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LUTTE CONTRE LES HOHENSTAUFEN U2I

C'étaient là trop douces représailles. Après son excommunication solennelle et sa déposition au concile de Lyon (1245), Frédéric II, qui, maître de l'Italie septentrionale et méridionale, tentait de reconstituer l'antique Empire romain en conquérant l'Italie centrale au détriment des Etats pontificaux et de l'indépendance spirituelle du Saint Siège, défendit sa couronne avec acharnement. Les Frères Mineurs furent les prédicateurs de la Croisade, les messagers alertes du Pape et les fermes soutiens des nouveaux empereurs, Henri Raspe de Thuringe, puis Guillaume de Hollande. Pour les arrêter, F'rédéric fit poster des gardes sur toutes les routes de Rome. Trompant leur surveillance, travestis au besoin, les Mineurs passaient quand même ; ceux qui se laissaient prendre étaient pendus ou brûlés. En 1247, Frédéric conçut le projet de s'emparer de Lyon, où résidait toujours Innocent IV, mais la Lombardie se souleva soudainement, et sauva la Papauté d'un danger redoutable. Au premier rang des initiateurs de ce mouvement avaient été les Franciscains. Ezzelino, le plus terrible des lieutenants de l'empereur, en fit exécuter soixante 3.

Les lettres de Frédéric II témoignent du tort que les Frères faisaient à sa cause. En 1 246 il se plaint tout particulièrement des Mineurs au roi d'Angleterre ; en 1249 il ordonne au gouverneur de Sicile de poursuivre les Dominicains et les Franciscains, de les condamner au feu, et de laisser impunis tous ceux qui attenteront à leur vie. Ezzelino ne redoutait pas moins que son maître les Frères Mineurs ; il fit jeter en prison un de ses plus intimes familiers pour l'unique raison qu'il avait un de ses frères dans l'Ordre, « Il les craignait plus que tout au monde, dit le chroniqueur contemporain Rolandino de Padoue, car ils allaient et venaient partout, libres et intrépides dans leur pauvreté volontaire » 4.

Wirkungen auf das kirchliche u. politisché Leben, Leipzig (1881), p. 109, n. 1.

3 Bull, fr., t. I, p. 411, — Cf, Matth. Paris, Chron., éd. Luard, t. IV, p. 256, 278, 551 ; Wadding, Annales, t. III, p. 115, 183, 515 ; Huillard-Bréholles, Frédér. II, Hist diplom., t. VI, p. 405 ; Estudios francescanos, t. I, p. 90-92.

* Matth. Paris, Chron., dans M. G. S. S., t. XXVIII, p. 283 ; Huillard-

Jean de Diest en Allemagne, Ruffin de Plaisance en Sicile, Mansueto en Toscane se distinguèrent entre tous.

Frère Jean de Diest, Provincial de Basse Allemagne, était chapelain de Guillaume de Hollande quand celui-ci fut élu au trône impérial (1247). Recruter des partisans au nouvel élu, prêcher la croisade contre l'empereur excommunié était une tâche délicate,taht étaient nombreux parmi les princes allemands et dans le clergé ceux qui restaient attachés à Frédéric H. Jean de Diest s'en acquitta en risquant plus d'une fois sa vie. Tous les Frères Mineurs imiteront son exemple. Ils étaient presque seuls à défendre l'Eglise, dit Jourdain de Giano, et malgré tout son prestige, avoue Matthieu Paris, si favorable aux Gibelins, ^râce aux Frères Prêcheurs et aux Frères Mineurs, les forces de l'empereur déchu ne firent que diminuer, tandis que celles du Pape grandissaient 5.

La mort de Frédéric II (i3 décembre i25o) ne mit pas fin à la guerre. Son fils Conrad, vaincu en Allemagne, par Guillaume de Hollande, eut plus de succès en Italie. A sa mort (1254), Manfred, fils naturel de Frédéric II, réussit à gagner une grande partie de l'Italie, trouvant toujours cependant devant lui les Frères Mineurs qui travaillaient sans relâche a lui enlever ses partisans. C'est ainsi que Mansueto détache de sa cause la ville de Pise en 1257, et en 1260, la maintient dans l'obéissance à l'Eglise, et la réconcilie avec Lucques en 1267. Un témoignage éloquent de cette pacification laborieuse fut l'admission dans l'Ordre de la Pénitence du principal Gibelin de Pise Otto Gualducci.

