22, nouvelle réunion aux Bernardins. Dans un discours encore 'plus violent que le premier, l'évêque d'Amiens accuse les Mendiants d'hypocrisie, de mensonge et d'injustice. Il raconte qu'il fut, en eifet, éconduit par Martin IV quand il tenta de s'opposer à la publication de la bulle Ad fructus libères « mais depuis, dit-il^ nos délégués en cour de Rome ont efficacement travaillé, et nous avons reçu des lettres (ce sont les mémoires de Pierre de Rodez et de Thomas de Pontoise cités plus haut) qui nous annoncent que le seigneur pape va révoquer les privilèges ou en donner une interprétation claire. »

Cette nouvelle pleine d'assurance ne suffit pas à décider l'Université. Le concile de Paris se termina sans résultat tangible.

Quelque peu dépité, Guillaume de Mâcon se tourne alors vers les étudiants d'Orléans qui sont, affirme-t-il^ « plus experts dans l'étude du Droit que ceux de Paris et plus intelligents ». Le thème de ses harangues est

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toujours le même. Il se félicite naïvemem dans une lettre à Pierre Barbet, archevêque de Reims, d'avoir convaincu tout le monde et d'avoir fait siffler les Frères. Il a confiance dans l'issue heureuse de la lutte et recommande à son métropolitain de stimuler le zèle des archevêques de Sens, de Narbonne, de Tours et de Bordeaux m.

Guillaume de Mâcon se vantait. A Orléans, il avait trouvé un rude contradicteur dans la personne du Frère Prêcheur Jean de Saint-Benoît, et, dans cette ville, son succès ne fut pas plus éclatant, ni plus décisif qu'à Paris où l'Université, plus avisée qu'en 1 262, s'était maintenue dans une prudente neutralité. Seuls, c(uelques Maîtres, des plus renommés, il est vrai, Gilles de Rome, bien qu'il appartînt aux Ordres Mendiants puisqu'il était Ermite de Saint Augustin, Henri de Gand et Geoffroy de Fontaines et deux ou trois autres moins renommés se rangèrent du côté des prélats -^. Guillaume de Mâcon

24 Chartularium, t. II, n° 543; Hist. litt. de la France, t, XXV, p. 390-394 ; Mortier, op. cit., t. II, p. 204-209. — Dans cette lettre à l'archevêque de Reims, Guillaume de Mâcon dit: u Ipsi (scilicet religiosi) deberent praedicare infidelibus, non super alienum fundamentum aedificare. » Au moment où l'évêque d'Amiens écrivait ces mots, Jean de Montcorvin, qui sera plus tard le premier évêque de Pékin, s'apprêtait à partir en Perse pour la seconde fois (cf. Biblioteca, p. 301 s.).

25 Ces Maîtres, sauf Geoffroy de Fontaines, qui se prononça contre le vœu de pauvreté, n'abordèrent pas les polémiques sur les principes <le vie des Mendiants. On ne rencontre pas non plus chez eux la passion qui animait Guillaume de Saint-Amour vingt ans auparavant. — Les Frères Mineurs Gautier de Bruges, Duns Scot et Richard de Mediavilla défendirent vigoureusement le privilège de Martin IV et ia liberté des consciences menacée par la doctrine des séculiers. Cf. F. M. Delorme, Richardi de Mediavilla, Quaestio disputata de privïlegio Martini papae IV, p. XIV. Cette Quaestio est dirigée contre Henri de Gand (op. cit., p. XVI-XVIII). Voir aussi E. Hocedez, S. J., Richard de Middleton, Sa vie. Ses œuvres, Sa doctrine. Louvain-Paris, 1925, p. 38-49. Les discussions savantes devant le monde universitaire n'étaient pas le seul procédé de défense des Mendiants. Ils agissaient aussi sur les masses populaires que l'on voulait soulever contre eux. Des prédicateurs se ré-

prenait ses désirs pour des réalités. Toutefois, si l'agitation qu'il entretenait en France produisait des résultatspeu appréciables, il avait raison d'annoncer que l'action de ses agents à la cour pontificale ne fut pas inefficace. Les nouvelles que lui avaient envoyées Pierre de Rodez et Thomas de Pontoise, .encore que très imprécises, offraient un fondement à ses espérances, car le dévoué Cardinal Matthieu Orsini fit part aux F'rères Mineurs, ses protégés,, de ses appréhensions, et les invita à prier pour écarter le danger qui les menaçait 26. Honorius IV mourut le 4 avril 1287. L'ardeur belliqueuse de Guillaume de Mâcon n'en fut pas ralentie. Le plan de campagne exposé dans sa lettre du i^"" juillet 1282 n'ayant pas été réalisé^ le belliqueux évêque y revint. Il décida l'archevêque de Reims à convoquer un synode provincial. Tous les suffragants de cette province y furent présents ou représentés ainsi que les Chapitres des églises cathédrales ou collégiales, le clergé séculier et les monastères non exempts. Le 1'''^ octobre 1287 ils signèrent un manifeste qui commençait par ces mots : « Ad fructificandum in Ecclesia Domini, ager dominicus nuncupatur n, réplique intentionnelle à la bulle de Martin IV Adfructus uberes quos in agro dominico. Ils y annonçaient leur détermination bien arrêtée de porter de nouveau ce débat en Cour de Rome et de l'y poursuivre jusqu'à ce qu'il eût reçu une solution définitive. Pour subvenir aux frais de

pandaient dans les villes et les campagnes, convoquant notables £t bonnes gens à de véritables « meetings ». « Avez-vous à vous plaindre des Frères ? demandaient-ils. Ont-ils fait quelque mal au milieu de vous ? — Non, répondait la foule. — Ont-ils rendu service à vos âmes ? Voulez-vous qu'ils continuent ? — Oui, oui, criait-on. » Aussitôt un (( ordre du jour » qui attestait la volonté générale de conserver le ministère des Frères, était voté et rédigé par devant notaire. — Nous tenons ces détails de Guillaume de Mâcon lui-même qui les raconte avec une certaine aigreur (Chartularium, t. II, n° 543).

26 Salimbene, loc. cit., p. 618, 629 s. Le jugement de Salimbene sur Honorius IV manque ici d'équité.

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