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NICOLAS IV ET LES MONGOLS

Cependant les chefs tartares manifestaient la plus grande tolérance envers les chrétiens. Des missionnaires avaient travaillé chez eux et essayé de faire pénétrer le catholicisme, malgré le peu d'espoir que leur en avaient laissé les premiers pionniers Jean de Plan Carpin et Guillaume de Rubrouck. Leurs labeurs ne furent pas tout à fait infructueux, car à l'époque du Concile de Lyon (1274) ce furent les Tartares eux-mêmes qui firent des avances. On vit deux ambassadeurs du Khan des Perses, grand ami des chrétiens, présentés par Jérôme d'Ascoli et Bonagrazia. Ils venaient solliciter une alliance contre les Musulmans. Mais à ce moment, le Concile paraissait avoir consommé l'union des souverains chrétiens. On se crut assez fort pour vaincre sans le concours des Tartares et cette démarche n'eut pas de suite mmédiate 33.

Trois ans après le même chef Tartare députa au Souverain Pontife une nouvelle ambassade pour lui promettre des secours

D'ailleurs, en 1261, au moment où Bibars inaugurait ses victoires sur les Tartares, ceux-ci exigeaient encore du roi de France une soumission complète (Biblioteca, t. I, p. 263 ; t. II, p. 394 s.).

Guillaume de Rubrouck naquit dans la Flandre française, vécut à Paris un certain temps et prit part vraisemblablement à la première croisade de saint Louis, dans l'entourage de son frère Robert d'Artois. Il suivit le roi à Saint-Jean d'Acre, et c'est là que lui fut confiée sa mission chez les Tartares. Le rapport qu'il en fit est plus étendu que celui de J. de Plan Carpin, plein de bonhomie et de mots spirituels, et de détails circonstanciés sur tout ce qu'il a fait, vu ou entendu. Il fut cependant moins habile diplomate que J. de Plan Carpin. Son voyage fut plusieurs fois édité. Cf. A. Batton, W. von Rubruck, Munster, 1921, et le compterendu du P. Hildebrand, G. M. Cap., qui établit solidement l'origine française de Rubrouck (Franciscana, t. V, 1922, p. 68 s.) ; H. Matrod, Le voyage de F. Guillaume de Rubrouck, dans Et. fr. (1908), t. XIX et XX ; Marcellino da Civezza, Saggio di bibliografia sanfrancescana, Prato, 1879, p. 503-507 ; Biblioteca, t. I, p. 229 ; t. II, p. 388. Rubrouck obtint de revenir à Paris et de revoir le roi. Roger Bacon eut l'avantage de le rencontrer et de conférer avec lui sur les choses que le voyageur avait rapportées dans son livre (H. Matrod, op. cit. ; Biblioteca, t. I, p. 268).

33 Sur les Missions en Tartarie, cf. Biblioteca, t. II. La présentation d'ambassadeurs tartares au concile de Lyon (1274) dut être négociée par le roi d'Arménie, Léon III (cf. Biblioteca, t. II, p. 419 s.). Jérôme d'Ascoli et Bonagrazia arrivèrent à Lyon venant de Constantinople, où ils avaient accompli une importante légation en vue de l'union des Eglises. Vide infra, p. 669-671.

La deuxième (1245-1255) est une période d'informations. Apprenant qu'il y avait des Chrétiens parmi les Tartares, Innocent IV eut la pensée de se mettre en rapport avec leurs chefs pour connaître leurs intentions, et pour s'en faire, s'il était possible, des alliés contre les Sarrasins. La plus importante de ces missions de reconnaissance est celle de Jean de Plan Carpin (Piancarpino). Esprit ouvert, perspicace, actif, ardent propagateur de l'Ordre franciscain en Allemagne et dans toutes les régions envahies, informé de tout, Jean de Plan Carpin était l'homme le plus capable de mener à bien cette tâche difficile. Il partit de Lyon, le 16 avril 1245, âgé de 64 ans, traversa l'Allemagne et la Russie et arriva sur la Volga en présence du chef tartare Batou, qui ne voulant pas répondre lui-même à ses questions, l'envoya à Karakorum, située au centre de l'Asie et résidence du grand Khan. Jean y arriva après quatre mois d'un dur voyage, en juillet 1246. Il assista aux fêtes somptueuses données à l'occasion de l'élection de Gûyiik, petit-fils de Gengis-Khan. Il y resta cinq mois, étudiant minutieusement le pays, les mœurs des habitants, leurs religions et leurs desseins. Il quitta la cour impériale le i3 novembre 1246. Un an après il était de retour^uprès du Pape à Lyon. Il apportait de précieuses notions géographiques et ethnographiques qui ont été pour la plupart reconnues exactes par les voyageurs modernes. Il apportait surtout la lumière sur cette race jaune, et révélait quelles étaient ses secrètes visées : les Tartares n'aspiraient à rien de moins que la domination universelle et se préparaient à combattre de nouveau contre l'Eglise et l'Empire. Tel était le sens de la réponse altière du grand Khan Gûyiik que Plan Carpin rapportait à Innoceint IV. Des Tartares il n'y

Paris apprend que des Franciscains, envoyés en explorateurs au devant des Tartares, ont été massacrés (Biblioteca, t. I, p. 188). Avant même que le Pape les y ait invités, les Frères Mineurs lancèrent un appel aux armes. Bull, fr., t. I, p. 296 ; Monum. Germ. SS., t. XXII, p. 535 ; t. XXVIII, p. 206-212 ; BÔHMER, Regesta Imperii, p. 387 s.; GiANO, p. 72-75. Voir aussi une lettre d'Innocent IV au roi de Hongrie, 15 novembre 1254, dans Theiner, Vet. Mon. Hung. Hist. Illustr., t. I, N» 441, •et une lettre» de l'évêque de Constance aux Frères Mineurs, 25 mai 1244, dans Arch. /r. hist., t. XI (1918), p. 556 s.

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