La dynastie des Hohenstaufen s'éteignit dans la personne de Conradin, qui périt (1268) en voulant reconquérir la Sicile, donnée par Urbain IV à Charles d'Anjou, frère de saint Louis 6.

Bréholles, op. cit., t. VI, p. 699-703 ; Roland. Patav., Chron., dans M.G.S.S., t. XIX, p. 97.

s Elie Berger, Registres d'Innocent IV, Nos 4397, 4508, 6322, 7357 ; Bull, fr., t. I, p. 567,, 649, 660, 702, 705, 707 ; EuBEL, Epitome, N° 529 ; Thomas d'Eccleston, p. 114 ; Jourdain de Giano, p. 60 ; Matth. Paris, M.G.S.S.j t. XXVIII, p. 295, 298 ; Wadding, Annales, t. III, p. 245,

« Bull, fr., t. II, p. 212-214, 384, 474-477, 497 ; t. III, p. ixo ; J. Gui-

Afàtres de Sicile. — iDepuis la déposition de Frédéric II (1245) jusqu'à la conquête de la Sicile (1266) par Charles

RAtiD, Registres d' Urbain IV, N"» 316-320 ; Salimbene, p. 395 s. ; Wad- DiNG, Annales, t. IV, p. 63, 299, 506 ; Jordan, Les origines de la domination angevine en Italie, Paris (1909), p. 335 s. — Il n'est pas sans Intérêt de signaler quelques souvenirs franciscains qui se rattachent à cette lutte contre les derniers Hohenstaufen. Louis, Landgrave de Thuringe, époux de sainte Elisabeth de Hongrie, commandait les croisésqui attendaient à Brindisi Frédéric II pressé par Grégoire IX d'accomplir sa promesse. Aussitôt qu'il fut arrivé, ils s'embarquèrent (8 septembre 1227). Sous prétexte de maladie, l'empereur décida de revenir à Otrante, où le Landgrave expira le ii septembre 1227. Son frère, Henri Raspe, eut d'abord une conduite inhumaine envers sa belle-sœur ; il revint à de meilleurs sentiments, et, en 1239, trois ans après la canonisation d'Elisabeth, il entrait dans l'Ordre de la Pénitence. Frédéric II ayant été déposé par le Concile de Lyon (1245), Heni*ilfut élu roi des Romains, et mourut l'année suivante. E. Horn, Sainte Elisabeth de Hongrie,. Paris, 1902, p. 108, 117-121, 145-149, 157 ; Bull, fr., t. I, p. 271 ; Matth. Paris, Chron., éd. Luard, t. IV, p. 551.

Des séditions fomentées à Rome (1228-1230) par les agents de Frédéric II, obligèrent Grégoire IX à quitter la Ville Eternelle. En avril 1228, il était à Rieti, à la fin de mai à Assise, en juin à Pérouse, où il canonisa saint François (juillet 1228). Il resta à Pérouse jusqu'en 1230. La révolte des Romains s'étant apaisée, vraisemblablement, grâce aux négociations de Jean Parenti, Ministre général des Frères Mineurs, Je Pape revint à Rome. (XXIV Gen., p. 211 ; Catal. Gen. Min., dans M.G.S.S., t. XXXII, p. 658). J. Parenti fut moins heureux l'année suivante à Florence, où Grégoire IX l'avait envoyé pour rétablir la concorde (Bull, fr., t. I, p. 70 ; Davidsohn, Geschichte von Florene, t. II, i" partie, p. 187).

Vers le même temps, saint Antoine de Padoue travaillait à la même œuvre de paix, et s'efforçait en vain d'adoucir le cruel Ezzelino. Rolandino a conservé le souvenir de sa tentative infructueuse, de la douceur de ses prédications et de cette lueur de paix qui, un instant, se répandît sur la Marche de Trévise (Rol. Pat., Chron. M.G.SS., t. XIX, p. 55, 57). Le même chroniqueur relate sa mort et sa canonisation, ajoutant que tout le peuple padouan le regarde comme son protecteur : Spes et fiducia tutor et refugium et patronus.

