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FUNESTE INFLUENCE DES PRIVILÈGES DE MARTIN IV

enfin, on ne s'y attend pas : le désir de conserver vigoureuse la pure observance delà Règle !... Etait-ce le bon moyen ? Contrairement à ce qu'avait décidé le Chapitre général de 1254 pour le privilège semblable d'Innocent IV, le Chapitre général réuni à Milan en 1 286 le pensa et déclara que l'on pouvait se servir de ce privilège, en s'abstenant toutefois de multiplier les procès et de compromettre la réputation de l'Ordre 3o. Nicolas IV, l'ancien Ministre général, qui avait succédé immédiatement à saint Bonaventure, confirma le bref de Martin IV et le réédita dans la bulle Religionis favor du 22 novembre 1290 3i.

Ainsi, au cours du XI 11^ siècle, les deux privilèges qui deviendront pour les Frères Mineurs la source des épreuves les plus périlleuses leur furent accordés par l'un des papes les plus dévoués à leur prospérité, Martin IV. Sa bulle Ad fructus libères, qui devait accroître leur apostolat, déchaîna contre eux dans les rangs du clergé sécuHer une tempête redoutable. L'autre bulle Exultantes in Domino qui devait leur faciliter la pratique de la pauvreté, ruinait l'idée même de la pauvreté franciscaine ; elle transformait, suivant l'expression si juste du Cardinal Ehrle, le procureur-syndic en une « simple marionnette » 32^ et le domaine souverain de l'Eglise sur les

'^o « Item placet capitule generali, quod privilégie domini pape Martini de nominandis procuratoribus provintie possint uti. Caveant tamen de multiplicandis litibus et quod nichil fiât contra Ordînis honestatem. » (Cf. Arch. f. Litt. u. Kirch., t. VI, p. 55).

31 Bull, fr., t. IV, p. 190. On trouve des procureurs institués suivant la nouvelle décrétale à Plaisance en 1289 (Bull, fr., t. IV, p. 119), à Troyes en 1292 ( Firmamenta, 1512, Ille P., p. 682), au Sacro Convento en 1294 (Arch. fr. hist., t. XI, 1918, p. 450 s.), à Fribourg (Suisse) en 1300 (ihid., t. VIII, 1915, p. 83-85), en Bourgogne en 1305 (ibid., t. X, 1917, p. 529).

33 Cf. Die Spiritualen, ihr Verhàltniss zuni Franciscanerorden und zu den Fraticellen, dans Arch. f. Litt. u. kirch., t. III, p. 595.

biens des Frères en une pure fiction juridique 33. La grande loi de désappropriation individuelle et collective qui caractérise l'Ordre séraphique était en apparence respectée ; en réalité elle était méconnue et tournée, puisque les Frères pouvaient disposer de tous les biens mis à leur usage comme s'ils en étaient les vrais propriétaires. On ne retrouve pas là la volonté de saint François d'Assise. Dans l'affaissement progressif de son idéal, la pauvreté fut la première et principale victime. Elle ne fut pas la seule. La discipline régulière souffrait d'un grand nombre de plaies dont les lettres circulaires des Ministres généraux et les statuts élaborés dans les Chapitres pour les panser, nous décèlent l'existence.

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