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La politique européenne des Papes

La Papauté trouve dans les fils de saint Dominique et d* saint François des aides actifs, sinon toujours habiles et toujours heureux.

Dès la première moitié du XIII^ siècle, les Frères Mineurs sont mêlés à toutes les grandes affaires de la chrétienté. Par leur contact étroit avec le peuple, ils acquièrent de bonne heure une importance politique telle, que tous les pouvoirs tentent de gagner à leur profit leur puissante influence : Frédéric II dans son duel contre Grégoire IX et Innocent IV, Guillaume de

LUTTE CONTRE LES HOHENSTAUFEN ÔlÇi

Hollande, Richard de Cornouaiiles, Alphonse de Gastille, Rodolphe de Habsbourg dans leurs prétentions à la couronne impériale,, la dynastie angevine poux prendre et reprendre le trône de Sicile, Philippe le Bel dans son conflit avec Boniface. VHI.

La reconnaissance envers ces princes qui les comblent de. bienfaits, et k: soumission qu'ils doivent au Souverain Pontife, en, vertu de leur profession, placent souvent les Frères Mineurs dans une angoissante situation où leur fidélité à l'Eghse est mise à une rude épreuve. Sauf de très rares exceptions, elle ne se démentit pas : les Frères Mineurs furent une force constamment au service du Saint-Siège.

D'abord simples messagers du Pape, ils deviennent dans la suite ses hommes de confiance et ses négociateurs. Leur dévouement se manifeste de mille manières et malgré des persécutions parfois sanglantes. Ce fut le cas dans le conflit des. Papes et des derniers Hohenstaufen qui eut pour cause première le mauvais vouloir de Frédéric II dans l'accomplissemient de sa promesse de Croisade.

Lutte contre les derniers Hohenstaufen. — Dans cette lutte, les Frères Mineurs sont pour les Papes un solide appui comme les moines de Cluny l'avaient été pour Grégoire VII. Rien ne montre mieux leur dévouement à la cause de Rome que l'attitude de Frédéric II à leur égard. Tour à tour il les menace ou les. flatte, les raille ou les persécute.

Son entrée triomphale à Saint-Jean d'Acre (Septembre 1228) -fut suivie d'une réprobation universelle due à l'arrivée de deux Frères Mineurs qui publièrent son excommunication et prêchèrent bravement contre lui. Il s'en vengea en ordonnant d'expulser les Frères Mineurs de Sicile. Mais il appréciait trop leur influence pour- ne pas tenter de les lier à sa cause. En i236 il écrivit au Frère Elle une lettre à propos de la glorification de sainte Elisabeth de Hongrie, dans laquelle il raconte avec emphase ses miracles et ose se recommander aux prières de tout l'Ordre. Peut-être espérait-il ainsi arrêter le zèle des Mineurs qui s'efforçaient de ramener dans l'obéissance à l'Eglise

les provinces et les villes gagnées au parti gibelin. Il setrompait.

Le Légat du Pape en Lombardie, Grégoire de Montelongo,. trouva en Léon Perrego, Provincial de cette région, le collaborateur le plus ardent. Quand l'armée impériale attaqua Milan en 1237, Léon fut l'âme de la résistance. Il ranima le courage des assiégés en se mettant à la tête des combattants, et en marchant seul au devant des ennemis. Les Milanais battus dans cette célèbre bataille de Cortenuova confièrent néanmoins au vaillant Franciscain le soin de faire la paix. L'activité de Léon ne s'arrêta pas, et deux ans après, Frédéric 1 1 le dénonçait dans une lettre à Henri III, roi d'Angleterre, comme l'un de ses adversaires les plus violents et les plus audacieux ». Frustré dans son attente, il frappe tous les Frères Mineurs d'un bannissement général de tous ses Etats, n'en laissant que deux dans chaque couvent pour la célébration de l'Office divin (1240). Vers la même époque des écrivains à sa solde les couvrent de railleries dans les pamphlets, où se trouvent réédités tous les griefs du clergé séculier que Frédéric cherchait à garder dans son parti, et où ils sont accusés d'être la cause de l'hostilité de l'empereur contre le Pape :

Si papa non crederet istos detractores Amicos discordiae et seminatores Imperator hodie inter atnatores Fuisset Ecclesiae et defensores.

D'autres les calomnient odieusement en essayant, sans succès, de les faire passer pour hérétiques 2,

1 Salimbene, p. 74 ; Ann. Placentinas ghibellinas, M.G.SS., t. XVIII,. p. 478 s. ; Thomas de Pavie, Gesta Imp. et Pont., M.G.S.S., t. XXII, p. 513 ; Matth. Paris, dans M.G.S.S., t. XXVIII, p. 184 ; Huillard- Bréholles, Vie et correspondance de Pierre de la Vigne, Paris, 1864, t. V, p. 840-846 ; P. Sevesi, O. m., Beato Leone dei Valvassori du Perego- O. M., Arcivescovo di Milano (1190-1257), dans St. fr. (1927), p. 70-93.

2 Bull, fr., t. I, p. 34 s., 41. Cf. Ed. Lempp, Frère Èlie de Cortone, Paris (1901), p. 108; Bihlioteca, t. I, p. 156 s,; Guillaume de Tyr, Continuation, dans Martène, Thésaurus anecd., t. V, p. 698 ; Ricard.- S. Germano, M.G.S.S., t. XIX, 353 ; Huillard-Bréholles, Vie et corresp. de Pierre de la Vigne, Paris (1864), p. 149-153, 405-416 ; A. KocH, Die friihesten Niederlassungen der Minoriten in Rheingebiete u. ihre-

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