De 1230 à 1239, il y eut une accalmie relative dans les rapports entre le pape et l'empereur ; celui-ci cependant continuait la lutte dans 1» Lombardie, qui soutenait la révolte de son fils Henri. Grégoire IX cherchait à apaiser la colère du monarque; c'est sans doute pour atteindre ce but qu'il lui envoya Frère Elie en 1238 (Salimbene, p. 39), peut-être au moment même où Perrego traitait avec lui sans succès au nom des Milanais. De nouveaux attentats aux droits de l'Eglise amenèrent une nouvelle excommunication de Frédéric II (20 mars 1239). Deux mois plus tard, Frère Elie était déposé par le Chapitre général de Rome. Il se

<d'Anjou, frère de saint Louis, les Frères Mineurs s'efforcèrent de la maintenir dans l'obéissance au Saint Siège 7.

réfugia à la cour de l'empereur qui lui fit bon accueil. De ce fait, il encourut lui aussi l'excommunication. Certains chroniqueurs gibelins (M. Paris, Richard de S. Germano) disent qu'Elie se rendit chez l'empereur en haine du pape. Il est plus vraisemblable qu'il se flattait de reconquérir les faveurs et la confiance de Grégoire IX en travaillant à sa réconciliation avec Frédéric II. Il aurait du reste expliqué sa conduite au Souverain Pontife dans une lettre qui ne lui parvint pas. Il agissait là de sa propre initiative, sans aucun mandat, ce fut son principal tort. En tout cas Frédéric II exploita cette aventure : il publia un manifeste dans lequel il accuse Grégoire IX d'avoir injustement déposé Frère Elle, et d'avoir cherché à le faire disparaître (Huillard-Bréholles, Fféd. Hist. 4iplom., t. V, pars , p. 346). L'excommunication de Frère Elie, qui jouissait d'une réputation universelle et dont Frédéric II suivait volontiers les conseils (Huill.-Bréh., op. cit., t. VI, p. 147), attira sur l'Ordre des railleries, mais ne modifia en rien, malgré la défection d'une douzaine de Frères qui suivirent le Ministre général déposé, son attitude vis-à-vis du potentat (Lempp, op. cit., p. 141-145). Frédéric II reprit avec vigueur ses attaques. Ses troupes sarrasines envahirent les Etats de l'Eglise. En 1240, il entra dans le duché de Spolète, où Foligno et Spello s'étaient rangés de son côté. Assise resta fidèle au Pape avec Pérouse, Todi et Spolète. L'année suivante, après le siège de Faenza, où il avait trouvé devant lui la résistance des Frères Mineurs, il lança de nouveau ses Sarrasins contre la ville même d'Assise, que protégea la prière de sainte •Claire et de ses filles (F. Pennachi, Legenda S. Clarae Virginis, Assisi, X910, p. 30-33). M. Pennachi (p. LVI) place faussement la date de cet événement en 1243; cf. Golubovich, Relazione del duplici assedio del Monasterio di S. Damiano, 1240 e délia citta di Assisi, 1241, dans In Ricordo 1212-1912, Assisi, Tip. Metastasio (1912), p. 33-35 ; Z. Lazzeri, S. Chiara e la cacciata da Assisi dei Sarraceni e di Vitale d'Aversa, dans La Verna, Anno X, 1912, p. 270-279).

Grégoire IX mourut en 1241, Célestin IV ne vécut que quelques jours, Innocent IV fut élu après un an et demi d'interrègne. Le nouveau •Pontife débuta par une paix qui fut de courte durée. Frédéric II, dont la mauvaise foi était évidente, recommença les hostilités et souleva de nouveaux troubles dans Rome. Innocent IV, craignant pour sa sécurité, confia le trésor pontifical au Sacro Convento d'Assise (G. Fratini, Storia délia Basilica di S. Francesco in Assisi, p. 53 ; F. Ehrle, Arch. f. Litt. u. Kirch., t. I, p. 46), et se réfugia à Gênes, où il présida le Chapitre général des Frères Mineurs (1244). F. Elie s'y présenta avec le secret espoir de faire apprécier par le nouveau Pape ses services auprès de Frédéric II. II encourut de nouveau l'excommunication, et se rapprocha -de l'empereur qui lui avait précédemment (1243) confié une mission en Orient. Elie mourut le 22 avril 1253, réconcilié avec l'Eglise et avec .l'Ordre (E. Lempp, op. cit., p. 146 s., 154).

7 Simon de Montesarchio ayant enlevé de nombreux partisans au

Contre Manfred et Conradin, héritiers de l'empereur, ils prêchèrent la croisade, d'abord au profit d'Edmond, fils du roi 4' Angleterre Henri III, à quiia couronne avait été offerte par le Saint-Siège, puis au profit de Charles d'Anjou, à qui Urbain IV avait fait appel, quand Henri III se fut montré incapable de tenter l'entreprise 8.

