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LES MENDIANTS ET LA BULLE « SUPER CATHEDRAM

qu'il avait si âprement défendu en 1286 et en 1290. Il recommandait aussi les Frères à la bienveillance des prélats, assurant que le Saint-Siège ne souffrirait pas qu'ils fussent molestés.

Par cet acte de haute sagesse et d'impartialité les droits du clergé étaient sauvegardés en même temps que la liberté du ministère pastoral des Religieux se trouvait maintenue dans de justes limites et garantie contre des excès malheureux. Les Frères ne l'entendirent pas ainsi. Ils avaient joui pendant vingt ans d'une liberté démesurée ; les nouvelles conditions de leur apostolat leur parurent d'insupportables entraves. Bien qu'elle eût été publiée l'année même du grand jubilé et sur les instances du Cardinal franciscain Matthieu d'Acquasparta et du Cardinal Protecteur Matthieu Orsini la bulle Supet* Cathedram leur causa une amère déception Sg.

Le bruit courut même que Boniface VIII avait voulu supprimer l'Ordre franciscain. Rien n'était plus faux. En 1298, c'est lui qui fit insérer la bulle Exiit qui seminat dans le nouveau recueil des Décrétales qu'il appela le Sexte^ et en i3o2 il confirma le privilège d'exemption des Frères Mineurs 4°. Ceux-ci néanmoins, avec les Frères Prêcheurs, résistèrent à la bulle Super cathedram comme le clergé avait résisté à la bulle Adfnictus uberes. A Metz ils refusent d'acquitter la « portion canonique » et déclarent*.ne vouloir observer la constitution pontificale

•18 H, FiNKE, Op. cit., p. XLVIII. — Le clergé fut, en général, satisfait, bien qu'en certains endroits il exigea, comme portion canonique, tantôt le tiers et tantôt la moitié des offrandes faites aux Frères; en d'autres endroits, l'évêque n'accordait la permission de prêcher qu'aux Frères habitant son diocèse et se présentant personnellement devant lui (Cf. Bull, fr., t. IV, p. 504 ; Mortier, op. cit., p. 370 s. ; Hefele-Leclercq, op. cit., p. 461, 463 s., 480).

On trouvera un exemple de la permission de confesser après la bulle Super Cathedram, dans Wilkins, Concilia magna Britanniae et Hiberniae, t. II, p, 257.

^10 Bull, fr., t. IV, p. 539.

que de la manière qui leur sera prescrite par les Chapitres généraux. Mais le pape tint avec énergie à ce qu'elle fût observée. Il désigna (i3o2) dans toutes les provinces ecclésiastiques des évêques chargés de pourvoir à son exécution rigoureuse 4>.

Boniface VIII avait espéré pacifier les esprits. Il eût atteint son but si les religieux ne s'étaient pas crus lésés injustement dans leurs plus précieuses prérogatives et si le clergé séculier avait apporté l'esprit de bienveillance que le pape lui avait recommandé. Il n'en fut rien. De nouvelles querelles surgirent et Benoît XI (i3o3-4) qui avait été Maître Général des Prêcheurs, ne trouva pas d'autre remède que d'abroger ce qu'avait fait son prédécesseur 42.

Cette annulation devait être de peu de durée. Guillaume de Flavacourt et Guillaume de Mâcon qui saluèrent avec enthousiasme l'acte de Boniface VIII, sans lui garder cependant la moindre reconnaissance 43, durent gémir de l'acte de Benoît XI. Ils moururent trop tôt pour avoir la joie d'assister au revirement qui se produisit sous Clément V ainsi qu'au triomphe de leur cause au Concile de Vienne.

*^ Bull, fr., t. IV, 545-548, 571 ; t. V, n° 4 ; voir aussi un règlement spécial pour Ron\e (1303), t. IV, p. 578.

^2 Inter cunctas, 17 février 1304. Le 2 avril suivant, il renouvela le privilège d'exemption, Bull, fr., t. V, n°* 8, 20 et 33.

*^ Guillaume de Mâcon signa, en effet, l'appel au Concile que le gouvernement de Philippe le Bel rédigea en 1303 contre Boniface VIII et dans lequel on l'accusait, par une inconvenante ironie sous la plume de cet ennemi irréductible des Mendiants, de vouloir abaisser et détruire tous les Ordres religieux, les moines noirs et les moines blancs, les Prêcheurs et les Mineurs, « De quibus (F. Predicatoribus et F. Minorïbus) dixit (Bonifacius) tnultociens quod mundus perdebatur per ipsos et quod falsi ypocrite erant et quod riumquam bonum eveniret alicui qui confiteretur ipsis, vel esset familiaris ipsortim, vel ipsos in domo sua teneret. » G. Picot, Documents relatifs aux Etats Généraux assemblés sous Philippe le Bel, Paris, 1901, p. 41, 49. — C'est aussi à Guillaume de Mâcon qu'il faut très probablement attribuer la lettre si longtemps exploitée comme venant du chancelier de Frédéric II, Pierre de la Vigne, et dans laquelle le Tiers-Ordre est mentionné et présenté com-

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