Pendant le règne de Charles I^r (1266-1282), Conrad Probus, Henri Knoderer, dont on a pu dire qu'il tînt en ses fortes mains les destinées de l'empire allemand, Jérôme d'Ascoli, Barthélémy d'Amelia, et d'autres Frères Mineurs sont chargés de négociations entre le Souverain Pontife et le nouvel empereur d'Allemagne, Rodolphe de Habsbourg (1273-1291) qu'irritaient les prétentions du roi de Naples et de Sicile à la domination en Italie. Bien menées, ces négociations évitèrent la guerre entre les deux souverains et firent rentrer la Romagne dans les Etats 4e l'Eglise 9.

parti impérial (1248), përit dans d'horribles supplices (Salimbene, p. 318), Pierre, Ministre provincial de Calabre, fut mis à la torture pour avoir tenté (1253) de rendre la Sicile à l'Eglise (Thomas de Pavie, M.G.S.S., t. XXII, p. 516). En 1256, Ruffin de Plaisance, constitué Vicaire général en Sicile (Wadding, Annales,, t. V, p. 387), ramena Messine et Palerme à l'obéissance au Saint-Siège (Barth. de Castelnuovo, Historia Sicula, dans MuRAïORj, Rer. liai. SS., t. XIII, col. 1018 ; Wadding parle de François de Plaisance au lieu de Ruffin, t. IV, p. 43 ; t. V, p. 387),

8 Jean de Diest fut envoyé par Alexandre IV en Angleterre en 1256 (Rymer, Foedera, t. I, p. 328) ; Matth. Paris (éd. Luard, t. V, p. 722) place cette mission en 1258. Cette année-là, Mansueto s'y trouvait pour préparer entre l'Angleterre et la France, une paix qui devait favoriser l'expédition anglaise en Sicile ; vide infra, p. 638 s. ; Wadding, Annales, t. IV, p. 233, 242-244, 258 ; E. Jordan, op. cit., p. 501.

^ Rodolphe de Habsbourg, grand ami des Frères Mineurs (Salimbene, p. 463, 500, 624), se préparait à partir pour la Terre Sainte avec Conrad Probus, Provincial d'Allemagne, et de deux autres Frères Mineurs, quand il fut élu à l'empire (Thomas de Pavie, op. cit., dans M.G.SS., t. XXII, P- 525). Sur les négociations entre le Saint-Siège, Rodolphe de Habsbourg et Charles I^, cf. Baronius-Raynaldi, Annales ad ann. 1274, N° 55. 1275, No 3, 1277, N» 50, 52, 55, 1278, No 45, 56, 64, 127Q, NO n, 12S0, No I ; Bull, jr., t. III, p. 251, 277, 282, 303, 397, 437, 465 ; t. IV* p. 68 ; Wadding, Annales, t. V, p. 91, 208, 478 ; K. Eubel, Die Minoriten H. Knoderer und K. Probus, dans Historisches Jahrbuch, t. IX (1888), p. 396-407, 652-658 ; Ch. V. Langlois, Le règne de Philippe le Hardi, p. 83 s. ; E. Baumgarten, O. M. C, Heinrich von Isny, O. M. {•]- 1288) Bischof von Basel, Erzhischof von Mainz, Erzkanzler Rud. I

626 APPENDICE m

Durant la révolte de la Sicile, les Franciscains prirent parti contre le roi, dont le gouvernement oppresseur, d'ailleurs^ conforme aux traditions des Hohenstaufen, fut le prétexte des Vêpres Siciliennes (1282), et l'occasion pour Pierre III d'Aragon de s'emparer de ce royaume en vertu de son mariageavec Constance, sœur de Manfred 10.

Le Saint-Siège continua de soutenir la dynastie angevine après sa chute, et les Frères Mineurs d'Aragon, qui respectaient l'interdit jeté sur le royaume, souffrirent de dures persécutions delà part de Pierre III. Ils le réconcilièrent cependant avec l'Eglise sur son lit de mort (i285)i après qu'il eut promis de lui rendre la Sicile.

Charles le Boiteux, devenu Charles II par la mort de son^ père Charles I^r (i285), était encore prisonnnier des Aragonais,, qui l'avaient capturé en 1284, quand Jérôme d'Ascoli monta sur le trône pontifical. Le nouveau Pape, peu de temps aprèsson avènement, obtint sa libération,, leva l'interdit sur l'Aragon. et fit signer un accord (1288) aux termes duquel trois de ses filsseraient gardés comme otages. Il le couronna ensuite roi de Naples au Chapitre général de Rieti (1289). Ses fils, Louis,. Robert et Raymond, détenus au couvent des Frères Mineursde Barcelone, ne furent délivrés que sept ans après par le traité d'Anagni (1295). Louis entra dans l'Ordre des Frères- Mineurs et fut promu à l'évêché de Toulouse, Robert succéda, à son père sur le trône de Naples, et se montra toujours favorable à l'Ordre de saint François. Il ne put rentrer en possession, de la Sicile qui, malgré les efforts des Papes et de leurs légats,. au nombre desquels il faut encore compter des Franciscains,.

von Habsburg, dans Zeitschrift filr Schweiz-Kirchengeschichte', p. 122- 151, 220-226. — Sur les relations entre les Frères Mineurs et les Habsbourg, voir M. Straganz, O. F. M., Das Kaiserliche Erzhaus Osterreich und der seraphische Orden, dans Fr. St., ti XIII, 1926, p. 159-197. 1° Pierre d'Aragon dès 1281 se savait soutenu par un grand nombre de seigneurs italiens, entre autres par le célèbre Gui de Mbntefeltro (cf. Alex, de S. Priest, Histoire de la conquête de Naples par Ch. d'A\ Paris, 1849, t. IV, p. 205 s.) La dureté dû gouvernement de Charles I^'" lui fut énergiquement reprochée par le Frère Mineur Barthélémy de Placea (cf. Barth. de Castelnuovo, Hist. 5ic,., dans Muratori, Rer^Itah. SS., t. XIII, col. 1042 s.)..

resta aux Aragonais sous le nom de Trinacrie, nom imposé par Boniface VIII (i3o3) alors en lutte avec Philippe le Bel. 1 «

11 Pierre III d'Aragon, avant de mourir, restitua la Sicile à l'Eglise (Alex, de S. Priest, op. cit., p. 239 ; Estud. franc, avril 1910, p. 157- 159). Mais ses fils n'exécutèrent pas ses dernières volontés : Jacques II, à qui il l'avait donnée, la garda ; Alphonse III, qui avait reçu l'Aragon, défendit d'observer l'interdit pontifical. Comme les Frères Mineurs, dont il était cependant un insigne bienfaiteur, lui résistaient, il essaya de conserver leur amitié et leur influence. Il confirma tous leurs privilèges, prit leurs biens sous sa protection, et promit de se faire ensevelir dans leur église de Barcelone plutôt que dans une abbaye de Cisterciens qu'il avait déjà choisie. Malgré toutes ces avances, il trouva encore de la résistance parmi eux. Alors il les menaça du dernier supplice, et leur défendit de sortir de son royaume (1286-1287). Cf. Documents, dans Estudios francescanos, t. V, 1910, suppl., p. 6-8, 11, 15, 27-28). — Dès son avènement, Nicolas IV fut sollicité de la l^iart de Charles II et de la part d'Alphonse d'Aragon. Charles lui demandait de procéder avec rigueur contre le roi Aragonais, et d'instruire son procès. Le Pape répondit qu'il voulait d'aborcl épuiser tous les moyens de conciliation. Alphonse III lui envoya les Gardiens de Barcelone et de Saragosse pour obtenir la levée de l'interdit (1288). Nicolas IV exigea d'Alphonse la cessation de tout secours à son frère Jacques, usurpateur de la Sicile, et la libération du prisonnier (Estud. franc, loc cit., p 41, 44, 47 ; Wadding, Annales t. V, p. 182 s. ; Lecoy de la Marche, Les relations politiques de la France aved le royaume de Majorque, Paris, 1892, t. I, p. 300). — Délivré, grâce à l'intervention de Nicolas IV, et maintenu sur le trône de Naples, Charles II ne se résigna pas à la perte de la Sicile. La lutte continua jusqu'à la mort d'Alphonse (1294) ; Jacques abandonna alors la Sicile à son frère Frédéric et ceignit la couronne d'Aragon. En 1295, le traité d'Anagni fit la paix entre le roi d'Aragon et le roi de Naples : Charles II recouvrait la Sicile ; ses trois fils : Louis, Robert et Raymond la liberté, et Blanche, sa fille, épousait le roi d'Aragon. — Pendant leur captivité les trois princes encore enfants (cf. leur lettre datée de 1286 au roi d'Angleterre pour qu'il s'intéressât à la libération de leur père, dans Rymer, Foedera, t. I, p. 664) eurent pour maîtres des Frères Mineurs, notamment François de Meyronnes, qui faisait fonction de médecin (Archivio storico per le provincie napolitane, t. VII, 1882, p. 58 s.). Il est très douteux que Richard de Mediavilla puisse être compté au nombre de ces maîtres. Cf. Arch. fr. hist., t. XIX, 1926, p. 113-116. Pierre Jean Olive leur écrivit une lettre de consolation d'une très grande élévation de pensées (Fr. Ehrle, P. /. Olivi, sein Leben, und seine Schriften, Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 534-538 ; René DE Nantes, Histoire des Spirituels, p. 305-309). Louis reçut les Ordres mineurs à Barcelone en 1294, et les autres probablement après sa délivrance. Le 24 décembre 1296, il prit l'habit franciscain dans l'église de l'Ara-Cœli en même temps que le vieux Gibelin, ennemi de sa famille, Gui de Montefeltro (Biblioteca, t. II, p. 493). Sur Gui de Montefeltro,

628 APPENDICE m

Démêlés de Boniface VIII avec les Colonna et avec Philippe le Bel. — Dès les premiers jours de son pontificat, Boniface VIII se trouva en contradiction avec deux des membres les plus influents du Sacré Collège. 11 était l'ami des Guelfes et de la France, tandis que les Cardinaux Jacques et Pierre Colonna étaient favorables aux Gibelins et alliés de Frédéric de Sicile. Boniface VIII voulut les faire renoncer à cette alliance ; ils

cf. Stef. Ignudi, O. m. Conv., dans San Francesco, t. III, p. 177-190. Quatre jours après Boniface VIII le créait évêque de Toulouse. Son épiscopat lui pesait, résolu à se démettre, Louis se dirigeait vers Rome, lorsqu'il mourut à Brignolles, le 19 août 1298, après avoir donné de grands exemples d'humilité et d'amour des pauvres. Il fut canonisé en 1316 par Jean XXII, qui l'avait connu à Toulouse, alors qu'il n'était que Jacques Duèze, professeur de droit à l'Université de cette ville. François de Meyronnes prononça son panégyrique. Sa vie a été écrite par Jean de Orta, son confesseur (Anal. Bolh, t. IX, p. 28-34 » Verlaque, S. Louis, -prince royal, évêque de Toulouse, 1885). — A noter aussi que du mariage de Blanche de Sicile et de Jacques II naquit Pierre d'Aragon qui, devenu Frère Mineur, s'efforcera pendant la « captivité de Babylone » de ramener la papauté à Rome.

Frédéric refusa de ratifier le traité d'Anagni (1295) qui le dépossédait de la Sicile. Frère Léonard, Provincial de la Province romaine, et Frère Alamano de Bagnorea, envoyés dans l'île pour disposer les esprits à l'acceptation de ce traité, furent ignominieusement repoussés par le peuple (1295). Sur l'ordre du Pape, Léonard partit pour l'Aragon, afin d'engager le roi Jacques à entrer dans la ligue formée par le roi de France et le roi de Naples contre Frédéric (1296). Celui-ci n'en fut pas moins couronné roi de Sicile (25 mars 1296), et réussit à la garder (Bull, fr., t. IV, p. 380 ; Wadding, Annales, t. V, p. 331-333, 345 ; Baronius-Raynaldi 1296, N° 11 ; Finke, Acta Aragonensia, t. I, p. 30), — Jacques et Frédéric d'Aragon furent soutenus dans leur lutte contre Charles II d'Anjou par tous les Gibelins d'Italie, et en particulier par l'opulente cité de Gênes que Nicolas IV puis Boniface VIII tentèrent de détacher de cette alliance. (Ch. V. Langlois, Les Registres de Nicolas IV, Nos 6837 s.; H. Finke, op. cit.. p. 8, n. 4, p. 76-82, 85-87). L'archevêque de cette ville, un franciscain, Jean Porchetto Spinola, fut soupçonné par Boniface VIII de partialité pour les Gibelins ; il dut même donner sa démission, mais il sut reconquérir la confiance du Pape, en ramenant sa famille, l'une des plus riches de Gênes, et la cité toute entière à la cause de l'Eglise, et en faisant la paix entre la République et Charles II (1299-1301) (Wadding, Annales, t. V, p. 416 ; A. Thomas, Les Registres de Boniface VIII, N" 3877-3879, 3882-3883 ;, Bull, fr., t. IV, p. 501, 517 ; Wadding, Annales, t. VI, p. 419-426 ; Baronius-Raynaldi, 130X, N°s 17, 33-35 ; Christ. Cyprii, Chronica rerum gest, Genuensium, dans Biblioteca, t. II, p. 208 ; t. III, p. 31),

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